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Full text of "Leçons faisant partie du cours de médecine légale"

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■LEÇONS 

FAISANT  PARTIE  DU  COURS 

DE  MÉDECINE  LÉGALE 

DE 

M.  ORFILA,  ^ 

Professeur  de  Médecine  légale  à  la  Faculté  de  Médecine  de 
Paris,  Président  des  Jurys  médicaux  ,  Médecin  par  quartier 
de  S,  M. ,  Membre  de  l’Académie  royale  de  Médecine, 
Correspondant  de  l’Institut  ,  de  l’Universite  de  Dublin ,  de 
.Philadelphie  ,  des  Académies  de  Madrid ,  de  Barcelonne, 
ie  Murcie ,  des  Iles  Baléares ,  de  Livourne ,  etc. 

^IIAGE  GEKÉ  DE  VINGTfDEUX  PLANCHES,  DONT  SEPT 


(  BÉCHET  jeune ,  Libraire ,  place  de  l’École  de  Médecine ,  n®  4; 
[  L’AUTEUR,  rue  de  Tournon,  n°  33.  _ 


AVERTISSEMENT. 


Le  cours  de  médecine  légale  que  je  fais  tous  les 
ans  à  la  Faculté  de  Paris  se  compose  d’environ 
soixante-quinze  leçons;  je  me  décide  à  en  pu¬ 
blier  une  partie ,  pour  éviter  aux  personnes  qui 
le  suivent  la  peine  de  le  rédiger.  D’ailleurs ,  les 
objets  dont  je  m’occupe  dans  ce  volume  pré¬ 
sentent  beaucoup  de  difficultés  ;  et  leur  expo¬ 
sition  pour  être  faite  avec  succès,  exige  des 
démonstrations  nombreuses  et  des  expériences 
multipliées,  qui  attirent  nécessairement  l’atten¬ 
tion  des  auditeurs  et  les  mettent  dans  l’impossi¬ 
bilité  de  recueillir  exactement  tout  ce  qui  fait  la 
matière  des  leçons. 

Peut-être  me  reprochéra-t-oii  d’avoir  été  minu¬ 
tieux,  et  de  traiter  trop  longuement  les  ques¬ 
tions  relatives  à  cette  partie  de  mon  cours  :  un 
pareil  reproche  ne  pourra  être  fait  que  par  les 
personnes  qui  n’ont  jamais  été  appelées  par  les 
magistrats  à  prononcer  sur  un  cas  de  médecine 
légale ,  ou  qui  n’ont  pas  réfléchi  sur  l’impor  - 
tance  du  devoir  que  le  médecin  remplit  dans 
cette  circonstance;  en  effet,  les  questions  sur 
lesquelles  on  peut  être  obligé  de  délibérer  sont 

a 


(  ^  ) 

tellement  variées ,  que  les  moyens  employés  pour 
les  résoudre  ne  se  ressemblent  pas. 

J’ai  cru  devoir  figurer  les  plantes  et  les  ani¬ 
maux  dont  je  donne  la  description  dans  mes 
leçons  :  l’exécution  de  cette  tâche  a  été  confiée 
à  des  artistes  d’un  mérite  connu.  M.  Turpin  a 
fait  la  plupart  des  dessins,  et  M.  Plée  père  les  a 
gravés.  Les  descriptions  des  végétaux  dicotylédons 
qui  ont  été  figurés  font  partie  d’un  ouvrage  iné¬ 
dit  que  M.  A.  Richard  fils  se  propose  de  publier 
incessamment.  Il  m’a  semblé  difficile  de  puiser  à 
une  meilleure  source.  / 


TABLE 

DES  ARTICLES. 


PREMIÈRE  LEÇON*  —  De  l’Empoisonnement  con¬ 
sidéré  sous  le  point  de  vue  médico-légal.  pag.  I 
F®  Sectiott.  —  Notions  préliminaires  sur  l’empoi¬ 
sonnement  considéré  sous  le  point  de  vue  nié- 
dico-légaî.  ,  2 

F®  Classe.  —  Poisons  irritans.,  9 

IF  Classe.  ■ —  Poisons  narcotiq.ues.  ïbid. 

III®  Classe. — -Poisons  narcotico-âcres.  10 

IV®  Classe.  —  Poisons  septiques  ou  putré- 
fîans.  ;  ïbid. 

DEUXIÈME  LEÇON.  II®  Section.  —  Des  Poi¬ 
sons  en  particulier.  12 

F®  Classe.  —  Poisons  irritans.,  ibid. 

Art.  i®’^.  — :  Des  Substances  simples.  —  Du 
Phosphore.  ïbid. 

De  riode.  i  5 

Art.  II.  — Des  Acides  concentrés  minéraux 
et  végétaux.  .16 

^^OISIÈME  LEÇON.  —  De  l’Acide  sulfurique.  20 
De  l’Acide  nitrique.  2^ 

QUATRIÈME  LEÇON. —  De  l’Acide  nitreux.  28 
De  TAcide  hydrochlorique  (  composé  d’hy¬ 
drogène  et  de  chlore  ).  .  ibid. 

De  l’Eau  régale.,  3o 


(vij) 

De  l’Acide  phosphorique.  P^g-  3o 

De  l’Acide  phosphatique  (  pMosphoreux  de 
quelques  chimistes  ).  3i 

Des  Acides  oxalique  et  tartarique,  .  Sa 

De  l’Acide  citrique.  33 

Du  Chlore  liquide. 

CINQUIÈME  LEÇON.  —A^âr.  IH.  —  De  la  po¬ 
tasse,  de  la  soude,  de  ia  chaux,  des  siilfares 
et  des  sels  contenant  ur.  de  cës  alcalis.  34 

Symptômes  de  rempoisonnement  produit  par 
la  potas^ ,  la  soude  et  la  chaux.  35 

De  la  Potasse  caustique.  ihid. 

De  la  Soude.  38 

De  la  Chaux.  ihid, 

SIXIÈME  LEÇON.  —  §  II.  —  Du  foie  de  soufre , 
du  sous-carbonate  et  du  nitrate  de  potasse.  4o 

Symptômes  de  l’empoisonnement  par  ces 
substances.  ihid. 

Du  Sulfure  de  potasse  ou  de  potassium  (  foie 
de  soufre).  iUd. 


Du  sous-Carbonate  de  potasse  (  sel  de  tartre.  )  ihid. 


Du  Nitrate  de  potasse  (  nitre ,  salpêtre.  )  49 

SEPTIÈME  LEÇOI^.  —  Art.  IV.  —  De  la  baryte , 
du  sous-carbonate  et  de  l’hydrochlorate  de  ba- 
rytè.  r  ’  48 

Action  de  ces  substances  sur  l’économie  ani¬ 
male.  Symptômes  de  l’empoisonnement 
qu’elles  déterminent.  Lésions  de  tissu  qui 
sont  le  résultat  de  leur  action.  ,  ihid. 

De  la  Baryte.  5o 

Du  sous-Carbonate  de  baryte.  52 


(  ix  ) 

I>e  l’Hydrochlorate  de  baryte.  53 

Art.  V.  —  De  l’ammoniaque  liquide  (  alcali  vola¬ 
til  fluor  ) ,  du  sous-carbonate  d  ammoniaque  et 
dé  l’hydrochlorate  d’ammoniaque.  54 

HUITIÈME  LEÇON.  —  Art.  vi.  — ^  Des  sels  et 
autres  composés  de  mercure ,  d’étain ,  d’arse¬ 
nic  ;  de  cuivre ,  d’antimoine ,  d’argent ,  de  bis-^ 
muth  ,  d’or  et  de  zinc..  57 

§  —  Des  sels  et  autres  composés  de  mer¬ 
cure.  58 

Du  Deutochlorure  de  mercure  (  sublimé  cor¬ 
rosif.  59 

NEUVIÈME  LEÇON.  —  Du  Deutoxyde  dè  mer¬ 
cure  (  précipité  rouge ,  précipité  perse.  )  76 

Du  Protoxide  de  mercure . 

Du  Sulfure  de  mercure  (  cinabre.  )  77 

Sulfate  et  nitrate  de  mercure.  78 

DIXIÈME  LEÇON.  - —  §11.  — -  Des  Préparations 
d’étain.  81 

Des  Oxydes  d’étain.  ïbid. 

De  l’HydroCblorate  d’étain.  -  82 

ONZIÈME  LEÇON.  —  §  III.  —  Des  prépara¬ 
tions  arsénicales.  8g 

De  l’Oxyde  blanc  d’arsenic  (  acide  arsénieux.  ) 
DOUZIÈME  LEÇON. — De  l’Oxyde  noir  d’arse¬ 
nic  et  de  la  Poudre  aux  mouches.  100 

Des  Sulfures  d’arsenic.  lor 

Du  Caustique  arsénical  du  frère  Go  sme ,  et  de 
la  Poudre  de  Rousselot.  102 

De  l’Acide  arsénique.  io3 


Des  Arséniates  solubles.  ^  *^4 

Des  composés  d’oxide  blanc  d  arsenic  et'K  une  • 
base  salifiable  (  arsétites.  )  io6 

TREIZIÈME  LEÇON.  —  §  iv. —  Des  Préparations 
cuivreuses.  .107 

Des  Oxides  de  cuivre.  iMd. 

Du  sous-Deutocarbonate  de  cuivre  (  vert-de- 
gris  naturel.  )  109 

Du  Deutoacétate  de  cuivre  (  vèrdet  crystal-- 
lisé.  )  ibid.. 

Du  Vert-de-gris  artificiel.  ^la- 

Du  Deutosulfate  de  cuivre.  (  Vitriol  bleu,  , 
couperose  bleue.  )  119 

Du  Sulfate  de  cuivre  ammoniacal.  121 

Du  Deutcnîtrate  de  cuivre.  122 

Du  Cuivre  ammoniacal.  12Z 

QUINZIÈME  LEÇON.  —  §  v.  Des  Préparations 
d’argent.  -  ibid. 

Du  Nitrate  d’argent.  ibid. 

§  VI.  —  Des  Préparations  antimoniales.  128 

Du  Tartrate  acide  de  potasse  et  d’antimoine' 

^  (  émétique,  tartre  stibié.  )  ibid. 

SEIZIÈME  LEÇON.  —  Du  kermès  minéral  (  sous- 
bydrosulfate  d’antimoine  )  et  du  soufre  doré,  i35 
Des  Oxydes  d’antimoine.  i36 

Des  Hydrochlorates  d’antimoine.  ibid.. 

De  l’Emétine.  139 

§  VII.  —  Des  Préparations  de  bismuth.  i4o 

^  Du  Nitrate  de  bismuth,  ibid. 

§  VIII.  —  Des  Préparations  d’or.  i44 

De  l’Hydrochlorate  d’or  (  muriate.  )  ibid^- 


§.  IX.  —  Des  Préparations  de  zinc.  i47 

Du  Sulfate  de  zinc.  ,  ibid. 

DIX- SEPTIÈME  LEÇON.  —  §.  s.  Préparations 
de  plomb.  i5o 

Du  sous- Acétate  de  plomb  soluble.  i58 

Des  Oxydes  de  plomb. 

Du  sous-Carbonate  de  plomb  (  céruse.  )  i6i 
De  l’Eau  imprégnée  de  plomb.  ibid. 

Du  Vin  imprégné  de  plomb.  162 


DIX-HUITIÈME  LEÇON.  —  S  ii.  De  la  Bryone  ; 
de  l’Élatérium;  de  la  Coloquinte  ;  de  la  Gomme- 
Gutte;  du  Garou;  du  Ricin;  du  Pignon  d’Inde  ; 
de  l’Euphorbe  ;  de  la  Sabine  ;  du  Staphysaigre  ; 
de  la  Gratiole ,  de  l’Anémone  ;  du  Rhus;  du  Nar¬ 
cisse  et  de  la  Renoncule  des  prés  ;  de  la  Ghéli- 


doine,  etc.  ibid^ 

De  la  racine  de  Bryone.  i63 

De  l’Élatérium.  164 

De  la  Coloquinte.  i65 

De  la  Gomme-Gutte.  166 

Du  Garou  (  sainbois.  )  168 

Du  Ricin.  169 

Du  Pignon  ^nde.  ,  171 

De  l’Euphorbe.  172 

De  la  Sabine.  174 

Du  StaphysaigrCi  lyS 

De  la  Delphine*  176 

DIX-NEUVIÈME  LEÇON.  —  De  la  Gratiole.  178 

Gratiole  officinale  (  Gratiola  officinalis ,  Linn. 

Spec.) 

De  l’Anémone  pulsatille.  *  181 


(  xij  ) 

Anémone  pulsatille  (  Anemone  puisa-  Pag.  i8i 
tilla,  L.  Spec. ,  759.  )  ïbid. 

Dn  Rhus  radicans  et  du  Toxicodendron.  18  3 
De  la  Ghélidoine.  184 

Chélidoine  claire^  Ghelidonium  majus.  )  ïbid. 
Du  Narcisse  des  prés.  186 

Narcisse  faux  Narcisse  (  Narcissüs  pseudo- 
narcissus  5  L.  )  ihid. 

Delà  Renoncule  des  prés.  187 

Des  Cantharides.  190. 

Des  Animaux  qui  produisent  des  accidens  , 
graves  lorsqu  ils  sont  introduits  dans  l’es¬ 
tomac.  194 

Des  Moules.  195 

Du  Verre.  19^- 

VINGTIÈME  LEÇON.  —  IP  Ccasse.  ibid. 

Des  Poisons  narcotiques.  ibid. 

De  l’Opium.  198 

De  la  Morphine.  ibid. 

Du  Principe  crystallisable  de  Derosne.  201 

De  l’Opium.  20 3 

De  là  Jusquiame.  209 

Jusquiame  noire  (  Hyosciam us  niger  ,  Linn. 

sp.  257.  )  210 

De  l’Acide  hydrocyanique  (  prussique.  )  2 1 3 

De  la  Laitue  vireuse.  2^9 

VINGT  ET  UNIÈME  LEÇON.  —  IIP  Gcassb.  221 
Des  Poisons  narcotico-âcres.  ïbid. 

§  — De  la  Scille  ;  de  l’OEnanthe  crocata  ;  de 

l’Aconit  ;  de  l’Ellébore  ;  du  Golchique  ;  de 
la  Belladona;  du  Datura;  du  Tabac;  de  la 


(  xüj  } 

Digitale;  des  diverses  espèces  de  Ciguës; 
et  du  Laurier-Rose.  222 

DelaScille.  223 

De  rOEnanthe  crocata.  220 

OEnanthe  crocata(  OEnanthe  safranée,  Linn. , 

Sp.  365.  )  ihid. 

De  l’Aconit  napel.  226 

Aconit  napel  (  Aconitum  napellus ,  Linn. , 

Sp.  jSi.  )  227 

De  l’Ellébore  noir.  229 

Ellébore  noir (  Helleborus  nigèr ,  Lin.  Sp.  783  ) 

De  l’Ellébore  blanc.  234 

De  la  Vératrine.  226 

Du  Colchique  (  Colchicum  autt^mnale  )  de 
1  hexandrie  trigynie  de  L.  et  de  la  famille 
des  colchicées.  236 

De  la  Belladone  (  Atropa  belladona.  )  287 

Atropa  belladone  (Atropa  belladona,  Linn. 
Sp-26o.) 

Du  Datura  stramonium.  289 

Stramoine  pomme  épineuse  (  Datura  stramo- 
nium, Linn.,  Sp.  255.  )  240 

De  la  Poudre  de  tabac.  241 

De  la  Digitale  pourprée.  242 

Digitale  (  Digitalis  purpurea,  Linn,  Sp.  )  243 

De  la  grande  Ciguë  (  Conium  maculatum.  )  245 

Grande  Ciguë  (  Cicuta  major ,  Lam.  Fl.  fr.  3 , 
p.  1041.  Conium  maculatum,  L. ,  Sp.  349.) 

De  la  Ciguë  aquatique  (  Cicutaria  aquatica , 
de  Lamk.  )  247 

Cicutaire  aquatique  (  Cicutaria  aquatica , 


(  xiv  ) 

îjaink.  Ciguë  vireuse,  Gicuta  virosa,  L.)  Pag.  147 


De  la  petite  Ciguë  (  OEthusa  cynapiuin.  )  24^ 

Éthuse  petite  Ciguë  (  OEthusa  cynapium  , 
Linn.  Sp.  367.  )  25 1 

Du  Laurier-Rose.  -  a53 

VINGT-DEUXIÈME  LEÇON.  —  §  ii.  De  la  Noix 
vomique;  de  la  Fève  de  Saint-Ignace;  dé  l’U- 
pas  tieuté  et  de  la  Strichnine.  .  254 

Dé  la  Noix  vomique.  '  ibid. 

De  la  Fève  de  Saint-Ignace  (  Noix  igasur  des 
Philippines.)  255 

De  rUpas  tieuté.  •  256 

De  la  Strichnine.  ibid. 

De  l’Ecorce  de  fausse  angusture  et  de  la 
Brucine.  264 

De  l’Ecorce  de  fausse  angusture  (  angusture 
fine.)  ibid. 

De  la  Brucine.  266 

Du  Ticunas,du  Woorara  et  duGurare.  268 


VINGT-TROISIÈME  LEÇON.  — §  m.  Du  Cam¬ 
phre;  de  la  Coque  du  Levant;  et  de  la  Picro- 
toxine.  ' 

Du  Camphre. 

De  la  Coque  du  Levant. 

De  la  Picrotoxine. 

De  l’Upas  antiar. 

§  VI.  —  Des  Champignons  vénéneux.  276 

A.  Caractères  des  Champignons  vénéneux. 

—  Genre  Amanita.  ibid. 

Description  des  espèces.  277 

Genre  Agaricus.  .  285 


266 

ibid. 

270 

271 
'  275 


Description  des  espèces.  286 

Groupe  des  Agarics  à  pédicule  nul ,  latéral 
ou  excentrique.  (  Flore  française.  )  288 

Groupe  des  Agarics  à  pédicule  pourvu  d’un 
collet.  289 

VINGT-QUATRIÈME  LEÇON.  —  §  v.  Du  Seigle 
ergoté  (  Secale  cornutum.  )  298 

S-  VI.  —  Del’Alcpliol.  2917 

De  l’Éther  sulfurique.  3oi 

ly.  Classe.  — Des  Poisons  septiques  ou  pu- 
tréfians.  302 

VINGT-CINQUIÈME  LEÇON.  — Des  Animaux 
venimeux.  304 

De  la  Vipère  commune.  '  3o5 

Des  Serpens  à  sonnettes.  3 10 

Des  Insectes  venimeux.  3ii 

Du  Scorpion  d’Europe.  iUd 

De  la  Tarentule.  3i3 

Piqûre  de  la  Tarentule.  3i4 

De  l’Araignée  des  caves.  ibid.- 

De  l’Abedle  domestique.  3i5 

Du  Bourdon. 

De  la  Guêpe. 

Des  Matières  animales  décomposées.  817 

VINGT-SIXIÈME  LEÇON.  — De  l’Empoisonne¬ 
ment  par  les  substances  gazeuses  introduites 
dans  les  voies  aériennes.  *  323 

Du  Gaz  acide  carbonique.  .  Hid. 

De  la  Vapeur  du  charbon.  326 

De  l’Air  non  renouvelé.  328 

Du  Gaz  qui  se  dégage  des  fosses  d’aisance.  33o 


(  ) 

Section  iii®.  — De  l’Empoisonnement  con¬ 
sidéré  d’une  manière  générale.  Pag.  335 
Art.  —  Premier  problème.  ibid. 

I  —  Phénomènes .  que  l’on  observe  gé- 
néraler^ent  avant  la  mort  des  individus 
soumis  à  l’influence  des  poisons.  33d 

§  II.  —  Altérations  de  tissu  produites  par  les 
substances  vénéneuses ,  et  que  l’on  cons¬ 
tate  après  la  mort.  SSp 

§  III.  —  Des  maladies  qui  simulent  l’empoi¬ 
sonnement  aigu.  342 

Expériences  sur  les  animaux  vivans.  363 

ymGT-HUITIÈME  LEÇON.  —  Deuxième  pro¬ 
blème  368 

§  —  Des  moyens  fournis  par  la  Chimie  et 

par  l’Histoire  naturelle ,  et  qui  sont  pro¬ 
pres  à  faire  connaître  la  nature  de  la  subs¬ 
tance  vénéneuse.  369 

Expériences  chimiques  propres  à  faire  çon^ 
naître  les  poisons  minéraux  et  quelques  poi¬ 
sons  végétaux  qui  n’ont  pas  été  avalés  en 
entier^  en  sorte  que  l’on  peut  agir  sur  une 


portion  que  l’on  suppose  sans  mélange.  874 
Poisons  solides.  ibid. 

Poisons  solides  tirés  du  règne  minéral.  SjS 

Poisons  solides  qui  sont  des  principes  immé¬ 
diats  des  végétaux  ou  qui  contiennent  un 
dé  ces  principes.  876 

Poisons  solides  blancs,  gris,  ou  d’un  blanc 
tirant  légèrement  sur  le  gris  ou  sur  le  jaune.  878 
Examen  des  substances  solubles.  3  80 


(  xvij  )  . 

^INGT-NETJVÎEME  LEÇON.  Pag.  388 

trentième  leçon.  —  Poisons  liquides  4oi 

Poisons  liquides  rougissant  l’eau  de  tourne¬ 
sol  ,  et  ne  précipitant  point  par  l’amino- 
niaque  pure.  4o6 

Poisons  liquides  rougissant  ou  ne  rougissant 
point  l’eau  de  tournesol ,  et  précipitant  par 
l’ammoniaque  pure.  4o8 

Poisons  liquidés  verdissant  le  sirop  de  vio¬ 
lettes,  et  ne  précipitant  point  par  Fammo- 
niaque.  4io 

Poisons  gazeux.  •  4i3 

TRENTE  ET  UNIÈME  LEÇON. -- Expérience» 
chimiques  propres  à  découvrir  les  poisons  mi¬ 
néraux  qui  ont  été  mêlés  avec  du  thé,  du  café, 
du  vin,  etc.,  ou  qui  font  partie  des  matières 
vomies ,  ou  de  celles  que  Fon  trouve  dans  le  ca¬ 
nal  digestif  après  la  mort.  4i5 

§  II.  —  Des  symptômes  considérés  comme 

des  moyens  propres  à  faire  reconnaître  la 
nature  de  la  substance  vénéneuse.,  4-20 

S  II.  —  Des  lésions  de  tissu  considérées 
comme  des  moyens  propres  à  faire  con¬ 
naître  la  nature  de  la  substance  vénéneuse.  428 
Pe  l’époque  à  laquelle  doivent  être  faites  les 
recherches  pouvant  séivir  à  déterminer  s’il 
7  a  eu  emppisonnement ,  et  à  faire  con¬ 
naître  la  nature  de  la  substance  vénéneuse.  4^ 
Art.  h. —  De  quelques  autres  questions  re¬ 
latives  à  l’empoisonnement ,  considéré  sous 
le  rapport  de  la  médecine  légale,  42^ 


h 


(  xviij  ) 

Art.  iii. — De  rEmpoisonnement  lent.  4^g- 

TRENTE- DEUXIÈME  LEÇON.  —  Rapports 

SUR  l’e3IPGISOPîNEMENT.  43 1 

Premier  rapport.  ih‘d. 

Deuxième  rapport.  435 

troisième  rapport.  437 

Quatrième  rapport.  44o 

Cinquième  rapport.  44i 

TRENTE-TROISIÈME  LEÇON.— Des  Aliraens 
considérés  sous  le  rapport  de  la  police  médicale. 

De  la  Fariné  de  froment.  445 

Du  Pain.  455 

Du  Sel  commun.  .  456 , 

Du  CKocolat.  458 

Du  Café.  460 

Du  Fromage.  ’  463 

Du  Beurre  et  de  l’Huile.  464 

TRENTE-QUATRIÈME  LEÇON.  —  De  l’Eau.  467 

Du  Yin.  469 

De  l’Eau-de-vie  et  des  Liqueurs  de  table.  476 
Du  Cidre.  477 

De  la  Bière.  480 

Du  Vinaigre  frelaté.  481 

FIN  DE  E  A  T  AB  LE,  ©  ES  ARTICLES. 


LEÇONS 

5 

DE 

MEDECINE  légale: 


PREMIÈRE  LEÇOK 

D&  V empoisonnement  considéré  sous  le  point  de  'vue 
médico-légal. 

Le  médecin,  consulté  par  le  magistrat  sur  un  cas 
d  empoisonnement ,  doit  toujours  avoir  présente  à 
l’esprit  cette  sentence  de  Pienck  :  Unîcum  signum  cer- 
tum  datisveneni  est  notifia  hotanica  inventi  veneni  've- 
getabilis ,  et  analysis  chemiça  inventi  'venéni  mineralis. 
(Elemènta  medicinæ  et  cliirurgiæ  fôrensis.  Viennes, 
1781,  pag.  36.  )  L’auteur  dont  il  s’agit  autait  dû 
ajouter  :  seu  notifia  zoologica  inventi  'veneni  animalis. 
Ainsi ,  pour  ci^irmer  qu’il  y  a  eu  empoisonnement ,  il 
faut  démontrer  la  présence  du  poison,  en  faisant  les 
expériences  chimiques  propres  à  mettre  son  existence 
dans  tout  son  jour ,  s’il  appartient  au  règne  minéral;  et 
en  constatant  ses  caractères  botaniques  ou  zoologi¬ 
ques  ,  s  il  fait  partie  du  règne  organique.  De  combien 
de  difficultés  la  résolution  de  ce  problème  n  est-elle 
pas  hérissée!  dune  part,  les  substances  vénéneuses 
parfaitement  connues ,  sont  en  très-grand  nombre  ;  les 


X 


,  ’  (O 

feciierciies  qu’il  hut  faire,  pour  déterminer  leur,  na¬ 
ture  j  sont  souvent  très-délicates,  surtout  lorsque  ces 
substances  sont  combinées  avec  des  corps  qui  les  mas¬ 
quent  ou  les  décomposent  :  d’une  autre  part,  l’empoi¬ 
sonnement  peut  être  la  suite  de  l’absorption  de  la  ma¬ 
tière  vénéneuse,  qui  alors  est  souvent  inaccessible  à 
iios  moyens  d’investigation  ;  quelquefois  même,  en  sup¬ 
posant  que  le  poison  n’ait  pas  été  absorbé ,  la  quantité 
sur  laquelle  on  peut  agir  est  extrêmement  petite,  ce 
qui  augmente  la  difficulté  de  l’opération  :  enfin ,  com¬ 
bien  de  fois  des  maladies  simulant  l’empoisonnement 
par  leurs  symptômes,  et  par  les  altérations ’^de  tissu 
qu’elles  déterminent,  ne  viennent-elles  pas  compliquer 
la  solution  de  cette  question  importante  ! 

Il  nous  semblé  que  cé  sujet,  pour  être  traite  conver 
jiablement ,  doit  être  divisé  en  trois  sections.  Dans  la 
première,  on  exposera  les  notions  préliminaires  sur 
l’empoisonnement  ,  considéré  sous  le  point  dé  vue  mé¬ 
dico-légal;  la  seconde  traitèra  des  poisons  en  particu¬ 
lier;  enfin  la  troisième  comprendra  les  généralités  sur 
l’empoisonnement,  et  les  préceptes  qui  doivent  servir 
-de  base  dans  la  rédaction  des  rapports  sur  cette  branche 
de  la  médecine  légale. 

F®  SECTION. 

^^otiotis  préliminaires  sur  l\mpois6nnement  considéré 
sous  le  point  de  njuB  médico-légal: 

.  O^n  donne  le  nom  dé  empoisonnement  ( ‘veneficium  ^ 
tpxicatio )  k  l’ensemble  des  effets  produits  par  les  poi- 
sons  ,  appliqués  sur  une  ou  plusieurs  parties  du  corps 


(3) 

des  animatix.  On  emploie  également  ce  mot  pour  dé¬ 
signer  Y  action  d’empoisonner.  Le  mot  poison  {toccicum^ 
venenum^ -virus)  a  été  tour  à  tour  défini  une  cause,  de 
maladies;  un  agent  capaMe  d’occasioner  une  mort  plus, 
ou  moins  niolente,  lorsqu’il  est  introduit  dans  l’estomac; 
tout  corps  nuisible  a  la  santé  de  l’homme,^  mais  dont  l’ac¬ 
tion  n’est  pas  mécanique^  ete.  La  définition  suivante,, 
empruntée  à  Gmelin,  nous  paraît  préférable.  On  doit 
considérer  comme  poison  tout  corps  qui  détruit  la 
santé ,  ou  anéantit  entièrement  la  vie ,  lorsqu’il  est 
pris  intérieurement,  ou  appliqué  de  quelque  manière 
que  ce  soit  sur  un  corps  vivant,  et  à  très-petite  dose. 
Les  poisons  sont  tirés  des  trois  règnes  de  la  nature; 
c’est  ce  qui  a  suggéré  l’idée  de  les  ranger  en  trois 
classes  ,  savoir  :  les  poisons,  minéraux.,  poisons  -vé¬ 
gétaux  et  les  poisons  animaux.  Nous  croyons  devoir 
adopter  la  classification  suivante  :  poisons  irritans ^ 
a®  poisons  narcotiques 3®  poisons  narcotieo  -  âcres  , 
4®  poisons  septiques.  Certes,. -cette  classification  dont 
l’idée  est  empruntée  à  Yicat,  est  loin  d’ètre  exempte 
de-reproches;  mais,  dans  l’état  actuel  de  la  science, 
elle  nous  paraît  devoir  être  préférée  à  toutes,  les  au¬ 
tres.  {Voyez  pour  les  détails  la  page  9.  ) 

A.  Tousles  poisons  n  agissent  pas  avec  la  même  éner¬ 
gie;  il  en  est  qui,  étant  administrés  à  très-petite  dose, 
déterminent  la  mort  de  l’homme  et  des  animaux 
les  plus  robustes  presque  instantanément  (  l’acide 
prussique  pur,  lupas  tieuté,  là  strychnine);  d’autres, 
au  contraire,  ne  manifestent  leurs  effets  qu’au  bout 
dun  certain  temps,  même  lorsqu’ils  sont  employés  à 
assez  forte  dose  ,  et  doivent  être  considérés  comme 


(4) 

peu  actifs  ;  tels  sont  le  sulfate  de  zinc,  lesédum  âcre,  etc.^ 
il  en  est  que  l’on  peut  classer  entre  les  deux  extrêmes 
dont  nous  parlons,  par  rapport  à  leur  intensité;  tels 
sont  le  nitrate  d’argent ,  la  coloquinte ,  etc. 

L’action  des  poisons  varie  suivant  leur  degré  de  di¬ 
vision;  en  général,  tout  étant  égal  d’ailleurs,  îl^agis- 
sent  d’autant  plus  qu’ils  sont  plus  divisés;  par  consé¬ 
quent,  les  effets,  produits  par  une  substance  dissouté 
dans  l’eau,  doivent  être  plus  marqués  que  ceux  que  dé¬ 
termine  la  même  substance  à  l’état  pulvérulent. 

Si  les  poisons  sont  introduits  dans  le  canal  digestif, 
leur  action  sera  d’autant  plus  grande,  les  autres  circons¬ 
tances  étant  les  mêmes ,  que  ce  canal  sera  plus  vide. 

Les  substances  susceptibles  d’empoisoniier  l’homme 
n’agissent  pas  de  même  sur  toutes  les  espèces  d’animaux; 
néanmoins ,  on  peut  établir,  sans  craindre  de  se  tromper, 
que  tout  ce  qui  est  vénéneux  pour  l’homme,  l’est  éga¬ 
lement  pour  les  chiens  ;  à  la  vérité ,  il  faudra  souvent 
administrer  à  ceux-ci  une  dose  de  poison  plus  forte  ou 
plus  faible  pour  déterminer  un  effet  donné  ,  que  celle 
qu’il  faut  employer  pour  produire  le  même  effet  chez 
l’homme  :  les  auteurs  qui  ont  avancé  contre  cette  pro¬ 
position,  que  l’oxyde  d’arsenic,  dont  Faction  funeste  à 
l’espèce  humaine  est  si  généralement  connue,  n’agissait 
sur  les  chiens  que  comme  un  hypercadiartique,  se 
sont  évidemment  trompés  ;  d’où  il  résulte  que  l’étude 
de  l’empoisonnement  chez  l’homme  peut  être  sin- 
gulièi'ement  perfectionnée  par  les  expériences  faites 
suf  cette  espèce  d’animaux.  La  partie  médico-légale  de 
rempoisonnemènt  est  particulièrement  redevable  des 
progrès  quelle  a  faits  dans  ces  derniers  temps,  aux 


(5) 

expériences  chimiques  auxquelles  oh  a  soumis  les 
matières  contenues  dans  le  canal  digestif  des  chiens 
empoisonnés. 

Les  poisons  n’ont  pas  besoin,  pour  déterminer  des 
accidehs  graves,  d’être  introduits  dans  l’estomac  par  la 
bouche.  Injectés  sous  forme  de  lavement  dans  les  gros 
intestins,  plusieurs  d’entre  eux  peuvent  donner  nais¬ 
sance  aux  symptômes  de  l’empoisonnement.  Quelques- 
uns  agissent  avec  énergie ,  lorsqu’on  les  applique  sur  la 
membrane  muqueuse  de  la  bouche,  du  nez,  de  l’œil', 
du  vagin,  et  sur  l’orifice  de  l’utérus.  Il  en  est  qu’il  suffit 
de  mettre  en  contact  avec  la  peau,  pour  qu’ils  détermi¬ 
nent  l’inflammation,  la  suppuration,  et  par  suite  tous 
les  symptômes  qui  caractérisent  l’empoisonnementl  On 
observe  les  mêmes  phénomènes,  lorsqu’on  les  applique 
sur  le  tissu  lamineux  sous-cutané.  Quelquefois  cet  effet 
peut  être  le  résultat  de  frictions  prolongées,  ou  de  l’ap-, 
plication  d’un  emplâtre,  ou  de  tout  autre  médicament 
externe,  dans  la  composition  duquel  entre  une  subs¬ 
tance  vénéneuse.  Mais  c’est  surtout  lorsqu’on  applique 
certains  poisons  sur  les  tissus  séreux  et  veineux j  que 
l’on  remarque  combien  leur  action  est  énergique. 

L’action  des  poisons  sur  l’homme  varie  singulière¬ 
ment,  suivant  leur  nature.  Il  en  est  qui  irritent,  en¬ 
flamment  et  détruisent  les  parties  sur  lesquelles  ils  ont 
été  appliqués,  puis  déterminent  des  effets  quel’on  peut 
regarder  comme  sympathiques.  D’autres  agissent  ^ 
peine,  ou  n’agissent  pas  du  tout  sur  les  tissus  avec  les¬ 
quels  ils  sont  en  çontact,  mais  ils  paraissent  être  ab¬ 
sorbés  ;  ils  sont  portés  dans  le  torrent  de  la  circulation, 
et  vont  exercer  leur  influence  délétère  sur  le  système 


(S) 

iierTéus  et  sur  les  organes  de  la  circulation ,  de  la  res¬ 
piration,  de  la  digestion,  etc. 

B.  L’absorption  de  certains  poisons  nous  paraît  dé-, 
montrée.  En  attendant  que  de  nouvelles  récherches 
nous  aient  suffisamment  éclairés  sur  cette  fonction, 
nous  croyons  pouvoir  établir  :  i  °que  les  poisons  suscep¬ 
tibles  d’être  absorbés  le  sont  en  général  avec  plus  d’éner¬ 
gie  lorsqu’ils  sont  dissous  dans  l’eau,  que  dan  s  le  cas  où 
ils  sont  pulvérulens  ;  2®  que  l’insolubilité  des  substances 
vénéneuses  n’exclut  pas  toujours  leur  absorption;  3®  que 
cette  fonction  ne  s”exerce  pas  avec  la  même  énergie 
dans  les  différens  tissus,  quelle  est  plus  grande  dans 
le  tissu  séreux  que  dans  le  muqueux,  et  à  plus  forte 
raison  que  dans  le  tissu  lamineux  sous-cutané  ;  4° 
si,  en  général,  lorsqu’une  substance  vénéneuse  e^  ap¬ 
pliquée  à  l’extérieur  du  corps ,  scn  absorption  est  plus 
marquée  dans  les  parties  qui  contiennent  un  plus  grand 
nombre  de  vaisseaux  lymphatiques  et  veineux ,  le  con-, 
traire  s’observe  quelquefois;  5°  qu’il  est  permis  de 
croire  que  lorsqu’un  poison  du  règne  végétal,  com¬ 
posé  de  plusieurs  principes  immédiats,  est  absorbé,  il 
ne  l’est  pas  en  entier;  mais  qu’il  s’opère  une  décom¬ 
position ,  telprincipe  immédiat  étant  absorbé,  tandis 
qu’un  autre  ne  l’est  pas  (i). 


(ï)  Quelques  physiologistes  élèvent  des  doutes  sûr  l’absorp¬ 
tion  des  substances  vénéneuses.  Il  faudrait ,  disent-ils ,  pou¬ 
voir  démontrer  la  présence  du  poison  dans  l’organe  sur  lequel 
îl  a  agi,  pour  être  certain  qu’il  a  été  absorbé.  Ils  expliquent 
les  phénomènes  que  nous  rapportons  à  l’absorption  par  l’ac¬ 
tion  des  nerfs. 


(  7  ) 

Il  n’est  pas  toujours  aisé  de  juger  si  une  substance  vé¬ 
néneuse  a  été  absorbée.  Il  importe  cependant,  dans 
certains  eas  de  médecine  légale ,  de  pouvoir  parvenir  à 
la  solution  de  cette  question. 

Voici  quelques  préceptes  à  cet  égard. 

Si  l’application  d’un  poison  sur  le  tissu  lamineur 
sous-cutané  ne  donne  lieu  à  aucun  signe  d’irritation  lo¬ 
cale,  que  l’individu  succombe  peu  de  temps  après,  et 
qu’à  l’ouvertur  e  du  cadavre ,  on  découvre  des  altérations 
dans  les  poumons ,  dans  le  cceur-  dans  le  canal  digestif, 
il  nous  paraît  évident  que  le  poison  a  été  absorbé.  Cette 
conclusion  acqpriert-  beaucoup  plus  de  valeur ,  si  en 
mettant  successivement  ce  poison  en  contact  avec  dir 
vers  tissus ,  on  voit  qu’il  détermine  constamment  les 
mêmes  phénomènes,  et  que  la  mort  est  d’autant  plus 
prompte  ,  qqe  l’organe  sur  lequel  on  l’a  appliqué  est 
doué  d’une  force  absorbànte  supérieure. 

Il  est  au  contraire  permis  d’affirmer  que  l’absorp¬ 
tion  n’a  pas  eu  lieu  lorsqu’on  ne  remarque,  après 
l’application  extérieure  d’une  substance  vénéneuse  et 
irritante,  que  des  phénomènes  semblables  à  ceux  que 
produit  une  brûlure  peu  étendue. 

C.  Il  existe  des  poisons  solides,  liquides  et  gazeux. 
Ces  derniers  sont  souvent  l’écUeil  de  l’expert  chargé  de 
faire  un  rapport  sur  l’empoisonnement;  en  effet,  il  est 
possible  que  l’on  ait  fait  inspirer  à  l’iiidividu  dont  on  a 
détruit  la  vie,  un  gaz  irritant  ou  septique  dont  il  est 
impossible  de  déterminer  la  présence  après  la  mort. 
Quelquefois  cependant  la  nature  de  ce  gaz  peut  être 
rigoureusement  appréciée,  par  exemple,  lorsque  l’indii- 
vidu  a  été  asphyxié  dans  une  atmosphère  insalubre,  et 


' 

^ue  Ton  peut  soumettre  à  des  expériences  chimiques 

le  gaz  qui  constitue  cette  atmosphère.  En  général,  il  est 
beaucoup  plus  facile  de  découvrir  le  poison  s’il  est  so¬ 
lide  ou  liquide;  la  difficulté  est  encore  moins  grande  si 
la  substance  vénéneuse  appartient  au  règne  minéral. 
Voici,  relativement  aux  poisons  inorganiques ,  des  pré¬ 
ceptes  qu’il  ne  faut  jamais  perdre  de  vue  :  les  poisons 
solides  ou  liquides  dont  il  s’agit ,  administrés  sans 
mélange  d’aucun  autre  corps,  peuvent  ne  pas  avoir 
été  employés  en  entier  :  alors  l’expert  parviendra  fa¬ 
cilement  à  les  reconnaître  ,  en  les  soumettant  aux 
expériences  chimiques ,  que  nous  décrirons  avec  soin, 
s”  S’ils  ont  été  mêlés  avec  d’autres  poisons  ou  avec 
des  substances  alimentaires  solides  ou  liquides,  et 
qu’ils  n’aient  pas  été  employés  èn  entier,  lé  plus  sour 
V!:ent  on  devra,  pour  les  découvrir,  avoir  recours  à 
dès  expériences  chimiques  d’un  autre  genre,  que  nous 
indiquerons  par  la  suite  :  c’est  parce  que  les  auteurs 
de  médecine  légale  n’ont  pas  eu  connaissance  de  ce  fait, 
qu’ils  ont  avancé  tant  d’erreurs  graves  dans  leurs  écrits. 
3°  S’il  est  impossible  de  se  procurer  les  restes  du  poi¬ 
son  ,  il  faut  nécessairement  analiser  les  matières  vomies 
ou  rendues  par  les  selles  ;  et  si  l'individu  a  succombé,  il 
faut,  lorsqu  on  n’a  pas  découvert  le  poison  dans  les 
matières  contenues  dans  le  canal  digestif,  soumettre  les 
tissus  de  ce  canal  à  des  expériences  particulières,  dont 
l’objet  principal  est  dé  détruire  les  membranes ,  et  de 
mettre  à  nu  le  poison,  s’il  existe.  4°  Les  moyens  chimi¬ 
ques  que  l’on  ^met  en  usage ,  dans  la  solution  qui  nous 
occupe,  sont  assez  énergiques  pour  qu’on  puisse  recon¬ 
naître  les  plus  petites  quantités  des  poisons  minéraux. 


(  9  ) 

Après  avoir  indiqué  d’une  manière  succincte  les  no¬ 
tions  préliminaires  sur  l’empoisonnement,  nousallo-ns 
énumérer  les  substances  vénéneuses  qui  doivent  nous 
occuper,  et  exposer  le  plan  que  nous  nous  proposons 
de  suivre  dans  leur  étude. 

PREMIÈRE  CLASSE. 

Poisons  irritans. 

Phosphore,  iode ,  acides  concentrés  minéraux  et  vé¬ 
gétaux,  chlore,  eau  de  javelle,  potasse,  soude,  chaux, 
sulfure  de  potasse ,  nitrate  dépotasse,  sous -carbo¬ 
nate  de  potasse,  baryte,  sous-carbonate  de  baryte,  liy- 
drochlorate  de  baryte;  ammoniaque  liquide,  sous-car¬ 
bonate  d’ammoniaque,  bydrocblorate  d’ammoniaque  ; 
préparations  de  mercure,  d’étain,  d’arsenic,  de  cui¬ 
vre,  d’argent,  d’antimoine;  émétine;  préparations  de 
bismuth,  d’or,  de  zinc,  de  fer,  et  de  plomb;  la  racine 
debryone,  l’élatérium,  la  coloquinte  ;  la  gomme-gutte, 
le  garou,  le  ricin,  le  pignon  d’Inde,  l’euphorbe,  la 
Sabine,  le  staphysaîgre,  la  gratiole,  l’anémone  pulsa^ 
tile,  le  rhùs  radicans  et  toxicodendron ,  la  chélidoine, 
le  narcisse  des  prés ,  la  renoncule  dès  prés,  les  cantha¬ 
rides,  certains  poissons ,  etc. 

DEUXIÈME  CLASSE. 

Poisons  narcotiques. 

L opium,  la  morphine  et  le  sel  de  Derosne,  la  jus- 
quiame,  l’acide  hydrocyanique  (prussique) ,  le  laurier- 
cerise,  le  pêcher,  le  merisier  à  grappes,  la  laitue  vi- 
reuse ,  l’if ,  etc. 


(  lO  ) 

TPiOISIÊME  CLASSli. 

Poisons  narcotico -âcres. 

La  scille,  la  scillitine,  Vænanthe  crocata,  l’aconit 
napel,  l’ellébore  noir,  l’ellébore  blanc,  la  vératrine,  le 
colchique,  la  belladona ,  le  datura  stramonium,  le  ta¬ 
bac,  k  digitale  pourprée,  la  grande  et  la  petite  ciguë, 
la  ciguë  aquatique,  le  laurier-rose ,  le  seigle  ergoté,  la 
noix  vomique,  la  fève  de  Saint-Ignace,  l’upas-tieuté,  la 
strychnine ,  la  fausse  angusture ,  la  brucine ,  le  ticunas , 
le  woorara  et  le  ctu-are,  le  camphre,  la  coque  du  Le¬ 
vant,  la  picrotoxine,  l’upas  antiar,  les  champignons 
veneneux,  l  alcohol,  1  ether,  et  en  général  les  boissons 
spjritueuses. 

QUATRIÈME  CLASSE. 

Poisons  septiques  ou  putréfians. 

Acide  hydrosulfurique,  animaux  venimeux,  comme 
la  vipère,  les  serpensà  sonnettes,  le  scorpion,  etc.  ,  les 
matières  putréfiées. 

Indépendamment  de  ces  poisons,  nous  traiterons, 
dans  un  article  à  part ,  des  gaz  qui  exercent  une  ac¬ 
tion  délétère  lorsqu’ils  sont  introduits  dans  les  voies 
aériennes  :  ces  gaz  sont  l’acide  carbonique,  la  vapeur 
du  charbon ,  1  air  non  renouvelé ,  le  gaz  qui  se  dégage 
des  fosses  d’aisance,  les  gaz  ammoniac,  azote,  chlore, 
hydrogène,  hydrogène  arsénié ,  carboné,  acide  nitreux, 
protoxyde  d’azote ,  acide  sulfureux. 

Tels  sont  les  objets  que  nous  nous  proposons  de  pas-* 


(  ) 

ser  en  revue  dans  la  section  suivante.  Mais  comme  nous 
devons  nous  borner  aux  considérations  qui  sont  du  res¬ 
sort  de  la  médecine  légale ,  nous  ne  nous  occuperons , 
en  faisant  d’histoire  particulière  des  poisons,  que  du 
problème  suivant  :  Comment  peut-  on  reconnaître  que 
V empoisonnement  a  eu  lieu  par  tel  poison  ?  Pour  résou-? 
dre  cette  question  d’une  manière  convenable,  nous 
indiquerons ,  i°  les  caractères  physiques  de  la  subs-? 
tance  vénéneuse  ;  a®  les  expériences  chimiques  propres 
à  démontrér  sa  présence ,  soit  lorsqu’elle  est  pure ,  soit 
lorsqu’elle  est  mélangée  ou  combinée  avec  des  matières 
qui  la  masquent;  3°  les  symptômes  et  les  altérations 
de  tissu  quelle  détermine  ;  4°  enfin  son  mode  d’action 
sur  l’économie  animale. 

Si  les  divers  poisons  renfermés  dans  une  classe  don?^ 
naient  lieu  à  des  symptômes  et  à  des  lésions  de  tissu  dîf- 
férens  pour  chacun  d’eux;  si  leur  mode  d’action  n’était 
pas  le  même,  nous  serions  obligés  de  faire  autant  de  des¬ 
criptions  particuhères  qu’il  y  aurait  de  poisons  ;  mais  il 
n'en  est  pas  ainsi  :  plusieurs  des  substances  vénéneuses 
comprises  dans  une  classe  exercent  à  peu  près  le 
même  mode  d’action;  en  sorte  que  nous  pouvons,  pour 
éviter  des  répétitions,  les  distribuer  en  groupes,  et 
nous  borner  à  décrire  les  symptômes  et  les  lésions  de 
tissu  déterminés  par  les  poisons  rangés  dans  chaçune 
de  ces  subdivisions.  Toutefois  nous  aurons  soin  d’in¬ 
diquer,  dans  chaque  description  particulière ,  les  phé¬ 
nomènes  qui  nous  paraîtront  appartenir  spécialement  à 
telle  ou  à  telle  autre  espèce  de  poison ,  et^ue  l’on  cher-î; 
cherait  en  vain  dans  l’histoire  générale  des  symptômes 
et  des  lésions  dont  nous  aurons  parlé. 


(  ) 

DEUXIÈME  LEÇÔH. 

ÎP  SÈCTION.  —  Des  poisons  en  particulier. 

PREMIÈRE  CLASSE. 

Poisons  irritans. 

On  ne  devrait  donner  le  nom  è.é poisons  irritans,  cor¬ 
rosifs,  escharotiques  ou  ^res ,  qu’à  ceux  dont  les  effets 
sont  le  résultat  de  rirritation  et  dé  l’inflammation  qu’ils 
déterminent  dans  les  parties  du  corps  sur  lesquelles  on 
les  applique,  et  qui  peuvent  ultérieurement  donner  lieu 
à  l’ulcération,  à  la  perforation,  à  des  eschares  ;  dans  ce 
cas,  plusieurs  des  poisons  rangés  dans  la  classe  dont  il 
s’agit  devraient  être  placés  ailleurs,  puisqu’ils  détruisent 
la  vie  dans  un  très-court  espace  de  temps ,  en  laissant  à 
peine  des  traces  de  leur  action  locale. 

Article  Des  substances  simples. 

Du  Phosphore. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  phosphore  ? 

.  I .  On  reconnaîtra  le  phosphore  dégagé  de  tout  mé¬ 
lange  aux  caractères  physiques  et  chimiques  suivans.  Il 
estsolide'àla  température  ordinaire;  il  est  blanc,  blanc- 
jaunâtre  ou  rouge,  suivant  qu’il  a  été  conservé  dans 
1  obscurité  ou  exposé  à  l’action  de  la  lumière;  il  est 
demi-transparent  OU  opaque,  flexible ,  assez  mou  pour 
qu’on  puisse  le  couper  avec  un  couteau  ;  quelquefois 


(  ) 

cependant  il  présente  un  assez  grand  degré  de  dureté, 
c’est  lorsqu’il  n’est  pas  récemment  préparé  ;  enfin ,  il 
répand  une  odeur  alliacée  très-remarquable  (i).  Il  a 
beaucoup  d’affinité  pour  l’oxygène  :  aussi  décompose-t-il 
l’air  à  toutes  les  températures.  Si  on  le  place  sur  un  corps 
légèrement  chauffé ,  il  fond ,  brûle  avec  éclat,  et  forme 
de  l’acide  phosphorique  qui  se  dégage  dans  l’atmos¬ 
phère,  sous  la  forme  de  vapeurs  blanches  épaisses,  et 
de  l’oxyde  rouge  de  phosphore ,  qui  reste  attaché  au 
vase  sur  lequel  on  avait  placé  le  phosphore.  Si  au  lieu 
d’agir  ainsi  on  expose  ce  corps  à  l’action  de  l’air  à  I4 
températtue  ordinaire ,  il  en  absorbe  également  foxy- 
gène,  passe  à  l’état  d’acide  phosphatique ,  et  répand 
une  légère  fumée  blanche  j  il  se  produit  pendant  cette 
combustion  une  lumière  verdâtre,  qui  n’est  visible 
que  dans  l’ obscurité. 

'  Si  le  phosphore  pulvérulent  avait  été  mêlé  à  d’autres 
corps  solides ,  on  le  reconnaîtrait,  à  rôdeur  alliacée 
du  mélange  ;  2°  à  la  propriété  qu’il  a  d.e  fumer  lorsqu’il 
est  exposé  à  l’air  ;  3°  à  la  manière  dont  il  se  compor¬ 
terait  lorsqu’on  lé  mettrait  dans  une  peau  de  chamois  t 
en  faisant  avec  celle-ci  un  nouet  bien  solide,  que  l’on 
comprime  au  moyen  de  piôces ,  et  que  Ton  tient  dans 


-  (i)  Si  nous  avions  voulu  décrire  le  phosphore  pur  et  récem- 
merit  prépàré,  nous  n’aurions  pas  indiqué  les  diversesnuances 
de  cdulèûr,  dé  transpaténce,  de  consistance ,  etc. ,  parce  qu’il 
se  présente  toujours  de  la  même  manière  ;  mais  comme  notre 
objet  est  de  fairé  connaître  ce  corps  dans  tous  les  états,  nous 
avons  dù  signaler  les  caractères  variés  qu’il  offre.  Nous  croyons 
remplir  mieux  notre  but  en  agissant  ainsi  pour  tous  les  poisons. 


(  >4  ) 

l’eau  bouillante,  le  phosphore  fond ,  paâse  à  travers  la 
pôau ,  et  se  fige  à  mesure  que  l’eau  sè  refroidit. 

Ahoholphosphové.  Si  le  phosphore  a  été  dissous  dans 
l’alcohol,  on  le  reconnaîtra  aux  caraetèfe^suivans.  L’o¬ 
deur  du  liquide  est  à  la  fois  alcoholiqué  et  alliacée  ;  si 
on  rehflamme  ,  il  brûle  à  peu  près  comme  sil’aleohol 
était  seul,  et  il  ne  resté  point  d’Oxyde  rouge  de  phos-, 
phore  dans  la  capsule.  L’eau  en  précipite  sur-le-ehamp 
une  poudre  blanche;  si  on  verse  une  petite  quantité 
de  ce  liquide  dans  un  verre  rempli  d’eau  froide  et  placé 
dans  un  lieu  obscur,  on  aperçoit  à  la  surface  du  liquide 
des  ondes  lumineuses  et  brillantes  qui  paraissent  dues 
au  gaz  hydrogène  phosphoré  qui  se  dégage;  l’eau  de¬ 
vient  laiteuse.  Le  nitrate  d’argent  est  précipité  en  noir 
par  l’alcohol  phosphôré, 

3.  Ether  phosphoré.  L’éther,  tenant  du  phosphore  én 
dissolution ,  jouit  des  propriétés  suivantes  :  il  a  une 
odeur  à  la  fois  éthérée  et  alliacée;  si  on  l’enflamme,  il 
brûle  comme  si  l’éther  était  pur  ;  mais  vers  la  fin ,  lors¬ 
que  presque  tout  l’éther  est  brûlé  ,  il  se  produit  des 
vapéurs  blanches  d’acide  phosphorique  et  de  l’oxyde 
rouge  de  phosphore  qui  reste  dans  la  capsule.  Lorsqu’on 
expose  ce  liquide  à  l’air  il  répand  des  vapeurs  blan¬ 
ches,  lumineuses  dans  l’obscurité;  l’éther  ne  tarde  pas 
à  se  vaporiser  en  entier ,  et  il  reste  upe  poudre  blanche, 
qui.  est  du  phosphore  divisé.  En  agitant  l’éther  phos¬ 
phoré  avec  de  l’eau ,  le  phosphore  se  sépare  sous  forme 
de  petites  lames  blanchâtres  qui  viennent  à  la  surface 
du  liquide  ;  il  y  a  dégagement  de  vapeurs  blanches, 
lumineuses  dans  l’obscurité.  L’éther  phosphoré  pré¬ 
cipite  le  nitrate  d’argent  en  noir. 


(  ) 

Huile  phosphorée.  Elle  conserve  la  plupart  des  pro¬ 
priétés  physiq[ues  de  l’huile  ;  mais  elle  rougit  faiblement 
la  teinture  de  tournesol ,  avec  laquelle  on  l’agite ,  et 
précipite  le  nitrate  d’argent  en  noir. 

Lorsque  le  phosphore  a  été  transformé  dans  l’es¬ 
tomac  de  l’homme  en  acides  phosphorique  ou  phospha- 
tique  qui  ont  occasioné  la  mort  de  l’individu,  on  s’as¬ 
surera  de  la  présence  de  ces  acides  par  les  réactifs  qui 
seront  indiqués  §  i4et  i5. 

■  Symptômes  et  lésions  dé  tissa  déterminés  par  le  phos¬ 
phore.  Les  symptômes  et  les  lésions  de  tissu  déterminés 
par  le  phosphore  ont  la  plus  grande  analogie  avec  ceux 
qui  sont  lé  résultat  de  l’introduction  des  acides  dans 
1  estomac  (  voy .  §  5  )  ;  en  effet  le  phosphore  se  trans¬ 
forme,  dans  le  canal  digestif,  en  acide  phosphorique . 
ôu  phosphatique ,  suivant  qu’il  absorbe  plus  ou  moins 
d’oxygène  à  l’air  contenu  dans  ce  canal.  S’il  est  pulvé¬ 
rulent,  ou  mieux  encore  dissous  dans  l’éther,  dans 
l’huile,  etc.,  il  passe  à  l’état  d’acide  phosphorique,  et 
il  agit  comme  un  irritant  énergique  ;  si  au  contraire 
il  a  été  introduit  à  l’état  solide  et  sous  formé  de  cy¬ 
lindres,  ilsé  transforme  én  acide  phosphatique,  beau¬ 
coup  moins  actif. 

Actiàn  du  phosphore  sur  V économie  animale  {yoyez^ 

Action  générale  des  acides  ,  §  6 

De  liode. 

Comment  peut-on  -reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’iode? 

4-  Pour  distinguer  l’iode  des  autres  corps,  on  aura 
égard  aux  caractères  physiq^ues  et  chimiques  suivans.  IL 


(I6) 

est  solide ,  lamelleux ,  bleuâtre ,  brillant  et  d’une  odeur 
forte  5  il  jaunit  sur-le-champ  lé  papier  blanc  sur  lequel 
op  Fa  placé.  Mis  sur  une  plaque  de  fer  chauffé,  il  se 
volatilise,  et  répand  des  vapeurs  d’un  très-beau  violet. 

Symptômes  déterminés  par  T  iode  {voyez  §  5,  Symp¬ 
tômes  de  l’empoisonnement  par  les  acides.) 

Lésions  de  tissu  produites  par  Viode.  Les  altérations 
qui  sont  le  résultat  de  l’introduction  de  l’iode  dans  le 
canal  digestif  présentent  un  caractère  particulier  :  la 
membrane  muqueuse  de  l’estomac  offre  plusieurs  pe¬ 
tits  ulcères  linéaires ,  bordés  d’une  auréole  jaune  :  les 
portions  ulcérées  sont  transparentes  ;  on  voit  çà  et  là ,. 
dans  l’intérieur  de  cet  organe,  et  principalement  sur  les 
plis  qui  avoisinent  le  pylore ,  quelques  taches  d’un  jaune 
clair,  tirant  qu^elquefois  sur  le  brun;*la  membrane 
muqueuse  se  détache  aisément  de  ces  parties  tachées  ; 
il  suffit  pour  cela  de  les  étendre  ou  de  les  frotter;  on 
observe  souvent  près  du  pylore  la  membrane  muqueuse, 
enflamniée,  rouge,  et  recouverte  d’un  enduit  vert-foncé, 
qui  empêche  d’abord  d’apercevoir  la  rougeur. 

Action  de  T  iode  sur  T  économie  animale.  Elle  paraît 
être  la  même  que  celle  des  autres  irritans  qui  ne  sont 
pas  absorbés.  (  Voyez  §  6  lis.  )  L’iode  n’agit  quaprès 
avoir  été  tranfornié  en  acide  hydriodique  aux  dépens 
de  l’hydrogène  de  l’eau  ou  des  tissus  des  animaux. 

Article  ii. — Des  acides  cokcentjeiés  minéraux  et 

VÉGÉTAUX. 

Ces^ acides  sont  le  sulfiirique,  le  nitrique,  le  nitreux, 
l’h^drochlorique  (  muriatique),  Feau  régale,  le  phos- 


(  17  ) 

phori^e,  le  piiospliat^ue ,  l’oxalique,  le  tartarîque 
et  le  citrique. 

-  Symptômes  de  V empoisonnement  par  les  acides.  Aus¬ 
sitôt  après  avoir  avalé  un  acide  concentré,. on  éprouve 
les  effets  suivans  ;  saveur  acide  brûlante  très -désa¬ 
gréable;  chaleur  âcre  au  gosier  et  dans  l’estomac;  dou¬ 
leur  aiguë  à  la  gorge,  qui  ne  tarde  pas  à  se  propager 
jusqu’aux  entrailles;  fétidité  insupportable  de  l’ha- 
leine;  rapports  fréquens;  envies  de  vomir,  vomisse- 
mens  abondans,  d’une  couleur- variable ,  quelquefois 
mêlés  de  sang,  produisant  dans  la. bouche  une  sensa¬ 
tion  d’amertume,  bouillonnant  assez  souvent. sur  le  carr- 
reau.^  et  rougissant  la  teinture  de  tournesol ,  eomme 
tous  les  acides  ;.hoquet  ;.constipatîon ,  mais  le  plus  sou¬ 
vent  selles  copieuses,  plus  ou  moins  sanguinolentes; 
coliques  ou  plutôt  douleurs  aiguës  dans  toutrl’abdo- 
men,  qui  s’étendent  jusque-  dans  la  poitrine;  diffi¬ 
culté  de  respirer;  angoisses;  pouls  fréquent  et  irrégulier; 
soif  ardente  :  les  boissons  augmentent  les  douleurs ,  et 
ne  tardent  pas  à  être  vomies  ;  frissons  de  temps  à  autre, 
et  presque  toujoürs  la  peau  >  et  surtout  les  membres 
inférieurs,  sont  comme  glacés  ;  sueurs  froides  et 
gluantes;  efforts  répétés  et  infructueux  pour  uriner, 
impossibilité  de  garder  la  même  position  ;  mpuvemens 
convulsifs  des  lèvres,  de  la  face,  des  membres;  un 
grand  état  de  prostration;  physionomie  peu  altérée 
d’abord  :  bientôt  après  le  teint  devient  pâle  ou  plombé. 
Les,  facultés  intellectuelles  conservent  le  plus  souvent 
leui^  intégrité.  Il  n’est  pas  rare  de  voir  l’intérieûr  de  la 
bouche  et  des  lèvres  brûlé,  épaissi,  et  rempli  de  plaques 
blanches  ou  noires ,  qui,  en  se  détachant,  iiTÎtent  le 

2 


(  I§  ) 

malade  J  et  provoquent  une  toux  fatigante;  alors  la 
voix  est  altérée  ;  il  y  a  parfois  une  éruption  doulou¬ 
reuse  à  la  peau.  On  n  observe  pas  constamment  fen- 
semble  des  symptômes  dont  nous  parlons  chez  le  même 
individu. 

6.  Lésions  de  tissu  produites  par  les  acides  concentrés. 
Parmi  les  altérations  que  les  tissus  éprouvent  de  la  part 
des  acides  concentrés,  il  en  est  qui  sont  communes  à  " 
tous  ,  et  d’autres  qui  sont  le  résultat  de  l’action  parti¬ 
culière  de  quelques-uns  d’entre  eux.  Les  premières 
seules  doivent  nous  occuper  ici;  les  autres  trouveront 
naturellement  leur  place  dans  l’histoire  des  acides  qui 
les  déterminent. 

Altérations  communes.  Lorsque  les  acides  concentrés 
sont  introduits  dans  le  canal  digestif,  ils  enflamment 
toutes  les  parties  qu’ils  touchent  ;  l’inflammation  est 
en  général  légère  là  où  le  poison  n  a  fait  que  glisser  ; 
elle  est  plus  ou  moins  intense  dans  les  parties  où  l’acide 
à  séjourné  pendant  quelque  temps  ;  ainsi,  les  diverses 
parties  de  la  bouche  ,  du  pharynx  et  de  l’cesophage 
sont  ordinairement  le  siège  d’une  rougeur  plus  ou 
moins  niarquée  ;  l’estomac  et  le  canal  intestinal  présen¬ 
tent  le  plus  souvent  des  traces  d’un  violent  désordre. 
Tantôt  la  membrane  muqueuse,  qui  tapisse  ces  organes, 
est  d’un  rouge  vif,  d’un  rouge  cerise  ou  ,d’un  rouge 
brun  dans  toute  son  étendue;  dans  ce  cas,  les  tuniques 
musculeuse  et  séreuse  sous-jacentes  peuvent  partici¬ 
per  à  l’inflammation,,  quoiqu’à  un  degré  moin<h-e.  Tan¬ 
tôt  on  observe,  indépendamment  de  cette  rougeur 
générale ,  des  taches  noirâtres  disséminées  çàet  là  sur 
la  surface  interne  de  l’estomac;  ces  taches,  A'^éritables , 


(  19  ) 

ecchymoses,  sont  formées  par  du  sang  extravasé  dans 
les  aréoles  du  tissu  lamineux  sous-muqueux,  et  doivent 
être  distinguées  des  taches  gangréneuses.  Quelquefois , 
on  remarque  de  véritables  eschares ,  des  ulcères  qui 
peuvent  intérèssj^  toutes  les  membranes  ;  alors  il  y  a 
perforation.  Dans  certaines  circonstances  ,  les  tissus 
sont  épaissis  ;  dans  d’autres ,  ils  sont  ramollis  et  comme 
dissous ,  en  sorte  que  les  membranes  se  détachent  avec 
la  plus  grande  facilité.  Il  est  des  cas  où  l’on  trouve  l’esto¬ 
mac  et  le  rectum, très-enflammesi  tandis  que  la  masse  des 
intestins  grêles  est  presque  dans  iétat  naturel;  cette 
particularité,  qui  a  également  heu  pour  un  très-grand 
nombre  de  substances  vénéneuses  ,  paraît  dépendre  de 
la  rapidité  avec  laquelle  «ne  partie  du  poison  traverse 
les  intestins  grêles ,  et  du  long  séjoiu*  qu’elle  fait  dans 
l’estomac  et  dans  le  rectuna. 

Si,  au  lieu  d’introduire  racide  concentré  dans  bes- 
tomac,  on  l’applique  à  l’extérieur,  il  détermine  tous  les 
phénomèi^s  de  la  bruluré.  ^ 

d  bis.  Açtiçndesmidessurréçgrwrrw  amm^  is  Les 
acides  concêhtrés  agissent  avec  la  plus  grande  énergie 
lorsqu’on  les  introduit  dans  le  canal  digestif;  la  mort 
qu  ils  déterminent  est  le  résultat  de  Vinflammatipn 
qu  ils  développent  dans  les  tissus  de  ce  canal ,  et  de  l’ir- 
ntation  sympathique  du  cerveau  et  de  tout  le  système 
nerveux,  n®  Ils  ne  sont  pa^'absorbés.  3°  Injectés  dans 
les  veines,  ils  coagulent  le  sang  et  détruisent  instanta¬ 
nément  la  vie.  4°  Appliqués  sur  la  peau^  ils  dp.nnent 
lieu  à  tous  les  phénomènes  de  la  brfdùre ,  et  ils  n’occa¬ 
sionnent  la  mort  qu  autant  que  celle-ci  a  été  prpfonde 
ou  très-étendue. 


(  2®  > 

TROISIÈME  LEÇON. 

'  _  De  V Acide  sulfurique. 

"  Comment' peut -oïl  fecbnnaîtfeqtie  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’aeide  sulfurique  ?  -  . 

-  7.  L’acide  sulfurique  eojicentré  que  l’on' trouve  dans 
lé  çonlmerce  offre  les  caractères  physiques  et  chimi¬ 
ques  suivans.  Il  est  liquide j  blanc,  jaunâtre,  brUn 
ou  noir,  oléagineux,  inodore,  à  moins  qu’il  ne  con¬ 
tienne  de  l’acide  sulfureux  ;  car  alors  il  a  l’odeur  de 
soufré  qui  brûle,-  il  est  beaucoup  plus  pesarit  que 
l’eau  :  sa  saveur  est  des  plus  caustiques.  Tl  suffît  d’en 
‘instiller  une  goutte  dans  Une  grande  quantité  d’eau  de 
tournesol  pour  la  rougir.  Il  charbonne  sur-Ie-cbamp  le 
bois,  les  allumettes.  Mêlé  avec  son  volume  d’eau,  il 
s’échauffe  considérablement ,  ét  répand  des  vapeurs  ;  ce 
dégagement  de  calorique  tient  au  rapprochenient  des 
r:  molécules.  Lorsqu’on  le  fait  bouillit  dans  une  fîolé  avec 
du  cbarbdn  pulvérisé  du  du  metcUre  ,  ib  répand  des 
vàpéurs  d’acide  SUlfureUx  ayant  l’odeur  de  soufre  qui 
brûle  J  dans  cette  expérience,  le  charbon  êt  lé  mercure 
décomposent  l’acide  en  totalité  bu  en  partie,  et  absor¬ 
bent  une  portion  dé  son  oxygène.  Versé  dans  1  eau  de 
baryte  OU  dans  un  sel  barÿtique  sOluble,  il  produit  un 
précipité  blanc  abondant  dé  sulfaté  de  baryte  j  qui  ne 
peut  être  dissous  ni  par  Teau-  ni  par  l’acide  nitrique. 

Si  l’aeide  sulfurique,  au  lieu  d’être  concentré,  était 
affaibli  y  ü  n’offrirait  pas  tOütés  les  propriétés  dont 
nous  vénons  de  parler;  mais  il  agirait  de  la  même  ma¬ 
nière  sur  l’eau  de  tournesol  (avec  moins  d’énergie),  sur 


(  -21  ') 

l’eau  et  les  sels  de, baryte,  sur  le  cbafbon  et  sur  le  mer¬ 
cure.  Il  faudrait  seulement  le  concentrer  par  une  ébul¬ 
lition  prolongée,  pour  qu’il  fournît  avec  le  cbarbon  et 
le  mercure  les  résultats  que  nous  avons  indiqués. 

Da:nsle  cas  où  l’acide  sulfurique  concentré  serait  uni 
à  l’indigo,  comme  dans  le  bleu  de  composition  employé 
en  teinture,  on  le  reconnaîtrait  aux  caractères  suivans. 
Le  liquide  est  épais  et  d’un  bleu  foncé  j  il  a  une  odeur 
particulière  qui  n’est  pas  celle  du  soufre  qui  brûle  ;  mais 
il  répand  c,ette  odeur  lorgnon  le  fait  bouillir  avec  du 
mercure  (car  il  se  produit  alors  du  gaz  acide  sulfureux). 
Il  échauffe  l’eau.  Lorsqu’on  le  mêle  avec  du  chlore  con¬ 
centré  et  liquide,  il  est  décoloré  sur-le-champ  pourvu 
qu’on  emploie  suffisamment  de  chlore  :  le  liquide  ré¬ 
sultant  est  d’une  coulejir  jaune  ;  il  rougit  fortement  le 
papier  de  tournesol ,  et  donne  a^vec  le  nitrate  de  baryte 
un  précipité  blanc  de  sulfate  de  baryte ,  insolublé  dans 
l’eau  et  dans  l’acide  nitrique. 

Le  médecin  ,  chargé-de  constater  la  nature  de  cette 
liqueur ,  mirait  recours  au  procédé,  suivant  s’il  ne 
pouvait  pas  se,  procurer:  du  chlore  ;  il  la  saturerait 
par  la  potasse  à  l’alcohol.  (  par  conséquent  privée  de 
sulfate);  il  ferait  évaporer  le  mélange  jusqu’à  siccité 
dans  une  capsule  de  porcelaine  ,  puis  il  calcinerait  le 
produit  dans  un  creuset  pendant  un,  quart  d’heure  ;  par 
ce  moyen  l’indigo  serait  détruit ,  et  il  ne  resterait  que 
du  sulfate  de  potasse  et  uue  portion  de  charbon  prove- 
vant  de  l’indigo.  Alors,  on  dissoiidrait  le  sulfate  de  po¬ 
tasse  dans  Veau  distillée,  ©n, filtrerait,  et  on  verserait 
dans  la  liqueur  une  dissolution  de  bary  te  ;  on  obtien¬ 
drait  sur-le-champ  un  précipité  blanc  de  sulfaté  de  ba- 


(■2a) 

ryte ,  ii^soluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide  nitrique  :  or 
le  sulfate  de  baryte  suppose  rexisténce  de  l’àcide  sulfu¬ 
rique  ;  celui-ci  né  fait  point  partie  de  la  potasse ,  dè  l’eau 
distillée  ni  de  l’indigo  :  donc  il  ekistait  dans  lé  bleu  de 
composition. 

Si  l’acide  sulfurique  était  mêlé  avec  du  vin  ou  avec 
du  vinaigre,  on  le  reconnaîtrait  aux  caractères  qui  se¬ 
ront  exposés  aux  articles  'Fin  et  vinaigre  frelatés. 

Enfin,  lorsque  l’acide  sulfurique  fait  partie  des  li¬ 
quides  vomis,  ou  de  ceux  que  l’on  trouve  dans  le  canal 
digestif  après  la  mort  de  l’individu,  on  doit  saturer 
une  partie  de  ces  liquides  par  le  sous-carbonate  de 
chaux,  débarrassé  par  l’ébullition  des  substances  so¬ 
lubles  qu’il  peut  contenir  ;  11  se  formera  du  sul¬ 
fate  de  chaux  qui  ne  tardera  pas  à  se  déposer  au  fond 
du  vase,  surtout  si  on  chauffe  un  peu  la  liqueur  ;  on 
ramassera  sur  un  ffltre  le  sulfate  de  chaux  précipité  ; 
on  en  traitera  une  partie  par  l’eau  distillée  bouil¬ 
lante  ,  qui  le  dissoudra,  et  on  versera  dans  la  dissolu¬ 
tion  de  l’hydrochlorate  de  baryte  dissous;  on  ob¬ 
tiendra  sur-le-champ  un  précipité  blanc  de  sulfate  de 
haryte,  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide  nitrique; 
donc  il  y  avait  de  l’acide  sulfurique  libre.  L  autre  por- 
tiôn  de  sulfate  de  chaux  sera  mêlée  avec  le  quart  de  son 
poids  de  charbon  pulvérisé,  et  calcinée  pendant  deux 
heures  dans  un  creuset  de  terre  ;  par  ce  moyen  le  sul¬ 
fate  se  toouvera  transformé  en  sulfure ,  que  l’on  recon¬ 
naîtra  à  rôdeur  d’cêufs  p^onris  qii  il  dégagera  enle  met¬ 
tant  dans  l’eau  aiguisée  d’acide  nitrique  ou  hydro- 
chïorique  :  or  l’existence  d’un  sulfure  prouve,  dans 
ce  cas,  celle  d’ ira  sulfate  et  de  l’acide  suîfuiique. 


(  a3  ) 

Symptômes  de  V empoisonnement  par  V acide  sulfu¬ 
rique,  Voyez  S  5* 

Lésions  de  tissu  produites  par  V acide  sulfurique  con¬ 
centré.  Indépendamment  des  altérations  générales  que 
les  acides  déterminent,  et  dont  nous  avons  parlé,  on 
observe  que  l’acide  sulfurique  concentré  réduit  sou¬ 
vent  en  une  sorte  de  bouillie  noire  plusieurs  des  parties 
qu’il  touche. 

Le  bleu  de  composition  agit  de  la  même  manière ,  si 
ce  n’est  que  l’on  découvre  éà  et  là,  dans  quelques  par¬ 
ties  du  canal  digestif,  une  teinte  verdâtre  ou  jau¬ 
nâtre. 

Action  de  V acide  sulfurique  sur  Véponomie  animale. 
{Voyez  S  6  bisi) 

8.  Action  de  r  acide  sulfurique  introduit  dans  le  canal 
digestf  apres  la  mort  de  l'individu.  Lorsqu’on  injecte 
^ians  l’intestin  rectum^  d’mi  individu  qui  vient  d’ejspi- 
rer  cinq  ou  sis  gros  d’acide  sulfurique  concentré, 
qu’on  laisse  séjournêr  pendant  vingt-qu:atre  heures,  on 
remarque,  en  faisant  l’ouverture  du  cadavre,  que  l’acide 
n’a  agi  que  sur  la  portion  d’intestin  sur  laquelle  il  a  été 
appliqué,  en  sorte  qu’il  y  a  une  ligne  de  démarcation 
tranchée  entre  les  parties  qui  ont  été  touchées  par 
1  acide,  et  celles  qui  liè  l’ont  pas  été  ;  la  membrane 
muqueuse  est  jaunâtre,  et  se  détache  facilement  sous 
la  forme  de  flocons;  la  tunique  musculeuse  est  blanche; 
il  en  est  de  même  de  la  membrane  séreuse  ,  qui- en 
outre  est  épaissie  et  parsemée  de  vaisseaux  injectés,  ën 
noir  et  durcis,  comme  si  le  sang  qu’ils  renferment  eût 
ete  charhonné  v  on  ne  découvre  aucune  trace 

de  rougeur.  Ces  éaractéres  soht  plus  que  suffisans  pour 


(-^4  ) 

distinguer  si  l’acide  sulfurique  a  été  intrôdiiit  dans  le 
canal  digestif  avant  ou  après  la  mort. 

De  r Acide  nitrique. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’acide  nitrique  (eau-forte)  ? 

9.  L’acide  nitrique  concentré  que  l’on  trouve  dans 
le  commerce  est  liquide ,  blanc  ,  jaunâtre  ou  jaune, 
doué  d’une  odeur  particulière  et  d’une  saveur  causti¬ 
que.  Il  agit  avec  .beaucoup  d’énergie  sur  l’eau  de  tour¬ 
nesol.  Le  cuivre,  le  fer,  le  zinc  et  le  charbon  pulvérisé 
le  décomposent  sur-le-champ  en  totalité  ou  en  partie, 
s  emparent  d’une  portion  de  son  oxygène,  et  le  font  pas¬ 
ser  a  letat  de  gaz  deutoxyde  d’azote,  qui  se  dégage, 
s  unit  à  1  oxygène  de  l’air,  et  se  transforme  en  gaz  acide 
nitreux  orangé  ôu  rouge  (vapeurs  rutilantes)  :  cette  ex- 
perience  ne  réussit  bien  avec  le  charbon  qu’autant  que 
l’on  chauffe  un  peu  le  mélange.  L’acide  nitrique  con¬ 
centré  jaunit  la  peau  et  toutes  les  substances  animales^ 
même  à  froid. 

9  bis.  Si  1  acide  nitrique,  au  lieu  d’être  concentré , 
était  assez  fl^^'é/ï.pour  ne  pas  présenter  les  propriétés 
que  nous  venons  d’énumérer,  il  faudrait  le  saturer  avec 
de  la  potasse  pure,  et  faire  évaporer  jusqu’à  siccité.  Si 
le  produit  était  du  nitrate  de  potasse,  nul  doute  que 
l’acide  dont  on  cherche  à  connaître  la  nature  ne  fût 
1  acide  nitrique  (-yq^es  §  a 5,  pour  les  caractères  du 
nitrate  de  potasse.) 

Dans  le  cas  ou  1  acide  nitrique  aurait  été  uni  au  vin 
ou  au  vinaigre,  on  en  démon  tirerait  la  présence  par  les 


(  ) 

réactifs  qtii  seront  indique's  aux  articles  Vin  et  vinaigre 
Jrelatés. 

Si  l’acide  dont  nous  parlons  faisait,  partiè  des  ma¬ 
tières  vomies,  ou  de  celles  que  l’on  trouve  dans 
le  canal  digestif  après  la  mort  des  individus ,  on  cher¬ 
cherait  d’abord  s’il  n’existe  point  dans  la  portion 
liquide  de  ces  matières  :  pour  cela  ,  on  décanterait 
celles-ci,  nu  bien  on  exprimerait  la  masse  dans  un 
linge  blanc,  et  on  essayerait  le  liquide  par  l’eau  de 
tournesol,  la  tournure  de  cuivre  et  la  potasse  caustique. 
En  supposant  que  ,  ces  essais  fussent  infructueux  pour 
découvrir  l’acide  nitrique ,  singulièrement  affaibli  par 
les  liquides  avec  lesquels  il  serait  mêlé,  on  le  traiterait 
par  la  potasse,  comme  nous  l’avons  conseillp  en  pariant 

de  l’acide  nitrique  faible.  §  9 

Enfin  l’acide  nitrique  peut  avoir  été  combiné  avec 
les  matières  alimentaires  solides  et  avec  les  tissus -du 
canal  digestif:  or  le  produit  résultant  de  cette  action 
est  le  plus  souvent  insoluble  dans  l’eau;  nous  devons 
donc  avoir  recours  à  d’autres  procédés  pour  mettre  la 
présence  de  l’acide  nitrique  hors  de  donte.  11  faut  faire 
bouillir,  pendant  trois  quarts  d’heure ,  dans  une  fiole  à 
médecine,  les  matières  suspectes  préalablement  mêlées 
avec  une  dissolution  de  potasse  h  l’alcoholpavfaitexnent 
pure,  filtrer  le  liquide,  dont  la  couleur  sera  plus  du 
moins  rouge ,  et  1  evaporer  dans  une  capsule  de  porce¬ 
laine;  cette  opération  a  pour  objet  de  décomposer  la 
matière  animale,  et  de  transformer  la  potasse  en  ni¬ 
trate  de  potasse  aux  dépens  de  l’acide  nitrique.  On 
fait  bouillir  avec  une  suffisante  quantité  d’aîcobol  con¬ 
centré  la  masse  provenante  du  liquide  évaporé;  l’alcobol 


(  20  ) 

dissout  les  diyers  produits  résultans  de  l’action  de  la 
potasse  sur  la  matière  animale,  et  n’agit  point  sur  le  ni¬ 
trate  de  potasse  5  celui-ci  reste  donc  au  fond  de  la  fiole, 
et  il  est  aisé  de  le  reconnaître  aux  caractères  que  nous 
indiquerons  %  a5.  Or  le  nitrate  de  potasse  suppose  la 
présence  de  l’acide  nitrique. 

Symptômes  de  V empoisonnemeiU par  V acide  nitrique. 
Indépendamment  des  symptômes  produits  par  les 
acides  concentrés  (payez  §  5),  l’acide  nitrique  déter¬ 
mine  souvent  des  taches  jaunâtres,  citrines  ou  oran¬ 
gées,  sur  le  menton,  les  lèvres  et  les  mains.  Lesen~ 
timent  de  froid  qu’il  fait  éprouver  au  malade  est  très- 
marqué,  et  persiste  fort  long-temps. 

Lésions  de  tissu  produites  par  V acide  nitrique  concen¬ 
tre.  Les  altérations  de  tissu  qui  paraissent  être  spécia¬ 
lement  déterminées  par  l’acide  nitrique  sont  :  1°  une 
teinte  blanchâtre,  et  le  plus  souvent  jaunâtre,  de  la 
membrane  muqueuse  qui  tapisse  la  bouche  et  l’œso¬ 
phage,  et  de  la  couronne  des  dents  ;  2®  une  couche 
assez  épaisse  de  matière  d’un  jaune  verdâtre  à  la  surface 
interne  de  1  estomac,  du  duodénum  et  du  jéjunum; 
néanmoins  ce  dernier  caractère  est  loin  d’être  cons¬ 
tant  ,  car  assez  souvent  la  rougeur  vive  qui  caractérise 
l’inflammation  des  membranes  de  üi^omac  et  des  deux 
-premiers  intestins  grêles  a  succédé  à  la  nuance  jaune  . 
que  l’acide  nitrique  avait  fait  naître  dans  les  premiers 
momens  de  son  action  ;  d’ailleurs ,  d’autres  acides  que 
celui  dont  nous  nous  occupons ,  tels  que  l’acide  sulfu¬ 
rique,  l’acide  hydrochlorique,  etc.,  peuvent  dans  cer¬ 
taines  circonstances  teindre  en  jaune  la  membrane 
interne  du  duodénum  :  phénomène  qui  dépend  de  la 


(^7) 

décomposition  de  la  bile  contenue  dans  cet  intestin  , 
et  de  l’appbcation  de  la  matière  jaune  qui  fait  partie 
de  cette  humeur  sur  la  surface  interne  du  duodénum. 
{Voyez  pour  les  autres  lésions  le  S  6.) 

Action  de  Vacide  nitrique  sur  Véconomie  animale. 
{Voyez  §  6  bis.) 

lo.  Action  de  Vacide  nitrique  introduit  dans  le  canal 
digestif  apres  la  mort  de  V individu.  Si  l’on  injecte  dans 
l’intestin  rectum  d’un,  individu  qui  vient  d’expirer 
demi-once  d’acide  nitrique  du  commerce,  et  qu’on 
ouvre  le  cadavre  au  bout  dé  vingt-quatre  béures ,  on 
observe  que  toutes  les  tuniques  de  la  portion  de  l’in¬ 
testin  qui  a  été  en  contact  avec  l’acide  sont  d’un  beau 
jaune  ;  la  membrane  muqueuse  est  quelquefois  dé¬ 
truite,  et  transformée  en  flocons  d’un  jaune  serin 
qui  ont  l’aspect  graisseux  j  du  reste  on  ne  remarque 
aucune  trace  de  rougeur  ni  d^ïnflammation.  Si  l’acide 
séjourne  plus  long-temps  dans  le  canal  digestif,  l’alté-, 
ration  est  portée  beaucoup  plus  loin,  car  l’intestin  se 
réduit  sous  les  doigts  en  une  espèce  de  pâte  grasse  d’un 
très-beau  jaune.  L’action  de  l’acide  nitrique  sur  le  canal 
digestif  après  la  mort  est  donc  entièrement  chimique, 
€t  les  altérations  de  tissu  qu’il  détermine  ne  sauraient 
être  confondues  ec  celles  qui  sont  le  résultat  de  l’in- 
gestion  de  cet  acide  pendant  la  vie. 


(  28  ) 

QUATRIÈME  LEÇOÎf. 

De  V Acide  nitreux . 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’acide  nitreux? 

11.  On  peut  facilement  reconnaître  cet  acide ^  qui 
est  toujours  concentré  (  parce  que  l’eau  le  transforme 
en  acide  nitrique),  aux  caractères  physiques  et  chimi¬ 
ques  suivans.  Il  est  liquide,  bleu,  vert,  jaune-orangé- 
clair,  ou  jaune-orangé-foncé.  Il  agit,  comme  le  pré^ 
cèdent ,  âur  le  tournesol ,  le  cuivre ,  le  zinc  et  le  fer. 
Lorsqu’on  élève  un  tant  soit  peu  sa  température,  il 
répand  des  vapeurs  jaune -orangées  ou  rouges  très- 
abondantes;  mêlé  avec  l’eau,  il  fait  effervescence,  dé- 
gage  des  vapeurs  de  même  couleur,  et  passe  à  l’état 
d’acide  nitrique  blanc.  (  Voyez  pour  les  symptômes ,  tes 
lésions  de  tissu  et  son  action  sur  V économie  animale  ,  ce 
qui  a  été  dit  en  parlant  de  l’acide  nitrique.) 

De  t Acide  hydrochlorique  (composé  d’hydrogène  et 
de  chlore). 

Comment  peut- on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’acide  hydrochlorique  (  esprit 
de  sel,  acide  muriatique)? 

12.  L’acide  hydrochlorique  liquide  peut  être  con¬ 
centré  ou  affaibli.  Le  premier,  tel  qu’on  le  trouve  dans 
le  commerce ,  jouit  des  propriétés  physiques  et  chimiques 
suivantes.  Il  est  hhcao  ,  jaunâtre  ^  jaune  ou  rougeâtre  ^ 
sa  saveur  est  très-caustique  :  il  agit  avec  la  plus  grande 
eaergie  sur  l’eau  de  tournesol.  Il  répand  des  vapeurs 


(  29  ) 

blanches  assez  épaisses  d’une  odeur  piquante ,  lorsqu’il 
est  en  contact  avec  l’air.  Chauffé  pendant  quelques  ins- 
tans  avec  le  péroxyde  de  manganèse,  il  fournit  du  chlore 
gazeux  d’un  jaune  verdâtre  ;  ce  qui  tient  à  la  décom¬ 
position  des  deux  corps  employés  ;  l’oxygène  du  pé* 
roxyde  forme  de  l’eau  avec  l’hydrogène  de  l’acide  :  le 
chlore  appartenant  à  celui-ci  est  mis  à  nu.  Versé  dans 
du  nitrate  d  argent  dissous ,  l’acide  hydrochlorique 
fournit  un  précipité  de  chlorure  d’argent  blanc  (mais 
qui  noircit  par  son  exposition  s  la  lumière),  caille- 
botte,  lourd,  soluble  dans  l’ammoniaque,  et  insoluble 
dans  l’eau  et  dans  Y  acide  nitrique-:  formation  de 
ce  chlorure  tient  à  la  décomposition  de  l’acide  hÿdro- 
chlorique  et  de  l’oxy  de  d’urgent  ;  tandis  que  l’hydrogène 
du  premier  s’unit  à  l’oxygène  de  l’oxyde,  l’argent  se 
combine  avec  le  chlore  de  l’acide  hydrochlorique  pour 
former  le  chlomre. 

Si  au  lieu  d’être  concentré  l’acide  dont  il  s’agit  était 
affdikU.,  ilse  comporterait  avec  l’air  et  avec  le  péroxyde 
de  manganèse  autrement  qüe  lucide  concentré  :  mais 
il  présenterait  toutes  les  autres  propriétés,  et  elles  se¬ 
raient  plus  que  suffisantes  pour  le  caractériser. 

Lorsque  1  acide  hydrochlorique  a  été  mêlé  au  via 
ou  au  vinaigre ,  on  le  reconnaît  aux  ca?’actères  que  nous 
exposerons  eu  parlant  des  vins  frelatés. 

Symptômes,  de  V empoisonnement  par  V acide  hydro- 
ehlorique.  Indépendamment  de  ceux  qui  ont  été  ex¬ 
posés  §  5,  et  qui  appartiennent  à  tous  les  acides, 
il  parait  que  celui-ci  donne  lieu ,  surtout  peu  de  temps 
après  l’accident,  à  un  dégagement  de  famées  épaisses , 
blanches,  d’une  odeur  piquante. 


CSo), 

Lésions  de  tissu  et  action  sur  Véconomie  animale* 
{Voj-ez  §  6  et  6  bis.) 

De  VEau  régale* 

Comment  peut- on  reconnaître  que  l’empoison¬ 
nement  a  eu  lieu  par  1  eau  régale? 

1 3.  L’eaurégale  est  formée  d’acide  nitreux,  de  cîilore, 
d’eau,  d’acide  nitrique  et  d’acide  hydrochlorique  :  elle 
est  le  résultat  d’un  mélange  de  ces  deux  derniers  acides. 
On  la  réconnaîtra  aux  propriétés  physiques  et  chimie- 
qiies  suivantes.  Elle  est  liquide,  jaune,  rougeâtre  ou 
rouge,  d’une  odeur  désagréable  et  d’une  saveur  exces¬ 
sivement  caustique;  elle  rougit 'fortement  l’éau  de 
tournesol.  Elle  agit  sur  le  niti’ate  d’argent  dissous 
comme  l’acide  hydrochlôrique.  Lé  cuivre le  zinc  et 
le  fer,  se  comportent  avec  elle  comme  avec,  l’acide 
nitrique;  le  gaz  nitreux  (  deutoxyde  d’azote)  pro¬ 
venant  dé  la  décomposition  de  l’âcide  nitrique,  reste 
d’abord  dissous  dans  la  liqueur,  et  lui  communique 
une  couleur  verdâtre;  bientôt  après'  la  température 
s’élève,  le  gaz  se  dégage  avec  effervescence,  et  répand 
des  vapeurs  d’un  jaune  orangé.  L’eau  régale  dissout 
avec  rapidité  l’or  divisé.  — 

Symptômes  ,  lésions:  de  tissu,  et  action  sur  Veco-* 
nomie  animale.  Les  mêmes  que  ceux  que  l’on  observe 
dans  l’empoisonnement  par  les  acides  nitrique  et  by- 
drochlorique. 

De  V Acide pkosphorique. 

Comment  peut-on  reconnaître  -que  l’empoison¬ 
nement  a  eu  lieu  par  l’acide  pbosphorique  ? 


C3i  ) 

i4-  Voici  les  caractères  physiques  et  chimiques  de  cet 
acide.  Il  est  solide  ou  liquide  ;  dans  ce  dernier  cas ,  il 
peut  être  visqueux,  épais,  ou  coulant  comme  l’eau  ;  il 
est  inodore  et  très-sapide;  son  action  sur  l’eau  de  tour¬ 
nesol  est  des  plus  énergiques.  Il  se  dissout  très-bien 
dans  l’eau.  Le  solutiim  précipite  l’eau  de  cbaux  en 
blanc  (  pnosphate  de  cbaux  )  ;  le  précipité  se  dissout 
instantanément  dans  un  excès  d’acide  phosphorique , 
ou  dans  l’acide  nitrique.  Uni  à  la  soude ,  il  précipite 
en  jaune  le  nitrate  d’argent  (phosphate  d’argent).  Des¬ 
séché  (s’il  n’est  pas  à  l’état  solide)  et  chauffé  fortement 
dans  un  creuset  avec  du  charbon  pulvérisé  ,  il  est 
décomposé,  le.  phosphore  est  mis  à  nu  et  vient  s’en¬ 
flammer  :  dans  cette  expérience  le  charbon  s’empare 
de  l’oxygène  de  l’acide. 

Symptômes.,  lésions  de  tissu  et  action  sur  V économie 

animale.  {Voyez  Q  et  6  bis.) 

De  r Acide  phosphatique  (phosphoreux  de  quelques 
chimistes).  -  . 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’acide  phosphatique  ?  : 

ï5.  L’acide  phosphatique  est  liquide,  incolore,  vis- 
^Jueux ,  doue  d  une  forte  sayeur  et  d’une  odeur  légè¬ 
rement  alliacée  :  il  rougit  Veau  de  tournesol.  Lorsi- 
qu’on  le  chauffe  dans  une  petite  fiole,  il  ^enfiamme, 
répand  une  odeur  àUiàcée ,  et  se  transforme  en  acide 
phosphorique.  Versé;  dans  du  nitrate  d’argent  dissous  ; 
il  y  occasionne  un  précipité  blànc  qui  passe  par  diverses 
nuances  et  finit  par  noircir. 


(  3^  )  , 

Symptômes,  lésions  de  tissu  et  action  sur .  V éconàmie 
animale.  {Voy.  §  6,  6  et  6  hisé) 

Des  Acides  oxalique  et  taj'tarique.. 

Comment  peut-oti  reconnaître  que  rempoisonne- 
ment  a  eu  lieu  par  ces;  acides  ? 

ï6.  Les  acides  oxalique  et  tartarique  sont  des  acides 
végétaux  composés  d’oxygène,  d’hydrogène  et  de  car¬ 
bone;  ils  jouissent  des  propriétés  phyuqms  et  chi¬ 
miques  suivantes  :  ils  sont  solides,  blancs,  cristal¬ 
lisés  ou  pulvérulens ,  inodores  et  très-sapides  ;  ils  agis¬ 
sent  fortement  sur  l’eau  de  tournesol.  Ils  sont  solu¬ 
bles  dans  l’eau  :  le  solutum,  versé  dans  la  potasse,  la 
soude  et  l’ammoniaque  liquides  ,  forme  des  sels  d’au¬ 
tant  moins  solubles  qu’ils  contiennent  plus  d’acide; 
aussi  les  oxalatesbu  les  tartrates  neutres  de  ces  bases, 
qui  sont  solubles  dans  l’eau ,  mis  en  contact  avec  une 
plus  grande  quantité  d’acide;  soiit  transformés  eh  sels 
acides  quise  précipitent.  La  dissolution  de  ces  acides, 
versée  dans  l’eau  de  chaux,  y  fait  naître  un  précipité 
blanc  .:  un  excès  d’acide  tartarique  dissout  le  préci¬ 
pité  qu’il  avait  formé;  il  n’en  est  pas  de  même  pour 
l’acide  èxalique  (première  différence).  Lorsqu’on 
chauffe  séparément  dans  deux  fioles  les  acides  oxa¬ 
lique  et  tartarique  solides,  on  observe  que  le  pre¬ 
mier  se  sublime  prèsqu’en  entier,  et  laisse  à  peine  du 
charbon  ;  l’acide  tartarique,  âu  contraire,  se  décompose 
en  totalité  ,  répand  une  fumée  qui  a  l’odeur  de  caramel , 
et  laisse  un  charbon,  volumineux  (deuxième  diffé¬ 
rence). 


(  33  ):  . 

Symptômes^  lésions  de  tissu ^  et  action  générale. 
{T^of.  §  5  ,  6  et  6  Usé) 

De  V Acide  citrique. 

Gomment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoison- 
nement  a  eu  lieu  par  l’acide  citrique  ? 

17.  L’acide  citrique,  composé  d’oxygène,  d’hydro-» 
gène  et  de  carbone ,  jouit  des  propriétés  physiques  elchi- 
miques  suivantes  :  il  est  solide,  cristallisé  ou  pulvé^ 
rulent ,  blanc,  inodore ,  rougissant  l’eau  de  tournesol, 
et  doué  d’une  saveur  très-acide.  Il  est  décomposé  par 
le  feu  comme  l’acide  tartarique.  Il  se  dissout  dans 
l’eau  :  la  dissolution  ne  présente  pas  avec  la  potasse , 
la  soude  et  l’ammoniaque,  les  mêmes  caractères  que 
les  acides  oxalique  et  tartarique  :  versée  dans  l’eau  de 
cbaux,  elle,  ne  produit  aucun  précipité  ;  mais  si  on 
fait  bouillir  le  mélange,  le  citrate  de  chaux  se  dépose. 

Symptômes  ,  lésions  de:  tissu  y.  action  sur  V économie 
animale.  {Voy.  §5,  6  et  6  3/5.) 

Du  Chlore  liquide. 

Gomment,  peut- on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par,  le  chlore  ? 

,17  bis.  Caractères  du  chlore.  Le  chlore  dissous  dans 
l’eau  est  d’un  jaune  verdâtre  ;  son  odeur  est  piquante  et 
suffocante;  sa  saveur  est  désagréable  ;  il  jaunit  et  dé¬ 
truit  la  teinture  de  tournesol.  La  lumière  le  décoloré  et 
le  décompose.  Si  on  le  chauffe,  il  se  dégage  du  chlore 
gazeux.  Mis  en  contact  avec  le  nitrate  d’agent  ,  il  pro- 
'  ■  ■  ■  3  '  . 


.(  34  ) 

diiit  un  précipité  blanc,  caillebotté  de  chlorure  d’ar¬ 
gent.  {Voyez  S  12-  )  ‘  • 

Caractères  de  V  eau  de  javelle  (composée  de  chlore 
et  de  potasse.)  Liquide  doué  de  la  même  odeur  que  le 
chlore,  détruisant  la  couléur  du  tournesol  et  du  sirop 
de  violette j  qu’il  jaunit,  précipitant  en  blanc  par  le 
nitrate  d’argent  (  chlorure  d’argent ,  voyez  %  12),  ^et 
en  jaune  serin  par  l’hydrochlorate  de  platine.  Ce  der¬ 
nier  précipité  est  composé  d’hydrochlorate  de  platine 
et  de  la  potasse  faisant  partie  de  l’eau  de.  javelle. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu,  déterminés  par  ces  li¬ 
quides.  {Voyez  et  6.)  .  •  -  , 

Action  de  ces  poisons  sur  V  économie  animale.  {Voyez 
S  6  bis.  ) 

CINQUIÈME  LEÇOK. 

Auticle  ni., —  De  EA  potasse,  de  la  soude  ,  de 
LA  CHAUX,  des  SULFURES' ET  DES  SELS  CONTENASf 
UN  DE  CES  ALCALIS. 

Les  poisons  compris  dans  cet  article  nous  paraissent 
devoir  être  rapportés  aux  quatre  paragraphes  suivans  : 
La  potasse ,  la  soude  et  la  chaux  ; 

Le  sulfure,  le  sous-carbonate  et  le  nitrate  de  po¬ 
tasse;  ‘  \ 

La  baryte,  le  Sous-carbdnate  et  l’hydrochlorate  de 
baryte  ;  '  .  ,  ^ 

L  ammoniaque*,  le  sous-carbonate  et  l’hydrochlofàte 
d’ammoniaque,  ’  .  .  -  . 


§  - — De  lapotasse  ,  de  la  soude  et  de  la  chaux. 

Symptômes. de  V empoisonnement  produit  par  la  potasse] 
la  soude  et  la  chaux. 

18.  Les  symptômes  développés  par  les  alcalis  con¬ 
centrés  diffèrent  à  peine  de  ceux  que  déterminent  les 
acides  {p>oj.  §  5)  ;  il  faut  seulement  noter  que  la  saveur 
de  ces  poisons  est  acre,  caustique  et  urineuse ,  et  que  la 
matière  des  vomissemens,  loin  d’être  acide  et  de  bouil¬ 
lonner  sur  le  carreau  ,  est  alcaline  et  verdit  le  sirop 
de  violettes. 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  alcalis  concentrés  ; 
action  de  ces  substances  sur  V  économie  animale.. 
{  F jyez  §  6  et  6  bis.  ) 

De  la  Potasse  caustiqiie. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoison¬ 
nement  a  eu  lieu  par  la  potasse  caustique?  ^ 

Pour  résoudre  cette" question  il  faut  savoir  que  la 
potasse  caustique  se  trouve  dans  le  commerce  sous 
deux  états;  i®  potasse  à  l’alcobol ,  pure;  2°  potasse  à 
la  chaux  (pierre  à  cautère),  impure. 

19.  Potasse  a  Palcôhol.  Les  caractères  physiques  et 
chimiques  de  la  potasse  à  l’alcohol  sont  les  suivans  :  elle 
est  solide ,  incolore  et  inodore  ;  elle  attire  l’humidité 
de  1  air  et  tombe  en  déliquium.  Elle  se  dissout  très- 
bien  dans  1  eau  ;  \e  solutum  verdit  le  sirop  de  violettes , 
et  ramène  au  bleu  la  couleur  de  l’eau  de  tournesol 
rougie  par  un  acide  ;  il  ne  précipite  point  par  l’-acide 


(  36  ) 

carbonique.  Si  cette  dissolution  a  été  faite  avec  Veau 
distillée  ;  elle  précipite  le  nitrate  d’argent  en  olive  : 
l’oxyde  déposé  se  dissout  en  entier  dans  l’acide  nitrique 
pur;  versée  dans  une  dissolution  concentrée  d’hydro- 
cblorate  de  platine ,  elle  y  produit  un  précipité  jaune- 
serin,  formé  de  potasse  d’oxyde  de  platine  et  d’acide 
bydrochlorique ,  qui  peut  se  dissoudre  dans  l’eau. 

Si,  au  lieu  d’être  concentrée,  la  dissolution  de  potasse 
à  l’alcohol  était  trés-affaiblie  ^  elle  offrirait  encore  les 
mêmes  caractères ,  excepté  qu’elle  ne  précipiterait  plus 
le  sel  de  platine;  et  comme  il  est  indispensable  de 
pouvoir  constater  cette  propriété  pour  s’assurer  de 
son  existence ,  il  faudrait  évaporer  la  dissolution  pour 
l’amener  au  degré  de  concentration  convenable. 

Si  la  potasse  pure  avait  été  mêlée  au  vin  rouge ,  la 
couleur  de  celui-ci  serait  d’un  'vert  foncé;  tellement 
qu’il  nous  paraît  impossible  qu’on  soit  jamais  obligé  de 
s’occuper  d’une  pareille  fraude. 

Lorsque  la  potasse  à  l’alçobol  fait  partie  des  liquides 
vomis,  ou  de  ceux  que  l’on  trouve  dans  lë  canal  di¬ 
gestif,  elle  cesse  d’être  pure,  et  se  rapproche  plus  otj. 
moins  de  la  pierre  à  cautère  ;  nous  indiquerons  tout  à 
l’heure  les  moyens  propres  à  mettre  son  existence  hors 
de  doute  dans  ce  cas. 

Potasse  a  la  chaux  (pierre  à  cautère.)  On  peut  avoir 
une  bonne  idée  de  cette  substance  en  la  supposant  foi-- 
mée  dépotasse  pure,  de  sulfate  et  d’hydrochlorate  de 
potasse ,  de  silice  et  d’oxyde  de  fer.  Voici  quels  sont  ses, 
caractères  physiques  et  chimiques.  Elle  jouit  de  toutes  les 
propriétés  dont  nous  avons'  parlé  en  faisant  l’histoire 
de.  la  potasse  à  l’alcohol,  excepté  :  i®  qu’elle  est  souvent 


(57) 

«oîorée  en  brun,  en  jaune  ou  en  rougeâtre;  qu’au 
lieu  de  précipiter  du  nitrate  d’argent,  l’oxyde  olive, 

soluble  dans  l’acide  nitrique  pur,  elle  précipite ,  outre 

cet  oxyde,  du  chlorure  d’argent  (parce  quelle  ren¬ 
ferme  un  hydrochlorate , Acide  hydrochlori- 
que,  S  12);  si  on  verse  de  l’acide  nitrique  puf  sur  ce 
précipité,  l’acide  dissout  tout  l’oxyde,  et  il  reste  un 
dépôt  blanc  caillebotté de  chlorure  d’argent;  3°  quelle 
fournit,  avec  le  nitrate  de  baryte,  du  sulfate  de  baryte 
blanc,  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide  nitrique  pur  ; 
ce  qui  tient  à  la  présence  du  sulfate  de  potasse  qui  entre 
dans  sa  composition. 

Si  la  pierre  à  cautère  ou  la  potasse  à  l’alcphol  faisaient 
partie  des  liquides  vomis  ou  de  ceux  qui  sont  contenus 
dans  le  canal  digestif  après  la  mort,  on  les  reconnaîtrait 
aux  caractères  suivans  :1e  liquide  filtré  verdit  le  sirop 
de  violettes;  donc  il  contient  un  alcali  :  il  n’a  point 
d’odeur  ammoniacale  ;  donc  il  ne  renferme  pas  d’alcali 
volatil  :  l’acide  carbonique  n’y  occasionne  point  un 
précipité  blanc  ;  donc  l’alcali  qui  s’y  trouve  n’est  ni  la 
chaux  ni  la  baryte,  ni  la  strontiane  :  il  précipite  en 
jaune  serin  par  l’hydrochlorate  de  platine,  soit  dans 
l’état  où  il  est ,  soit  après  l’avoir  concentré  par  l’évapo¬ 
ration  ;  donc  il  contient  de  la  potasse  (i). 


(i)  Nous  faisons  abstraction  delà litliine,  alcali  excessive¬ 
ment  rare  ;  nous  supposons  également  que  l’alcali  contenu 
dans  la  liqueur  n’appartient  pas  au  règne  végétal.  Ce  que  nous 
dirons  en  parlant  des  alcalis  végétaux  fera  voir  qu’il  est  impos¬ 
sible  qu’ils  ne  se  trouvent  pas  éliminés  par  l’ensemble  des  pro¬ 
priétés  que  nous  avons  énumérées.. 


(  38  ) 

II  importe  peu  de  s’occuper  de  la  recherche  de  la  po¬ 
tasse  qui  serait  intimement  combinée  avec  les  tissus 
animaux  :  ce  cas  est  on  ne  peut  plus  rare,  la  potasse 
formant  avec  presque  toutes  lès  substances  animales 
des  composés  ou  des  mélanges  solubles. 

Symptômes  y  Usions  4^  tissu,  action  de  la  potasse  sur 
r économie  animale.  Voyez  S  i8.) 

De  la  Soude. 

20.  Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  la  soude  ? 

Gomme  la  potasse,  cet  alcali  peut  exister  sous  deux 
états  :  pure',  et  combinée  avec  du  sulfate,  de  l’hydro- 
chlorate  de  soude,  etc.  Dans  l’un  et  dans  l’autre  cas, 
ses  caractères  chimiques  et  physiques  sont  absolument 
les 'mêmes  que  ceux  qui  ont  été  indiqués  en  parlant 
de  la  potasse,  excepté  :  i®  quelle  ne  fournit  point  de 
précipité  avec  l’ hydrochlorate  de platine^  a®  quelle  attire 
l’huraidité  de  l’air  d’abord  ,  et  tombe  en  déliquium  ; 
mais  qu’après,  elle  absorbe  l’acide  carbonique  de  l’at¬ 
mosphère,  et  forme  du  sous-carbonate  de  soude  efflo- 
rescent.  ^ 

Symptômes,  lésions  de  tissu,  action  sur  V économie 
animale.  (  Voyez  §  i8.  ) 

De  la  Chaux. 

21.  Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoison- 
nement  a  eu  lieu  par  la  chaux  vive.^ 

La  chaux  vive  présènte  les  propriétés  suivantes  : 


(  39  .) 

elle  est  solide,  en  fragmens  ou  en  poudre,  d  un  blanc 
grisâtre  ou  blanche  (dans  ce  dernier  cas,  elle  a  été 
éteinte),  et  d’une  saveur  causticjue.  Mise  en  contact  avec 
l’eau,  elle  se  dissout  a^ec  ou  sans  chaleur,  suivant 
quelle  est  desséchée,  ou  qu’elle  contient  de  l’eau.  Le 
solutum est  transparent;  il  verdit  le  sirop  de  violettes, 
précipite  en  blanc  par  l’acide  carbonique  (sous-carbo¬ 
nate  de  chaux  )  ;  ne  se  trovhle  point  par  l’acide  sulfu- 
l’ique,  et  donne,  avec  l’acide  oxalique,  ou  avec  les  oxa- 
iates  solubles ,  un  précipité  blanc ,  insoluble  dans  îeau 
et  dans  un  excès  d’acide  oxalique ,  soluble  dans  l’acide 
nitrique.  • 

Si  la  chaux  faisait  partie  des  matières  vomies  ou  de 
celles  qui  sont  contenues  dans  le  canal  digestif,  et  que 
les  réactifs  énoncés  ne  fussent  point  suffisans  pour  dé¬ 
terminer  sa  présence,  il  faudrait  dessécher  ces  matières, 
et  les  calciner  jusqu’au  rouge  dans  un  creuset;  par  ce 
moyen  les  substances  végétales  et  animales  seraient 
détruites,  et  la  chaux  resterait  au  fond  du  creuset, 
melée  avec  du  charbon  :  on  traiterait  ce  mélange  par 
1  eau  distillée ,  qui  ne  dissoudrait  que  la  chaux.  , 

Sjrniptoine^ ,  lésions  de  tissu^.  action  suc  l’éc.onojnie 
.animale.  (  Voyez  §  i8.  ) 


SIXIÈME  LEÇOX. 

§  II.  —  Du  foie  de  soufre  y  du  sous-cai'honate  et 
du  nitrate  dé  potasse, 

Sj'-mptômes  de  Veinpoisonp,ement  produit  pat  ces  ' 
substances, 

22.  Les  symptômes  déterminés  par  les  préparations 
dont  nous  parlons  ont  la  plus  grande  analogie  avee 
ceux  que  développent  les  acides  {■'vop,  §  5  )  ;  toutefois, 
nous  devons  observer:  que  la  matière  des  vomisse - 
mens  ne  bouillonne  pas  sur  le  carreau  ;  2®  que  la  saveur 
éprouvée  par  le  malade  ;  loin  d’être  acide,  est  âcre  , 
caustique,  amère  ou  salée  et  fraîche. 

Lésions  de  tissu  produites  par  ces  substances,  {F-,%  6.) 

Du  Su  f lire  de.  potasse  ou  de  potassium  (  foie  de 
-  ,  soufre)  (i). 

23.  Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoison¬ 
nement  a  eu  lieu  par  le  foie  de  soufre  .î* 

Daraotéres  du  foie  de  soufre.  Le  foie  de  soufre  est 
toujours  solide,  d’une  couleur  jaune,  verdâtre,  bru- 


(i)  Les  chimistes  pensent  aujourd’hui  que  la  composition  du 
foie  de  soufre  varie  suivant  la  température  à  laquelle  il  a  été 
obtenu.  Il  est  formé  de  sctufre  et  de  potassium ,  s’il  a  été  pré-’ 
paré  dans  un  creuset  chauffé  jusqu’au  rouge  j  tandis  qu’il  est 
composé  de  soufre  et  é  oxyde  de  potassium  (potasse),  si  la  cha¬ 
leur,  employée  pour  l’obtenir,  a  été  beaucoup  moins  considé¬ 
rable. 


(40 

nâtre  ou  rougeâtre;  sa  saveur  est  âcre,  piquas  te  et 
amère  :  il  est  inodore.  Mis  en  contact  avec  l’eau ,  il  se 
dissout,  change  de  nature,  et  décompose  le  liquide  avec 
lequel  il  a  été  mêlé  :  la  liqueur  renferme  de  l’hydro sul¬ 
fate  sulfuré  de  potasse  ;  d’où  il  suit  (en  supposant  que 
le  foie  de  soufre  ait  été  obtenu  à  une  tempéi  ature  élevée) 
que  l’oxygène  de  l’eau  s’est  combiné  avec  le  potassium 
pour  former  de  la  potasse ,  tandis  que  l’hydrogène  du 
même  liquide  s’est  porté  sur  le  soufre  pour  donner 
naissance  à  de  l’acide  hydrosulfurique  :  celui-ci  s’est 
uni  à  la  potasse,  et  Fhydrosulfate  produit  a  dissous 
l’excès  de  soufre  pour  former  l’hydrosulfate  de  potasse , 
sulfuré  dont  nous  avons  parlé. 

Caractères  du  liquide  résultant  de  faction  de  feau 
sur  le  foie  de  soifre.  Il  est  transparent ,  d’une  couleur 
jaune  ou  rouge,  et  sans  odeur.  Lorsqu’on  le  met  en 
contact  avec  un  acide  fort,  celui-ci  s’empare  de- la 
potasse ,  il  se  dégage  du  gaz  acide  hydrosulfurique , 
reconnaissable  à  l’odeur  d’œufs  pouris  qu’il  exhale, 
et  il  se  dépose  du  soufre.  Il  précipite  en  noir  ou  en 
rouge  brun-foncé  les  dissolutions  de  plomb ,  de  mer¬ 
cure,  de  bismuth  et  de  cuivre ,  pourvu  qu’on  l’emploie 
en  quantité  suffisante  :  le  précipité  est  composé  de 
soufre  et  de  l’un  de  ces  métaux.  Les  dissolutions  de 
tartre  emetique  et  d’hydrochlorate  d’antimoine,  mêlées 
avec  ce  liquide,  fournissent  un  précipité  jaune-orangé , 
composé  d  acide  hydrosulfurique  et  de  protoxyde  d’an- 
timoiné. 

Caractères  du  même ^  liquide  très  -  étendu  d’eau.  A 
peine  ce  liquide  est-il  en  contact  avec  l’air,  qu’il  se 
trouble,  et  il  suffit  d’ajouter  la  plus  petite  quantité 


(  42  )  \ 

(l’un  acide  fort  pour  y  faire  naître  un  précipité  blanc 
ou  pour  le  rendre  laiteux  ;  l’acétate  de  plomb  le  pré¬ 
cipite  en  orangé  clair;  le  sulfate  de  cuivre  y  fait  naître 
au  bout  de  quelques  minutes  un  précipité  rougeâtre. 

Symptômes  déterminés  par  le  foie  de  soufre.  Dans  la 
plupart  des  cas  le  foie  de  soufre  donne  lieu  à  des  ac- 
cidens  semblables  à  ceux  que  produisent  les  irritans 
dont  nous  avons  parlé  §  22.  Dans  quelques  circons¬ 
tances,  au  contraire  ,  il  agit  particulièrement  par  l’acide 
hydrosulfurique  qu’il  laisse  dégager  dans  l’estoraâc , 
et  alors  il  développe  des  symptômes  analogues  à  ceux 
qui  seront  décrits  par  la  suite. 

Lésions  de  tissu  produites  par  le  foie  de  soufré.  Lors¬ 
qu  On  à  introduit  dans  l’estomac  une  assez  forte  dose 
de  foie  de  soufre  pour  déterminer  la  mort,  on  re¬ 
marque  des  lésions  différentes  dans  le  canal  digestif , 
suivant  la  duree  et  l’intensité  de  l’empoisonnement  ; 
1°  tantôt  la  membrane  interne  ,  d’un  rouge  vif  dans 
toute  son  étendue  >  ou  dans  plusieurs  de  ses  points , 
est  tapissée  par  une  couche  de  soufre  ,  d’un  jaune 
verdâtre ,  épaisse  et  facile  à  détacher;  la  rougeur 
et  1  enduit  dont  nous  parlons  se  remarquent  quel¬ 
quefois  dans  les  intestins;  2°  tantôt  l’intérieur  de 
I  estomac  est  rugueux,  d’un  vert  foncé  et  parsemé  de 
taches  d’un  blanc  jaunâtre,  dans  lesquelles  on  peut 
distinguer  des  points  noirs  ;  la  membrane  interne  du 
viscère  qui  est  le  siège  de  ces  altérations,  est  recou¬ 
verte  de  soufre  ;  la  tunique  musculeuse  d’un  rouge 
brun  dans  sa  partie  interne ,  est  verte  dans  la  face  qui 
est  immédiatement  en  contact,  avec  la  membrane 
séreuse;  des  ecchymoses  d’un  volume  plus  ou  moins 


>  (43) 

considérable  se  remarquent  entre  les  tuniques  mu¬ 
queuse  et  musculeuse,  et  répondent  exactement  aux 
taches  d’un  blanc  jaunâtre  dont  nous  venons  de  parler; 
les  intestins  grêles  sont  le  siège  d’une  inflammation 
plus  ou  moins  intense;  3®  tantôt,  enfin,  il  estimpos~ 
sible  de  découvrir  la  moindre  couche  de  soiifre  dans  l’in¬ 
térieur  du  canal  digestif;  la  membrane  muqueuse  de 
1  estomac  ,  d’uii  rouge  vif,  présente  plusieurs  ulcères 
larges  et  circulaires ,  entre  lesquels  on  voit  des  ec¬ 
chymoses  de  différente  grandeur.  Les  poumons ,  ordi¬ 
nairement  peu  crépitans,  sont  quelquefois  mollasses  et 
gorgés  d’un  sang  noir,  livide,  extrêmement  fluide; 
d  autres  fois  ils  sont  durs  et  contiennent  peu  d’air.  Le 
ven  tricule  gauche  du  cœur ,  examiné  immédiatem  ent 
après  la  mort,  renferme  dans  certaines  circonstances 
du  sang  noirâtre. 

Action  du  foie  de  soufre  sur  V économie  animale. 
I®  Le  foie  de  soufre,  introduit  dans  l’estomac  de 
1  homme  et  des  chiens ,  agit  à  la  manière  des  poisons 
irritans  {nojr.  §  6  bis).,  et  peut  déterminer  la  mort  dans 
l’espace  de  quelques  heures  ,  s’il  a  été  administré  à  la 
dose  de  quelques  gros,  à  l’état  solide,  ou  en  disso¬ 
lution  concentrée ,  et  qu’il  n’ait  pas  été  rejeté  par  le 
vomissement ,  peu  de  temps  après  son  ingestion  ;  a®  il 
est  décomposé,  si  l’estomac  dans  lequel  ilestintro-- 
grande  quantité  d’acide  libre,  comme 
cela  arrive  quelquefois  ,  et  alors  la  mort  peut  être 
le  résultat  de  1  action  du  gaz  acide  hydrosulfurique 
(hydrogène  sulfuré)  qui  a  été  mis  à  nu;  dans  ce  cas,, 
i  intérieur  de  l’estomac  est  tapissé  d’une  couche  de 
soufre ,  et  l’on  découvre  dans  les  divers  organes  et  dans 


(  44  )  ,  • 

le  sang  les  altérations  dont  nous  parierons  en  faisant 
l’histoire  de  l’acide  hydrosulfurique  ;  3®  si  au  contraire 
la  quantité  d’acide  libre ,  contenue  dans  ce  viscère ,  est 
peu  considérable,  ce  qui  arrive  le  plus  souvent^  les 
effets  délétères  ,  de  cette  préparation  ne  peuvent  pas 
être  attribués  au  gaz  hydrogène  sulfuré  qui  se  dégage , 
la  quantité  de  ce  gaz  étant  au-dessous  dfe  celle  que 
l’homme  supporte  tous  les  jours  impunément  5  aussi 
la  mort  n’arrive-t-elle  qu’au  bout  de  vingt-quatre  ou 
trente-six  heures  (si  on  a  employé  un  ou  deux  gros  de 
foie  de  soufre) ,  et  les  altérations  des  organes  et  des 
liquides,  loin  d’être  les  mêmes  que  celles  que  dé- 
terniine  l’acide  hydrosulfurique,  Tessemblent  entiè¬ 
rement  à  celles  que  produisent  les  irritans  ;  4°  on  se 
tromperait  si  on  croyait  pouvoir  conclure  par  cela  seul 
que  la  mort  arrive  quelques  minutes  après  l’ingestion 
d’une  forte  dose  de  foie  de  soufre ,  qu’elle  doit  être 
le  résultat  de  l’asphyxie  produite  par  le  gaz  hydrogène 
sulfuré  ;  car  plusieurs  des  poisons  de  la  classe  des  irri¬ 
tans,  dans  lesquels  on  ne  trouve  ni  de  l’hydrogène  sul¬ 
furé,  ni  lesélémens  propres  à  le  former ,  agissent  de  la 
même  manière  que  le  foire  de  soufre,  lorsqu’ils  sont 
administrés  à  forte  dose. 

Du  sous-carbonate  de  potasse  (sel  de  tartre); 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  sous-carbonate  de  potasse. 

24.  Le  sous-carbonate  de  potasse  pur  est  sous  la  forme 
de  masses  d’une  couleur  blanche,  douées  d’une  saveur 
acre ,  caustique.  Il  attire  fortement  l’humidité  de  l’air, 


Ç  4o  J 

et  tombe  en  déliqnium  ;  il  est  très-soluble  dans  Teaii  : 
la  dissolution’agit  sur  le  sirop  de  violettes  et  sur  T  hy¬ 
drochlorate  de  platine,  comme  la  potasse  pure  [Kojez 
S  19).  Il  est  décomposé  avec  effervescence  par  les 
acides  sulfurique ,  nitrique ,  hydrochlorique ,  etc. , 
qui  s’emparent  de  la  potasse  pour  former  des  sels 
solubles,  et  dégagent  l’acide  carbonique  à  l’état  de 
gaz.  Lorsqu’on  mêle  la  dissolution  de  sous-carbonate 
de  potasse  pur ,  avec  celle  d’hydrochlorate  ou  de  ni¬ 
trate  de  baryte  ;  il  y  a  double  décomposition ,  forma¬ 
tion  d’hydrochlorate  ou  de  nitrate  de  potasse  solubles , 
et  de  sous-carbonate  de  baryte  insoluble  blanc;  celui- 
ci  se  précipite  et  peut  être  entieremérit  dissous  par 
l’addition  de  quelques  gouttes  d’acide  nitrique  pur. 

Le  sous  -  carbonate  de  potasse  du  commerce  con¬ 
tient  toujours  du  sulfate  et  de  l’hydrochlorate  de  po-, 
tasse  ,  de  la  silice,  des  oxydes  de  fer  et  de  manganèse. 
Il  jouit  des  propriétés  que  nous  venons  d’indiquer  en 
parlant  du  sous -carbonate  pur,  excepté,  qii’il  est 
sous  la  forme  de  masses  d’un, blanc  tirant  légèrement 
sur  le  jaune  ;  a®  qu’il  fournit,  avec  la  dissolution  d’hy¬ 
drochlorate  ou  de  nitrate  de  baryte,  un  précipité  blanc 
composé  de  sous-carbonatç  et  de  sulfate  de  baryte: 
aussi  l’acide  nitrique  pur  qui  n’agit  point  sur  le  sulfate 
de  baryte,  mis  en  contact  avec  ce  précipité  ,  dissout-il 
le  sous-carbonate  de  baryte  ,  et  laisse  le  sulfate  sous  la, 
forme  d’ une  poudre  hlanche.  - 

L’eau. sucrée,  le  vin,  le  thé,  l’albumine,  la  géla¬ 
tine,  le  lait,  la  bile  ,  etc. ,  se  comportant  avec  la  disso¬ 
lution  de  sous-carbonate  de  potasse,  comme  avec  la 
potasse  pure,  il  est  évident  que  l’on  devrait  employer 


(46) 

itiâ  moyens  indiqués  à  l’article  Potasse  pour  démon¬ 
trer  la  présencé  de  ce  sel  dans  les  liquides  vomis  ,  ou 
dans  ceux  qui  sé  trouveraient  dans  le  canal  digestif 

après  la  mort  de  l’individu. 

Symptômes  ;  lésions  de  tissu ,  action  sur  V économie 
animale.  {Voyez  %  0.0..)  '  '  ^ 

.  Du  N itraie  de potasse  (nitre-salpêrre),  •  '  ' 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonhement 
a  eu  lieu  par  le  nitrate  de  potasse  ? 

25.  Le  nitrate  de  potasse  se  présente  dans  le  commerce 
sous  la  forma  d’une  poudre  blânche  ,  ou  de  cristaux 
prismatiques,  demi-transparens,  qUelquéfois  cannelés •* 
il  est  inodore ,  ét  doué  d’uno  saveur  fraîche  ét  pi¬ 
quante  ;  il  est  sans  action  sur  la  teinture  de  tournesol , 
et  sur  le  sirop  de  violettes;  mis  sur  les  charbons  ar- 
dens,  il  se  décompose;  l’ oxygène  de  l’acide  nitrique 
se  porte  sur  le  charbon,  qu’il  fait  brûler  avec  beau¬ 
coup  plus  d’éclat;  il  se  dégage  beaucoup  de  lumieré 
et  de  calorique ,  et  l’on  entend  plus  ou  moins  de  bruit. 
Si  on  verse  de  l’acide  sulfurique  concentré  sur  du  ni¬ 
trate  de  potasse  pulvérisé,  il  se  forme  du  sulfate  de 
potasse  j  et  l’acide  nitrique  se  dégage  sous  la  forme  de- 
vapeurs  blanches  peu  épaisses  si  lé  nitrate  est  pur, 
tandis  qu  elles  sont  assez  denses  si  le  nitrate  contient 
du  sel  commun  ,  comme  cela  arrivé  fréquemment,  . 
Il  se  dissout  très-bien  dans  l’eau;'  cette  dissolution 
concentrée  est  précipitée  en  jaune  serin  par  l’hydro- 
chlorafe  de  platiné  (voyez  §  ig);  elle  n’est  point  trou¬ 
blée  par  les  hydrosulfâtes  solubles  ;  lorsqu’on  l’agite 


(  4y  ; 

avec  de  la  chaux  vive ,  il  ne  se  dégage  point  d’am¬ 
moniaque  comme  cela  arrive  avec  l’hydrochlorate 
d’ammoniaque.  On  peut  aisément  distinguer,  à  l’aide 
de  ces  caractères ,  le  nitrate  de  potasse  du  sulfate  de 
soude,  avec  lequel  il  a  été  quelquefois  confondu  :  en 
effet,  ce  dernier  n  anime  point  la  combustion  du 
charbon;  au  contraire,  il  se  boursoufle  et  fond, 
dans  son  eau  de  cristallisation  ;  il  ne  subit  aucune 
altération  de  la  part  de  l’acide  sulfurique  :  enfin  sa 
dissolution  aqueuse  n’est  point  précipitée  par  l’iiydro- 
chlorate  de  platine. 

Si  la  dissolution  du  nitrate  de  potasse  était  trés^ 
étendue^  il  faudrait  l’évaporer  jusqu’à  siccité,,  pour 
pouvoir  faire  les  essais  dont  nous  venons  de  parler*.  : 

Si  elle  avait  été  mêlée  à  du  vin  ou  à  du  café,  on 
verserait  dans  le  mélange  assez  de  chlore  liquide  et 
concentré  pour  le  décolorer  ;  il  se  formerait  un  pré¬ 
cipité  jaune-rougeâtre ,  qu’on  séparerait  du  liquide  par 
le  filtre  ;  la  dissolution,  filtrée  d’une  couleur-jaune  serait 
évaporée  jusqu  à  siccité  (i),  et  on  pourrait  constater 
sur  le  produit  de  l’évaporation  les  caractères  que  nous 
avons  assignés  au  nitrate  de  potasse  solide. 

Symptômes  et  lésions  de  .  tissu ,  déterminés  par  h 
nitrate  de^potasse.  (^Voy.%  ^1.') 

Action  dit  nitrate  de  potasse  sur  l’économie  animale. 
Il  residte  d  un  très-grand  nombre  d’expériences  faites 
sur  lés  chiens ,  et  de  plusieurs  observations  recueillies 


(i)  On  filtrerait  de  nouveau,  si,  pendant  l’opération,  on 
5  apercevait  qu’elle  déposait  des  flocons  d’un  jaune  rougeâtre. 


'  (48  )  ,  ■ 

chez  l’homme  5  que  le  nitrate  de  potasse  introduit 
dans  l’estomac  de  ces  animaux  est  vénéneux,  et  sus¬ 
ceptible  d’occasioner  la  mort  dans  l’espacé  de  quel¬ 
ques  heures  lorsqu'il  n’est  pas  vomi ,  et  qu’il  a  été 
administré  a  la  dose  de  quelques  gros,  en  poudre  ou.  en 
dissolution  concentrée  ;  2®  qu’ih détermine  une  inflam¬ 
mation  oi’dinairement  très-intense  des  tissus  du  canal 
digestif ,  suivie  de  symptômes  nerveux ,  ayant  le  plus 
grand  rapport  avec  ceux  que  produisent  les  poisons 
stupéfiàns  ;  3®  qu’il  n’est  pas  absorbé  lorsqu’on  l’ap¬ 
plique  sur  le  tissu  lamin eux  sous-cutané  ,  et  par  con¬ 
séquent,  qu’il  se  borne  dans  cé  cas  à  produire  des  effets 
locaux;  4°  que  son  action  diffère  de  celle  des  sels 
neutres  employés  comme  purgatifs ,  malgré  l’assertion 
de  M.  Tourtelle,  médecin  à  Besançon.  ' 

SEPTIÈME  LEÇON. 

Article  iv.  — '  De  la  baryte,  du  sous-carboxate 

ET  DE  l’hYDROCHLORATÈ  DE  BARYTÉ. 

.  Action  de  ces  substances  sur  V économie  animale.  Symp^ 
X  tomes  de  v  empoisonnement  qu’elles  déterminent.  Lé¬ 
sions  de  tissu  qui  sont  le  résultat  de  leur  action. 

26.  Les  poisons  dont  nous  avons  parlé  jusqu’à  présent 
agissent  comme  des  irritans  énergiques  :  on  peut  rap¬ 
porter  exclusivement  les'  symptômes  qu’ils  développent 
à  ceux  qui  caractérisent  l’inflammation  la  plus  intense, 
ou  la  brûlure  de  la  partie  qu’ils  ont  touchée;  aucun 
d’eux  n’est  absorbé.  Il  n’en  est  pas  de  même  des  pré- 


(  49  ) 

parations  qui  font  l’objet  de  cet  article  :  douées  des  pro¬ 
priétés  vénéneuses  les  plus  marquées,  elles  sont  rapi¬ 
dement  absorbées  et  portées  dans  le  torrent  de  la  cir¬ 
culation  ,  soit  qu  elles  aient  été  introduites  dans  l’es¬ 
tomac  ,  dans  le  rectum  ou  dans  les  cavités  séreuses  , 
soit  qu’on  les  ait  appliquées  sur  le  tissu  lamineux  sous- 
cutané  ou  sur  des  plaies.  Les  accideiis  qu’elles  déter¬ 
minent  sont  évidemment  le  résultat  de  leur  absorption 
et  de  leur  action  sur  le  système  neiveux.  Il  est  vrai 
qu  elles  agissent  également  en  irritant  les  tissus  avec 
lesquels  on  les  met  en  contact;  mais  il  est  impossible 
d’attribuer  a  cétte  iriitation  la  mort  prompte  qu  elles 
occasionnent  :  en  effet,  appliquez  sur  une  plaie  quinze 
ou  vingt  grains  de  baryte,  de  sous-carbonate  bu  d’by- 
drochlorate  de  baryte,  délayes  ou  dissous  dabs  l’eau; 
l’animal  ne  tardera  pas  à  périr,  tandis  qu’une  dose 
sextuple  d’un  acide  ou  d’un  alcali  concentré  (subs¬ 
tances  beaucoup  plus  irritantes  que  celles  dont  nous 
parlons)  se  bornera  à  produire  une  brûlure  qui  ne 
sera  point  suivie  de  la  mort. 

ay.  hes  symptômes  que  l’on  observé  dans  cet  onpoi- 
sonnement  peuvent  être  réduits  aux  suivans  :  saveur  âcre 
caustique  (pour  la  baryte)  ;  âcre' très-piquante  (pour 
l’hydrochlorate  de  baryte);  sentiment  de  brûlure  à  la 
bouche,  au  pharynx  et  à  l’épigastre;  douleurs  atroces 
à  la  région  épigastrique  :  nausées,  voinissernens  de 
matières ,  muqueuses  ou  sanguinolentes,  verdissant 
quelquefois  le  sirop  de  violettes  (par  exemple ,  lorsque 
1  empoisonnement  est  déterminé  par  la  baryte ,  et  que 
celle-ci  se  trouve  en  assez  grande  quantité  dans  le 
liquide  vomi);  dqections  aivines,  hoquet,  mouve- 

'  4 


(  ) 

mens  convulsifs  dés  muscles,  de  la  face,  du  tronc 
pu  des  membres;  souvent  cès  rnouvemens  détermi¬ 
nent  des  secousses  tellement  fortes  que  le  malade  est 
soulevé  et  renversé  malgré  lui  ;  la  bouche  est  quel¬ 
quefois  remplie  d’écume;  l’individu  ne.  peut  pas  se 
soutenir  sur  ses  membres,  il  tombe  aussitôt  qu’on 
essayé  de  le  soulever;  la  céphalalgie,  et  quelquefois  la 
surdité  ,  ne  tardent  pas  à  se  déclarer  ;  les  facultés  intel¬ 
lectuelles  sqnt  perverties  :  à  ces  symptômes  succède  le 
plus  ordinairement  un  abattement  considérable  ;  alors 
les  traits  de  la  face  sont  décomposés ,  et  la  mort  est 
très-prochaine.  A  l’ouverture  des  cadavres  on  découvre 
des  semblables  à  celles  dont  nous  avons  fait 

.mention  au  §  6. 

De  la  Barjrte. 

‘  Comment  peut -  on  reconnaître  que  l’empoisonne- 
a  eu  lieu  avec  la  baryte? 

28.  La  baryte  (protoxyde  de  baryum)  est  solide,  en 
fragmens  ou  en  poudre  d’un  gris  verdâtre,  ou  d’une 
belle  couleur  blanche  (dans  ce.  dernier  càs  elle  a  été 
éteinte),  et  d’une  saveur  âcre  caustique.  Lorsqu’on 
la  traite  par  l’eau,  elle  , se  dissout  avec  ou  sans  cha- 
leur,  suivant  quelle  est  desséchée  ou  qu’elle  con¬ 
tient  de  l’eau;  la  dissolution  est  transparente,  verdit 
le  sirop  de  violettes  et  doiine  avec  l’acide  carbonique 
/lu-  sous  -  carbonate  de  baryte  blanc  insoluble  dans 
l’eau  ,  et  soluble  dans  l’acide  nitrique  pur;  tandis 
que  l’acide  sulfurique  y  fait  naître  un  précipité  de  sul¬ 
fate  de  harjte  insolul^le  dans  l’eau  et  dans  V acide  ni- 
trique  pur ,  Les  divers  sulfates  solubles  agissent  sur 


l’eau  de  baryte  comme  l’acide,  sulfurique;  et  il  suffit 
qu’il  y  en  ait  un  atome  dans  une  dissolution,  pour 
quelle  soit  précipitée  par  l’acide  sulfurique  et  par  les 
sulfates. 

S’ir  fallait  démontrer  la  présence  de  cet  alcali  dans 
la  matière  des  vomissemens ,  ou  dans  un  liquide  quel¬ 
conque,  et  que  les  réactifs  indiqués  fussent  insiiffisans 
pour  remplir  ce  but ,  on  verserait  un  excès  de  dis¬ 
solution  de  sous  -  carbonate  d’ammoniaque  dans  le 
liquide  suspect  :  on  obtiendrait  alors  du  sous-car¬ 
bonate  de  baryte  insoluble^  que  l’on  séparerait  par 
le  filtré  ;  on  le  dessécberait ,  on  le  mêlerait  avec  du 
charbon  pulvérisé,  et  on  ferait  rpugir  le  mélangé  dans 
un  creuset  ;  au  bout  d’une  demi-heure  d’une  chaleur 
rouge  ,  pn  obtiendrait  au  fond  du  creuset  la 
caustique,  dont  on  pourrait  constater  les  propriétés. 
Ç^Fojez  %  2.^.)  ■  ; 

Si  les  expériences  dont  nous  parlons  n’étaient  point 
propres  à  démontrer  l’existence  de  la  baryte  dans  le  li¬ 
quide,  il  faudrait  rechercher  cet  alcali  dans  les  matières 
solides.  Or  voici  les  cas  qui  peuvent  se  présenter. 

La  baryte  a  été  transformée  en  sulfate  insoluble,  au 
moyen  des  sulfates  contenus  dans  le  liquide ,  ou  de 
ceux  que  1  on  a  fait  prendre  au.  malade  pour  s’opposer' 
aux  progrès  de  l’empoisonnement.  B.  Elle  a,  été  pré¬ 
cipitée  à  l’état  sous-carbonate ,  soit  par  les  sous- 
carbonates  solubles  qui  entraient  dans  la  composition 
du  liquide  ,  soit  parce  qu’ayant  été  exposée  long-temps 
à  l  air,  elle  èn  a  attiré  l’acide  carbonique.  C.  La  baryte 
,s  est  combinée  avec  les  matières  solides ,  :  limentaires , 
ou  avec  |es  tissus  du  canal  digestif. 


(  Sa  ) 

P&ur  démontrer  la  présence  de  la  baryte  dans  les 
cas  dont  nous  parlons ,  il  faut  dessécher  les  matières 
solides  suspectes ,  les  mêler  aréc  du  charbon  pul¬ 
vérisé  5  et  calciner  le  mélange  dans  un  creuset  :  au 
bout  d’une  heure  d’une  chaleur  rouge,  on  obtiendra 
de  la  baryte  pure  facile  à  reconnaître  {yoy.  %  28) ,  ou 
du.  sulfure  de  baryte,  provenant  de  la  décomposition 
du  sulfate  de  baryte  par  le  charbon.  On  distinguera 
éé  sttiftiré,  t^  â  rôdeur  dmufspouris,  ou  de  gaz  acide 
hydrosulfuriqueiju’ildégagera  lorsqu’on  le  mêlera  avec 
de  l’acide  nitrique  pur^  étendu  d’eau  ;  2®  à  la  précipi¬ 
tation  de  soufre  qui  aura  lieu  ;  3®  â  ce  que  la  liqueur 
qui  résulterà  de  l’action  de  f  acide  nitrique  sur  le  sul¬ 
fure,  après  avoir  été  filtrée  j  précipitera  en  blanc  par 
raéîde  sulfurique  (quelque  étendue  quelle  soit),  et 
que  lé  précipité  sera  inseluMè  dans  l’eau  et  dans 
l’acide  nitrique  ;  4^  enfin,  à  la  possibilité  d’obtenir  la 
baryte  pure  en  faisant  évaporer  le  nitrate  de  baryte  jus¬ 
qu’à  siccité)  et  en  le  calcinant  dans  un  creuset,. 

Du  seus-Carbmiate  de  baryte. 

Comment  pêut-on  reconnaître  quel’empoisonnement 
a  èu  lieu  ^r  le  sous-carbonate  de  baryte? 

29.  te  soUs-carbonate  de  baryte  est  Solide,  blanc, 
insipide,  sans  action  sur  lé  sirop  de  violettes,  inso¬ 
luble  dans  l’eau ,  et  soluble  dans  l’aeide  nitrique  par, 
avec  effervescence  (due  au  dégâ^èment  du  gaz  acide 
carbonique).  Il  suffit  de  le  mêler  avec  du  charbon  pul¬ 
vérisé  ,  et  de  faire  rougir  le  mélangé  pendant  une  demi- 
heure  dans  un  creuset  pour  le  décomposer  en  gaz 


(  53  ) 

oxyde  de  carbone  qui  se  dégage,  et  en  baryte  qui 
reste  au  fond  du  creuset  :  on  traite  le  résidu  par  l’eau, 
bouillante  qui  dissout  la  baryte ,  et  on  filtre  pour  sé¬ 
parer  l’excès  de  charbon,  {Voyez  les  propriétés  de  la 
baryte  §  a8.  ). 

De  V Hydrochlorate  de  baryte. 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoison¬ 
nement  a  eu  lien  par  l’hydrochlorate  de  baryte  ? 

3o.  L’hydrochlorate  de  baryte  est  solide,  pulvé¬ 
rulent,  ou  cristallisé  en  lames  carrées  ,  d’une  saveur 
âcre  très-piquante  ;  il  ne  change  point  la  couleur  du 
tournesol,  ni  celle  du  sirop  de  violettes.  Il  se  dissout 
dans  l’eau  ;  il  n’est  point  soluble  dans  l’alcohol  con¬ 
centré,  Les  sous-earbonates  d’ammoniaque  et  de  soude 
décomposent  la  dissolution  aqueuse  d’hydrochlorate  de 
baryte  ,  et  y  font  naître  un  précipité  blanc  de  sous-car- 
honate  de  baryte  insoluble  dans  l’eau,  et  soluble  dans 
V acide  nitrique  pur.  L’acide  sulfurique  et  les  sulfates, 
la  précipitent  également  lors  même  qu’elle  est  très- 
étendue',  le  sulfate  de  baryte  déposé  est  blanc,  insoluble 
dans  l’eau  et  dans  l’acide  nitriqiie pur.  Elle  n’est  troit- 
bîee,  ni  par  les  hydrosulfates,  ni  par  l’ammoniaque 
pure.  Le  nitrate  d’argent  y  forme  un  précipité  caille- 
botté  de  chlorure  d’argent,  insoluble  dans  l’eau  et 
dans  1  acide  nitrique  pur,  soluble  dans  l’ammoniaque: 
il  suffit  de  ce  fait  pour  prouver  rexistence  de  l’acide 
bydrochlorique  dans  ladissolution.^/'lyi^âz  acide  bydro- 
chlorique  §  i a).  S’il  fallait  démontrer  la  présence  de 
1  bydrocblorate  dê  baryté  dans  les  liquides  vomis,  etc., 


(54) 

on  se  comporterait  comme  nous  l’avons  dit  en  par¬ 
lant  de  la  baryte,  pag.  5 1.) 

Article  — ..De  l’ammoniaque  liquide  (  alcali 

VOLATIL  fluor)  ,  DU  SOUS-CARBONATE  ,d’ AMMONIAQUE 

ET  DE  l’ HYDROCHLORATE  d’ AMMONIAQUE. 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoison¬ 
nement  a  eu  lieu  par  l’ammoniaque  liquide  ? 

3i.  L’ammoniaque  liquide  concentrée  est  incolore, 
douée  d’une  odeur  vive  piquante  qui  la  caractérise ,  et 
d’une  saveur  excessivement  caustique  :  elle  verdit  le 
sirop  de  violettes ,  et  rétablit  la  couleur  bleue  du  papier 
de  tournesol,  rougi  par  un  acide.  Si  on  la  chauffe, 
elle  laisse  dégager  du  gaz  ammoniac,  reconnaissable  à 
son  odeur,  et  s’affaiblit;  il  en  est  de  même,  quoique 
d’une  manière  beaucoup  moins  sensible  lorsqu’on  l’ex-- 
pose  à  l’air ,  à  la  température  ordinaire.  L’ammoniaque 
liquide  n’est  point  précipitée  par  l’acide  carbonique. 
L’hydrocblorate  de  platine  (muriate)  se  combine,  avec 
elle,  et  forme  un  sel  double  jaune- serin,  peu  so¬ 
luble  dans  l’eau  qui  se  précipite,  si  les  dissolutions  ne 
.sont  pas  très-étendue.^. 

S’il  s’agissait  de  déterminer  la  présence  de  l’aramo- 
maque  qui  aurait  été  mêlée  à  d’autres  liquides,  on 
chaufferait  ceux-ci  dans  un  appareil ,  composé  d’une 
cornue ,  et  d’un  récipient  dans  l’intérieur  duquel  on 
aurait  introduit  une  petite  quantité  d’eau  ,,  et  collé 
quelques  morceaux  de  papier  de  tournesol  rougi  par 
un  acide ,  l’ammoniaque  se  transformerait  en  gaz ,  et 
viendrait  se  dissoudre  dans  l’eau  du  récipient  5  tout  en 


c  55  ) 

rétablissant  la  couleur  bleue  du  papier  de  tournesol. 

“^2..  Sous~carbonaté  d’ammoniaque  en  poudré.  Il  est 
blanc  ,  doué  d’une  odeur  et  d’une  saveur  seniblabîes 
à  celles  de  l’ammoniaque  ;  il  verdit  le  sirop  de  violettes. 
Exposé  à  l’air,  il  perd  une  portion  d’ammoniaque,  et 
alors  il  agit  avec  beaucoup  moins  d’énergie  sur  l’éco¬ 
nomie  animale.  Mis  en  contact  avec  les  acides  sulfu¬ 
rique,  nitrique,  hydrochloriqùe,  etc, ,  il  est  décom¬ 
posé  j  il  se  produit  du  sulfate,  du  nitrate  ou  de  l’hyî-, 
drocblorate  d’ammoniaque  solubles,  et  l’acide  carbo¬ 
nique  se  dégage  à  l’état  de  gaz,  en  produisant  une 
vive  effervescence.  Il  est  très-soluble  dans  l’eau. 

Sous~carbonate  d’ammoniaque  dissous  dans  l’eau. 
Il  est  liquide,  transparent,  incolore ,  doué  de  la  même 
odeur  et  de  la  même  saveur  que  le  précédent  ;  il  verdit 
le  sirop  de  violettes.  Les  acides*  forts  agissent  sur  lui  , 
comme  s’il  était  à  l’état  solide.  Il  transforme  en  sous- 
carbonates  blancs  et  insolubles  les  bydrocblorates  et 
les  nitrates  de  chaux ,  de  baryte  et  de  strontiane ,  tandis 
que  l’ammoniaque  liquide  pure  n’agit  point  sur  eux. 
Il  précipite  l’hydrocblorate  de  platine  en  jaune  serin  ; 
trituré  avec  la  chaux  vive,  il  est  décomposé  ,  la  chaux 
s’empare  de  l’acide  carbonique  et  l’ammoniaque  se 
dégage;  Si  le  sous-carbonate  d’ammoniaque  était  mêlé 
a  d’autres  liquides ,  on  le  découvrirait  comme  nous 
l’avons  indiqué  §  3i,  en  parlant  de  l’ammoniaque 
pure.  '  . 

33.  Symptômes ,  lésions  de  tissu  déterminés  par  ces 
poisons  ■  action  sur  l’écononiie  animale.  Ils  agissent  sur 
l’économie  animale  comme  la  potasse  et  la  soude,  mais 
avec  plus  d’énergie;  ils  tardent  beaucoup  moins  à  dé- 


(  56-  ) 

terminer  des  convulsions  horribles.  L’expérience  prouve 
qu’il  est  très-dangereux  de  faire  respirer  l’alcali  volatil 
concentré  pendant  long-temps  aux  personnes  évanouies, 
que  l’on  cherche  à  ranimer;  en  effet,  le  gaz  ammoniac, 
qui  se  dégage  continuellement  de  ce  liquide,  enflamme 
la  membrane  muqueüse  du  pharynx  et  des  voies  aé¬ 
riennes,  et  peut  occasionerla  mort,  comme  l’a  observe 
Nysten. 

De  r Hfdrochîorate  d^ammoniaque  (sel  ammoniac). 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  avec  l’hydrochlorate  d’ammoniaque  ? 

34.  L’hydrochlorate  d’ammoniaque  solide  est  blanc, 
inodore,  légèrement  élastique  et  ductile;  il  ne  verdit 
point  le  sirop  de  violettes.  Mis  sur  les  charbons  ardens, 
il  se  volatilise  et  répand  une  fumée  épaisse  douée 
d’une  odeur  piquante.  Il  suffit  de  le  triturer  pendant 
quelques  secondes  avec  de  la  chaux  vive  ou  de  la  po¬ 
tasse  pour  le  décbraposer;  alors  il  se  forme  del’hydro- 
chlorate,  de  pqtasse  ou  de  chaux ,  et  l’ammoniaque  se 
dégage  à  l’état  de  gaz  ,  que  l’on  peut  facilement  recon  ¬ 
naître  à  son.  odeur.  Il  est  soluble  dans  l’eau  ;  le  solu- 
tum  contenant  de  l’acide  hydrochlorique  fournit,  avec 
le  nitrate  d’argent ,  le  précipité  de  chlorure  d’argent 
dont  nous  avons  parlé  §  12. 

L’hydrochlorate  d’ammoniaque,  dissous  dans  Veau., 
présente  les  caractères  suivans  :  il  est  liquide ,  transpa¬ 
rent,  inodore,  sans  action  sur  le  sirop  de  violettes,  et. 
doué  de  la  même  saveur  que  l’hydrochlorate  solide.  Il 
précipite  l’hydrochlorate  de  platine  en  jaune  serin, 
comme  l’ammoniaque  pure,  pourvu  qu’il  soit  assez  coa- 


(  57  ) 

centré.  {Voy.  S  3i.)  Il  n’est  point  troublé  par  les  sous- 
carbonates  de  soude ,  de  potasse  et  d’ammoniaque ,  ni 
par  les  hydfosulfates ,  ni  par  le  prussiate  de  potasse, 
(hydrocyanate).  Il  agit  sur  la  cbaux  vive  et  sur  le  nitrate 
d’argent,  comme  nous  venons  de  le  dire  S  34- 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  déterminés par  Vhydro- 
çhlorate  d ammoniaque  ^  action  sur  V économie  animale^ 
L’hydrocblorate  d’ammoniaque  est  très-vénéneux  pour 
les  chiens  ;  il  irrite  et  enflamme  les  parties  qu’il  touche , 
et  occasionne  des  symptômes  analogues  à  ceux  que  dé¬ 
terminent  les  acides.  [Voyez  §  5.^  Indépendamment 
des  effets  locaux  dont  nous  parlons,  il  est  absorbé, 
transporté  dans  le  torrent  de  la  circulation ,  et  porte 
son  action  meurtrière  sur  le  système  nerveux  et  sur 
l’estomac;  en  effet,  ce  dernier  organe  est  constam¬ 
ment  le  siège  d’une  inflammation  plus  ou  moins  in¬ 
tense  ,  lorsque  l’hydrochlorate  d’ammoniaque  a  été  ap¬ 
pliqué  sur  le  tissu  lamineux  sous-cutané ,  et  que  la 
mort  n’a  eu  lieu  qu’au  bout  de  plusieurs  heures. 

HUITIÈME  LEÇON.  - 
Article  vi.  —  Des  sels  et  autres  composés  de 

MERCURE,  d’étain,  d’aP.SENIC,  DE  CUIVRE,  d’ ANTI¬ 
MOINE,  d’argent,  de  BISMUTH,  d’oR  ET  DE  ZINC. 

3o.  Symptômes  de  V empoisonnement  déterminés  par 
ces  produits.  Saveur  âcre  métallique ,  plus  ou  moins 
analogue  à  celle  de  l’encre ,  moins  caustique  que  celle 
des  acides  et  des  alcalis  concentrés  ;  sentiment  de  cons- 
triction  a  la  gorge  ;  douleurs  dans  la  bouche ,  le  pha- 


(58)^ 

rynx,  l’estomae  et  les  intestins;  elles  sont  d’abord  lé¬ 
gères,  puis  deviennent  insupportables  :  nausées,  vo- 
missemens  fréquens  de  matières  de  couleur  variable, 
souvent  mêlées  de  sang ,  ne  faisant  point  effervescerice 
sur  lè  c&reau ,  ne  verdissant  jamais  le  sirop  de  vio¬ 
lettes,  pouvant  rougir  l’eaii  de  tournesol;  mais  à  un 
degré  très-faible;  constipation  ou  diarrhée;  la  ma¬ 
tière  des  déjections  alvines  est  quelquefois  sanguino-, 
lente;  rapports  fréquens  et  souvent  fétides,  hoquet, 
difficulté  de  respirer,  menace  de  suffocation;  le  pouls 
ordinairement  accéléré,  petit,  serré,  est  quelquefois 
inégal,  intermittent;  soif  intolérable,  difficulté  d’uri¬ 
ner,  crampes ,  froid  glacial  des  extrémités  ;  mouvemens 
convulsifs,  partiels  ou  généraux;  assez  souvent  pros¬ 
tration  des  forces,  décomposition  des  traits  de  la  face; 
délire  ou  libre  exercice  des  facultés  intellectuelles  ; 
mort. 

36.  Lésions  de  tissu  produites  par  ces  poisons,  La 
plupart  des  substances  vénéneuses  rangées  dans  cet 
articlé  déterminent  des  altérations  de  tissu  semblables 
à  celles  que  nous  avons  décrites  en  parlant  des  acides 
{voyez  §  6)  :  aussi  nous  dispenserons-nous  de  les  faire 
connaître  en  détail;  nous  observerons  seulement  qu’en 
général  elles  sont  moins  intenses.  ' 

Action  de  ces  poisons  sur  V économie  animale.  {Voyez 
l’histoire  de  chacun  d’eux.) 

§  I®’’.  —  Des  sels  et  autres  composés  de  mercure. 

Les  poisons  mercuriels  dont  il  nous  importe  de 
faire  l’histoire  sont  le  deuio<-chlorure  de  mercure  (su- 


(  09  ) 

bîimé  corrosif)  ;  le  deutoxyde  de  mercure  (  précipité 
rouge,  précipité  per  Sè)  ;  le  protoxyde  de  mercure,  le 
sulfure  de  mercure  (cinnabre) ,  les  divers  sulfates  et 
nitrates  de  ce  métal. 

Du  Deutochlorure  de  mercure  (  sublimé  corrdsif.  ) 

87.  Comment,  peut-on  reconnaître  que  l’empoi¬ 
sonnement  a  eu  lieu  par  le  sublimé  corrosif? 

Pour  résoudre  cette  question  d’une  manière  satis¬ 
faisante,  nous  allons  indiquer  les  moyens  de  recon¬ 
naître  le  sublimé  corrosif,  1°  à  l’état  solide;  2®  dissous- 
dans  une  quantité  d’eau,  d’alcohol  ou  d’éther  plus 
ou  moins  considérable  ;  8®  mêlé  avec  d’autres  liquides 
qui  ne  l’ont  point  décomposé ,  ou  qui  ne  l’ont  décom¬ 
posé  qu’en  partie  ;  4°  uni  à  diverses  substances  médi¬ 
camenteuses,  solides;  5®  combiné  avec  des  aliraens 
liquides  ou  solides ,  qui  en  ont  opéré  la  décompo¬ 
sition  ;  6®  décomposé  par  nos  organes ,  et  intimement 
combiné  avec  les  tissus  du  canal  digestif. 

I®  Sublimé  corrosif  pulvérulent,  ou  cristallisé.  Il  est 
sous  forme  de  poudre,  ou  de -masses  blanches  com¬ 
pactes,  demi-transparentes  sur  leurs  bords,  hémis.- 
phériques  et  concaves  ,  dont  la  paroi  externe  est  polie 
et  luisante,  et  dont  l’interne  est  inégale,  hérissée  de 
petits  cristaux  brillans,  tellement  comprimés,  qu’on 
ne  peut  en  distinguer  les  faces  ;  quelquefois  il  se  présente 
sous  forme  de  faisceaux  aiguillés  ,  que  l’on  a  comparés 
à  des  poignards,  ou  sous  forme  de  cubes  ou  de  prismes 
quadrangulaires  ou  hexaèdres.  La  saveur  du  sublimé 
corrosif  est  excessivement  âcre  tet  caustique  ;  elle  est 


(  6o  ) 

accompagnée  d’un  sentiment  de  stypticité  métallique 
très-forte,  et  suivie  d’un  reserretnent  à  la  gorge,  qui 
persiste  pendant  quelque  temps  :  sa  pesanteur  spécifique 
est  de  5,1398. 

Mis  sur  les  charbons  ardens,  le  sublimé  corrosif 
pulvérisé  se^ sublime,  et  répand'  une  fumée  épaisse, 
d’une  odeur  piquante ,  rougissant  le  papier  de  tour 
nésol ,  et  ternissant  une  lame  de  cuivre  parfaiteinent 
décapée  :  lorsqu’on  frotte  la  partie  ternie,  elle  acquiert 
la  couleur  blanche,  brillante,  argentine,  qui  carac-. 
térise  le  mercure.  Si  l’on  chauffe  graduellement  et 
pendant  cinq  ou  six  minutes  dans  un  tube  de  verre 
étroit  ,  et  long  de  vingt-cinq  à  vingt-huit  centimètres, 
un  mélangé  pulvérulent  de  sublimé  corrosif,  et  de 
potasse  à  1  alcohol  ou  de  pierre  à  cautère  ou  de  sous- 
carbonate  de  potasse,  on  obtient  du  mercure  métal-, 
lique  qui  se  volatilise,  et  vient  se  condenser  sur  les 
parois  de  la  partie  moyenne  du  tube,  du  gaz  oxygène 
qui  se  dégagé  ,  et  du  chlorure  de  potassium  qui  reste 
au  fond  de  cet  instrument  (ce  chlorure  est  pur,  si 
lexpérience  a  été  faite  avec  de  la  potasse  à  l’alcohol)  ; 
ce  qui  prouve  que  le  chlore  du  sublimé  corrosif  s’est 
combiné  avec  le  potassium  de  la  potasse ,  tandis  que 
l’oxygène  et  le  mèrcure  ont  été  volatilisés ,  le  premier 
à  l’état  de  gaz,  le  mercure  à  l’état  de  vapeur. 

Le  sublimé  corrosif  se  dissout  dans  onze  fois  son 
poids  d  eau  froide,  et  dans  une  plus  petite  quantité 
d  alcohol  ét  d’éther  mous  allons  faire  connaître  les 
caractères  de  ces  dissolutions. 

37  bis.'îP  Sublimé  corros^ dissous  dans  une  quantité 
plus  ou  moins  considérable  d’eau  ou  d’ alcohol. 


Â.  Dissolution  aqueuse  concentrée.  L’hydro chlorate 
de  deutoxyde  de  mercure  qui  résulte  de  la  dissolutioa 
du  sublimé  corrosif  dans  l’eau  (i)  est  liquide  ,  trans¬ 
parent,  incolore,  inodore,  et  doué  de  la  même  saveur 
qtîfi  le  deutochlorure  ;  il  rougit  l’eau  de  tournesol  et 
verdit  le  sirop  de  violettes.  La  potasse  caustique  à  l’ai-, 
cohol ,  et  Y  eau  de  chaux  versées  en  petite  quantité  dans 
ce  liquide,  y  déterminent  un  précipité  jaune -rou¬ 
geâtre  ,  qui  devient  rouge  par  l’addition  d’une  nou¬ 
velle  quantité  d’alcali,  et  qui  finit  par  être  d’un  beau 
jaune  serin,  si  l’on  emploie  encore  plus  de  potasse  ou 
d’eau  de  chaux  :  dans  ce  dernier  cas  ,  le  précipité  est 
du  deutoxyde.de  mercure,  ce  qui  prouve  que  les  al¬ 
calis  se  sont  emparés  de  la  totalité'  de  l’acide  hydro- 
chlorique.  L’ammoniaque  liquide  fait  naître  dans  la 
dissolution  du  sublimé  corrosif  un  précipité  blanc 
qui  est  un  véritable  sel  double ,  et  qui  ne  change 
point  de  couleur,  comme  on  l’a  annoncé  mal  à  propos, 
même  lorsqu’il  a  été  lavé  et  desséché  à  la  tempéray 


(i)  Plusieurs  chimistes  regardent  le  sublimé  corrosif  dis¬ 
sous  dans  l’eau  comme  un  deutochlorure  ;  il  en  est  d’autres 
qui  pensent  qu’il  a  été  transformé  en  hydrochlorate  j  comme 
le  sont  la  plupart  des  chlorures  dissous  dans  l’eau  :  nous  ad¬ 
mettons  cette  dernière  hypothèse ,  et  voici  comment  nous 
expliquons  îa  transformation  du  chlorure  en  hydrochlorate  : 
1  eau  est  décomposée  ;  son  oxygène  se  combine  avec  le  mercure 
du  chlorure  pour  former  du  deutoxyde  de  mercure,  tandis 
que  l’hydrogéné  s’unit  avec  le  el^re  ,  forme  de  l’acide 
hydrochlorîque  qui  change  le  deutoxyde  en  hydrochiorate  de 
mercure. 


•  (  ' 
ture  bï-diriairé.  Le  sousrcarbonate  de  potasse  ^  y  fait 
naître  iin  "précipité  brique -clair.  L’hydrocyanate  de 
potasse  et  de  fer  (prussiate  de  potasse) ,  versé  dans  cette 
dissolution,  la  précipite  en  blanc;  mais  le  dépôt  ne 
tarde  pas  à  passer  au  jaune ,  et  au  bout  d’un  certain 
temps  au  bleu  plus  ou  moins  foncé  (i).  Les  divers 
précipités  dont  nous  venons  de  parler  fournissent  du, 
mercure  métallique ,  lorsque  après  les  avoir  lavés  et 
desséchés  sur  un  filtre ,  on  des  chauffe  graduellement 
pendant  quelques  minutes  dans  un  tube  étroit ,  long 
de  vingt-cinq  à  vingt-huit  centimètres.  Uacidehjdro- 
sulfurique ,  et  les.hydro  sulfates  de  potasse^  de  soude ,  etc., 
employés  en  assez,  grànde  quantité ,  décomposent  l’hy-i 
drochlorate  de  mercure ,  et  en  précipitent  du  sulfure 
de  mercure  noir  :  ce  qui  prouve  que  l’oxygène  du  deu- 
toxyde  de  mercure  s’est  combiné  avec  l’hydrogène  de 
l’acide  hydfosulfurique ,  tandis  que  le  soufre  de  ce 
dernier  s’est  uni  avec  le  mercure  du  deutoxyde.  Le 
■nitrate  d^ argent  également  cette  disso¬ 

lution  ,  et  y  fait  naître  un  précipité  de  chlorure  d’ar¬ 
gent;  d’où  il  suit  que  l’acide  hydrochlorique  a  été 
décomposé,  (foyez  §  12  pour  les  caractères  de  ce  pré¬ 
cipité,  et  pour  la  théorie  de  la  décomposition.)  Une 
lame  de  cuivre  parfaitement  décapée,  plongée  dans 
l’hydrochloràte  de  mercure  dissous ,  se  recouvre  d’un 


(i)  Cette  couleur  bleue  dépend  de  la  présence  du  bleu  de 
Prusse ,  qui  a  été  formé  aux  dépens  du  prussiate  de  potasse 
employé  ,  etrdu  fer  que  renferme  le  sublimé  corrosif  du  com¬ 


merce. 


C63)' 

enduit  terne ,  qui  par  le  frottement  avec  un  morceau 
de  papier,  devient  blanc,  brillant,  argentin  :  ce  phé¬ 
nomène  dépend  de  la  décomposition  de  rhydrochlo- 
rate  par  le  métal,  et  de  l’application  d’une  portion  du 
mercure  métallique  mis  à  nu  sur  le  cuivre  :  aussi  suffit- 
il  de  chauffer  assez  la  lame  pour  en  volatiliser  le  mer¬ 
cure,  et  pour  lui  faire  reprendre  la  couleur  propre  au 
cuivre.  La  -  lame  de  cuivre  se  comporte  de  la  même 
manière  ,  lorsqu’on  la  frotte  avec  les  divers  précipités 
dont  nous  avons  parlé ,  et  que  l’on  obtient  en  versant 
dans  l’hydrochlorate  de  mercure,  du  sous-carbonate 
de  potasse,  de  la  potasse,  de  l’eau  de  chaux  et  de  l’am¬ 
moniaque. 

B.  Dissolution  aqueuse  étendue.  Lorsque  le  sublimé 
corrosif  est  dissous  dans  une  quantité  d’eau  tellement 
considérable  ,  qu’aucun  des  réactifs  propres  à  le  déceler 
ne  peut  servir  à  prouver  son  existence  ,  on  doit  avoir 
recours  au  procédé  suivant.  On  introduit  la  dissolution 
dans  un  flacon  ;  on  verse  par  -  dessus  deux  ou  trois 
gros  d’éther  sulfurique;  oh^bouche  le  flacon  et  on 
agite  lentement  pendant  dix  à  douze  minutes,  de  ma¬ 
nière  cependant  à  ce  que  l’éther  soit  en  contact  avec 
toutes  les  parties  du  liquide;  l’éther  enlève  à  l’eau  la 
majeure  partie  du  sublimé,  et  le  liquide  se  partage  en 
deux  couches  lorsqu  on  cesse  d’agiter  ;  la  couche  supé¬ 
rieure  est  formée  par  l’éther  tenant  le  sublimé  corrosif 
en  dissolution.  On  verse  le  tout  dans  un  entonnoir  dont 
l’ouverture  du  bec  est  fermée  avec  le  doigt  indicateur  : 
après  quelques  instans ,  lorsque  l’on  aperçoit  dans  le 
corps  de  l’entonnoir  les  deux  couches  dont  nous  avons 
parlé,  on  laisse  écouler  la  couche  inférieure  ou  aqueuse; 


(  64  ) 

ce  qu’il  est  facile  d’obtenir  en  écartant  du  bec  de  l’en- 
tonnoir  une  partie  du  doigt  indicateur  qui  en  bouche . 
l’ouverture  :  à  peine  cetîc  couche  s’ est-elle  écoulée  que 
l’on  ferme  de  nouveau  l’ouverture  pour  empêcher  la 
sonie  de  la  couche  éthérée;  alors  on  reçoit  celle-ci  dans 
une  petite  capsule  ou  dans  tout  autre  vase  qui  pré¬ 
sente  beaucoup  de  surface  :  l’éther  se  vaporise,  et  le 
sublimé  reste  à  l’état  solide;  on  le  fait  dissoudre  dans 
une  petite  quantité  d’eau  distillée,  et  l’on  obtient  une 
dissolution  aqueuse  concentrée ,  facile  à  reconnaître 
en  ayant  égard  aux  caractères  indiqués  S  dy  bis.  L’expé¬ 
rience  nous  a  démontré  qu’à  l’aide  de  ce  procédé  dii 
pouvait  facilement  découvrir  un  grain  de  sublimé  cor¬ 
rosif  dissous  dans  3456  grains  d’eau  distillée  (six  onces). 
Nous  croyons  utile  de  prévenir  que  si  l’agitation  des 
deux  liquides  était  vive  et  très-prolongée ,  et  queréjther 
employé  ne  fût  pas  en  assez  grande  quantité,  l’expé¬ 
rience  serait  manquée;  en  effet  l’éther  serait  entière¬ 
ment  dissous  par  l’eau,  et  l’on  n’obtiendrait  point  les 
deux  couches  de  pesanteur  spécifique  différentes,  sur 
lesquelles  repose  tout  le  succès  de  l’opération. 

C.  Dissolation  aîcoholi^  ue  concentrée.  Cette  d  issolutron 
se  comporte  avec  la  potassé,  l’eau  de  chaux,  l’ammo¬ 
niaque,  l’hydrosulfate  de  potasse  et  le  nitrate  d’ar¬ 
gent,  comme  la  dissolution  aqueuse  concentrée 

§  Sy  ;  et  elle  peut  en  être  distinguée  par  l’odeur 
d’aleohol  qu’elle  exhaie. 

D.  Dissolojtion  alcoholique  étendue.  La  dissolution 
peut  être  tellement  étendue  que  l’odeur  de  l’alcohol  soit 
inappréciable.  Quoiqu’il  en  soit,  on  constatera  la  pré¬ 
sence  du  sublimé  corrosif  au  moyen  de  l’éther  qui  joui  t 


(  65  ) 

egaiement  de  la  propriété  de  le  séparer  de  la  dissolu-  - 
tion  alcoholique  (voy.  le  procédé  page  63,  B).  La  liqueur 
de  fFansivietten,  que  l’on  prépare  le  plus  ordinairement 
aujourd’hui  en  dissolvant  un  grain  de  sublimé  corrosif 
dans  deux  onces  d’eau ,  sera  reconnue  au  moyen  de 
l’éther,  comme  nous  venons  de  le’ dire.  Il  èn  serait  de 
même  si  elle  avait  été  préparée  avec  l’alcohol;  dans  ce 
cas  seulement,  on  aurait  un  caractère  de  plus,  l’odeur 
alcoholique  du  liquide. 

E.  Dissolution  éthérée.  Lorsq;u’on  expose  cette  disso¬ 
lution  à  l’air,  l’éther  s’évapore  et  le  sublimé  reste  à  l’état 
solide.  Il  est  alors.facile  de  le  reconnaître  en  le  faisant 
dissoudre  dans  l’eau.  les  propriétés  de  cette  dis- 

•soliition'g  bis.y  -  - 

S'’  ' Sublimé  corrosif  mêlé  arec  d’ autres  liquides  qui  ne 
Vont  point  décompose-,  ou  q  id  ne  Vont  décomposé  quèri 
partie^  Les  liquides  dont  nousVoulons  parler  sont  le 
vin  rouge,-  les- décoctum  de  café  et  de  quelques  autres  vé¬ 
gétaux,  le  lait,  la  bile ,  les  liquides  vomis  par  le  malade 
et  ceux  que  l’on  trouve  dans  le  canal  digestif  après  la 
mort.  S’il  ést  vrai  que  le  sublimé  corrosif  soit  décom¬ 
posé,  par  la  plupart  des  liquides  végétaux  et  animaux , 
et  transformé  &rL  pratochlorure  de  mercure 
(calomélas,  mercure  doux)  ,  ce  qui  semblerait  exclure 
la  possibilité  de  le  trouver  dissous  dans  ces  sortes  de 
véhicules,  il  est  également, vrai  que  la  décomposition 
n’est  quelquefois  complète  qu’au  bout  de  plusieurs 
jours,  et  que  dans  certaines  circonstances  la  dose  du 
sublimé  mêlée  à  cés  liquides  est  assez  forte  pour  que 
la  décomposition  totala  soit  impossible  ;  donc  il  peut  se 
faire  que  le  médecin  ait  à  prononcer  sur  le  cas  dont  il 
,  -  5 


(66). 

s'agit.  Oe,  le  plus  sou^'ent  les  réactifs  que  l’on,  em¬ 
ploie  avec  succès  pour  décp.uvrir  la  dissolution  aqueuse 
et  concentrée,  de  sublime  ('U.  §.  his^ ,  ne  sont  ici  d  au¬ 
cune,  utilité;  leur  emploi  peut  même  quelquefois  in¬ 
duire  le  méd,eçin, en  erreur;  en  effet,  la  quantité  de 
sublimé  dissous  petit  être  tellement  petite,  que  les 
réactifs  ne  puissent  point  la,  déceler;  en  supposant 
même  que  la  dose  du  sublimé  ,  qui  est  tenu  en  dissolu¬ 
tion  ,  soit  assez  forte ,  les  précipités  fournis  par  les 
réactifs  peuvent  être  d’une  couleur  différente  de  celle 
qu’ils  auraient  si  on  avait  agi  sur  la  dissoîutipn  aqueuse; 
ce  qui  peut  dépendre  de  la  couleur  propre  au  liquide 
avec  lequel  le  sublimé  aura  été  mêlé,  ou  de  tonte  autre 
cause.  Voici  quelques  exemples  qui  mettront  cette  vé¬ 
rité  hors  de  doute.  Lorsqu’on  verse  dans  six  onces  de 
vin  de  Bourgogne,  douze  grains  de  sublimé  corrosif  dis¬ 
sous  dans  l’eau  ,  le  mélange  précipite  en  noir  par  la 
potasse  ,  en  vert  très-foncé  par  l’ammoniaque^  Un  mé¬ 
lange  de  quatorze  gros  de  lait  et  d’un  gros  de  dissolu¬ 
tion  concentrée  de  sublimé  corrosif  donne  par  la  po¬ 
tasse  caustique  un  gris-noirâtre,  %  3  7  bii^ 

pour  juger  la  d^ifférence  de  couleur  entre;  ces  précipités 
et  ceux  qui  sont  fournis  par  les  niêmes  réactifs  avec  la 
dissolution  aqueuse). - 

'  Pour  découvrir  le  s.ublimé  corrosif  dans  le  cas  dont 
nous  parlons,  onémploîra  l’éther  sulfurique,  et  on  agira 
comme  il  a  été  recommandé  page  63  B.  Toutefois  ,  s’il 
fallait  démontrer  la  présence  de  ce  poison  dans.la. ma¬ 
tière  des  vomissemens,  QU-  dans. toute  autre  qui  fût  en 
partie  liquide  ,  en  partie  solide,  on  commencerait  par 
exprimer  le  tout  dans  un  linge  fin  pour  séparer  ledi- 


(  67 .) 

quide  des  matières  solides  :  eelles-ei  seraient  eonservées 
dans  l’alGohol  ponr  les  préserver  de  la  pntréfaction. 

4®  Sublimé  corrosif  uni  a  diverses  substances  médical 
menteuses  solides.  Si  le  sublimé  corrosif  entrait  dans^^  la 
eomposition  d’un  médicament  solide^  tel  qu’un  èm-^ 
plâtre ,  par  exemple ,  il  pourrait  se  faire  A.  qu’il  n’eût 
pas  été  décomposé,,  ou  qu’il  ne  l’eût  été  qu’en  partie  ; 
Dans  ce  cas,  il  suffirmt,  après  avoir  divisé  le  médica^ 
ment,  de  le  faire  bouillir  pendant  un  quart  d’heure 
avec  deux  onces  d’eau  distillée  ;  lè  sublimé  serait 
dissous  ;  or,  les  caractères  de.  cette  dissolution  sont 
faciles  à  vérifier  (u.  §  âj  bis) y.  B.  qu’il  eût  été  décom¬ 
posé  ou  qu’il:  fût  fortement  retenu  par  quelques-unes 
des  substances  qui  eonstituënt  le:  médicaraent  j:  alors 
l’ébullition  du  médicament  dans  l’eau  serait  inbuc- 
tueuse  pour  démontrer  sa  présence  ;  ce  moyen  serait 
encore  inefficace ,  lorsque  le  poison  n’ayant  point  été 
décomposé,  et  n’étant  point  retenu  par  les  matières 
qui  entrent  dans  la  composition. du  médicament,,  eeb 
les-ci  se  dissoudraient  dans  l’eau  comme  le  sublimé  ,  et 
viendraient  altérer  les  couléms  dés  pré  cipités  fournis 
par  les  réactifs  (n,  page  #5.)^  Gesconsidérationsnous 
engagent  à  indiquer  un  procédé  facile ,  propre  à  ré¬ 
soudre  ce  problème.  On  décante  le  liquide  dans  le¬ 
quel  on  a  fait  bouillir  le  médicament  j  bn  le.  mêlé 
avec  vingt-quatre  ou  trente  grains  de  potasse  à  falr 
çohol  ,  et  on  l’évapore  jusqu’à  siccké  dans  une  cap¬ 
sule  de.  porcelaine  (  :  on  dessèche  à  une  doupe  chaleup 


(i)  On.  aurait  tort  d’abandoimei’  ce  li<piide  j  paa-  cpîa  seifi 


(  es  ) 

les  portions  solides  du  médicament,  et  on  introduit  le 
tout  dans  une  cornue  de  verre  a  laquelle  on  adapte  un 
récipient  à  long  col  ^  on  chauffe  la  cornue  d  une  ma* 
nière  graduée ,  jusqu  a  la  faire  rougir ,  et  on  obtient 
du  mercure  métallique  globuleux ,  adhérent  aux  parois 
du  col  de  la  cornue  et  mélé  avec  de  l’huile  épaisse  et 
noirâtre.  Dans  cette  opération,  le  deutochlorure  de 
mercure  est  décomposé  par  la  potasse  (u.  %  ;  les 

substances  végétales  et  animales  qui  constituent  le  mé¬ 
dicament  sont  décomposées  par  le  feu,  et  peut-être  par 
une  portion  de  potasse. 

L’expérience  étant  terminée ,  s’il  arrivait  que  le  mer¬ 
cure  volatilisé  ne  fût  pas  en  assez  grande  quantité  pour 
pouvoir  être  aperçu  sous  forme  de  globules,  on  devrait 
briser  le  col  dè  la  cornue  en  plusieurs  fragmens  y  et 
verser  sur  l’intérieur  de  chacun  de  ces  fragmens  de 
l’acide  nitrique  parfaitement  pur,  et  à  vingt-quatre  de¬ 
grés  environ  de  l’aréomètre  de  Baumé  :  cet  acide  dis¬ 
soudrait  le  mercure,  et  le  transformerait'  en  proto¬ 
nitrate  qui:  précipite  en  noir  par  l’ammoniaque ,  par  la 
potasse  et  par  l’ hydrosulfate  de  potasse,  en'  rougé- 
orangé  par  le  chromate  de  potasse ,  et  en  blanc  par 


qu’il  ix’a  point  fourni  la  preuve  de  l’existence  du  sublimé; 
celui-ci  ne  peut- il  pas  y  être  tenu  en  dissolution  avec  quel¬ 
ques  autres  substances  du  médicament  qui  le  masquent  ?  Nous 
conseillons  avec  raison  de  ne  procédèr  à  l’évaporatian  qu’a- 
près  avoir  ajouté  de  la  potasse;  en  effet,  le  sublimé  corrosif 
dissous  dans  l’eau  se  volatilise  en  partie  avec  ceUe-ci ,  lors¬ 
qu’on  évapore  ;  il  importe  donc  d’ajouter  un  corps  qui,  ende 
décomposant ,  le  fixe. 


{6g) 

l’acide  hydrochlorique.  (  Protonitrate  de  mer¬ 
cure  §45.) 

Mais  est-il  permis  de  conclure  que  le  médicament 
sur  lequel  on  fait  dés  recherches ,  contient  du  subhmé 
corrosif ,  parce  qu’ayant  été  soumis  à  l’expérience 
dont  nous  parlons  il  a  fourni  du  mercure  métallique? 
Non,  certes,  cette  expérience  prouve  seulement  qu’il 
renferme  une  préparation  mercurielle,  et  le  médecin 
peut  affirmer  que  les  accidens  ont  été  produits  par 
un  composé  de  ce  genre. 

5°  Sublimé  corros^ combiné  avides  alimens  liquides 
ou  solides  qui  en  ont  opéré  la  décomposition.  Si  le  sublimé 
corçosif ,  par  son  mélange  avec  des  liquides  végétaux 
ou  animaux ,  a  été  entièrement  décomposé ,  il  ne  se 
retrouve  plus  dans  la  liqueur,  il  a  été. transformé  en 
protochlorure  de  mercure  (  calomélas  ou  mercure 
doux),  lequel  s’est  uni  avec  les  matières  végétales  ou 
.aninaales,  et  a  formé  un  produit  qui,  étant  desséché 
sur  un  filtre,  est  sous  la  forme  de  petits  fragmens  très- 
durs,  cassans  ,  faciles  à  pulvériser ,  inaltérables  à  l’air  et 
insolubles  dans  l’eau  :  c’est  dans  ce  produit  qu’il  faut 
chercher  à  démontrer  la  présence  du  mercure  métal¬ 
lique;  les  recherches  faites  sur  le  liquide  qui  le  surnage 
seraient  infructueuses.  On  rassemblera  donc  les  por¬ 
tions  solides  qui  feront  partie  des  matières  vomies ,  ou 
de  celles  que  l’on  trouvera  dans  le  canal  digestif  après 
la  mort  de  l’individu;  on  les  exprimera  dans  un  linge 
fin  ,  et,  après  les  avoir  desséchées,  on  les  mêlera,  avec 
.  de  la  potasse  pure  pour  les  calciner  dans  une  cornue  de 
verre ,  comme  il  a  été  dit  page  67. 

.  6°  Suborné  corrosif  décomposé  par  nos  organes  ^  et 


(  70  ) 

intimement  eemhiné  avec  lés  tissus  du  canal  digest^.  Si 
les  expériences  que  l’on  a  tentées  avec  les  matières  vo» 
mies,  ou  avec  celles  qiii  se  trouvent  dans  le  canal  diges-  ^ 
tif  après  la  mort ,  ont  été  insuffisantes  pour  découvrir 
le  poison,  il  faut  nécessairement  le  rechercher  dans 
nos  tissus.  Voici  un  fait  qui  prouve  combien  l’ examen 
de  ces  tissus  peut  être  utile  dans  certains  cas  d’empoi¬ 
sonnement  par  le  sublimé  :  que  l’on  plonge  une  por¬ 
tion  d’intestin  dans  une  dissolution  de  sublimé  cor¬ 
rosif  ;  au  bout  de  trois  jours ,  une  grande  partie  dû  su¬ 
blimé  sera  décomposée ,  transformée  en  protochlorure 
de  mercure  qui  sera  intimement  combiné  avec  l’intes¬ 
tin  :  si,  après  avoir  fait  bouillir  celui-ci  avec  de  l’eau 
distillée  pour  le  débarrasser  du  sublimé  non  décomposé 
qui  était  à  sa  surface ,  on  le  ehauffo-dans  une  petite 
cornue  avec  de  la  potasse,  on  obtiendra  üne  infinité 
de  globules  de  mercure.  Cette  expérience  à  laquelle 
nous  aurions  pu  en  substituer  d’autres  non  moins  dé¬ 
monstratives,  prescrit  au  médecin  le  devoir  d’analiser 
les  portions  du  canal  digestif  sur  lesquelles  le  poison 
paraît  avoir  agi  de  préférence  :  pour  cela ,  on  dessèche 
les  matières,  on  les  mêle  avec  un  peu  de  potasse,  et  on 
les  calcine  dans  une  cornue ,  comme  il  a  été  dit  page  67: 
la  présence  du  mercure  métallique  atteste  jusqu’à  l’évi¬ 
dence  l’existence  d’une  préparation  mercurielle. 

Avant  de  quitter  ce  sujet,  nous  devons  examiner  un 
cas  important  qui  peut  se  présenter  :  un  individu ,  ma¬ 
lade  depuis  long  temps  et  habituellement  constipé , 
prend ,  dans  le  dessein  de  se  purger,  quelques  grains  de 
calomélas  (protochlorure  de  mercure),  il  meurt  trois  ou 
quatre  heures  après  5  on  soupçonne  qu’il  a  été  empoi- 


(  7ï  )  _  . 

sonné.  Le  médecin  est  reqnis  pour  faire  l’ouverture  du 
corps  ;  il  trouve  le  canal  digestif  enflammé;  il  fait  l’ana- 
lise  des  liquides ,  qui  ne  lui  apprend  rien  sur  là  véri¬ 
table  cause  de  la  mort;  il  examine  les  solides,  commè 
nous  l’avons  conseillé,  et  il  découvre  à  la  fin  dé  l’expé¬ 
rience  du  mercure  métallique;  tout  le  porté  à  croire 
qu’il  y  a  eu  einpoisonnèment.  Ceftè  opinion  est  pour¬ 
tant  erronée  dans  le  cas  dont  nous  nous  occupons; 
car  la  rougeur  du  canal  digestif  tient  à  une  phlegmàsië 
chronique  dont  lé  malade  était  tourmenté  depuis  long¬ 
temps  ;  le  mercure  métallique  provient  de  la  petite  dosé 
de  calomélas  qu’il  avait  prise,  èt  qui  certes  ne  pèut  pâs 
avoir  occasioné  l’empoisonnêment. 

Nous  croyons  pouvoir  indiquer  les  moyens  propres 
à  éviter  des  méprises  de  ce  genre.  Il  faut  savoir  :  i»  qiVé 
le  calomélas  que  l’on  a  introduit  dans  le  cân'ai  digestif 
peut  bien  se  retrouver  après  là  mort,  màis  qu’alors  il 
est  le  plus  ordinairement  âppiiqué  sur  lès  tissüs  sotis 
forme  d’une  poudre  blanchâtre ,  qué  l’on  peut  ehieVèr 
en  ratissant  les  membranes  ,  parce  qu’il  ne  sè  êombihê 
pas  avec  elles  ;  én  outre  qu’il  est  insolubie  dans  l’eaii, 
et  que  lorsqu’on  le  met  en  contact  àVec  dé  l’eau  de 
chaux  à  la  température  ordinaire  j  il  acquiert  une  cou¬ 
leur  noire,  l’oxyde  de  mercure  étant  mis  à  nu  (i);  d’ail¬ 
leurs  il  conserve  toutés  sés  propriétés  physiques.  Si 


(i)  Théorie.  L  eau  se  décompose,  son  hydrogène  s’unit 
avec  lé  chlore  du  calomélas,  forme  de  l’acide  hydrochlorique 
qui  passe  à  l’état  d’hydro chlorate  de  chaux,  tandis  que  l’oxy¬ 
gène  de  l’eaii  se  combine  avec  le  mercure,  et  donné  nais¬ 
sance  à  un  produit  noir,  composé  de  mercure  ét  de  deUtoxyde 


(7^) 

par-hasard  il  était  intimement  mêlé  avec  les  substances 
alimentaires  solides  contenues  dans  le  canal  digestif ,  il 
suffirait  de  diviser  celles-ci  dans  1  eau  ;  alors  le  c^lomélas, 
d’une  pesanteur  spécifique  trè-3-considérable ,  gagnerait 
le.  fond  du  vase,  tandis  que  les  autres  matières  tarde¬ 
raient  beaucoup  plus  à  se  précipiter.  2^  Que  le  calomé- 
las  qui  résulte  de  la  décomposition  du  sublimé  corrosif, 
par  les  substances  végétales  ou  animales,  -et  dont  la, 
présence  suffit  pour  prononcer  qu’il  y  a  eu  empoison¬ 
nement,  n’est  jamais  appliqué  sous  forme  de  poudre 
sur  les  membranes  du  canal  digestif  ;  qu’il  ne  se  pré¬ 
sente  jamais  avec  ses  propriétés  physiques,  parce  qu’il 
est  intimement  combiné  avec  ses  substances  qui  ont 
déterminé  sa  formation  en  décomposant  le  sublimé; 
enfin,  que  si  l’on  verse  de  l’eau  de  chaux  sur  les  ma¬ 
tières  qui  sont  ainsi  combinées  avec  le  mercure  doux , 
on  ne  remarque  aucun  changement  de  couleur.  Indé¬ 
pendamment  de  ces  données ,  qui  sont  immédiatement 
fournies  par  l’expérience,  le  médecin  peut  apprendrfe 
que  le  malade  avait  pris  du  mercure  doux  ;  ce  qui  doit 
nécessairement  contribuer  à  rectifier  le  jugement  qu’il 
avait  porté  d’abord. 

Symptômes  de  F  empoîsonnenient  déterminé  par  le  su¬ 
blimé,  corrosif.  (^F'oy.% 

38.  Lésions  de  tissu  développées  par  ce  poison.  Elles 
sont  plus  ou  moins  semblables  à  celles  que  produisent 
les  autres  irritans  {poy.  §  6)  ;  en  sorte  qu’il  est  impos¬ 
sible ,  comme  l’avait  prétendu  Sallin,  de  distinguer, 


de  mercure ,  que  l’on  a  regardé  pendant  long-temps  comme 
du  protoxyde  de  ce  métal. 


à  l’aspect  des  altérations  cadavériques ,  si  1  empoison¬ 
nement  a  eu  lieu  par  cette  substance.  Toutefois ,  nous 
devons  remarquer  qu’il  arrive ,  dans  certaines  circons¬ 
tances  ,  que  les  tissus  sur  lesquels  le  sublimé  corrosif  a' 
été  appliqué  sont  d’une  couleur  grise-blanc^âtre  :  ce 
caractère,  que  nous  n’avons  jamais  vu  présenter  à  aucun 
autre  poison,  est  d’autant  plus  marqué,  que  la  quantité 
de  sublimé  corrosif  qui  reste  dans  le  canal  digestif  apres 
la  mort  de  l’individu  est  plus  grande.  Quelquefois  aussi' 
la  membrane  interne  du  cœur-est  enflammée,  et  on  y 
remarque  çà  et  là  des  taches  brunes-noires. 

3q.  Action  du  sublimé  corrosif  sur  F  économie  animcde. 
Il  doit  être  considéré  comme  un  poison  très-énergique , 
qui  détermine  la  mort  en  très-peu  de  temps ,  soit  qu’on 
l’injecte  dan, s  les  veines  ou  qu’on  l’introduise  dans  le 
canal  digestif,  soit  qu’on  l’applique  sur  le  tissu lami- 
neux  sous -cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuisse  : 
son  action  est  beaucoup  moins  intense  lorsqu’on  le 
met  en  contact  avec  le  tissu  cellulaire  du  dos.  Les  ac- 
cidens  qu’il  détermine  lorsqu’il  est  appliqué  à  l’exté¬ 
rieur  du  corps,  nous  paraissent  dépendre  de  son  ab¬ 
sorption  et  de  son  action  sur  le  coeur  et  sur  le  canal 
digestif  :  en  effet,  le  premier  de  ces  oi’ganes  est  alors 
souvent  le  siège  d’une  inflammation  plus  ou  moins 
étendue  ;  il  en  est  de  niême  des  portions  de  la  mem¬ 
brane  muqueuse  de  l’extrémité  pylorique  de  l’estomac 
et  du  rectum.  Nous  pensons  également  que  les  symp¬ 
tômes  qu’il  occasionne,  lorsqu’il  est  introduit  dans  le 
canal  digestif,  sont  le  résultat  de  l’inflammation  de  cer 
organe  et  de  la  lésion  sympathique  du  cerveau  et  du 
système  nerveux. 


(.  74  )  < 

4^.  Action  âu  sublimé  corrosif  introduit  dans  le  canal 
âigesty^  âpres  là  mort  de  Undividu.  Appliqué  sous 
forme  de  poudre  sur  le  rectum  d’un  individu  quirvient 
d’ expirer  ,  et  laisse  pendant  vingt-quatre  beures  sur  cet 
intestin,  le  sublimé  corrosif  détermine  les  altérations 
suivantes  ;  la  portion  de  la  membrane  muqueuse  qui  a 
été  €9a  contaiÆ  avec  lui  est  rugueuse  comme  granuleuse^ 
légèrement  durcie,  et  dun  blanc  d’albâtre  ;  elle  offre 
èà  et  là  des  plis  d’un  rose  clair ,  semblables  ,  par  leur 
disposition ,  à  des  ramifications  veineuses;  il  suffit  d’ér 
tendre  cette  membrane  sur  la  main  pour  en  faire  dis¬ 
paraître  les  rugosités  et  la  rendre  lisse  ;  la  tunique 
rausculeuse  correspondante  à  la  portion  de  la  membranè 
muqueuse  dont  nous  parlons  est  blanche  comme  dé  la 
neige;  il  en  est  de  même  de  la  tunique  séréuse,  qui 
en  outre  présente  une  opacité  et  un  épaississement 
remarquables;  les  vaisseaux  du  raésorectum  sont  sen« 
siblement  injectés  ;  la  portion  de  rintèstin  rectum  qui 
n’a  pas  été  en  contact  avec  le  poison  est  dans  Vétat 
naturel. 

On  observe  des  phénomènes  analogues ,  lorsque  le 
sublimé  corrosif,  réduit  en  poudre  fine,  a  été  appliqué 
sur  le  rectum  une  heure  et  demie  après  la  mort  de 
l’individu ,  et  qu’il  a  été  laissé  en  contact  avec  cet  intes¬ 
tin  pendant  quatre  jours.  Il  en  est  à  peu  près  de  même 
lorsqu’on  injecte  dans  le  rectum,  trois  quarts  d’heuré 
après  la  mort  d’un  individu,  deux  ou  trois  onces  d’une 
dissolution  concentrée  de  sublimé  corrosif,  qu’on  laissé 
■agir  pendant  vingt-quatre  heures. 

Dans  le  cas  où  le  sublimé  corrosif  pulvérulent  n’est 
appliqué  sur  le  rectum  que  vingt-quatre  heures  apr  ès 


(75). 

la  mort  de  l’individu,  on  voit ,  si  on  ouvre  le  cadavre 
le  lendemain ,  que  les  membranes  musculeuse  et  séreuse 
sont  devenues  épaisses ,  dures  et  très-blanches  dans  la 
portion  d’intestin  touchée  par  le  poison;  la  tunique  mu¬ 
queuse  est  tapissée  par  une  matière  grisâtre,  mêlée  de 
points  blancs  et  formée  de  protochlorure  de  mercure 
et  de  sublimé  corrosif.  Il  est  impossible  de  découvrir 
la  moindre  injection  des  vaisseaux  sanguins ,  ni  aucune 
zone  rose  ou  d’un  rouge  clair. 

4 1  •  Ces  faits  nous  permettent  de  tirer  une  conclusion 
importante  pour  la  médecine  légale,  savoir  :  qu’il  est 
extrêmement  facile  de  distinguer  si  les  altérations  de 
tissu  produites  par  le  sublimé  corrosif  sont  le  résultat 
de  l’action  qu’il  a  exercée  pendant  la  vie  ou  après  la 
mort  dun  individu;  en  effet,  indépendamment  des, 
caractères  propres  à  chacüne  de  ces  lésions ,  on  re¬ 
marque,  lorsque  le  poison  aété  introduit  après  là  mort, 
que  raltération  dés  tissus  ne  s’étend  qu’un  peu  aü  delà 
de  la  portion  d’intestin  qui  a  été  én  contact  avec  le 
poison;  ce  qui  n’arrive  point  dans  le  cas  contraire,  car 
alors  l’inflammation  déterminée  par  le  sublimé  corrosif 
est  beaucoup  plus  intense,  et  décroît  insensiblement  à 
mesure  que  l’on  s’éloigne  du  point  le  plus  enflammé, 
en  sorte  quil  ny  ^  jamais  une  ligne  de  dérriatcdtion 
parfaitement  tracée  entre  les  parties  affectées  et  celles  ’ 
qui  ne  le  sont  point.  En  outre,  lorsque  le  poison  a  été 
introduit  après  la  mort ,  et  sous  forme  de  poudre  ,  on 
le  retrouve ,  en  assez  grande  quantité ,  à  peu  de  distance 
de  1  anus  ;  tandis  qu’il  en  existe  à  peine  s’il  a  été  injecté 
pendant  la  vie,  la  majeuré  partie  ayant  été  expulsée  par 
lés  selles  qu’il  détermine. 


(76) 

IS'EUVIÊME  LEÇON. 

Du  Deutooçjde  de  mercure  (précipité  rouge,  précipité 
perse'). 

Comment  peut -on  reconnaître  que  rempoisonne- 
ment  a  eu  lieu  par  le  deutoxyde  de  mercure  ? 

42.  Le  deutoxyde  de  mercure  est  solide,  rouge;  queL 

quefois  cependant  il  est  jaune:  alors  il  contient  de  l’eau. 
Il  est  insoluble  dans  l’eau,  soluble  dans  l’acide  bydro- 
cblorique ,  qui  le  transforme  en  bydrochlorate  de  deu¬ 
toxyde  de  mercure ,  dont  il  offre  par  conséquent  toutes 
les  propriétés  (2;.  §  Sy  .-Dissolution  aqueuse  concen¬ 
trée  du  sublimé  ).  Chauffé  dans  un  tube  de  verre  ,  il 
se  décompose  en  oxygène  et  en  mercure  métallique. 
Lorsqu’on  le  triture  avec  une  dissolution  de  potasse  à 
l’alcohol,  il  ne  se  forme  point  de  sulfate  de  potasse, 
parce  qu’il  ne  contient  ^point  d’acide  sulfurique  :  ce 
caractère  peut  servir  à  le  distinguer  du  turbith  minéral 
(  sous-deutosulfate  de  mercure.  )  ' 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  déterminés  par  le  deu¬ 
toxyde  de  mercure.  Ils  diffèrent  à  peine  de  ceux  que, 
produit  le  Sublimé  corrosif;  le  deutoxyde  de  mercure 
est  cependant  moins  vénéneux. 

Du  Protoxyde  de  mercure. 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  protoxyde  de  mercure? 

43 .  Le  protoxyde  de  mercure  n’existe  que  dans  lés  sels 
de  mercure  au  minimum  ;  néanmoins  on  a  donné  ce  nom 
au  produit  noirâtre  composé  de  mercure  et  de  deuto- 


(  77.  )  ■ 

xyde,  que  l’on  obtient  lorsqu’on  précipite  tin  protosel  de 
mercure  par  un  alcab.Nous  allons  exposer  les  caractères 
de  ce  produit  :  i®  il  est  noirâtre  ;  2®  chauffé  dans  un 
petit  tube,  il  se  décompose  et  fournit  de  l’oxygène 
et  du  mercure  métallique  ;  3°  l’acide  hydrochlorique 
le  transforme  en  une  poudre  blanche  insoluble  dans 
i’eaü,  qui  n’est  autre  chose  que  du  calomélas;  4°  d 
se  dissout  à  froid  dans  l’acide  nitrique  pur  et  af¬ 
faibli  ,  et  forme  du  protonitrate ,  dont  nous  expo¬ 
serons  les  propriétés.  Il  agit  sur  l’économie  animale 
comme  le  précédent. 

Du  Sulfure  de  mercure  (  cinnabre  ). 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  cinnabre? 

44- be  cinnabre  est  solide,  d’un  beau  violet  lorsqu  il 
est  en  fragmens,  et  d’un  beau  rou^e  s’il  est  pulvérisé; 
dans  ce  cas,  il  porte  le  nom  de  vermillon.il  est  insoluble 
dans  l’eau.  Si,  après  l’avoir  réduit  en  poudré,  on  le  mêle 
avec  de  la  potasse  à  l’alcobol  a  l’étât  solide  ,  èt  qu’on  le 
chauffe  dans  un  tube  de  verre  étroit  et  long  de  ^5  à  28 
centimètres,  on  le  décompose,  et  l’on  obtient  du  mer¬ 
cure  métallique ,  qui  vient  se  condenser  à  la  partie 
moyenne  du  tube,  et  du  sulfure  de  potasse,  qui  reste 
au  fond  de  cet  instrument.  i^  Voy.  %  23  pour  les  pro¬ 
priétés  du  sulfure  de  potasse.  ) 

Il  agit  sur  l’économie  animale  à  peu  près  comme  le 
sublimé  corrosif ,  mais  avec  beaucoup  moins  d’é¬ 
nergie. 


Sulfate  et  nitrate  de  mercure. 

■  Co-minent  petit  -  on;  reconnaître  que  1  eiiipoisonne-  ^ 
trient  a  eu  lieu  par  ces  differens  sels? 

45.  Sels  formes  par  le  protoxyde  de  mercuro.  ProtonU 
trate.  II  est  pulTérulent  ou  cristallisé ,  blanc;  sa  saveur 
est  âcre  styptique  ;  il  rougit  \infusum  de  tournesol; 
mis  sur  les  charbons  ardens ,  il  fond  dans  son  eau  de 
cristallisatiou^  puis  se;  décompose  et  laisse  dégager  des 
vapeurs  de  gaz  acide  nitreux  d  une  odeur  caractéristique 
et  d’une  couleur  jaune-orangée;,  traité  par  leau  ,.il  se 
transforme  en  nitrate  très-acide,  soluble,  incolore  (  eau 
mercurielle ,  remède  du  capucin ,  du  duc  d’Antin  ) , 
et  en  sous-nitrate  pulvérulent.  La  dissolution  fournit , 
par  la  potasse ,  la  soude  et  l’ammoniaque,,  un  précipité 
noir,  qui  hest  autre  chose  que  le  produit  dont  nous 
avons  parlé  §.  43  ;  l’aeide  chromique  et  les  chromâtes 
le  transfoi’ment  eu  chromate  de  mercure  orangé-rou^ 
geâtre,  insoluble  dans  l’eau  ;  l’acide  hydrochloriqué  ÿ 
fait  naître  Un  précipité  blanc  de  protochlorure  de 
mercure  (  calomélas  )  ;  d!où  il  suit  que  l’hydrogène  de 
lacide  se  combine  avec  l’oxygène,  du  protoxyde  de  mer¬ 
cure  pour  former  de  l’eau  ,  tandis  que  le  mercure  mis 
à  mv,  s’unit  ,  au  chlore. 

.  ProtosuLfate  de  mercure.  Il  est  blanc ,  pulvérulent 
et  légèrement  soluble  dans  l’eau  bouillante  :  sa  dissolu¬ 
tion!  fournit  les  mêmes  précipités  que  celle  du  pro¬ 
tonitrate,  lorsqu’on  la  traite  par  les  alcalis,  l’acide 
chromique  les  chromâtes ,  et  l’acide  hydrochloriqué. 
Si  l’on  verse  de  l’eau  de  baryte  dans  la  dissolution 
dont  nous  parlons,  il  se  forme  un  précipité  olive-c/a/r. 


(  79  ) 

composé  de  sulfate  de  baryte  blanc  et  de  protoxyde 
-  de  mercure  noir  :  si  on  traite  le,  précipité:  par  l’acide 
nitrique  pur,  le  protoxyde  de  niercure  seul  est  dissous, 
et  le  sulfate  de  baryte  paraît  avec  la  couleur  blanche  qui 
lui  est  propre. 

46.  Sels  formés  par  le  deutoxjde  de  mercure.  Deuto- 
nitrate.West  sous  la  forme  d’aiguilles  blanches'ou  jau¬ 
nâtres,  douées  d’ime  saveur  âcfe  etrougissantl’f^^^MW, 
de  tournesol.  Lorsqu’on  le  met  sur  les. charbons  ardeus, 
il  se  décompose  et  laisse  dégager  des  vapeurs -de 
acide  nitreux,  d’uneodeur  caractéristique  et  dmne. cou¬ 
leur  jaune-orangée  :  si  on  le  chauffe,  dans  h»,  matras,  il 
se  décompose  et  laisse  du  deutoxyde  rouge,  (précipite, 
rouge  )  ;  mis  dans  l’eau  distillée  bouillante.,  il  est.  dé¬ 
composé  et  transformé  eu  deutonitrate  acide,  soluble  j 
et  en  turhith,  nitreux  jaune,  (  sous  -  deutonitrate.  inso¬ 
luble.)'  deutonitrate.  acide:,,  dissous, .se  comporte  avec 
la  potasse,,  l’eau  de  chaux.,.  rammoniaque.>;  et  les  hy- 
drosulfates,.  comme  la  dissolution  aqueuse  de  subHméi 
(  bis.}:  Le  tiirbith. nitreux  être  reconnu  aux 

caractères  suivans  ;  il  e.st  solide,,  pulvérulent,  jaune, 
ou  d’un  jaune  verdâtre;  mis  sur  les  charbons  ardens , 
il  se  décompose, ,  passe  à  l’état  de.  deutoxyde  rouge  et 
fournit  des  vapeurs  de,  gax  acide  nitreux  d’unu  odeur 
caractéristique  et  dune  couleur  orangé  ;  chauffé  jus¬ 
qu’au  rouge  dans  un  tube,  de  verre  étroit-^  il,  fournit 
des  globules  de,  mercure  :  il  noircit  lorsqu’on  le.m^e 
avec  un  hydrosulfate  soluble;. 

^  Deumufate-^de^mercMm.  Il  est  solide:,  acide.,  blanc, 
déliquescent,  et  susceptible  d’être  décomposé  par  l’eau 
en,  deutosulfate  très-acide  soluble ,  et  en  sous-deuto- 


,  (  8o  ) 

sulfate  insoluble,  jaune  (turbith  minéral).  Caractères 

du  deutosulfate  très-acide  soluble.  Il  est  liquide,  inco-' 

Ibre,  doué  dune  saveur  âcre  caustique;  il  rougit  for- 
tement  l’eau  de  tournesol;  il  précipite  par  la  potasse 
l’eau  de  chaux,  l’ammoniaque  et  l’hydrosulfate  de  po¬ 
tasse,  comme  le  sublimé  corrosif  dissous  (-y.  S  ^7  bis). 
Mis  en  contact  avec  l’eau  de  baryte  ,  il  fait  naître  un 
précipité  jaune-serin-clair,  composé  de  sulfate  de  ba¬ 
ryte  blanc  et  de  deutoxyde  de  mercure  jaune  ;  lorsqu’on 
traite  ce  précipité  par  l’acide  hydrochlorique  pur ,  le 
deutoxyde  est  dissous ,  et  il  reste  du  sulfate  de  baryte 
blanc.  Caractères  du  turbith  minéral  (  sous-deutosul- 
fate  de  mercure  ).  Il  est  pulvérulent ,  jaune  et  insoluble 
dans  l’eau  ;  chauffé  jusqu’au  rouge  dans  un  tube  de 
verre  étroit  et  long  de  vingt-cinq  à  vingt -huit  centi¬ 
mètres  ,  il  se  décompose ,  et  fournit,  entre  autres  pro¬ 
duits,  du  mercure  métallique  ;  traité  par  l’acide  nitrique 
pur ,  il  se  forme ,  aux  dépens  de  l’excès  de  deutoxyde , 
du  deutonitrate  de  mercure,  facile  à  reconnaître 
(îjqfez  page  79);  enfin,  lorsqu’on  agite,  pendant 
quelques  minutes ,  le  turbith  minéral  avec  une  disse-  , 
lution  de  potasse  à  l’alcohol  (  ne  contenant  point  de  sul¬ 
fate),  on  obtient  du  deutoxyde  de  mercure  jaune  et 
du  sulfate  de  potasse  :  donc  ,  le  turbith  minéral  con¬ 
tient  de  l’acide  sulfurique.-  On  reconnaît  aisément 
qu’il  s’est  formé  du  sulfate  de  potasse ,  en  filtrant  la 
liqueur  et  en  la  mêlant  avec  de  l’hydrochlorate  de 
baryte  :  on  obtient  sur-le-champ  un  précipité  blanc 
de  sulfate  de  baryte  ,  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’a¬ 
cide  nitrique. 

Les  divers  sels  de  mercure  dont  nous  venons  de  par- 


l«r  exercent  sur  l’économie  animale  uile  action  sem¬ 
blable  à  celle  du  sublimé  corrosif. 

DIXIÈME  LEÇOX. 

§  II.  — -Des  préparations  {l'étain 

Les  préparations  d’étain  dont  il  nous  importe  de  faire 
l’histoire  sont  les  oxydes  et  les  hydrocblorates. 

Des  Oxydes  d'étain. 

Gomment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne- 
nement  a  eu  lieu  par  les  oxydes  d’étain? 

47.  Il  existe  deux  oxydes  d’étain.  Ils  sont  solides, 
blancs;  le  protoxyde  est  d’un  gris  noirâtre  lorsqu’il  a  été 
desséché.  Chauffés  jusqu  au  rouge  dans  un  creuset  avec 
du  charbon  ,  ils  sont  décomposés  ,  perdent  leur  oxy¬ 
gène,  qui  transforme  le  charbon  en  gaz  acide  carbo¬ 
nique,  ou  en  gaz  oxyde  de  carbone,  et  l’étain  est  mis 
à  nu  (i).  Ils  se  dissolvent  dans  l'acide  hydrochloriquè 
à  l’aide  de  la  chaleur,  et  forment  des  hydro chlorates 
solubles  qui  jouissent  de  propriétés  différentes  {y>oy. 
plus  bas).  Lorsqu’on  fait  bouillir  le  protoxyde  d’etàin 
avec  l’acide  nitrique,  celui-ci  est  décomposé;  il  cède 


(i)  L’étain,  offre  une  couleur  semblable  à  celle  de  l’argent; 
il  est  malléable,  et  fait  entendre ,  lorsqu’on  le  plie  en  différens 
sens,  un  craquement  particulier  que  l’on  a  appelé  le  cri  de 
l’étain.  Il  est  très-fusible.  Si  on  le  fait  bouillir  avec  de  l’acide 
nitrique ,  il  se  transforme  en  deutoxyde  blanc ,  insoluble  dans 
cet  acide ,  soluble  dans  l’acide  bydrocblorique.  {Voy.  les  Pro¬ 
priétés  du  deutobydrocblorate  d’étain.  ) 


6 


■  (  82  )  . 
une  portion  de  son  oxygène  à  l’oxyde,  qui  passe  à  l’état 
de  deutoxy  de  insoluble  dans  l’acide  nitrique,  et  il  se  dé¬ 
gage  du  gaz  oxyde  d’azote  (gaz  nitreux).  Le  deutoxjde 
d’étain  ,  traité  par  le  même  agent ,  n’éprouve  aucune 
altéra,tion  et  n’en  fait  éprouver  aucune  à  l’acide. 

Symptômes  de  V empoisonnement  par  les  oxydes  d’é- 
tairi ^lésions  de  tissu  développées  par  ces  poisons.  {Voyé 

S  35  et  §  6v) 

De  V hydrochlorate  d^ étain. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’hydrocblorate  d’étain  ? 

48,  Il  existe  deux  hydrochlorates  d’étain.  Protohy- 
drochtorate  étain  pur.  Il  est  solide ,  d’un  blanc  jau¬ 
nâtre ,  d’une  saveur  styptiquej  il  rougit  l’eau  de  tour¬ 
nesol  ;  il  se  volatilise  et  répand  une  fumée  blanche 
épaisse  lorsqu’on  le  met  sur  les  charbons  ardens;  il  est 
entièrement  soluble  dans  l’eau  distillée.  La  dissolution 
est  transparente,  incolore,  et  douée  d’une  grande  affi¬ 
nité  pour  l’oxygène;  aussi  enlève-t-elle  ce  principe  à 
plusieurs  des  corps  qui  en  contiennent  :  l’acide  sulfu¬ 
reux  liquide  cède  son  oxygène  au  protoxyde  d’étain,  et 
le  soufre,  mis  à  nu ,  se  précipite  ;  l’air  atmosphérique 
transforme  le  protoxyde  de  l’hydrochlorate  en  deuto- 
xyde,  et  il  se  forme  du  sous-deutohydrochlorate  blanc 
insoluble  ;  rhydroçhlorate  d’pr  est  également  décom¬ 
posé  par  ce  sel  ;  l’oxygène  de  l’oxyde  d’or  se  porte  sur 
le  protoxyde  d’étain,  le  fait  passer  à  l’état  de  deutoxy  de, 
qui  se  combine  avec  l’or  métallique  et  fournit  un  com¬ 
posé  pourpre  insoluble;  les  hydrosulfates  précipitent 
la  dissolution  dont  nous  parlons  en  chocolat  :  le  pré- 


(.83) 

cipîté  est  de  l’hydrosulfaîe  d’étain  ;  l’hydrocyanate  de 
potasse  et  de  fer  (  pmssiate  ),  versé  dans  la  solmion  de 
protohydrochlorate  d’étain,  y  fait  naître  un  précipité 
blanc  légèrem^t  jàitriâtaré.  Le  nilrate  d’argent  lé  |»ré- 
éipite  en  blanc. 

Deutohydroehlorate  d’étain.  Il  ésl  solide ,  cristallisé 
en  aiguillés  blahcbes ,  douées  d’une  saveur  styptique 
et  déliquescente  ;  l’acidè  sulfurique  le  décompose  et  en 
dégage  dés  vapeurs  blanobes  d’acide  hydrochiorïqtte. 
Lorsqu’on  le  dessèche  et  qu’oii  le  calcine  dans  un  <a’eü- 
sét  avec  de  la  potasse  et  du  charbon,  il  est  décomposé 
et  fournit  de  l’étain  métallique  et  du  chlorure  de  po^ 
tassium  :  il  en  est  de  même  du  protohydrbchlorate 
d’étain ,  dont  nous  venons  de  faire  l’histôire.  Il  se  dis¬ 
sout  dans  l’eau;  la  dissolution  est  incolore,  trà^nspa- 
rente  et  rougit  Xir^usum  de  totimésol;  elle  n’éprouve 
aucune  altération  de  la  part  de  l’air,  ni  de  l’acide  sul¬ 
fureux,  ni  de  l’hydrochlorate  d’or  :  les  hydrosulfates  la 
précipitent  en  jaune;  le  nitrate  d’argent  y  fait  naître 
un  précipité  blanc.  / 

S&l  d  ctain  du  conzm£Tc&.  Le  sel  d  etain  du  comihérce 
est  composé  de  beaucoup  de  protohydrochlorate  d’é¬ 
tain  et  d’une  certaine  quantité  de  sous-deutohydro- 
chlorate  du  même  métal  ;  il  contient  en  outre  un  sel 
ferrugineux.  Ses  propriétés  physiques  diffèrent  à  peine 
de  celles  du  protohydrochlorate  pur.  Il  n’est  pas  entière¬ 
ment  dissous  par  1  eau  distillée,  à  cause  du  sous-deuto- 
hydrochlorate  détain  insoluble  qu’il  renferme  :  du 
reste ,  sa  dissolution  agit  comme  eelle  du  protohydro¬ 
chlorate  sur  Facide  sulfureux,  sûr  Fair,  sur  l’hydro- 
chlorate  d’or  et  surfe  nitrate  d’argent.  Les  hydrosul- 


(  84  )  .  - 

fâtes  la  précipitent  en  noir,  et  le  prnssiate  de  potasse 
en  blanc ,  qui  ne  tarde  pas  à  passer  au  bleu  :  ces  plié» 
nomènes  dépendent  de  la  présence  du  sel  ferrugineux 
dont  nous  ayons  parle.  Traité  par  Un  mélange  de  po¬ 
tasse  et  de  charbon ,  le  sel  dont  il  s’agit  se  comporte 
conime  les  précédons. 

Sels,  d’étain  mêlés  avec  des  liquides  végétaux  et  ani¬ 
maux, des  liquides  végétaux  et  animaux  dé¬ 
composent  lès  sels  d’étain  et  les  transforment  en  une 
matière  insoluble  ;  aussi  est-il  très-rare  de  trouver  des 
mélanges  semblables  à  ceux  que  nous  supposons  :  néan¬ 
moins  ce  cas  pourrait  se  présenter ,  et  nous  avons  du  lé 
prévoir.  On  traite  les  liquides  par  les  réactifs  que  nous 
avons  conseillé  de  mettre  en  usage  en  parlant  des  sels 
li’étain  dissous  dans  l’eau;  s’ils  fournissent  les  mêmes  - 
précipités  ,  on  conclut  à  l’existence  de  ces  sels  ;  dans  le 
cas  contraire,  si. le  liquide  est  coloré,  on  le  décolore 
en  y  ajoutant  une  suffisante  quantité  de  chlore  concen¬ 
tré;  on  laisse  déposer  le  précipité  qui  se  forme ,  et  on 
filtre.  Le  deutohydrochlorate  d’étain  qui  pouvait  faire 
partie  du.  mélange  coloré,  n’ayant  subi  aucune  altération 
de  la  part  du  chloré,  peut  être  décelé  par  les  réactifs 
comme  s  il  était  seul;  mais  il  n’en  est  pas  de  même  du 
protohydrochlorate  ;  le  mélange  de  celui-ci  avec  le  vin 
exige ,  pour  être  décoloré ,  six  fois  autant  decblore  qu’il 
en  faut  pour  détruire  la  couleur  du  vin  mêlé  avec  les 
autres  poisons  :  or  cette  quantité  de  chlore  est_  plus  que 
suffisante  pour  transformer  le  protohydrochloràte  en 
deutohydrochlorate  d’étain  ,  et  surtout  pour:  affaiblir 
la  liqueur ,  au  point  de  ne  plus  rendre  la  présence  du 
«el  sensible  aux  réactifs;  en  sorte  qu’on  ne  parviendrai)^ 


pas  à  reconnaître  le  deutohydrochlorate  d’étain  dans  ce 
mélange,  si,  après  l’aToir  traité  par  le  chlore,  on  ne  le 
réduisait  pas  au  douzième  ou  au  quinzième  de  son  vo¬ 
lume  en  le  faisant  évaporer. 

Si  le  médecin,  chargé  de  faire  ces.  expériences ,  ne 
pouvait  point  sé  procurer  du  chlore,  ou  que  la  couleur 
du  liquide  fut  de  nature  à  ne,  pas  pouvoir  être  com¬ 
plètement  détruite  par  cet  agent,  il  faudrait  ajouter  de 
la  potasse  pure  au  mélange  suspect ,  le  faire  évaporer , 
et  lorsqu’il  serait  desséché,  le  calciner  avec  du  charbon  . 
Si  on  obtenait  de  l’étain  métallique  ,  on  Conclurait  que 
le  liquide  renferme  une  préparation  de  ce  métal. 

Sels  jïétam  décomposés  par  des  matières  végétales  et  . 
unimales.  Le  protohydrochlorate  d’étain  est  rapidement 
décomposé  et  transformé  en  une  matière  insoluble  par 
le  lait  ,  la  gélatine-,  l’albumine  ,  la  bile,  le  Ihé,  la 
noix  de  galle,  etc.;  en  sorte  qu’il  est  difficile  de  sup¬ 
poser  qu’il  ait  été  introduit  dans  l’estomac  sans  avoir 
subi  cette  décomposition  :  dans  ce  cas ,  il  faut  chercher 
à  démontrer  la  présence  de  l’étain  métallique  dans  les 
matières  solides  ou  dans  les  tissus  du  canal  digestif.  Après 
les  avoir  desséchés,  on  les-calcinera  dans  un  creuset 
avec  de  la  potasse  et  du  charbon  :  la  présence  de  l’étain 
métallique  révivifié  ne  laissera  plus  de  doute  sur  l’exis^ 
tence  d’une  préparation  d’étain. 

Symptômes  de  V empoisonnement  par  les  sels  d’étain  ; 
lésions  de  tissu  déterminées  par  ces  poisons,  {Foy.  §  35 
et  S  6.) 


ONZIÈME  LEÇON. 

§  ni.  —  Des  Préparations  arsénicales. 

Les  prépaàrations  dont  nous  devons  nous  occuper 
dans  cet  atrtiele  sont  ,  Loxyde  blanc  d’arsenic  (  acide 
arsénieux),  l’oxyde  noir  d’arsenic  et  la  poudre  aux 
mouches ,  les  sulfures^d^irsenic  jaune  et  rouge,  le- eaus^ 
tique  arsenical  du  frère  Gosnae  et  la  poudre  de  Eousse- 
dot,  l’acide  arsénique,  les  arséniates  et  les  composés 
d’oxyde  blanc  d’arsenic  et  d-üne  base  salifiable. 

De  V Oxyde  blanc  d’arsenw  (acide  arsénieux.) 

Gomment  peut- on  reconnaître,  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’oxyde  blanc  d’arsenic  ? 

4q.  La  solution  de  ce  problème  ne  saurait  être 
donnée  d’une  manière  complète,  ^nst  examiner  les 
moyens  de  reconnaître  l’oxyde  blanc  d’arsenic  :  â 

l’état  solide,  2®;  dissous  dans  l’eau, .  3®  dissous  dans 
l’eaii  et  mêlé  avec  des  liquides  .qui  ne  Font  point  dé¬ 
composé,  4®  à  l’état  pulvérulent  mêle  à  des  corps  so¬ 
lides  ,  5*»  combiné  avec  diverses  substances  solides , 
6^  faisant  partie  dtela  matière  des  vomissemens,  des  li¬ 
quides  ou  des  solides  contenus  dans  le  canal  digestif  , 
des  tissus  qui  composent  ce  canal. 

jo  Oxyde  blanc  d’arsenic  a  î état  solide.  Cet  oxyde, 
généralement  désigné  par  le  vulgaire  sous  le  nom  éé ar¬ 
senic  ,  se  trouve  dans  le  commerce  sous  la  forme  d’une 
-poudre  blanche,  que  l’on  a  quelquefois  confondue  avec 
le  sucre ,  ou  de  masses  blanches ,  opaques  à  l’extérieur, 
jaunes,  transparentes  et  comme  vitrifiées  à  l’intérieur. 


(87) 

Il  est  inodore,  et  doué  d’une  saveur  âcre  corrosive. 
Sa  pesanteur  spécifique  est  de  5,ooo,  celle  de  l’eau 
étant  prise  pour  l’unité. 

Chauffé  jusqu’au  rouge  sur  une  plaque  de  fer  ou  de 
cuivre,  l’oxyde  d’arseniepulvérisé  se  volatilise  et  four¬ 
nit  une  vapeur  blanche,  épaisse,  odeur  alliacée; 

pn  observe  le  même  phénomène  lorsqu’on  projette  cet 
oxyde  sur  des  charbons  incandescens  :  la  vapeur  formée, 
mise  en  contact  avec  une  lame  de  cuivré  décapée ,  se 
condense,  et  l’oxyde  solidifié  s’attache  à  la  surface  de 
lalame^  sous  forme  d’une  couche  dé lui  très-beau  blanc,  et 
non  pas  d’un  blanc  noirâtre,  comme  on  l’a  indiqué 
mal  à  propos  dans  plusieurs  traités  de  médecine  légale. 

Lorsqu’on  fait  bouillir,  pendant  huit  ou  dix  minutes 
l’oxyde  blanc;  d’arsenic  pulvérisé  et  de  l’acide  hydro- 
chlorique  pur,  on  obtient  de  l’hydrochlorate  soluble 
d’une  couleur  jaune  :  à  mesure  que  la  liqueur  se  refroi¬ 
dit  ,  il  se  dépose  une  assez  grande  quantité  d’oxyde  : 
si  on  filtre  la  dissolution  lorsque  le  refroidissement  est 
complet ,  on/ voit  quelle  précipite  fortement  par 
l’eau ,  le  précipité  est  de  l’oxyde  blanc  soluble  dans  un 
excès  d’eau  ;  a»  que  l’hydrocyanate  de  potasse  et  de 
fer  (prussiate  de  potasse)  y  fait  naître  un  précipité  so¬ 
luble  dans!  eau,  d’un  bleu  célestCj  si  on  agite  la  liqueur, 
tandis  quil  est  blanc  mêlé  de  quelques  points  couleur 
de  ciel  ,  et  d’autres  d’un  léger  rose  ,  si  la  liqueur  n’a 
pas  été  agitée.  On  s’est  trompé  en  annonçant  que  ce 
précipité  était  mélangé  de  vert  et  de  jaune. 

Lorsqu  on  introduit  dans  un  tube  dé  verre  étroit , 
long  de  vingt-cinq  à  vingt-huit  centimètres ,  quelques 
grains  d’un  mélange  pulvérulent  de  parties  égales  en 


(88) 

volume  de  charbon,  de  potasse  desséchée  ( sous-car¬ 
bonate  de  potasse )  et  d’oxyde  blanc  d’arsenic,  et  que 
l’on  chauffé  graduellement  jusqu’à  faire  rougir  le  fond 
du  tube,  on  obtient  de  X arsenic  métallique  qui  se  vo¬ 
latilise  et  vient  se  condenser  sur  les  parois  du  tube  (  à 
quelques  centimètres  dè  son  fond):  dans  cette  expé¬ 
rience,  la  potasse  commence  par  se  combiner  avec 
l’oxyde  d’arseiiie,  et  l’empêché  dé  sé  volatiliser  ;  alors 
le  charbon  s’empare  de  son  Oxygène  ,  aveu  lequel  il 
forme  de  l’acide  carbonique,  et  l’arsenic  métallique 
est  mis  à  nu  :il  importe,  pour  éviter  qu’une  portion 
d’arsenic  ne  se  dissipe  dans  l’atmosphère ,  de  tirer 
l’extrémité  supérieure  du  tube  à  la~  lampe,  après  y 
avoir  introduit  le  mélange.  L’expérience  prouve  qu’il 
est  possible  de  découvrir  l’inciustation  métallique  , 
lors  même  qu’on  n’a  employé  qu’un  huitième  de  grain 
d’oxyde  blanc  d’arsenic.  On  reconnaîtra  que  le  mé^ 
tal  obtenu  par  sublimation  est  de  l’arsenic ,  aux  ca¬ 
ractères  suivans:^,  il  est  soli«^,  d’un  gris  d’acier, 
brillant,  très  -  firagile  5  5 ,  chauffé  avec  le  contact 
de  l’air,  il  passe  à  l’état  d’oxyde  blanc ,  se  volatilise 
et  répand  des  vapeurs  blanches  d’une  odeur  alliacée; 
C,  si  on  le  fait  bouillir,  pendant  trente  ou  quarante 
minutes ,  avec  de  l’acide  nitrique ,  il  se  transforme 
en  une  poudre  blanche,  composée,  suivant  M.  Am¬ 
père,  d’oxyde  blanc  d’arsenic  et  d’acide  arsénique; 
d’où  ü  suit  que  racide  nitrique  a  cédé  de  l’oxygène  ; 
Z>,  si ,  après  l’avoir  réduit  en  poudre,  on  le  met  en  con¬ 
tact  avec  du  deütosulfate  de  cuivre  ammoniacal  étendu 
d’eau  (liquide  bleu) ,  et  qu’on  expose  le  rnélange  à  l’air, 
on  finit  par  obtenir  un  précipité  d’un  très-beau  vert , 


(  89  ) 

composé  d’oxyde  blanc  d’arsenic  et  de  deutoxydé 
de  cuivre  ;  ce  qui  prouve  que  l’arsenic  métallique  ab¬ 
sorbe  assez  d’oxygène  à  l’air  contenu"  dans  l’eau  pour 
passer  à  l’état  d’oxyde  blanc,  lequel  décomposé  le  deu- 
tosulfate  de  cuivre  ammoniacal  ,  en  s’emparant  du 
deutoxyde  de  cuivre.  Si  l’arsenic  sublimé  était  en  trop 
petite  quantité  pour  pouvoir  être  détaché  du  tube  et 
que  la  surface  interne  de  celui-ci  fût  simplement  recou¬ 
verte  d’une  légère  couche  terne  grisâtre ,  il  faudrait 
rassembler  les  fragmens  de  verre  enduits  de  cette  pous¬ 
sière,  et  les  mettre  en  contact  avec  le  sulfate  de  cuivre 
ammoniacal.  . 

L’oxyde  blanc  d’arsenic  est  légèrement  soluble  dans 
l’eau  :  suivant  Klaproth  ,  mille  parties  de  ce  liquide 
bouillant  peuvent  en  dissoudre  soixanterdix-sept  par¬ 
ties  et  un  quart  ;  si  on  laisse  refroidir  là  liqueur,  il  se  dé¬ 
pose  assez  d’oxyde  pour  que  mille  parties  d’eau  n’en  re¬ 
tiennent  que  trente  parties , après  le  refroidissement; 
cette  dissolution  jouit  d’un  certain  nombre  de  pro¬ 
priétés  caractéristiques  dont  nous  allons  parler,  et  qui, 
étant  réunies  aux  précédentes ,  ne  permettent  point  de 
confondre  l’oxyde  blanc  d’arsenic  avec  aucun  autre 
corps.:, 

4g  bis.  2®  Oxyde  blanc  d’arserdc  dissous  dans  Veau. 
Cette  dissolution  est  incolore,  inodore  et  douée  d’une  sa¬ 
veur  âcre.  ji.  Elle  précipite  l’eau  de  chaux  en  blanc  ; 
ce  précipite,  quin’est  jamais  noir,  malgré  l’assertion  de 
plusieurs  auteurs  de  médecine  légale,  est  composé 
d  oxide  blanc  d’arsenic  et  de  chaux;  il  est  soluble  dans 
un  excès  de  dissolution  aqueuse  d’oxyde.  B.  Mêlée 
avec  l’acide  hydrosulfurique  gazeux ,  ou  dissous  dans 


(  9»  ). 

l’eau-,  elle  détermine  la  formation  d’nn  sulfure  d’arse¬ 
nic  jaune-doré  qui  se  précipite  {vojrez  les  propriétés 
de  ce  sulfure  §  54);  d’où  il  suit  que  l’hydrogène  de 
l’acide  hydrosulfurique,  s’est,  emparé  de  l’oxygène  de 
l’oxyde  d’arsenic ,  et  que  le  soufre  de  Tacide  s’est  com¬ 
biné  avec  l’arsenic  de  l’oxyde:  ce. réactif  est  assez  sen¬ 
sible  pour  découvrir  l’oxyde  d’arsenic  dans  une  disso¬ 
lution  qui  n’en  renferme  qu’un  cent  millième.  C.  Si  , 
au  lieu  d’acide  hydrosulfurique ,  on  emploie  les  hydro- 
sulfates  de  potasse  ,  de  soude,  etc.,  on  n’obtient  point 
de  précipité  ,  à  moins,  qu’on  n’ajoute  au  mélange  quel¬ 
ques  gouttes  d’acide  nitrique ,  hydrochlorique ,  suifu^ 
ri  que,  etc.  ;  car  alors  il  se  précipite  du  siüfure  jaune  : 
ce  phénomène  dépend  de  ce  que  l’oxyde  blanc  d’arse¬ 
nic  a  fort  peu  d’affinité  pour  la  potasse,  la  soude ,  etc. , 
et  qu’il  ne  peut  enlever  ces  bases  à  l’acide  hydrosulfü- 
rique:  aussitôt  que  l’on  emploie  un  acide  fort,  celui-ci 
décompose  l’hydrosulfate,  s’empare  de  la  base,  et  met 
l’acide  hydrosulfurique  à  nu,  qui  agit  sur  l’oxyde  blanc 
comme  nous  venons  de  le  dire  (  B  ),  D.  Il  suffit  de  ver¬ 
ser  quelques  gouttes  de  la  •dissolution  d’oxyde  d’ar¬ 
senic  dans  le  deutosulfiite  de  cuivre  ammoniacal  (mé¬ 
lange  de  deutosulfate  de  cuivre  et  d’un  excès  d’am¬ 
moniaque),  pour  obtenir  un  précipité  vert  dont  la 
nuance  varie  suivant  la  quantité  du  réactif  employé  ; 
ce  préeipîté  j  qurne  se  formerait  pas  si  le  deutosulfate  de 
cuivre  ammoniacal  était  très-concentré,  est-  composé 
d’oxyde  blanc  d’arsenic  et  de  deutoxyde  de  cuivre; 
d  où  il  suit  quul  ne  reste  dans  la  dissolution  que  du 
sulfate  d’ ammoniaque.  Aucun  des-  réactifs  employés 
pour  démontrer  la  présence  de  l’oxyde  blanc  d’arsenic 


(  9î  )  - 

dissous  dans  l’eau,  n’est  aussi  efficace  que  le  sulfate  de 
cuivre  ammoniacal  ;  en  effet,  il  peut  servir  à  décou¬ 
vrir  cet  oxyde  dans  une  dissolution  qui  n’en  contient 
qu’un  cent-vingt  millième  de  son  poids..  R.  Si  l’on 
mêle  l’oxyde  d’arsenic  avec  son  poids  de  potasse  pure, 
et  qu’on  fasse  bouillir  le  mélange  pendant  un.  quart 
d’heure  dans  l’eau  distillée  on  obtient  un  liquide  qui 
précipite  en  jaune  la  dissolution  de  nitrate,  d’argent  : 
le  précipité  composé  d’oxyde  d:argent  et  d’oxyde  d’ar¬ 
senic  noircit  par  son  exposition  à  la  lumière;  on  obtient 
le  même  résultat  lorsqu’on  laisse  pendant  quelques 
secondes  uu  morceau  de  pierre  infernale  (  nitrate  d’ar¬ 
gent  fondu)  dans  la  dissolution  d’oxyde  blanc  d’arse¬ 
nic  et  de  potasse  dont  il  s’agit. 

Si.Vodcy:dé  blanc  arsenic  était  dis scUs  dans  une 
quantité  d’eau  tres-considérable,  il  ne  fournirait  point 
de  précipité  av-ec  l’eau  de  chaux  ni  avec  l’acide  hydro- 
sulfurique  ;  il  faudrait,  pour  démontrer  sa  présence  , 
verser  quelques  gouttes  de  sulfate  de  cuivre  ammo¬ 
niacal  dans  la  dissolution  :  le  mélange  acquerrait  aus¬ 
sitôt  une  couleur  verte,  et  on  ne  tarderait  pas  à  obtenir 
un  précipité  de  la  même  couleur.  Geprécipité,  composé, 
de  deutoxyde  de  cuivre  et  d’oxyde  blanc  d’arsenic, 
desséché  et  mis  sur  les  charbons  ardfens,  se  décompose 
et  répand  une  odeur  d’ail  ;  lorsqu’on'  le  triture  avec 
du  nitrate id? argent  dissous  ,  il  devient  jaune  et  se  dé¬ 
compose;  l’oxyde  d’arsênic  se  combine  avec  l’oxyde 
d  argent,  et  formemn  composé  jaunè  inselublé,  tandis 
que  le  deutoxyde  de  cuivre  s’unit  avec  l’acide  nitrique -, 
'et  donne  naissance  à  du  nitrate  de  cuivre  soluble  , 
dune  couleur  bleue. 


(  92  ) 

3*^  Oxfde  hlanc  d^arsenic  dissous  dans  Veau  et  mêle 
av^ desliquides  quînelontpoint décomposé :ces\ic^iêLefi 
sont  le  vin  rouge,  le  café,  le  thé,  le  lait,  etc.  L’oxyde 
hlanc  d’arsenic  dissous  dans  l’eau  ne  subit  aucune  dé¬ 
composition  dé  la  part  des  liquides  dont  nous  parlons  ; 
il  ne  forme  point  avec  éüx  des  composés  chimiques 
nouveaux:  d’où  il  suit  qu’il  y  est  simplement  à  l’état 
de  mélange,  et  il  sémbleraît  au  premier  abord  qu’il 
pourrait  être  décelé  en  employant  les  réactifs  pro¬ 
pres  à  faire  reconnaître  sa  dissolution  aqueuse.  Néan¬ 
moins  il  n’en  est  pas  toujours  ainsi  ;  par  son  mélange 
avec  des  liquides  colorés  ^  la  dissolution  d’oxyde  d’ar¬ 
senic  se  comporte  différemment  avec  les  réactifs  quelle 
ne  le  ferait  si  elle  était  seule.  Voici  des  preuves  de 
ce  fait  :  lorsqu’on  verse  une  once  de  cette  dissolution 
dans  dix  onces  de  vin  rouge,  le  mélange,  précipite 
en  bleu  noirâtre  par  le  sulfate  de  cuivre  ammoniacal  ; 
on  n’obtient  point  de  précipité  lorsqu’on  mêlé  ce 
dernier  réactif  avec  une  dissolution  de  parties  égales 
d’oxyde  d’arsenic  et  de  bouillon;  la  liqueur  passe  sim¬ 
plement  au  vert  sale  :  l’eau  de  chaux  précipite  en 
jaune  un  mélange  fait  avec  parties  égales  en  volume  de 
dissolution  d’oxyde  blanc  d’arsenic ,  et  de  décoctum 
de  café  :  le  nitrate  d’argent  n’occasionne  aucun  chan¬ 
gement  manifeste  dans  du  lait  contenant  un  septième 
de  son  volume  de  dissolution  d’oxyde  blanc  d’arsenic. 
(/%•.  §  49  his  pour  juger  de  la  différence  entre  l’action 
des  réactifs  sur  ces  mélanges  et  sur  la  dissolution 
aqueuse.) 

Ces  données  étant  bien  établies,  il  sera  facile  de 
prévoir  lamarcbe  à  suivre  dans  la.recbercbe  du  poison 


.  (93) 

qui  a  été  mêlé  avec  les  liquides  dont  nous  parions. 
Si  le  mélange  se  comporte  avec  l’eau  de  chaux,  l’acide 
hydrosulfurique ,  les  hydrosulfates ,  le  sulfate  de  cuivre 
ammoniacal,  et  le  nitrate  d’argent,  comme  il  a  été  dit 
S  49  5  on  conclura  qu’il  contient  de  l’oxyde  d’arsenic 

en  dissolution.  S’il  n’en  est  pas  ainsi,  qu’il  y  ait  un  , 
deux  ou  trois  de  ces  réactifs  dont  les  précipités  tendent 
à  faire  croire  à  l’existence  de  l’oxyde ,  tandis  que  les 
autres  portent  à  tirer  une  conclusion  opposée ,  on  regar¬ 
dera  les  essais  par  les  réactifs  comme  insuffisans  pour 
prononcer.  Alors  si  le  liquide  est  coloré^  on  détruira  sa 
couleur  par  une  suffisante  quantité  de  chlore  concen¬ 
tré  ;  on,  laissera  déposer  une  matière  jaune' rougeâtre 
qui  se  forme  ;  on  filtrera  ;  la  liqueur  filtrée  précipitera 
avec  les  réactifs  comme  le  ferait  la  dissolution  aqueuse 
d’Oxyde  d’arsenic ,  à  moins  qu’elle  ne  soit  trop  éten- 
<îue  ;  dans  ce  dernier  cas  on  la  concentrera  par  l’éva¬ 
poration.  Si  le  liquide  est  incolore,  on  le  fera  évaporer 
après  y  avoir  ajouté  un  gros  de  potasse  à  l’alçohol  :  le 
produit  de  l’évaporation  sera  desséché  et  partagé  en 
deux  parties  :  une  de  ces  parties  sera  mêlée  avec  du 
charbon  pulvérisé  et  chauffée  dans  un  petit  tube  de 
verre  ou  dans  une  cornue  de  grès  lutée,  si  la  masse 
sur  laquelle  on  agit  est  très -considérable,  et  on  ob¬ 
tiendra  de  l’arsenic  métallique  facile  à  reconnaître  aux 
caractèresindiqués  page  88  :  l’autre  portionsera  traitée 
comme  nous  l’indiquerons  §  5o.  Il  faudrait  également 
avoir  recours  à,ce  dernier  procédé,  si  la  liqueur  éteit 
colorée  et  qu  il  fût  impossible  de  se  procurer  du  chlore. - 
4^*  Oæjde  d’arsenic  pulvérulent  mêlé  a  diverses  sub¬ 
stances  Si  l’oxyde  d’arsenic  fait  partie  d’un  em- 


(94) 

plâtre  ou  de  tout  âutre  médicament  externê  solide ,  on 
coupera  celui-ci  en  petits  fragmens  que  l’on  fera  bouil¬ 
lir  pendant  demi-heure  avec  dix  à  douze  fois  leur 
poids  d’eau  distillée  bouillante  :  par  ce  moyen  Toxyde 
d’arsenic  -que  nous  supposons  mêle  avec  les  autres 
substances  sera  dissous  :  on  filtrera  ;  la  li-queur  filtrée  se 
comportera  de  l’une  des  deux  manières  suivantes  : 
A.  Elle  fournira  avee  les  réactifs  propres  à  déceler 
l’oxyde  d’àrsenic,  les  mêmes  précipités  que  la  dissolu-^- 
tion  aqueuse  (  voj^  %  4g  bis)  ;  dans  ce  cas  le  médecin 
ne  balancera  pas  à  conclure  à  l’existence  du  poison  dont 
il  s’agit.  B.  Elle  donnera  avec  les  mêmes  réactife  des 
précipités  autrement  colorés,  ce  qui  peut  tenir  à  la 
preseneede  quelque  matière  colorante  faisant  partie  du 
médicament  externe,  et  qui  aurait  été  dissoute  en  même 
temps  que  l’oxyde  d’arsenic  ;  alors  avant  de  prononcer, 
1  expert  devra  faire  les  xecbercbes  que  nous  avons, 
indiquées  plus  haut  en  parlant  dê  l’oxyde  d’arsenic 
mêlé  à  du  vm,  du  café,  etc.  {Voyez  pagep2  ,  3®.) 

5®  Oxyded" arsenic  eornbmé  mec  diverses  substances 
solides.  Dans  ce  cas,  l’oxyde  d’arsenic  peut  être  telles 
ment  retenu  par  les  substances  dont  nous  parlons, 
qu  il  soit  impossible  de  le  dissoudre  dans  l’eau  bouil¬ 
lante;  il  faut  nécessairement  avoir  recours  au  procédé 
que  nous  allons  décrire  dans  le  paragraphe  suivant. 

5o.  6®  Oxyde  d^ arsenic  faisant p ai tie  de  la  matière 
des  'vomissemens^des  liquides  oudes solides  contenus  dans 
le  canal  digestf  des  tissus  qui  composent ce  canal.  A. On 
commeneera  par  examiner  attentivement  ces  matières; 
peut-être  déeouvrira-t-ori  une  poudre  blanche  ou  des 
fragmens  d’oxyde  :  on  les  séparera  et  on  les  traitera 


C95) 

comme  nous  l’avons  dit  en  parlant  de  l’oxyde  fclanc  so¬ 
lide.  B.  Supposons  que  ces  premières  recherches  soient 
infructueuses 5  on  s’occupera  du  liquide;  on  lé  filtrera 
après  l’avoir  expi'imé  dans  un  linge  fin  pour  le  séparer 
des  matières  solides ,  que  l’on  conservera  :  une  por¬ 
tion  du  liquide  filtré  sera  traitée  par  l’eau  de  chaux,, 
l’acide  hydrosulfurique ,  les  hydrosulfatês  solubles  et 
le  sulfate  de  cuivre  ammoniacal  :  si  on  obtient  les  pré¬ 
cipités  dont  nous  avons  parlé  §  49  affirmera  qu’il 

renferme  de  l’oxyde  blanc  dissous.  ^ 

C.  Admettons  que  ce  dernier  essai  ne  fournisse 
aucun  résultat  positif,  on  aura  recours  au  procédé 
de  M,  Rapp,  que  nous  avons  légèrement  modifié,  et 
qui  consiste  à  transformer  l’oxyde  d’arsenic  en  arsé- 
niate  de  potasse  fixe ,  dont  on  peut  démontrer  l’exis¬ 
tence  au  moyen  de  certains  réactifs.  Pour  cela ,  on 
réunira  toutes  les  parties  liquides  ,  et  on  les  fera  éva¬ 
porer  à  une  très -douce  chaleur;  lorsqu’elles  seront 
désséchées,  on  introduira  dans  un  matràs  de  verre 
à  long  col,  placé  sur  un  bain  de  sable,  et  dont  l’ou¬ 
verture  est  étroite,  une  once  de  nitrate  de  potasse 
pur;  on  chauffera  le  matras  jusqu’à  ce  que  le  nitrate 
soit  fondu  ;  on  y  versera  par  de  tres-petites  parties  la 
matière  suspecte  desséchée  ;  aussitôt  on  observera 
une  légère  déflagration ,  et  il  se  formera  de  la  vapeur; 
on  attendra,  avant  d’ajouter  une  nouvelle  partie  de  la 
matière  suspecte;  que  celle  qui  a  déjà  été  introduite 
dans  le  matras  soit  entièrement  décomposée ,  et  ne 
fomnis^  plus  de  vapeurs,  autrement  on  s’exposerait  à 
voir  les  parties  les  plus  déliées  de  cette  masse  repous¬ 
sées  dans  l’air  par  léS  gaz  qui  se  dégagent  du  fond  du 


'  ,  (96  ) 

ïnatras  :  d’ailleurs,  l’opération  marchera  plus  ientemeîit;, 
la  température  sera  moins  ele^ee  (i),  et  par  conséquent 
la  quantité  d’oxyde  d’arsenic  volatilisé  sera  nulle  ou 
presque  nulle.  Lorsqu  on  aura  introduit  et' décomposé 
toute  la  matière  suspecte,  on  laissera  refroidir  le  matras, 
puis  on  fera  dissoudre  dans  l’eau  distillée  les  substances 
qu’il  renfermera.  Cette  dissolution  contiendra  :  i».  du 
nitrate  de  potasse,  2°  de  ïarséniate  de  potasse  ^  3°  du 
sous-carbonate  de  potasse,  4°  et  souvent  un  atome 
d’hydrochlorates  et  de  sulfates.  Théorie.  ï^è  nitrate  de 
potasse  se  ti’ouve  dans  la  liqueur,  parce  qu’il  n’a  pas 
été  entièrement  décomposé  pendant  l’opération  ;  mais 
la  majeure  partie  de  ce  nitrate  a  été  décomposée,  ce 
qui  expliquera  formation  des  autres  produits  5  en  effet, 
l’oxygène  de  l’acide  nitrique  s’est  porté,  d’une  part, 
sur  l’hydrogène  et  le  carbone  de  la  matière  organique 
faisant  partie  <fu  liquide  soumis  à  rexpérience ,  et  -a 
donne  naissance  à  des  produits  volatils  qui  se  sont  dé¬ 
gagés  en  partie  avec  l’azote  de  l’acide  nitrique  décom¬ 
posé  :  une  autre  portion  d’oxygène  de  l’acide  nitrique 
décomposé  s’est  uni  avec  l’oxyde  blanc  d’arsenic,  pour 
former  de  l’acide  arsénique  fixe  ,  qui  s’est  emparé 
d’une  portion  de  potasse  faisant  partie  du  ni tre  dé¬ 
composé  ,  èt  a  donné  naissance  à  Xafséniate  de  po- 
que  l’on  trouve  dans  la  liqueur.  Le  sous-carbo- 
nate  de  potasse  provient  -  de  la  combinaison  d’une 
portion  de  potasse  mise  à  nu  par  la  décompositiob 


(i)  Kous  conseillons  avec  raison  d’éviter  que  la  tempéra-  ' 
tnrè  ne  soit  trop  élevée ,  et  nous  recoinmandons  spécialement 
de  ne  point  faire  rougir  le  matiÿis. 


(  w.) 

du  nitrate,  avec  l’acide  carbonique  formé  aux  dépens 
d’une  partie  de  l'oxygène  de  l’acide  nitrique  et  du 
carbone  de  la  matière  organique.  Quant  aux  liydro- 
chlorates  et  aux  suivîtes  que  l’on  peut  trouver  dans 
le  liquide ,  ils  faisaient  partie  de  la  matière  suspecte. 

Pour  démontrer  dans  cette  liqueur  l’existence  de 
l’arséniate  de  potasse,  qu’il  importe  de  constater  pour 
affirmer  que  de  liquide  contient  une  préparaîion  arse¬ 
nicale  ^  on  commence  par  saturer  l’excès  de  .potasse  du 
sous-carbonate  au  moyen  de  l’acide  nitrique  pur  ;  puis 
on  met  la  dissolution  en  contact  avec  les  réactifs  pro¬ 
pres  à  déceler  un  arséniate.  (/dsjr.  Arséniate  de  potasse 
dissous,  §  Sy.  ) 

D.  Supposons  que  toutes  les  reclierches  faites,  sur 
les  liquides  pour  découvrir  l’oxyde  d’arsénic  ,  soient  in¬ 
fructueuses,  on  doit  alors  agir  sur  les  solides,  les  faire 
bouillir  pendant  une  heure  dans  l’eau  distillée  ;  et  si  le 
liquide  qui  résulte  de  cette  opération  ne  contient  point 
^d’oxyde,  on  doit  dessécher  les  matières  solides  (et  il  en 
serait  de  même  des  tissus  qui  composent  le  canal  di¬ 
gestif)  ,  et  les  traiter  suivant  le  procédé  de  Rapp  que 
nous  venons  de  faire  connaître. 

’oxjpde 

-d’’ arsenic. 

Lésions  de  tissu  produites  par  cé poison.  {Voy.  |  6.) 
.  5l.  Action  de  V oxyde  d’arsenic  sur  V économie  ani¬ 

male.  Lorsqu  on  examine  attentivement  les  expérierices 
et  les  pbservatiô'ns  relatives  à  l’empoisonnement  par 
1  oxyde  blanc  d’arsenic,  on  doit  conclure  qu’il  est  très- 
vénéneux  pour  tousdes  êtres  organisés  ;  que  son  action 
est  plus  marquée  lorsqu’il  estdissous  dans  l’eau  que  dans 

7 


Symptômes  de  l’empoisonnement  déterminé pari 


(  98  ) 

le  cas  où  il  est  solide;  que  les  symptômes  de  l’eni- 
poisonnement  se  manifestent,  soit  qu il  ait  ete  intro¬ 
duit  dans  le  canal  digestif,  dans  les  veines,  dans  les  ca¬ 
vités  séreuses  ou  dans  le  vagin ,  soit  qu’il  ait  été  mis  en 
contact  avec  le  tissu  lamineux  sous-cutané  ;  qu’il  agit  avec 
la  même  energie ,  lorsqu’il  est  appliqué  sur  le  tissu  la¬ 
mineux  sous-cutané  du  dos,  ou  de  la  partie  interne  de 
la  cuisse,  ce  qui  n’a  pas  lieu  pour  le  sublimé  corrosif; 
qu’il  est  absorbé,  et  que  son  action  est  d’autant  plus  ' 
vive,  que  le  tissu  sur  lequel  il  a  été  appliqué  commu¬ 
nique  plus  directement  avec  le  système  sanguin  ;  qu’il 
anéantit  la  contractilité  du  cœur  dont  il  enflamme  sou¬ 
vent  la  membrane  interne;  qu’indépendamment  de 
l’altération  de  cet  organe,  il  agit  sur  le  canal  digestif; 
en  effet ,  on  observe  constamment  des  symptômes  qui 
indiquent  la  lésion  de  l’estomac,  et  il  n’est  pas  rare  de 
trouver  cet  organe  enflammé  après  la  mort ,  même 
lorsque  le  poison  a  été  appliqué  sur  le  tissu  lamineux 
sous-çutané,  ou  injecté  dans  tes  cavités  thoracique  et . 
abdominale  ;  que ,  néanmoins ,  dans  le  plus  grand  nom¬ 
bre  de  cas,  la  mort  ne  saurait  être  le  résultat  de  l’ir¬ 
ritation  locale  qu’il  détermine,  celle-ci  étant,  le  plus 
souvent  ,  trop  faible  pour  détruire  la  vie  dans  un  espace 
de  temps  aussi  court  ;  enfin ,  que  la  putréfaction  des 
cadavres  d’individus  qui  ont  succombé  à  l’empoison¬ 
nement  par  cet  oxyde  n’est  point  retardée,  comme  oh 
l’a  avancé ,  à  moins  que  des  circonstances  étrangères 
à  l’empoisonnement  ne  s’opposent  au  développement 
des  phénomènes  qui  ,1a  caractérisent. 

^2..  A  ctio  n  del  ’  oxyde  blanc  d  ^arsenic  introduit  dans  le 
canal  digestif  apres  la  mort  de  V individu^  Si  on  appli- 


(  99  ) 

que  sur  l’intestin  rectum  d’un  individu  <juî  vient  d’ex¬ 
pirer  un  gros  d’oxyde  blanc  d’arsenic  pulvérisé ,  et 
qu’on  le  laisse  pendant  vingt-quatre  heures ,  on  ob¬ 
serve ,  en  faisant  l’ouverture  du  cadavre,  que  la  partie 
de  la  membrane  muqueuse  qui  a  été  en  contact  avec  le 
poison  est  d’un  rou^e  assez  et  qu’elle  présente  une 
ou  plusieurs  taches  d’un  rouge  noirâtre ,  qui  sont  de 
véritables  ecchymoses  :  les  autres  tuniques  sont  dans 
l’état  naturel  ;  il  en  est  de  même  des  portions  d’intestin . 
qui  n’ont  pas  été  en  contact  avec  l’oxyde  métallique. 

Dans  le  cas  où  cet  oxyde  pulvérulent  n’a  été  introduit 
dans  le  gros  intestin  que  vingt-quatre  heures  après  la 
mort,  on  observe,  si  on  ouvre  le  cadavre  le  lendemain , 
que  les  parties  surlesquelleslepoisona  été  appliqué  pré¬ 
sentent  des  ecchymoses  de  largeur  variable  :  du  reste,  on 
ne  remarque  aucune  autre  altération.  Il  est  donc  facüede 
distinguer  si  l’oxyde  blanc  d’arsenic  a  été  appliqué  sur 
les  gros  intestins  avant  ou. après  la  mort;  en  effet,  dans 
ce  dernier  cas ,  on  trouve  le  poison  à  peu  de  distance 
de  l’anus ,  et  si  le.rectum  est  enflammé  ou  ecchymosé , 
il  ne  l’est  que  dans  les  parties  qui  ont  été  touchées  par 
l’oxyde  ;  en  sorte  qu’il  p  a  une  ligne  de  démarcation 
excessivement  tranchée  entre,  ces  parties  et  celles  qui 
sont  immédiatement  au-dessus.  Au  contraire,  si  l’in¬ 
flammation  était  le  résultat  de  l’injection  de  l’oxyde 
d’arsenic  dans  le  rectum  pendant  la  vie ,  elle  s’éten¬ 
drait  bien  au  delà  de  la,  partie  touchée  par  l’oxyde, 
et  la  rougeur  de  l’intestin  diminuerait  graduellement 
d’intensité ,  à  mesure  qu’on  approcherait  des  intestins 
grêles. 


(  loo  ) 

DOUZIÈME  LEUON.  - 

De  V Oxyde  noir  arsenic  et  de  la  Poudre  aux 
mouches. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  ces  substances  ? 

53.  Avant  de  cbercber  à  résoudre  ce  problème ,  nous 
croyons  devoir  établir,  1°  que  la  plupart  des  cbimistes 
regardent  l’oxyde  noir  comme  un  mélange  d’arsenic  et 
d’oxyde  blanc  de  ce  métal  ;  2®  que  la  poudre  aux  mou¬ 
ches  n’est  autre  chose  que  de  l’arsenic  légèrement  oxyxïé, 
et  par  conséquent  quelle  a  la  plus  grande  analogie  avec 
l’oxyde  noir. 

L’oxyde  noir  est  solide,  d’un  gris  noirâtre,  quelquefois 
noir  ;  il  est  terne ,  sans  éclat ,  peu  dur  et  très  -  friable. 
La  poudre  aux  mouches  se  présente  sous  la  forme  de 
pains  composés  de  lames  irrégulièrement  arrangées. 
Chauffés  avec  le  contact  de  l’air ,  ces  deux  corps  se 
transforment  en  oxyde  blanc  ,  qui  se  répand  dans 
l’atmosphère  sous  forme  de.  vapeurs  épaisses  d’une 
odeur  alliacée.  Traités  par  l’acide  nitrique  à  la  tempé¬ 
rature  de  4o°,  ils  passent  à  l’état  d’oxyde,  en  absorbant 
une  portion  d’oxygène  de  l’acide  ,  qui  se  trouve 
transformé  en  gaz  deutoxyde  d’azote  (  gaz  nitreux  )  : 
la  poudré  blanche  que  l’on  obtient  dans  cétte  expé¬ 
rience  est  composée  ,  suivant  M.  Ampère  ,  d’oxyde 
blanc  d’arsenic  et  d’acide  arsénique ,  si  Ion  a  employé 
assez  d’acide  nitrique  ,  et  qu’on  Tait  fait  réagir  pen¬ 
dant  un  temps  suffisant.  Le  sulfate  de  cuivre  ammonia¬ 
cal  ,  étendu  d’eau ,  versé,  sur  Toxyde  noir  d’arsenic 


(  lOI  ) 

pulvérisé  ou  sur  la  poudre  aux  mouches,  qui  sont  en 
contact ^^vec  l’air,  détermine,  au  bout  d’un  certain 
temps ,  ra  formation  d’un  précipité  vert ,  composé 
d’oxyde  blanc  d’arsenic  et  de  deutoxyde  de  cuivre  ;  ce 
qui  prouve  que  l’oxygène  de  l’air  a  été  absorbé  par 
l’oxyde  d’arsenic  peu  oxydé,  et  que  le  sulfate  de  cuivre 
ammoniacal  a  été'  décomposé. 

Ces  produits  agissent  sur  l’économie  animale  comme 
l’oxyde  blanc  d’arsenic,  mais  avec  moins  d’intensité.  §  5 1 . 

Des  Sulfures  d’afserticï 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  éii  lieu  par’  lek  sulfures  d’arsehic?  I 

54.  Sulfure j aune  d’hrsetiic  àftifcîèl^  obtenu  avec  la  dis¬ 
solution-aqueuse  d^oxjde  blanc  et  V acide  hydrosulfu¬ 
rique.  Il  est  solide  ,  jaune ,  pulvérulent  bu  en  masse. 
Lorsqu’on  le  chauffe  avec  un  fragment  de  potasse  à 
l’alcohol,  dans  un  tube  de-verre  étroit  èt  long  de  aS  à 
28  centimètres ,  il- est  d.écomposé;  la- potasse  s’empare 
du  soufre,  et  l’on  obtient-de  l’arsenic  métallique  qui 
se  volatilise. pour  lès  caractères  du  métal  page  88), 
et  du  foie  de  soufre  qui  reste  au  fond  du  tube.  (  Voy. 
foie  de  soufre  j  §  28.) 

L  action  de  ce  sulfure  sur  l’économie  animale  ne  dif¬ 
fère  point  de  celle  qu’exerce  l’oxyde  blanc  d’arsenic , 
mais  elle  est  moins  énergique.  (P^oy.-  §  Si^) 

Su fure  jaune  d^ arsenic- naturel  (  orpiment  natif  ). 
Il  est  solide,  luisant,  d’un  jaune  citrin  tirant  un  peu  sur 
le  verdâtre  ■  son  tissu  est  composé  de  lames  translu¬ 
cides  brillantes  ,  quelquefois  d’un  poli  très  -  vif.  Il  est 
-  décomposé  par  la  potasse,  comme  le  précédent;  il  agit 


(  102  ) 

sur  rëconomie  animale  comme  les  autres  poisons  arse¬ 
nicaux  :  toutefois  J  son  action  est  beaucoup  moins  in¬ 
tense  que  celle  du  sulfure  artificiel  dont  nous  venons 
de  parler. 

Sulfure  rouge  d’arsenic  natif  {réû.güv'):  Il  est  solide, 
rouge  avec  une  teinte  d’orange  lorsqu’il  est  en  masse, 
orangé  quand  il  a  été  réduit  en  poudre  :  il  s’éclate  ai 
sèment  par  la  pression  de  l’ongle;  il  se  comporte  avec 
la  potasse  comme  les  deux  sulfures  précédens.  H  agit 
comme  les  autres  préparations  arsénicales ,  mais  il  est 
peu  énergique. 

Du  Caustique  arsenical  du  frere  Cosme,  et  de  la 
Poudre  de  Rousselot. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  été  produit  par  ces  caustiques  ? 

55.  Le  caustique  dont  nous  parlons  est  généralement 
composé  aujourd’hui  avec  deux  parties  d’oxyde  Blanc 
d’arsenic,  trente-deux  parties  de  sulfure  de  mercure 
ét  séize  parties  de  sang-de-dragon  {'voj.le  Codex  de 
Paris).  On  le  reconnaît  i®  à  sa  couleur  rouge  ;  2®  en 
le  faisant  bouillir  pendant  dix  minutes  dans  cinq  parties 
d’eau  distillée  qui  dissout  l’oxyde  d’arsenic  (2;.  §  ^gbis 
pour  les  caractères  de  cette  dissolution)  ;  3®  en  traitant 
par  l’alcohol  bouillant  la  portion  du  caustique  épuisée 
par  l’eau  :  l’alcohol  dissout  le  sang-de-dragon  et  se  colore 
en  rouge  foncé  :  aussi  cette  dissolution  précipite-t-elle 
en  orangé  par  l’eau  ;  4®  desséchant  le  cinnabre,  qui 
n’a  été  dissous  ni  par  l’eau  ni  par  l’alcohol,  et  qui, 
par  conséquent,  reste  sous  forme  d’une  poudre  d’un 
beau  rouge  ;  cette  poudre ,  chauffée  avec  de  la  potasse 


(  io3  ) 

dans  un  tube  de  verre,  se  décompose  et  fournit  du  mer¬ 
cure  métallique  et  du  foie  de  soufre.  (  J^ojr.  §  44») 

Il  résulte  des  expériences  tentées  jusqu’à  ce  jour  sur 
les  animaux  et  des  observations  recueillies  chez  l’homme,, 
1°  que  l’application  extérieure  des  poudres  contenant 
une  assez  forte  dose  d’oxyde  blanc  d’arsenic  pour  cauté¬ 
riser  peut  être  suivie  des  plus  grands  dangers;  2® que 
les  symptômes  de  l’empoisonnement  déterminé  par  ces 
poudres  ne  diffèrent  point  de  ceux  que  produit  l’oxyde 
d’arsenic  ;  3®  qu’il  importe,  lorsqu’on  juge  convenable 
d’employer  de  pareils  caustiques ,  de  les.  préparer  avec 
la  plus  petite  quantité  possible  d’oxyde  d’àrsenic. 

De  V Acide  arsénique,  ^ 

Gomment  peut- on  reconnaître  l’empoisonnement 
déterminé  par  cet  acide  ? 

56.  L’acide  arséniqu,ééSt5o/i'<5?e,  blanc,  inodore,  doué 
d’une  saveur  aigre  ^caustique  et  métallique  ;  il  rô^it 
l’eau  de  tournesoïi  Si,.après  l’avoir  desséché  ,  on  le  met 
sur  des  charbon^'  incandescens ,  il  se  décompose  ,  cède 
une  portion  de  son  oxygène  au  charbon ,  et  se  trouve 
transformé  en  oxyde  blanc  d’arsenic,  qui  se  volatilise 
et  répand  des  vapeurs  d’une  odeur  alliacée.  Lorsqu’on  le 
mele  avec  du  charbon  et  de  la  potasse  pulvérisés  et  que 
Ion  chauffé  le  mélange  dans  un  tube  de  verre  étroit, 
on  obtient  de  rarsenic  m  étallique .  (  F',  page  8  8  Il  est  dé¬ 
liquescent,  et  par  conséquent  très-soluble  dans  l’eau.  Sa 
dissolution  aqueuse  concentrée  est  incolore ,  sapide ,  et 
précipite  en  blanc  les  eaux  de  chaux;  et  de  baryte  :  les 
arséniates  précipités  se  dissolvent  facilement  dans  un 
excès  d’acide  arsénique  ;  si  on  la  verse  dans  l’acétate 


(  io4  ). 

de  cuivre  dissdws ,  on  obtient  sur-le-champ  un  préci¬ 
pité  blanc-bleuâtre;  d’arséniate  de  cuivre  ;  le  nitrate  ' 
d'argent,  cristallisé  et  dissous  dans  l’eau  distillée,  est 
précipité  en  rouge  brique  par  1  acide  arsénique  :  l’ar- 
séniate  d’argent  formé ,  étant  soluble  dans  l’acide  ni¬ 
trique  ,  ne  se  précipiterait  point  si  on  employait  du  ni¬ 
trate  d’argent  avec  excès,  d’acide.  Si  la  dissolution' d’aeide 
arsénique  est  faut  la  faire  chauffer  dans 

une  fiole  à  médecine  avec  de  l’acide  hydrdsülfurique 
liquide  :  à  mesure  que  le  liquide  s’échauffe-,  il  se 
trouble  et  jaunit;  au  bout  de  quelques  minutes  d’ébul- 
-  lition  ,  il  devient  d’un  très-beau  jaune ,  et  laisse  dé¬ 
poser  parle  refroidissement  du  sulfure  jaune  d’arsenic^ 
que  l’on  peut  recpnnaîtré  aux  càractêres  indiqués  §  54; 
il  est  évident  qne,,  dans  dans  cette  expérience  ,  l’oxy¬ 
gène  de  l’acide  arsénique  s’est  combiné  avec  l’hydro-- 
gêné  de  l’acide  hydrosulfurique  pour  former  de  Teau. 
L’action  de  l’acide  arsénique  sur  l’économie  animale  , 
ne  diffère  point  de  celle  qu’exerce  l’oxyde  blanc  d’ar¬ 
senic;,  mais  elle  est  encore  plus  énergique.  (Fhr.  §  5i.) 

Des  Arséniates  solubles. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  retnpôisdhriè- 
ment  a  e%  lieu  par  ces  arséniates? 

67.  Leè  arséniates  de  potasse;  dé  soudé  et  d’amnio- 
niaque ,  ocrent  les  caractères  suivans.  Ils  sont  solides  y 
blancs,  inodôj-es,  acides  ou  neutres,  par  conséquent 
jouissant  ou  ne  jouissant  point  de  la  propriété  dé  rou¬ 
gir  l’eau  de  tourne''iSol.  Lorsque  après  les  avoir  réduits 
en  poudré  on  les  met  sur  dès  chàrbons  ardéns,  ils  ré¬ 
pandent  des  vapeurs  «lanches  dune  odeiir  aïliacéé,  ce 


(io5): 

qui  dépend  de  la  décomposition  de  l’acide  arsénique 
et  de  la  volatilisation  de  l’oxyde  blanc  d  arsenic  {'vôj''. 
acide  arsénique).  Mêlés  avec  du  cbarbon  pulvérisé  et 
chauffés  dans  ün  petit  tube  de  verre  ,  ils  sont  décom¬ 
posés  et  fournissent  de  i’ arsenic  métallique  (^.'pàge'88). 
Ils  se  dissolvent  dans  l’eau  ;  le concentrë  n  est 
point  troüblé  par  l’acidé  hydrocblorique  {ce  qui  les 
distingue  dés  arséiiites  dont  nous  parlerons  plus  bas  ). 
Ils  agissent  sur  le  nitrate  d’argent  dissbus  ,  sur  la  pierre 
infernale  ,  et  sur  l’acétate  de  cnivrej'cbmme  l’aeideur- 
sénique{uôjf.  §  56). 'Ils  précipitent  le  'sulfate  et  le  ni-  ' 
trâtè'  de  büivrê  en  blanc  bleuâtre  ;  le  précipité  esldel’ar-' 
sénîàte  dé  cuivre.  Ils  fournissent  avec  rhydrbchlorate" 
dé  cobalt  Un  précipité  rose  d’arséniatede  cobalt,  pourvu 
què  T’hydrôclilorateùe  soit  pas  acide  ;  car  alorS  l’arsé-' 
nîatè  de 'cobalt  serait  dissous  par  l’excès  d’acide  {  et- le' 
précipité  ne  paraîtrait  point.'  Si  la  'dissolution  -aqueuse 
d’ârséèiate  "^étkit  tres-affaiblie  ;  on  la  'traiterait  par  le" 
sulfate  dé  cuivre  dissous  dans  l’eau et  on  obtiendrait 
un  précipité  Mën  -  clair  d’afséniate  de  cuivre  ;  on  le 
laverait  et  bn  le  feraif  sécberisur un  filtre. ’L’arséniate 
de  cuivre  ainsi' obtenu,  mis'  sûr  lés  charbons  ardens ,  se  ' 
décompose  et  répand  une  odeur  alliacée  ;  traité  par  -le 
nîtrâté  'd’argent ,  if  se'transforme  en  aKéhiate  dargènt 
roügê-brique. 

Les  arséniates  agissent  surf  économiéanîmale  comme 
les  autres  prépârâtions‘arsénicaies.T(Fï>jr- §  5 iv)  ' 


(  io6  ) 


Des  composés  d'oxyde  hlcbric  d'arsenic  et  d'une  base 
salifiable  (  arsénites  ). 

-  Comment  peut- on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  été  déterminé  par  ces  composés  ? 

58.  Les  composés  d’oxyde  blanc  d’arsenic  et  de  po¬ 
tasse,  de  soude  bu  d’ammoniaque,  sont  solubles  dans 
l’eau;  leurs  dissolutions  concentrées  présentent  les  carac¬ 
tères  suivans  :  i®  elles  sont  décomposées  par  l’acide  hy- 
drochlorique ,  qui  s’empare  de  la  base ,  avec  laquelle  il 
forme  un  sel  soluble,  et  il  se  précipite  de  l’oxyde  blanc 
d’arsenic  :  celui  -  ci  peut  ctre  dissous  dans  un  excès 
d’eàu;  a®  les  sels  de  cuivre  dissous  dans  l’eau,  sont 
précipités  par  ces  composés,  comme  par  la  dissolution 
d’oxyde  blanc  d’arsenic  {'voy.  §  49  bis')\  3°  les  hy¬ 
drosulfates  de  potasse  et  de  soude  ne  les  troublent 
point,  malgré  l’assertion  de  M.  Harmand  de  Montgarny  ; 
4®  lorsqu’on  évapore  ces  dissolutions  jusqu’à  siccité ,  on 
obtient  un  produit  qui  ,  étant  mis  sur  les  charbons 
ardens,  se  décompose ,  et  l’oxydé  d’arsenic  se  dégage 
sous  forme  de  vapeurs  blanches  d’une  odeur  alliacée  ; 
5®  si,  au  lieu  de  chauffer  ainsi  ces  arsénites  solides ,  on 
les  mêle  avec  du  charbon  pulvérisé,  et  que  l’on  élève 
graduellement  la  température  du  mélange  dans  un  petit 
tube  de  verre,  on  obtient  de  l’arsenic  métallique. 
{Voy.  page  88.) 

Sg.  Si  la  dissolution  aqueuse  de,  ces  composés  est  tr'es- 
étendue^  on  la  traite  par  du  sulfate  de  cuivre  dissous, 
qui  la  trouble  d’abord ,  et  y  fait  naître  plus  tard  un 
précipité  d’arsénite  de  cuivre  vert ,  dont  les  caractères 
ont  été  exposés  page  91. 


(  ,107  ) 

L’action  des  ârsénites  sur  l’économie  animale  est  très- 
énergique  ,  ils  produisent  des  effets  analogues  à  ceux  que 
déterminent  les  autres  préparations  arsénicales  §  5i. 

Teinture  minérale  de  Fowler.  Cette  teinture  est  com¬ 
posée  d’oxyde  blanc  d’arsenic  combiné  avec  de  la  po-. 
tasse,  d’eau  distillée  et  d’une  petite  quantité  d’esprit 
de  lavande  composé,  ou  d’alcoholde  melisse.  Elle  est  li¬ 
quide  ,  d’un  blanc  légèrement  laiteux ,  et  d  une  odeur 
aromatique  ;  elle  verdit  le  sirop  de  violettes  ;  le  sulfate 
de  cuivre,  et  les  hydrosulfates  agissent  sur  elle  comme 
sur  les  dissolutions  dont  nous  avons  parlé  S  58  ;  l’acide 
hydrochlorique  ne  la  trouble  point ,  ou  la  trouble  à 
peine  ;  ce  qui  dépend  de  la  grande  quantité  d’eau  qa’elle 
renferme.  Son  action  sur  l’économie  animale  est  la 
même  que  celle  de  l’oxyde  d’arsenic.  (  Vojr,  S  5 1 .) 

TREIZIÈME  LEÇOÎÎ. 

§  IV.  —  Dès  préparations  cuivreuses. 

Les  préparations  dont  nous  devons  nous  occuper 
ici  sont  les  oxydes ,  le  carbonate  et  l’acétate  de  cuivre, 
le  vert-de-gris ,  le  sulfate  de  cuivre ,  le  sulfate  de  cuivre 
ammoniacal ,  le  nitrate  de  cuivre  et  le  cuivre  ammo¬ 
niacal. 

Des  oxpdes  de  cuivre. 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’émpoisonne- 
ment  a  eu  lieu  par  les  oxydes  de  cuivre  ? 

6i.  Il  existe  deux  oxydes  cxàsixe.  Protoxyde  de 
cuivre.  Il  est  solide,  jaune-orangé  s’il  contient  de  l’eau, 
rougeâtre  s’il  a  été  fondu.  Il  est  soluble  dansl’ammo- 
niaque  :  la  dissolution  est  incolore:  mais  elle  passe  au 


(  iô8.) 

Meu  V  aussitôt  quelle  a  le  contact  de  l’air.  L’acideni- 
triqüé  bouillant  lui  cède  de  l’oxygène  et  le  fait  passer 
à  L’état  de  deutoxyde.  Ghauffé  avec  du  charbon  il  se 
comporte  comme  le  déutQxyde.  DeUtoxydè  de  cuivre 
anhjdr-e  ysec.  Il  est '  solide  ,  bruii-noirâtre ,  insoluble 
dans  l’eàu  ,  soluble  dans  l’ammoniaque  qu  il  colore  en 
bleu  suf-lè-cbamp ,  soluble  sans  effervescence  dans 
l’âcïde  sulfurique  faible  et  ù  la  température  ordinaire. 

(  Whf'.  les  propriétés  dû  sulfate  de  cuivre  qui  en  résulte 
§  65;  )  IL  suffit  de  lé  mêler  avec  du  charbon  ou  avec 
dès  corps  gras ,  et  de  le  chauffer  jusqu’au  rouge  dans 
uû  creuset  pendant  demi-heure,  pour  le  désOxyder  ' 
et  en  séparer  le  cuivre.  On  reconnaîtra  facilement  ce 
métal  aux  caractères  suivansr  il  est  solide  ,  d’une  belle 
couleur  rougedaunâtre ;  il  sé dissout  à  froid  dans  l’acide 
nitrique  moyennement  concentre  ;  \q  solutum  ,  d’abord 
vert  ,  devient  bleu  lorsque  la  liqûéür  est  refroidie ,  et 
jouit  de  toutes  les  propriétés  dont  nous  parlerons  §  67, 
en  faisant  l’histoire  du  nitrate  de^ cuivre  (i).  Deutoxyde 

.(i)  Le  cuivre  métallique,  quelque  divisé  qu’il  soit,  n’est  ‘ 
pointYénéneux.  Dulait,  du  thé,  du  café,  de  la  bière,  etc., 
laissés  pendant  long-temps  dans  un  vase  de  cuivre  bien  dé¬ 
capé  ,  ne  contractènt  aucune  propriété  délétère  :  les  accidens 
fâcheux  que  l’on  a  souvent  attribués  à  ce  métal  dépendaient 
d’une  portion  d’oxyde  qu’il  contenait.  Néanmoins"  si  on  fait 
boûiHié  ‘de  l’éâu-et^dû  sèl'  gris  dans  ûu  chaudron  dç  cuivre 
décapé ,  la  dissoluliourenfèrme  une  certàmé  quantité  d’oxyde 
de  ce  métal  j  que  l’on  peut  teconUaitre  par  les  réactife  dont 
nous  pârlérons  en  faisant  l’histoire  du  vert-de-gris  il  n’en 
est  pas  dé  même  si  On  ajoute  au  mélange  d’eau  et  de  sel ,  de 
la  viande,  de  l’axonge  et  plusieurs  autres  substances  qui 


(  109.) 

de  cuivre  hydraté  ou  combiné  avec  l’eaiu  II  est  solide , 
bleu  ;  il  passe  à  l’état  de  deutocarbonate.  de  cuivre 
vert ,  lorsqu’il  est  en  contact  avec  l’air  ;  l’eàu  bouülante 
le  transforme  en  deutoxyde  anhydre  hïmîy  àu.  reste  ^ 
l’ammoniaque  ,  l’âcide  sulfurique  et  le  charbonr  agis¬ 
sent  sur  lui  comme  sur  le -deutoxyde  sec.  ^ 

'  r  Symptômes  et  lésions  de  tissu.  'yV-.  §  35  et  §  6.) 

Du  Sous-deutoçarbonate  de  cuivre  (vert-dergris  naturel). 

éomnient  peut-on  reconnaître  l’empQisonn^ment 
produit  par  le  carbonate  de  cuivre.  - 
-  62.  Ce  carbonate  est  solide  ^  vert insipide! ,  et  in¬ 
soluble  dans  l’eau  (i)  traité  par  le.cbarbén  i,  ppmîne 
les  oxydes  de  cuivre,  il  est  déciwpftsé  ,  et  Idsse  du 
cuivre  métallique  f  l’iimmoniaque^t  l!açide_sulfup,que 
agissent  sur  lui  comme  sur  le  deutoxyde,  .excepté 
que  l’acide  sulfurique  eu-  dégage  racide .  carbonique , 
et  produit  une  effervescence  plus  ou,  moins  viveï  Son 
action  sur  1  économie  animale  esLsemhlable  à  celle  des 
oxydes  de  -cuivre.  ; 

■  Du  Deutoacétaie  de  cuivre  (y evàel  cvïstdéôisé). 

■  -  Comment,  peut^^on  reconnaître  ^  que  ld,mpoispnnfi- 
-  ment  a  eu- lieu  par  r.acétotp  de,  cuivre  ? 


jouissent  de  la  propriété  de'  s’emparer  de  rox_yde  de  cuivre 
à- mesure  qu’il  se  produit,  et  de, former  avec  lui  un  composé 
insoluble. 

(i)  L’insolubilité  de  ce. sel. explique-paurquoi,  l’eau  qui  a 
sejourné-dansdes  fontaines  dqntilaxSRçface  interne  ,est  en- 
-  duité  de  carbanatg  de  ..cuivre,  n^est  pçintrv^éneuse. 


C  IIO  )  ' 

L’acétate  de  cuivre  est  solide^  crystallise  ou  en  poudre, 
d’un  bleu  foncé ,  inodore  ,  d’une  saveur  forte ,  styp- 
tique,  et  entièrement  soluble  dans  leau;  ce  qui  le 
distingue  du  vert-de-gris  artificiel  dont  nous  parlerons 
bientôt. 

63.  Si  l’on  verse  de  l’acide  sulfurique  concentré  sur 
l’acétate  de  cuivre  pulvérisé,  on  le  décompose  ;  il  se 
forme  du  sulfate  de  cuivre ,  et  il  se  dégage  des  vapeurs 
d’acide  acétique ,  reconnaissables  à  leur  odeur  de  vi¬ 
naigre  fort.  Chauffé  graduellement  et  jusqu’au  rouge 
dans  un  tube  de  verre  étroit,  et  long  de  vingt-cinq  à 
vingt-huit  centimètres ,  il  est  décomposé,  et  donne  du 
cuivre  métallique  fixe  (vojez  les  propriétés  de  ce  mé¬ 
tal,  §  6i  ) ,  et  des  produits  volatils ,  semblables  à  ceux 
que  fournissent  les  acides  végétaux  que  l’on  traite  par 
le  feu. 

6^  bis.  Si  Vaxiétate  de  cuivre  était  dissous  dans  une  petite 
quantité  d’eau^  on  le  reconnaîtrait  aux  caractères  sui- 
vans  :  la  dissolution  est  transparente ,  d’un  bleu  foncé 
et  d’une  saveiu*  forte,  styptique;  la  potasse  ,  la  soude 
et  l’eau  de  baryte  la  décomposent,  s’emparent  de  l’acide 
acétique  avec  lequel  elles  forment  des  acétates  solubles , 
et  il  se  pi'écipite  du  deutoxyde  bleu ,  entièrement  so¬ 
luble  dans  l’acide  nitrique;  l’ammoniaque,  versée  en 
petite  quantité  dans  l’acétate  de  cuivre  dissous,  y  fait 
naître  un  précipité  bleu  de  deutoxyde  de  cuivre ,  qui 
se  dissout  avec  la  plus  grande  rapidité ,  pour  peu  que 
l’on  ajoute  quelques  gouttes  d’alcali  volatil  ;  l’acétate  de 
cuivre  ammoniacarproduit  est  d’jun  très-beau  bleu  ;  l’hy- 
drocyanate  de  potasse  et  de  fer  (prussiate  dépotasse) 
précipite  cette  dissolution  en  brun  marron  ;  l’acide 


..  (  ) 

hydrosulfurique  et  les  hydrosulfates  la  décomposent, 
et  en  précipitent  du  sulfure  de  cuivre  noir;  ce  qui 
prouve  que  l’acide  hydrosulfurique  a  également  été 
décomposé  :  en  effet ,  son  hydrogène  s’unit  à  l’oxygène 
du  deutoxyde  de  cuivre  pour  former  de  l’eau ,  tandis 
que  le  soufre  se  combine  avec  le  cuivre.  La  dissolution 
dJ oxyde  d’arsenic  dans  la  potasse  {voyez  §  58),  pré¬ 
cipite  sur-le-champ  l’acétate  de  cuivre  en  vert;  le 
précipité  est  composé  d’oxyde  d’arsenic  et  de  deu¬ 
toxyde  de  cuivre;  il  reste  dans  la  liqueur  de  l’acétate 
de  potasse.  Lorsqu’on  plonge  une  lame  de  fer  parfaite¬ 
ment  décapée  dans  l’acétate  de  cuivre  dissous ,  le  cuivre 
est  mis  à  nu  et  se  dépose  sur  le  fer  ;  d’où  il  suit  que  le 
fer  s’empare  de  l’oxygène  du  deutoxyde  de  cuivre  et 
de  l’acide  contenu  dans  l’acétate  :  quelques  heures  suf¬ 
fisent  pour  produire  ce  phénomène.  Le  phosphore  à 
l’état  solide  agit  d’une  manière  analogue  sur  cette 
dissolution  :  il  se  combine  avec  l’oxygène  du  deutoxyde 
et  passe  à  l’état  d’acide  phosphatique  ou  phosphorique 
incolores,  tandis  que  le  cuivre  métallique  se  dépose 
au  bout  de  quelques  minutes  ,  et  recouvre  la  portion 
de  phosphore  qui  n’a  pas  agi  sur  la  dissolution. 

Si  la  dissolution  aqueuse  d’acétate  de  cuivre  était 
tres-etendue  ^  on  lareconnaîtrait  aux  caractères  suivans: 
elle  est  incolore  ou  légèrement  colorée  en  bleu;  sa 
saveur  est  très-légère  ;  les  hydrosulfates  de  potasse  et 
d  ammoniaque  la  colorent  en  brun  clair  etlaissentdépo» 
ser  au  bout  dun  certain  temps  du  sulfure  de  cuivre 
noir;  le  prussiate  de  potasse  la  colore  en  rouge,  et 
fournit  quelque  temps  après  un  précipité  brun-mar- 
î'on  :  1  ammoniaque  lui  communique  une  couleur  bleue. 


(“!>.) 

sans  y  bccasioner  de  précipité  elle  n’est  aucunenient 
troublée  par  la  potasse,  ni  par  ,1a  soude.  L’action  de 
l’aeétatede  cuivre  sur  l’éçunpniie  animale  est  la  même 

q,ue  celle  du  ,yertrdergris  ,  .™di^  elle  est  plus,  énergique. 

{.Fojez^ 

Du  V^ert-de-gris  artificiel. 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’em.poispnne- 
nement  a  eu  lieu  par  le  vert-de-gris  ? 

64.  Le  vert-de-gris  est  forme  de  d&uto_àcMcite.d& 
cuivre^  de  deutoxyde  de  cuivre  by.draté  et  de  cuivré 
métallique;  on  y  trouve  aussi  quelques  matières, étran¬ 
gères ,  telles  que  des  rafles  de  raisin,  etc.  JYous  croyons 
devoir  indiquer  les  moyens -de  reconnaître  r®  le  vert- 
de-gris  solide ,  2^  dissous  dans  l’eau;  3®  dissous  et  mêlé 
avec  des  liquides  qui  ne  l’ont  point  décomposé  ;  4®  dis¬ 
sous  et  mêlé  avec  des  liquides  qui  l’ont  décomposé; 
5°- solide  et  faisant  partie  de  quelques  onguens,  d’autres 
médicamens  ou  des  matières  solides  vomies,  ou  de 
celles  qui  sont  contenues  dans  le -canal  digestif  ;  6®.  dé¬ 
composé  par  les  tissus  du  canal  digestif  et  combiné 
avec  eux. 

I®  '  Vert-de-gris  solide,  VS.  est  -d’une  couleur  vprte- 
bleuâtre,  sans  odeur ,  et  d’une  saveur  forte,  styptique. 
Lorsqu’on  le  chauffe  jusqu!au  rouge,  il  se  comporte 
comme  l’acétate  de  cuivre  ;  il  en  est  de  même  si  on  le 
met  en  contact  avec  l’acide  sulfurique  concentré,  §  63. 
L’eau  agit  sur  lui  d’une  manière  différente  suivant  sa 
température  :  si  elle  est  froide ,  elle  dissout  l’acétate 
de  cuivre,  et  laisse  précipiter  une  poudre  d’un  bleu 
verdâtre  formée  par  le  deutoxyde  de  cuivre  hj- 


0x3  ) 

draté  et  par  les  autres  corps  insolubles  qui  entrent 
dans  la  composition  du  vert-de-gris  :  si  elle  est  bouil¬ 
lante,  elle  dissout  également  l’acétate  de  cuivre,  et  , il 
se  précipite  une  poudre  d’un  brun  plus  ou  moins 
foncé ,  composée  de  deutoxyde  de  cuivre  anhydre  (sec) ,, 
et  des  autres  substances  insolubles  contenues  dans  le 
vert-de-gris  :  dans  cette  expérience  l’eau  bouillante 
transforme  le  deutoxyde  de  cuivre  hydraté  en  deu¬ 
toxyde  de  cuivre  brun. 

2°  Vert-de-gris  dissous  dans  teau.  Cette  dissolution 
n’étant  autre  chose  que  de  l’acétate  de  cuivre,  nous 
renvoyons  à  ce  qui  a  été  dit  §  63  bis. 

3®  Vert-de-gris  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides 
qui  ne  Vont -point  décomposé tels  sont  le  vin  rouge, 
le  lait ,  la  bile ,  les  liquides  vomis  par  le  malade ,  et 
ceux  qué  l’on  trouve  dans  le  canal  digestif  après  la 
mort  (i).  S’il  est  vrai  que  la  dissolution  aqueuse  con¬ 
centrée  du  vert-dei-gris  est  colorée  en  bleu,  et  que  cette 
couleur  doit  se  faire  remarquer  dans  plusieurs  des 
liquides  dont  nous  parlons  ,  il  est  également  vrai  que 
l’on  s’exposerait  à  commettre  des  erreurs  graves  si 
l’on  vpulait  s’en  rapporter  exclusivement  à  ce  carac¬ 
tère  pour  prononcer  sur  l’existence  du  vert-de-gris 


(i)  Quelques-uns  de  ces  liquides  sont  susceptibles  de  décom¬ 
poser  le  vert-de-gris  dissous,  et  de  le  transformer, en  un  pro¬ 
duit  insoluble  ;  dans  ce  cas  ,  le  poison  ne  se  trouve  plus  dans  le 
liquide  ,  et  doit  être  recherché  par  les  moyens  que  nous  indi¬ 
querons  page  1 16;  mais  il  peut  arriver  que  la  décomposition 
opérée  par  ce  liquide  soit  incomplète  :  alors  une  portion  du 
sel  se  trouve  en  dissolution. 


8 


(  ii4’) 

dans  ces  mélanges;  en  effet  la  quantité  de  vert-de- 
gris  dissous  peut  être  assez  faible  pour  que  la  couleur 
dont  il  s’agit  manque  ;  les  liquides  mêlés  avec  ce  poi¬ 
son  offrent  quelquefois  une  couleur  brune ,  rouge ,  etc, , 
qui  doit  masquer  ou  altérer  celle  du  vert-de-gris  ;  d’ail¬ 
leurs  n’a-t-on  pas  observé  dans  certaines  affections  du 
canal  digestif,  des  vomisseraens  de  matières  vertes, 
bleues,  etc.,  sans  qu’il  fût  permis  de  soupçonner  l’em¬ 
poisonnement  par  une  préparation  cuivreuse  ?  Ces  con¬ 
sidérations  nous  portent  à  conclure  que  la  couleur 
bleue  du  mélange  dans  lequel  on  soupçonne  la  pré¬ 
sence  du  vert-de-gris  dissous  ne  peut  tout  au  plus  four¬ 
nir  que  des  indices  sur  l’existence  du  poison  ;  il  en  est 
de  même  de  l’action  des  réactifs  dans  certaines  cir¬ 
constances  ,  comme  le  prouvent  les  expériences  sui¬ 
vantes  :  versez  de  l’ammoniaqpe  dans  un  mélange  de 
vin  rouge  et  dè  vert-de-gris  dissous ,  vous  obtiendrez 
un  précipité  gris-foncé  ou  noir ,  suivant  la  dose  de  vin 
employé,  tandis  que  le  même  alcali  déviait  précipiter 
la  dissolution  de  vert-de-gris  en  bleu  (vaj-ez  §  63  èis)  : 
mêlez  une  partie  de  dissolution  concentrée  de  vert-de- 
gris  avec  quinze  ou  vingt  parties  de  decoctum  de 
café,  la  liqueur  précipitera  parle  prussiate ,  l’arsénite 
et  l’hydrosulfate  de  potasse ,  de  manière  à  ce  qu’il 
soit  impossible  de  pouvoir  présumer  qu’elle  contienne 
un  sel  de  cuivre. 

Pour  démontrer  la  présence  de  l’acétate  de  cuivre 
dans  les  mélanges  dont  nous  parlons  ,  on  doit  diviser 
la  liqueur  en  deux  parties,  A  et  B.  La  portion  A 
sera  successivement  mise  en  contact  avec,  la  potasse, 
1  ammoniaque,  les  hydrosulfates,  le  prussiate  de  po- 


(  . 

tasse  et  la  lame  de  fer  ;  si  l’on,  obtient  des  précipités 
semblables  à  ceux  qui  ont  été  décrits  §  63  hîs^  Oti 
conclura  que  la  dissolution  contient  uq  sel  formé 
par  le  deutoxydé  de  cuivre;  si  les  précipités  ob¬ 
tenus  sont  d’une  couleur  différente,  oti  versera  dàns 
la  liqueur  un  excès  d’hydrosulfate  dè  potasse,  qui 
y  formera  un  précipité  noir  de  sulfure  dè  çiiivre  si 
elle  renferme  un  sel  de  ce  métal  (^.  §  63  his  pour 
la  théorie  de  cette  décomposition  )  :  on  lavera  cé 
précipité ,  on  le  laissera  reposer,  on  décantera  la  li¬ 
queur  qui  le  surnage,  et  on  lé  mettra  sur  un  filtre  ; 
lorsqu’il  sera  sec,  on  le  triturera  et  on  le  fera  chauffer 
pendant  quelques  minutes  avec  deux  fois  son  poids 
environ  d’acide  nitrique  pur  :  il  disparaîtra,  et  on  ob^ 
tiendra  du  gazracide  nitreux  jaune-orangé  et  du  sulfate 
de  cuivre  d’un  bleu  verdâtre ,  facile  à  réconnaître 
aux  caractères  que  nous  indiquerons,  §  65.  Théorie. 
L’acide  nitrique  est  décomposé  en  oxygène  et  en  gaz 
deutoxyde  d’azote  (  gaz  nitreux);  celui-ci  se  dégage, 
absorbe  l’oxygène  de  l’air,  et  passe  à  l’état  de  gaz  acide 
nitreux  jaune-orangé  ;  tandis  que  l’oxygène  se  combine 
avec  le  soufre  et  avec  le  Cuivre  du  sulfure,  et  forme 
d’une  part  de  l’acide  sulfurique,  et  de  l’autre  du 
deutoxyde  de  cuivré:  ces  deux  corps  se  combinênt, 
et  donnent  naissance  au  sulfate  de  cuivre  dont  nous 
avons  parlé. 

La  portion  B  sera  évaporée  jusqu’à  siccité  dans  une 
capsule  de  porcelaine ,  et  le  résidu  sera  mis  en  Con¬ 
tact  avec  l’acide  Sulfurique  concentré  ;  s’il  y  a  dégage¬ 
ment  dé  vapeurs  ayant  rôdeur  de  vinaigre,  on  affir¬ 
mera  que  le  mélange  contient  de  l’acétate  de  cuivre  , 


(  ii6  ) 

à  moins  qu’il  ne  soit  démontré  que  l’acide  acétique 
obtenu  provient  d’un  autre  acétate  qui  ferait  partie 
de  la  liqueur ,  ce  qui  n’est  guère  présumable.  Quoi 
qu’il  en  soit ,  il  importe  fort  peu ,  lorsqu’on  a  prouvé 
par  les  recherches  faites  sur  la  portion  A  que  la  li¬ 
queur  contient  un  sel  de  cuivre,  de  déterminer  au 
juste  la  nature  de  l’acide  faisant  partie  du  sel puis¬ 
que  tous  les  composés  de  ce  genre  solubles  dans  l’eau 
sont  vénéneux. 

Si  le  sel  de  cuivre  dont  il  s’agit  était  mêlé  avec  du 
vin  rouge  ,  il  serait  préférable  d’avoir  recours  au  chlore 
concentré  et  liquide ,  qui  décolorerait  le  mélange  j  on 
laisserait  déposer  le  précipité  rouge-brun  qui  se  for¬ 
merait,  on  filtrerait,  et  la  liqueur  filtrée  donnerait 
avec  les  réactifs  les  mêmes  précipités  que  la  dissolu¬ 
tion  aqueuse  du  sel ,  à  moins  quelle  ne  fut  trop  éten¬ 
due  :  alors  il  faudrait  évaporer  pour  la  concentrer. 

4°  Kert-de-gris  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides  qui 
Vont  décomposé.  Ces  liquides  sont  l’albumine ,  le  lait , 
l’infusion  concentrée  de  thé ,  le  café ,  etc.  En  suppo¬ 
sant  que  la  décomposition  opérée  par  ces  substances 
soit  complète  ,.  et  qu’il  ne  reste  plus  un  atome  de  sel 
cuivreux  en  dissolution ,  on  devra  agir  sur  les  por¬ 
tions  solides  faisant  partie  des  matières  vomies  et 
sur  celles  que  l’on  trouvera  dans  le  canal  digestif  après 
la  mort;  en  effet,  c’est  dans  ces  matières  qu’existe 
le  deutoxyde  de  cuivre.  Après  les  avoir  exprimées 
dans  un  linge  fin  pour  les  séparer  du  liquide  avec 
lequel  elles  sont  mêlées ,  on  les  desséchera ,  et  on 
les  fera  rougir  pendant  vingt-cinq  ou  trente  minutes 
dans  un  creuset  :  par  ce  moyen  les  substances  végé- 


(1^7) 

taies  et  animales  seront  décomposées  et  transformées 
en  plusieurs  produits  volatils  et  en  charbon  :  celui-ci 
s^eriiparera  de  l’oxygène  du  deuf oxyde  de  cuivre,  et 
le  métal  sera  mis  à  nu  :  en  sorte  qu’à  la  fin  de  l’expé¬ 
rience  on  trouvera  dans  le  fond  du  creuset  un  mé¬ 
lange  de  charbon  et  de  cuivre.  Pour  bien  apercevoir 
ce  métal,  on  détachera  le  mélange,  on  le  placera 
dans  un  verre  à  expérience ,  et  on  l’agitera  avec  de 
l’eau  •  le  cuivre,  beaucoup  plus  lourd  que  le  charbon  , 
ïie  tardera  pas  à  se  précipiter  au  fond  du  vase  ,  tandis 
qîie  le  charbon  restera  en  suspension  dans  l’eau,  Il 
pourrait  se  faire  que  le  cuivre  métallique  fut  en  trop 
petite  quantité  pour  pouvoir  être  aperçu  au  milieu  de 
la  niasse  charboneuse  dont  nous  parlons  :  alors  on 
traiterait  celle-ci  par  l’acide  nitrique  à  vingt-cinq  de¬ 
grés,  qui  transformerait  le  métal  en  nitrate  soluble, 
susceptible  de  précipiter ,  comme  l’acétatè ,  par  la 
potasse ,  l’ammoniaque ,  les  hydrosulfates ,  etc.  ( 

S  63:èïS.  ) 

^^  Vert-de-gris  solide ,  faisant  partie  de.  quelques 
onguens  ,  d’ autres  médicamerts ,  ou  des  matières  sojides 
vorrties  ,  ou  de  celles  qui  sont  contenues  dans  ïè  canal 
digestf.  On  traitera  ces  matières  par  cinq  ou  six  fois 
leur  poids  deau  distillée  bouillante  ;  si  le  vert-de- 
gris  s’y  trouve  à  l’état  de  simple  mélange,  il  sera  dis¬ 
sous,  et  la  dissolution  filtrée  jouira  de  toutes  les 
propriétés  de  1  acétate  de  cuivre  pur ,  ou  de  ce  même 
acétate  mêlé  avec  des  liquides  colorés,  (i)  {V.  %  63 


^i)  En  effet,  il  pourrait  arriver  qu’uup  des  matières  colo¬ 
rantes  faisant  partie  du  médicament  ou  des  matières  solides 


bis  et  page  1 13,  3®.  )  Si,  au  céntraire,  il  a  été  décomposé 
par.  quelques-unes  des  .substances  contenues  dans  ces- 
matières  ,  ou  qu’il  soit  assez  fortement  retenu  par  elles 
pour  ne  pas  pouvoir  se  dissoudre  dans  l’eau,  il  faudra 
le  rechercher  par  le  procédé  indiqué  à  la  page  1 16, 4®. 

6°  Vert-de-gris  décomposé  par  les  tissus ,  du  canal 
digestif  et  combiné  amü  .eupe.  Il  pourrait  arriver  que 
toutes  les  recherches  dont  nous  avons  parlé  jusqu’à 
présent  fussent  infructueuses  pour  démontrer  la  pré¬ 
sence  du  sel  cuivreux ,  qui  aurait  été  décomposé  par 
les  tissUs  du  canal  digestif  :  ce  cas  est  excessivement 
rare.  On  parvieB.drait  à  retirer  le:  cuivre  .métallique , 
eu  traitant,  comme  nous  lavons  dit  page  116,  40  les 
portions  des  membranes  qui  seràieut  dures ,  et  qui 
offriraient  une  couleur  bleuâtre^  * 

SYmptômes  de  V empoisorinement  déterminé  par  le 
'vert-de-gris  artifcielfVojrez  %.  35.) 

Lésions  de.  tissii  produites  par  ce poisoTv:fV.%.fd  bisi) 
Action  du  'vert-de-gris  sur  V économie  animale.  -Le  com¬ 
posé  dont  nous  parlons  est  vénéneux  pour  l’homme 
et  pour  les  chiens,  soit  qu’il  ait  :été  introduit  dans  le 
Canal  digestif ,  soit  qu’il  ait  été  injecté  dans  les  veines. 
Lorsqu’il  est  appliqué  sur  le  tissu  lamineux  sous-éu- 
tané,  il  se  borne  à  détermiiierl  une  légère  irritation 
qui  n’est  suivie  d’aucun  accident  fâcheux.  Il  n’est  pas 
absorbé;  les  effets,  qu’il  détermine,  et  qui  amènent 
souvent  la  mort  lorsqu’il  a  été  introduit  dans  le  canal 
digestif ,  sont  lé  résultat  de.  l’inflammation  qu’il  occa- 


dont  nous  parlons,  fût  dissoute’en  même  temps  que l’acetaté^ 
de  cuivre.  ’  ' 


(  ^^9  .)  •  . 

sienne,  et  surtout  de  laetion  sympathique  sur  le 
système  nerveux. 

Action  du  vert-de-gris  introduit  dans  le  canal  diges¬ 
te  apres  la  mort  de  l’individu.  Le  vert-de-gris ,  appliqué 
sur  le  rectum  après  la  mort,  ne  détermine  aucune  trace 
d’injlammation.,  quel  que  soit  le  temps  qui  s’est  écoulé 
depuis  la  mort  de  l’individu;  on  observe  seulement  qu’il 
augmente  l’épaisseur  des  parties  qui  ont  été  eh  contact 
avec  lui  ,  et  qu’il  les  colore  en  bleu  verdâtre.  Au  con¬ 
traire,  il  détermine  la  rougeur  et  l’ulcération  des 
parois  des  intestins ,  s’il  a  été  injecté  pendant  là  vie. 

Du  Deutosulfdte  de  cuivre.  (Vitriol  bleu ,  couperose 
bleue.) 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  sulfate  de  cuivre  ? 

65.  Sulfate  de  cuivre  sans  mélange.  Il  est  solide ,  crys- 
tallisé  ou  en  poudre  ,  d’une  couleur  bleue  s’il  contient 
de  l’eau ,  tandis  qu’il  est  blanc  et  pulvérulent  s’il  a  été 
desséché  eii  le  faisant  chauffer  dans  un  creuset  :  sa  sa¬ 
veur  est  âcre ,  métallique ,  styptique  :  il  est  inodore. 
L’acide  sulfurique  concentré  versé  sur  le  sulfate  de 
cuivre  réduit  en  poudre  ,  ne  produit  aucun  phéno¬ 
mène  sensible,  ce  qui  n’a  pas  lieu  avec  l’acétate  du 
même  métal.  (  Voyez  §  63.)  Il  est  très -  soluble  dans 
l’eau  :  la  dissolution  concentrée  se  comporte  avec  la 
potasse,  la  soude ,  l’ammoniaque ,  l’hydrocyanate  de 
potasse  et  de  fer  (prussiate),  l’acide  hydrosulfurique 
les  hydrosulfates,  l’arsénite  de  potasse,  le  phosphore 
et  le  fer  comme  l’acétate  de  cuivre  dissous  dans  une 
petite  quantité  d’eau.  (  Voyez  %6'à.  )  h’ eau  de  baryte. 


-  (  120  ) 

versée  dans  cette  dissolution  la  décompose  et  y  fait 
naître  un  précipité  d’un  blunc  bleuâtre  très -abon¬ 
dant,  composé  de  deutoxyde  de  cuivre  hydraté  bleu 
et  de  sulfate  de  baryte  blanc;  aussi  suffit-il  d’ajouter 
à  ce  précipité  quelques  gouttes  d’acide  nitrique  pur 
pour  opérer  la  dissolution  du  deutoxyde  de  cuivre  (il 
se  forme  du  deutonitrate  de  ciiivre  bleu) ,  et  il  reste 
du  sulfate  de  baryte  blanc  :  ce  caractère  peut  servir  à 
distinguer  le  sulfate  de  cuivre  de  l’acétate,  du  nitrate, 
et  de  l’bydrochlorate  du  même  métal.  Si  la  dissolution 
aqueuse  de  sulfate  de  cuivre  était  tres-ètendue  ^  on  la 
reconnaîtrait  en  y  versant  de  l’hydrosulfate  de  potasse, 
de  1  ammoniaque  et  du  prussiate  de  potasse  ;  le  premier' 
de  ces  réactifs  la  colorerait  en  brun  clair,  et  laisserait 
déposer,  au  bout  d’un  certain  temps,  du  sulfure  de 
cuivre  noir  ;  1  ammoniaque  lui  communiquerait  une 
couleur  bleue  sans  y  occasioner  de  précipité  ;  enfin  le 
prussiate  de  potasse  la  colorerait  en  rouge ,  et  on  ob- 
au  bout  de  quelques  heures  un  précipité  brun- 
marron  (  vof.  page  III  ).  La  potasse  et  la  soude  ne 
précipitent  point  la  dissolution  de' sulfate  de  cuivre 
très-étendue. 

Sulfate  de  cuivre  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides  qui 
ne  l  ont  point  décomposé ^  ou  qui  ne  Vont  décomposé 
qu  en  partie  ;  tels  sont  le  vin,  le  décoctum  de  café,  les 
liquides  vomis.  Tout  ce  que  nous  ayons  établi  pages 
Ii3  et  ii6 ,  relativement  à  la  difficulté  de  découvrir 
par  les  réactifs  le  vert-de-gris  qui  aurait  été  mêlé  à  ces 
sortes  de  liquides,  trouve  ici  son  application  ;  le  même 
procédé  doit  être  mis  en  usage. 

Nous  remarquerons  de  nouveau  que  la  présence  du 


(  I2I  ) 

cuivre  métallique  suffit  pour  affirmer  qu’il  y  a  une  pré¬ 
paration  de  ce  métal  dans  la  matière  soumise  à  l’analyse; 
mais  qu’elle  est  insuffisante  pour  prouver  que  cette 
préparation  est  du  sulfate  de  cuivre  :  peu  importe;  le 
point  essentiel  est  de  constater  l’existence  d’un  com¬ 
posé  cuivreux.  Quelques  auteurs  ,  il  est  vrai  *,  ont  con¬ 
seillé  de  traiter  les  matières  suspectes  par  l’hydrochlo- 
rate  de  baryte  dissous ,  et  de  prononcer  qu’il  y  avait 
du  sulfate  de  cuivre ,  si  on  obtenait  un  précipité  blanc 
de  sulfate  de  baryte  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide 
nitrique  ;  mais  il  suffit  de  réfléchir  un  instant  pour 
s’apercevoir  combien  ce  caractère  est  peu  concluant  ; 
en  effet  les  matières  alimentaires  contiennent  souvent 
des  sulfates  de  soude ,  de  chaux,  etc. ,  qui  donnent , 
avec  1  hydrochlorate  de  baryte ,  un  précipité  blanc  de 
sulfate  de  baryte. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  développés  par  le  sul~ 
fate  de  cuivre.  (  Koy.  §  35  et  6.  )  - 

Action  de  ce  sel  sur  V économie  animale.  Il  irrite  for¬ 
tement  les  tissus  avec  lesquels  il  est  mis  en  contact  ; 
il  agit  comme  le  vert-de-gris  lorsqu’il  est  introduit 
dans  1  estomac  ;  mais  il  est  beaucoup  plus  énergique. 
S  il  a  été  appliqué  sur  le  tissu  lamineux  sous-cutané, 
il  est  absorbé  et  porte  son  action  meurtrière  d’abord 
sur  la  membrane  muqueuse  de  l’estomac ,  puis  sur 
celle  du  gros  intestin  ;  la  lésion  de  cet  organe  n’est 
sensible  que  lorsque  la  mort  n’est  pas  très-prompte. 

T>u  Sulfate  de  cuivre  ammoniacal. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  heu  par  le  sulfate  de  cuivre  ammoniacal  ? 


(  122  ) 

66.  Il  est  ordinairement  liquide,  d’une  couleur- 
bleue  intense ,  et  d’une  odeur  ammoniacale  5  il  verdit 
le  sirop  de  violettes  ;  mis  en  contact  avec  l’eau  de  ba¬ 
ryte,  il  se  comporte  comirtie  le  sulfate  de  cuivre;  la 
dissolution  d’oxyde  de  blanc  d’arsenic  y  fait  naître 
sur-le-champ  un  précipité  vert  composé  d’oxyde  d’ar¬ 
senic  et  de  deutoxyde  de  cuivre,  tandis  que  le  sul¬ 
fate  de  cuivre  ne  fournit  ce  précipité  qu’au  bout  de 
vingt  ou  vingt-cinq  minutes  ;  les  hydrosulfates ,  le 
prussiate  de  potasse ,  le  fer  et  le  phosphore  a^ssent 
sur  lui  comme  sur  le  sulfate  de  cuivre  ;  la  potasse  et 
la  soude  le  décomposent ,  en  dégagent  l’ammoniaque , 
et  précipitent  du  deutoxyde  de  cuivre  bléu. 

Du  Deûtonitrate  de  cuivre. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  ^ar  le  nitrate  dè  cuivre  ? 

67.  Le  nitrate  de  cuivre  est  solide,  pulvérulent  ou 
cristallisé ,  inodore  et  d’une  belle  couleur  bleue  :  sa 
saveur  est  âcre  et  très-caustique.  Lorsqu’on  le  met  sur 
des  charbons  ardens  ,  il  se  dessèche  ;  bientôt  après, 
l’acide  nitrique  se  décompose,  cède  de  l’oxygène  au 
charbon,  et  il  reste  du  deutoxyde  de  cuivre;  .cette 
décomposition  a  lieu  avec  détonation  et  avec  scin¬ 
tillation.  L’eau  dissout  le  nitrate  de  cuivre  à  toutes 
•les  températures.  Si  la  dissolution  est  concentrée ,  elle 
se  comporte  avec  les  hydrosulfates ,  la  potasse  ,  la 
soude  ,  l’eau  de  baryte  ,  l’ammoniaque ,  le  prussiate  de 
potasse  ,  la  dissolution  d’oxyde  d’arsenic  dans  la  po¬ 
tasse,  etc.,  comme  l’acétate  de  cuivre  dissous  {^'voy. 
§  63  lorsqu’on  la  mêle  avec  de  l’acide  sulfurique 


(  123.) 

concentré,  elle  est  décomposée  5  cet  acide  s  empare  du. 
deutoxyde  de  cuivre ,  et  il  se  dépose  des  cristaux  de 
sulfate  de  cuivre.  SWa,  dissolution  aqueuse  de  ce  nitrate 
était  tres-étendué ,  on  la  reconnaîtrait  aux  caractères 
suivans  que  nous  avons  indiqués  à  l’occasion  du  sul¬ 
fate  de  cuivre  très-étendu.  (  Fdjr- §  65  .) 

'  Syjnptômes  et  lésions  de  tissu  développés  par  ce  poison. 

Ils  sont  analogues  à  ceux  que  déterminent  les  autres 
préparations  cuivreuses,  S  35  ét  6.) 

Du  Cuivre  ammoniacal. 

Comment  peut -on  reconnaître  l’empoisonnement 
produit  par  ce  corps  ? 

68.  Le  cuivre  ammoniacal  est  formé  d’ammoniaque 
et  d’oxyde  de  cuivre.  Il  est  liquidé,  d’un  bleu  foncé 
et  d’une  odeur  ammoniacale  ;  il  est  précipité  comme 
le  sulfate  de  cuivre  par  les  hydrosulfates  solubles  ,  le 
prussiate  de  potasse  ,  l’arsénite  de  potasse ,  la  potasse 
et  la  soude  ;  l’eau  de  baryte  y  fait  naître  un  précipité 
de  deutoxyde  de  cuivre  bleuâtre ,  entièrement  soluble 
dans  l’acide  nitrique  pur ,  caractère  qui  ne  permet 
pas  de  confondre  le  liquide  dont  nous  parlons  avec  le 
sulfate  de  cuivre  ammoniaeal.  (  Wojrez  %,  66 .) 

QUINZIÈME  LEÇON. 

Des  Préparations  d’argent. 

Du  Nitrate  d’argent. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  l’empoisonnement 
par  le  nitrate  d’argent  ? 

Pour  résoudre  cette  question  d’une  manière,  eom- 


(  124  ) 

plète ,  nous  devons  examiner  ;  !«  le  nitrate  d’argent 
solide ,  contenant  de  l’eau  ;  2®  le  même  sel  dissous 
dans  une  quantité  d’eau  variable;  3®  la  pierre  in¬ 
fernale  ou  le  nitrate  d’argent  solide,  privé  d’eau* 
4®  le  nitrate  d’argent  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides 
qui  ne  le  décomposent  point,  ou  qui  ne  le  décom¬ 
posent  qu’en  partie;  5®  le  nitrate  d’argent  dissous  et 
entièrement  décomposé  par  des  substances  animales , 
ou  par  les  hydrochlorates  qui  font  partie  de  ces  subs¬ 
tances  ;  6°  le  nitrate  d  argent  décomposé  par  les  tissus 
du  canal  digestif. 

69.  lo  Nitrate  d’argent  solide  contenant  de  Veau.  Il 
est  blanc ,  crystallisé  en  lames  minces  ou  pulvérulent , 
inodore ,  et  doué  d’une  saveur  amère ,  âcre ,  très-caus¬ 
tique.  Réduit  en  poudre  et  mêlé  avec  de  l’acide  sul¬ 
furique  concentré ,  il  est  décomposé  ;  il  se  foi’me  du 
sulfate  d’argent,  et  il  se  dégage  des  vapeurs  blan¬ 
ches  d’acide  nitrique.  Si  on  le  met  sur  des  char¬ 
bons  ardens ,  il  se  boursoufle  ,  se  dessèche  et  se  dé¬ 
compose  ;  l’acide  nitrique  cède  une  portion  de  son 
oxygène  au  charbon  qui  brûle  avec  plus  d’éclat,  et  il 
se  dégagé  du  gaz  acide  nkreux  d’un  jaune  orangé; 
d’oxygène  de  Toxyde  d’argent  se  porte  également  sur 
le  charbon,  et  l’argent  métallique  mis  à  nu  reste  sur 
le  charbon  avec  tout  le  brillant  qui  le  caractérise.  Il 
se  dissout  rapidement  dans  l’eau  distillée,  et  la  disso¬ 
lution  jouit  de  propriétés  caractéristiques  que  nous 
allons  faire  connaître. 

2°  Nitrate  d  argent  dissous  dans  Veau.  Dissolution 
concentrée.  Elle  est  transparente,  incolore,  inodore, 
et  douée  d  une  saveur  amère ,  âcre ,  très-caustique  ; 


(  125  ) 

elle  tache  la  peau  en  violet.  La  potasse  et  la  soude  à 
l’alcohol  dissoutes  dans  l’eau  distillée^  en  précipitent 
de  l’oxyde  d’argent  olive  ,  entièrement  soluble  dans 
l’acide  nitrique  pur  ;  il  en  est  de  même  de  l’eau  de 
chaux  préparée  avec  de  la  chaux  pure  et  de  l’eau  dis¬ 
tillée.  L’ammoniaque  ne  la  trouble  point  le  plus  ordi¬ 
nairement  ;  quelquefois  cependant,  elle  y  détermine  un 
léger  précipité,  blanc  ,  soluble  dans  quelques  gouttes 
du  même  alcali  ;  il  se  forme  ,  dans*  ce  cas ,  du  nitrate 
d’argent  ammoniacal  soluble.  L’acide  hydrosulfurique 
et  les  hydrosulfates  la  décomposent ,  et  il  se  produit 
du  sulfqre  d’argent  noir,  insoluble.  (  Voyez  page  ni 
pour  la  théorie.  )  L’acide  hydroqhlorique  et  les  hy¬ 
drochlorates  y  font  naître  un  précipité  blanc ^e’chlo- 
rure  d’argent  (  voyez  §  12  pour  les  caractères  de  ce 
précipité  et  pour  la  théorie  de  sa  formation).  L’acide 
chromique  et  les  chromâtes  solubles  la  décomposent  ; 
il  se  produit  du  chromate  d’argent  d’un  beau  rouge 
de  carmin ,  insoluble  dansîeau.  Le  sous-phosphate  de 
soude  dissous  dans  l’eau  y  détermine  la  formation  d’un 
précipité  de  phosphate  d’argent  jaune. 

Si  la  dissolution  aqueuse  de  nitrate  d'argent  était 
U'es~etendue^  on  la  reconnaîtrait  en  y  versant  de  l’hy- 
drochlorate  de  soude  dissous,  qui  y  ferait  naître  un 
précipité  blanc  de  chlorure  d’argent  :  celui-ci,  lavé, 
desséché  et  calciné  dans  un  creuset  avec  de  la  potasse 
caustique,  fournirait  du  chlorure  de  potassium  et  de 
l'argent  métallique, 

3®  La  pierre  ir^ernale ,  ou  le  nitrate  d’argent  neutre, 
desséché  et  fondu,  est  le  plus  ordinairement  sous  forme 
de  cylindres  bruns  à  l’extlfieur,  d’une  couleur  plus 


(  I26‘  ) 

claire  à  l’intérieur,  offrant  des  aiguilles  rayonnées 
dans  leur  cassure.  L’acide  sulfurique,  les  charbons  ar- 
dèns  et  l’eau  distillée  agissent  sur  lui  comme  sur  le 
nitrate  d’argent  solide  contenant  de  l’eau.  (  V ?jr..  §  6g.  ) 

40  Nitrate  d’’ argent  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides 
qui  ne  le  décomposent  point ,  ou  qui  né  le  décomposent 
qu’en  partie.  Lorsque  le  nitrate  d’argent  est  mêlé  avec 
des  liquides  végétaux  ou  animaux ,  il  est  quelquefois 
impossible  de  démontrer  sa  présence  par  les  réactifs 
énumérés  §  69  ;  ainsi  du  vin  rouge  contenant  un 
dixième  de  son  volume  de  dissolution  de  nitrate  d’ar¬ 
gent  ,  fournit  avec  le  phosphate  de  soude  un  précipité 
violacé,. au  lieu  d’un  précipité  jaune  :  l’infusion  de  thé 
contenant  un  quinzième  de  son  volume  de  dissolution 
de  nitrate  d’argent,  passe  successivement  au  jaune, 
au  rouge  et  au  noir  sans  perdre  de  sa  transparence, 
et  l’acide  hydrochlorique ,  versé  dans  ce  mélangé  , 
fournit  un  précipité  jaune  au  lieu  d’un  précipité  blanc. 
Pour  démontrer  la  présence  de  l’argent  dans  de  pareils 
liquides ,  on  verse  de  i’hydrochlorate  de  potasse  ou  de 
soude  qui  y  font  naître  un  précipité  blanc  de  chlorure 
d’argent  :  si,  après  avoir  lavé  et  desséché  ce  précipité, 
on  le  mêle  avec  de  la  pierre  à  cautère  (potasse  à  la 
chaux) ,  et  qu’on  le  fasse  rougir  pendant  quelques  mi¬ 
nutes  dans  un  creuset,  on  le  décompose,  et  on  obtient 
de  l’argent  métallique  et  du  chlorure  de  potassium  : 
il  suffit  de  traiter  ce  mélangé  par  l’eau  pour  dissoudre 
ce  chlorure  ;  alors  on  aperçoit  l’argent  au  fond  du  vase. 

5°  Nitrate  d’argent  dissous  ét  entièrement  décomposé 
par  des  substances  animales^.ou  par  les  hydrochlorates 
qui  font  partie  de  ces  substances.  Ces  matières  sont 


(.127) 

Falbumine,  le  lait,  le  bouillon,  la  bile,  les  liquides 
vomis,  etc.  En  supposant  que  la  décomposition  du  ni¬ 
trate  d’argent  ait  été  complète,  on  ne  doit  plus  trouver  un 
atome  de  ce  sel  dans  le  liquide  "qui  surnage  les  matières 
solides  ;  il  faut  donc  exprimer  celles-ci  dans  un  linge 
fin,  les  dessécher  et  les  calciner  dans  un  creuset  avec 
de  la  potasse  :  au  bout  d’un  quart  d’heure  d’une  cha-^ 
leur  rouge,  on  obtiendra  de  l’argent  métallique  au 
fond  du  creuset,  si  le  nitrate  de  ce  métal  a  été  employé; 
du  reste  on  parviendra  à  séparer  l’argent  en'  em¬ 
ployant  le  procédé  que  nous  avons  indiqué  page  1 17 , 
en  parlant  du  cuivre. 

6»  Nitrate  d’argent  décomposé  par  les  tissus  du  canal 
digestif.  On  desséchera  et  on  calcinera,  cqmmé  nous 
venons  de  le  dire ,  les  portions  des  tissus  ulcérées  et 
scarifiées  :  on  en  obtiendra  de  l’argent  métallique. 

Symptômes  de  V  empoisonnement  par  le  nitrate  d’ar¬ 
gent.  {^Voy.% 

Lésions  de  tissu  développées  par  le  nitrate  d’argent. 
Le  nitrate  d’argént  est  susceptible  de  déterminer  les 
diverses  altérations  dont  nous  avons  parlé  §  6.  Il  ré¬ 
duit  quelquefois  en  bouillie  la  membrane  muqueuse 
de  l’estomac;  mais  on  remarque  qu’il  produit  souvent, 
lorsqu  il  a  été  pris  à  l’état  solide,  plusieurs  eschares  d’un 
blanc  grisâtre  ou  d’un  noir  très-foncé. 

Action  du  nitrate  d’argent  sur  l’économie  animale. 
Injecté  dans  les  veines  d’un  animal,  à  la  dose  d’un  demi 
grain  ou  de  trois  quarts  de  grains ,  ce  sel  détruit  immé¬ 
diatement  la  vie,  en  agissant  sur  les  poumons  et  sur 
le  système  nerveux.  S’il  est  introduit  dans  l’estomac 
ou  dans,  les  intestins ,  à  la  dose  de  trente-six  à  quarante 


(  1^8  ) 

grains, il  détermine  une  inflammation  plus  ou  moins 
considérable  susceptible  d’o'ccasioner  la  mort  au  bout 
de  quelques  jours  ;  tout  porte  à  croire  qu’il  n’est  pas 
absorbé  dans  cette  circonstance.  Enfin  il  se  borne  à 
brûler  le  tissu  lamineux  sous -cutané,  la.  peau  et  les 
mûscles,  si  on  l’applique  sur  l’un  ou  l’autre  de  ces 
tissus  J  en  sorte  qu’il  peut  être  employé ,  comme  caus- 
tique,avecbeaucoup  de  succès  et  sans  aucun  danger. 

§  VI.  —  Des  Préparations  antimoniales. 

Les  préparations  antimoniales  dont  nous  croyons 
devoir  faire  méntion  dans  cet  article  sont  :  le  tartrate 
de  potasse  et  d’antimoine,  le  kermès,  le  soufre  doré, 
les  oxydes  d’antimoine,  le  beurre  d’antimoine  et  les 
hydrochlorates  de  ce  métal. 

Bu  Tartratre  acide  de  potasse  et  d' antimoine  (émétique, 
tartre  stibié). 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  ce  sel? 

La  résolution  de  ce  problème  ne  sera  complète 
qu’autant  que  nous  aurons  indiqué  les  moyens  de  re¬ 
connaître  le  tartrate  de  potasse  et  d’antimoine  à  l’état 
solide;  2®  dissous  dans  une  quantité  d’eau  variable; 
3®  dissous  dans  l’eau  et  mêlé  avec  des  liquides  qui  ne 
l’ont  point  décomposé  ou  qui  ne  Font  décomposé  qu’en 
partie  ;  4°  à  l’état  solide  uni  à  diverses  substances  mé¬ 
dicamenteuses  solides;  5®  combiné  avec  des  alimens 
ou  des  médicamens  liquides  ou  solides  qui  en  ont 
opéré  la  décomposition  ;  6®  décomposé  par  nos  organes 
et  mtimément  combiné  avec  les  tissus  du  canal  digestif. 


(  129  ) 

yo.  1°.  Tartrate  acide  dépotasse  et antimoine  soiidè. 

Il  est  blanc,  crystallisé  ou  en  poudre ,  inodore,  et  doué 
d’une  saveur  âpre  légèrement  métallique.  Lorsque  après 
l’avoir  réduit  en  poudre  on  le  met  sur  des  charbons 
ardens,  il  fait  entendre  un  léger  bruit  (il  décrépite), 
puis  se  décompose;  l’acide  tartarique  qui  entre  dans 
sa  composition  et  qui  est  formé  d’oxygène ,  d’hydro¬ 
gène  et  de  carbone,  fournit  plusieurs  produits  vola¬ 
tils  et  beaucoup  de  charbon  ;  les  premiers  se  dégagent 
dans  l’air  soUs  forme  de  funiéè  blanche  ;  le  charbon 
décompose  l’oxyde  d’antimoinè  faisant  partie  de  l’émé- 
tiqüe,  et  s’empare  de  son  oxygène  avec  lequel  il  forme 
de  l’acide  carbonique  ;  d’où  il  résulte  cpieX antimoine 
métallique  est  mis  à  nu,  et  en  effet  ce  métal  reste 
appliqué  sur  le  charbon  :  il  en  est  de  même  de  la  po- 
towe  provenante  du  tartraté  de  potasse  et  d’antimoine 
décomposé.  On  reconnaîtra  que  le  métal  obtenu  est  de 
1  antimoine  aux  caractères  suivans:^.  Il  est  solide , 
d’un  blanc  bleuâtre,  cassant ,  et  facile  à  pulvériser; 

si  on  le  fait  bouillir. avec  de  l’acide  nitrique  il  s’em¬ 
pare  d’une  portion  d’oxygène  de  cet  acide,  se  trans¬ 
forme  en  deutoxyde  qui  lié  se  dissout  point  dans  l’a¬ 
cide,  et  qui  reste  au  fond  dé  la  fiole  çous  forme  d’une 
masse  blanche  terne;  C,  le  deutoxyde  dont  nous  par¬ 
lons  se  dissout  à  merveille  dans  l’acide  hydrochlorique , 
et  fournit  un  hydrochlorate  liquide  qui  précipite  en 
blanc  par  leau,  et  en  rouge  orangé  parlés  hydrosul¬ 
fates.  (  Hydrosulfate  d’antimoine ,  §  y3.) 

Le  tartatre  de  potasse  et  d’antimoine  se.  dissout 
aisément  dans  l’eau  distillée  :  la  dissolution  jouit  d’un 
certain  nombre  de  propriétés  que  nous  devons  faire 

9 


(■  ) 

connaître,  et  qui,  étant  réunies  aux  précédentes,  nç  per¬ 
mettent  point  de  confondre  ce  sel  avec  aucun  autre 
corps.  ■  ,  . 

^o  his.  2°  Tartràte  acide  de  potasse  et  d’antimoine 
dissous  dans  Veau.  Dissolution  concentrée.  %\\e  est  inco¬ 
lore,  transparente,  inodore  et  douée  d’une  saveur  âpre 
métallique;  elle  rougit  l’eau  de  tournesol,  L’eau  de 
chaux  y  fait  naître  un  précipité  blanc  très-abondant^ 
soluble  dans  l’acide  nitrique  et  composé  de  tartrate  de 
chaux  et  de  tartrate  d’antimoine  ;  la  liqueur  qui  surnage' 
le  précipité  ne  contient  plus  que  de  la  potasse  ;  d’où  il 
suit  que  la  chaux  s’est  emparée  de  l’acide  tartarique 
libre  et  de  celui  qui  était  uni  avec  la  potasse.  L’eau  de 
baryte  agit  de  la  même  manière  ;  mais  le  précipité 
blanc  qui  se  forme  est  composé  de  tartrate  de  baryte 
et  de  tartrate  d’antimoine.  La  potasse  caustique  la 
décompose  et  en  sépare  l’oxyde  d’antimoine  blanc; 
un  excès  de  potasse  dissout  facilement  le  précipité. 
Les  acides  sulfurique  et  nitrique  du  commerce  préci¬ 
pitent  en  blanc  la  dissolution  concentrée  d’émé¬ 
tique.  L’acide  hydrosulfurique  et  les  hydrosulfates 
solubles  la  décomposent  et  donnent  naissance  à  un 
précipité  de  sous  -  hydrosulfate  d’antimoine  jaune 
orangé  qui  passe  au. rouge  brun  si  on  les  emploie  en 
plus  grande  quantité.  Le  déçoctum  aqueux ,  et  mieux 
encore,  Xinfusum  alcoholique  de  noix  de  galle,  déter¬ 
minent  ,  dans  la  dissolution  dont  n^us  parlons ,  la  for¬ 
mation  d’un  précipité  abondant,  caillebotté,  d’un  blanc 
sa:le  ,  tirant  un  peu  sur  le  jaune,  dans  lequel  il  est  aisé 
de  démontrer  la  présence  de  l’oxyde  d’antimoine. 

Dissolution  aqueuse  tres-ètendue.  Si  la  dissolutiôis 


-  C  ) 

demétique  est  assez  étendue  pour  ne  point  précipiter 
avec  les  réactifs,  comme  nous  venons  de  le  dire  ,  oa  la 
fait  évaporer  à  une  douce  chaleur  jusqu’à  ce  quelle 
soit  réduite  à-  la  moitié  ou  au  tiers  de  son  volume  ; 
alors  elle  jouit  des  propriétés  qui  caractérisent  la  dis- 
/Solution  concentrée, 

3®  Tartrate  acide  d' anfîMoinè  ét  de  potasse  ^  mêlé 
avec  des  liquides  qui  nè  Font  point  décomposé ,  ou  qui 
ne  Vont  décomposé  qu’en  partie.  Parmi  les  liquides  vé¬ 
gétaux  et  animaux  dont  on  fait  usage  comme  aliment, 
il  en  est  un  certain  nombre  qui  ne  décomposent  point 
là  dissolution  d’émétique ,  et  qui,  étant  peu  colorés  ou 
tout-à-fait  incblorés  ,  changent  à  peine  la  couleur  des 
précipités  fournis  par  les  réactifs  que  l’on  verse  dans 
la  dissolution  aqueuse^  On  commencera  donc  par  re¬ 
chercher  rémétique  qui  fait  partie  des  mélanges  dont 
nous  parlons,  comme  nous  l’avons  indiqué  §  70 
si  les  résultats  ne  sont  pas  exactement  les  memes  que 
ceux  que  nous  avons  annoncés  dans  lé  même  parâ-^ 
graphe,  on  âitra  recours  au  procédé  suivant  ;  on  ver¬ 
sera  dans  une  partie  du  mélange  suspect,  deux  ou  trois 
fois  son  volume  d’alcohol  à  36  degrés  de  l’aréomètre 
de  Baume ,  et  on  agitera  ;  il  pourra  se  faire  qu’au  bout 
de  quelques  minutes  on  obtienne  un  précipité  dont  la 
nature  variera  suivant  les  circonstances.  A.  Tantôt  il 
ne  sera  formé  que  d’émétique ,  phénomène  qui  tient 
à  ce  que  l’alcohol  s’est  emparé  de  l’eau  contenue  dans  le 
mélange  ,  et  à  l’insolubilité  de  l’émétique  dans  cette 
liqueur  alcoholique  :  on  laissera  reposer  le  précipité  :  on 
décantera  la  liqueur,  on  vérsera  de  l’eau  sur  le  dépôt, 
et  on  obtiendra  une  dissolution  aqueuse  d’émétique 


c  ) 

que  l’on  pourra  reeonnaître  à  l’aide  des  réactifs  indi¬ 
qués  §  ’jg  bis.  Pour  obtenir  les  résultats  que  nous  ve¬ 
nons  d’énoncer,  il  faut,  que  le  mélange  contienne  une 
assez  forte  proportion  d’émétique.  .5.  Quelquefois  le 
précipité,  au  lieu  d’être  formé  par  l’émétique  seul, 
contiendra  quelcj^uesruns  des  principes  fesant  partie  du 
liquide  végétal  ou  animal  avecdequel  l’émétique  avmt 
été  mêlé;  c’est  ce  qui  arrivera, nécessairernent  lOrsqual 
ry  aura  dans  ces  liquides  des  substances  insolubles  dans 
l’alcohol;  alors  on  aura  recours  au  procédé  suivant  :  ori 
.versera  dans  le  mélange  un  excès  diij^usum  aleoho- 
lique  de  noix  de  galle  j  on  obtiendra  sur-le-champ  un 
précipité  cailleboté  qui  renfermera  tout  le  protoxyde 
d’antimoine  de  l’émétiquei  qui  fait  partie  du  mé¬ 
lange,  et  le  tannin  provenant  de  la  noix  de  galle  em¬ 
ployée  :  on  le  laissera  reposer ,  puis  on  décantera  le 
liquide  surnageant,  on  mettra  le  précipité  sur  un  filtre, 
et  . après  l’avoir  lavé  et  desséché,  on  le  mêlera  avec 
de  la: potasse  pour  le  faire  rougir  dans  Un  creuset;  le 
tannin  sera  décomposé  ,  et  fournira  du  charbon  qui 
s’emparera  de  l’oxygène  du  protoxyde  d’antimoine ,  et 
laissera  de  l’antimoine  métallique  facile  à  reconnaître 
aux  earactères  indiqués  §  70.  Ces  résultats  suffiront 
pour  affirmer  qu’il  y.  avait  une  préparation  antimoniale 
dans  le  mélange  dont  nous  nous  occupons.  ' 

;  Le.  procédé  que  nous,  conseillons  devrait  être  mis  en 
usage  s’il  s’agissait  de  découvrir  l’émétique,  qui  aurait 
été  mêlé  avéc  du  vin  :  en  effet ,  lorsqu’on  ajoute  une 
partie.  de  dissolution  concentrée  d’émétique  à  dix  par-r 
ties  de  vin  rpuge ,  .  le  liquide  fournit  un  précipité  vert 
par  un  excès  d’hydrosulfate  d’ammoniaque,  la  noix 


(  i33  ) 

de  galle  le  précipite  en  violet  clair,  et  l’acide  sulfu¬ 
rique  en  violet  foncé ,  nuances  qui  sont  loin  de  res¬ 
sembler  à  celles  que  l’on  obtiendrait  avec  la  dissolu-r 
tiqn  aqueuse  d’émétique  sans  mélange. 

4°  Tartrate  acide  de.  potasse  et  éC antimoine^  solide 
uni  a  diverses  substances  médicamenteuses  solides.  Il 
est  possible  que  l’on  ait  à  décider  s’il  existe  de  Fémé- 
tique  dans  un  médicament  solide  :  or  voici  les  deux 
cas  qui  peuvent  se  présenter  !^.  émétique  n^ a  pas 
été  décomposé ,  ou  ne  Va  été  qù en  partie.  On  divise  le 
médicament ,  et  on  le  fait  bouillir  pendant  un  quart 
d’heure  avec  deux  onces  d’eau  distillée  :  l’émétique 
est  dissous  ,  et  les  caractères  de  la  dissolution  aqueuse 
sont  faciles  à  constater  §  qo  bis').  U  émétique  a 

été  entièrement  décomposé.,  ou  bien  il  est  fortement  retenu 
par  les  substances  qui  entrent  dans  la  composition  du 
médicament.  Dans  ce  cas  l’ébullition  du  médicament 
dans  l’eau  est  infructueuse  pour  démontrer  sa  pré¬ 
sence  ;  et  l’on  doit  s’attacher  à  démontrer  que  le  mé¬ 
dicament  dont  il  s’agit ,  contient  de  l’antimoine  :  pour 
y  parvenir  on  calcinera  le  mélange  dans  un  creuset 
avec  du  charbon  pulvérisé  et  de,  la  potasse ,  et  l’on 
obtiendra  de  l’antimoine  métallique ,  dont  les  carac-^ 
tères  ont  été  exposés  §  yo.  ^ 

5°  Tartrate  acide  de  potasse  et  d’antimoine  combiné 
avec  des  alimens ,  ou  des  médicamens  liquides  ou  solides 
qui.en  ont  opéré  la  décomposition.  Parmi  les  corps  dont 
nous  parlons,  on  doit  citer  particulièrement  les  sucs 
des  plantes  ,  les  décoctions  de  certains  bois  ,  des  ra¬ 
cines,  des  écorces ,  etc.  ;  la  décomposition  opérée  par 
ces  liquides  est  telle ,  qu’il  se  forme  constamment  un 


CiM). 

précipité  composé  d‘oxyde  d’antimoine,  et  d’une  por¬ 
tion  de  matière  végétale.  On  démontrera  la  présence 
de  l’antimoine  métallique  dans  ce'  précipité  par  les 
moyens  indiqués  page  i33,  4°*  II  est  évident  que  l’on 
devrait  agir  de  la  même  manière  avec  les  matières 
solides  'Vôiriiés ,  ou  avec  celles  que  l’on  trouverait  dans 
le  canal  digestif  après  la  mort  ^  s’il  était  prouvé  que  la 
portion  liquide  qui  surnage  ces  matières  ne  contenait 
point  la  substance  vénéneuse. 

6“  Taiirate  acide  de  potasse  et  d antimoine  décom-t 
posé  par  nos  organes  et  intimement  combiné  avec  les 
tissus  du  canal  digestif.  On  dessèche  les  portions  du 
canal  digestif  qui  sont  le  siège  d’une  lésion  évidente , 
et  l’on  agit  sur  elles  comme  nous  venons  de  le  dire 

(5«>  ^  ^  ^ 

Symptômes  de  l’empoisonnement  par  Vémétiquet^  voy. 

S3i). 

7 1 .  Lésions  de  tissu  développées  par  l’emétique.  Indé¬ 
pendamment  de  l’inflammation  plus  éu  moins  vive  des 
parties  avec  lesquelles  l’émétiqUe  a  été  en  contact'^ 
ce  poison  détermine  encore  la  phlogose  des  pounaons 
et  du  canal  digestif. 

ya.  Action  de  l’émétique  sur  l’économie  animale. 
L’émétique  doit  être  regardé  comme  un  poison  sus- 
ceptible  d’occasioner  des  accidens  très-graves  et  même 
la  mort  :  si,  dans  certains  cas  assez  fréquens,  les  hommes 
et  les  animaux  avalent  sans  inconvénient  de  très-fortes 
doses  d’émétique ,  cela  tient  à  ce  que  le  sel  est  rejeté 
en  totalité  dès  les  premiers  efforts  du  vomissement.  Les 
effets  délétères  du  poison  se  manifestent ,  soit  qu’il  ait 
été  injecté  dans  les  veines  ,  dans  le  canal  digestif  (si 


(  i35  ) 

toutefois  il  n’est  pas  entièrement  vomi  peu  de  temps 
après  son  introduction  dans  l’estomac)  ou  dans  les  ca¬ 
vités  tapissées  par  une  membrane  séreuse,  soit  qu’il  ait 
été  mis  en  contact  avec  le  tissu  lamineux  sous-cutané  ou 
le  tissu  propre  des  organes.  Il  agit  particulièrement  en 
enflammant  les  poumons  et  la  membrane  muqueuse 
qui  revêt  le  canal  intestinal  depuis  le  cardia  jusqu’à 
l’extrémité  inférieure  du  rectum.  (Magendie).  Il  est 
évidemment  absorbé. 

/  ■  \'  SEIZIÈME  LEÇON.  ■ 

Du  kernies  minéral  (  sous-liydro&ulfate  d’antimoine  )  et 
■  du  soi^re  doré. 

Comment  peüt-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  kermès  et  par  le  soufre  doré  ? 

y 3.  Le  kermès  est  composé  de  protoxyde  d’anti¬ 
moine  et  d’acide  hydrosulfurique.  11  est  solide ,  d’un 
rouge  brun  plus  ou  moins  foncé,  inodore  et  insoluble 
dans  l’eau.  Lorsqu’on  le  fait  bouillir  pendant  quelques 
minutes  avec  une  dissolution  de  potasse  caustique , 
il  est  décomposé  et  transformé  en  protoxyde  d’anti¬ 
moine  et  en  hydrosulfate  de  potasse  :  ce  dernier  est 
soluble,  d’une  couleur  jaunâtre.,  et  tient  en  dissolu¬ 
tion  Une  partie  du  protoxyde  d’antimoine  ;  la  majeure 
partie  dé  cet  oxyde  se  dépose  sous  la  forme  d’une 
poudre  d\un  blanc  jaunâtre  ;  si  après  avoir  filtré  la 
liqueur,  composée  d’hydrosulfate  de  potasse  et  de 
protoxyde  d’antimoine ,  oh  la  mêle  avec  quelques 
gouttes  d’acide  nitrique  ,  celid-ci  s’empare  de  la  po¬ 
tasse  et  forme  du  nitrate  de  potasse  soluble ,  tandis 


(  i36  ) 

que  l’acide  hydrosulfurique  s’unit  avec  le  protoxyde 
d’antimoine ,  et  donne  naissance  à  de  l’hydrosulfate 
d’antimoine  rougeâtre  qui  se  précipite.  Lorsque  après 
avoir  mêlé  le  kermès  avec  son  volume  de  charbon  et 
autant  de  sous-carbonate  de  potasse  desséché  ,  on  le 
fait  rougir  dans  un  creuset  pendant  un  quart  d’heure 
environ ,  il  est  déconiposé  et  fournit  de  l’antimoine 
métallique ,  dont  les  caractères  ont  été  exposés  §  yo. , 
y4-  soufre  doré  (  sous-hydrosulfete  sulfuré  d’an¬ 
timoine)  est  solide,  d’un  jaune  orangé  ,  inodore  et 
insoluble  dans  l’eau.  Calciné  avec  du  charbon  et  de  la 
potasse,  il  se  comporte  comme  le  kermès  :  la  disso¬ 
lution  de  potasse  agit  sur  lui  comme  sur  le  kermès» 
L’action  de  ces  composés  sur  l’économie  animale  est 
analogue  à  celle  de  l’émétique.  {Voj.  §  72.) 

Des  Ooojdes  d’ antimoine. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonner 
ment  a  eu  lieu  par  les  oxydes  d’antimoine? 

yS.  Protoæjde  d’ antimoine.  Il  est  solide  et  blanc  ; 
mêlé  avec  du  charbon  pulvérisé,  et  calciné  dans  un 
creuset  de  terre,  il  cède  son  oxygène  au  charbon,  et 
l’antimoine  est  mis  a  nu.  {y.%  yo  pour  les  caractères  de 
l’antimoine.)  Si  on  le  fait  bouillir  avec  de  l’acide  ni¬ 
trique  il  passe  à  l’état  de  deutoxyde  blanc,  insoluble 
dans  ce  liquide;  d’où  il  suit  qu’il  enlève  de  l’oxygène  à 
l’acide  nitrique;  aussi  celui-ci  se  trouve  transformé 
en  gaz  acide  nitreux  jaune-orangé ,  qui  se  dégage.  Il  se 
dissout  dans  l’acide  hydrochlorique,  et  fournit  un  hy¬ 
drochlorate  qui  sera  décrit  §  y8, 

Deutoocjde  dJantimoiné.  Il  est  solide  et  blanc  ;  il 


(  1^7  ) 

■  agit  sur  le  charbon  et  sur  l’acide  hydrochlorique 
comme  le  précédent;  mais  il  n’éprouve  aucune  alté¬ 
ration  de  la  part  de  l’acide  nitrique. 

76.  Pierre  d’antimoine.  (Oxyde  d’antimoine  sulfuré 
vitreux.)  Le  verre  d’antimoine  est  composé  de  pro¬ 
toxyde  d’antimoine ,  de  sulfure  d’antimoine  et  de  silice. 
Il  est  solide,  transparent  et  couleur  d’hyacinthe  ;  il 
fournit  de  l’antimoine  métallique  comme  les  précé- 
dens  lorsqu’on  le  calcine  avec  du  charbon.  Si  après 
l’avoir  pulvérisé  on  le  chauffe  pendant  quelques 
minutes  avec  de  l’acide  hydrochlorique  ,  il  se  dé¬ 
gage  du  gaz  acide  hydrosulfurique  3  et  le  verre 
se  dissout  en  entier,  à  moins  qu’il  ne  renferme  une 
trop  grande  quantité  de  silice  :  la  dissolution  con¬ 
tient  de  l’hydrochlorate  d’antimoine,  dont  nous  fe¬ 
rons  bientôt  connaître  les  caractères.  Théorie.  Le  pro¬ 
toxyde  d’antimoine  qui  entre  dans  la:  composition 
du  verre  se  dissout  dans  l’acide  hydrochlorique  :  le 
sulfure  d’antimoine  (  composé  de  soufre  et  d’anti¬ 
moine  )  décompose  l’eau  faisant  partie  de  l’acide, 
le  soufre  s’empare  de  son  hydrogène ,  et  donne  nais¬ 
sance  à  du  gaz  acide  hydros ulfürique  qui  se  dégage  ; 
tandis  que  l’oxygène  de  l’eaü  s’unit  à  l’àntimoine ,  et 
forme  du  protoxyde  qui  se  dissout  dans  l’acide  hydro¬ 
chlorique.  Le  verre  d’antimoine  est  vénéneux,  et  agit 
à  peu  près  comme  l’émétique ,  §  72. 

Du  heurre  d  antimoine  (chlorure  d’antimoine). 

Comment  peut-on  reconnaîtr  e  que  l’empoisonne  - 
ment  a  eu  lieu  par  le  beurre  d’antimoine? 

77.  Lebeurre  d’antimoine  (chlorure  d’antimoine)  est 


(1.38) 

épais,  d’une  consistance  graisseuse,  incolore,  demii 
transparent,  très- caustique ,  eft  fusible  au-dessous  de  la 
température  de  l’eau  bouillante.  Lorsqu’on  le  met  en 
contact  avec  l’eau ,  il  se  transforme  en  sous-hydrocblo- 
rate  d’antimoine  blanc ,  insoluble  dans  l’eau  ;  d’où  il 
suit  que  l’oxygène  de  l’eau  se  combine  avec  i’anti,- 
môine  du  chlorure ,  tandis  que  l’hydrogène  s’unit  avec 
le  chlore  pour  donner  naissance  à  de  l’acide  hydro- 
chlorique.  te  sous  -  hydrochlorate  produit  se  dissout 
l’acide  hydrochlorique ,  et  forme  de  rhydrochlorate 
d’antimoine  dont  nous  allons  exposer  les  caractères. 
Le  beurre  d’antimoine  agit  comme  un  irritant  très- 
énergique,  mais  il  n’est  pas  absorbé.; 

lies  Hjdrochloraies  antimoine. 

Comment  peut -on  reconnaître  l’empoisonnement 
déterminé  par  ces  hydrochlorates  ? 

78.  Il  existe  deux  hydrochlorates  d’antimoine;  dans 
l’un  le  métal  y  est  à  l’état  de  protoxyde  ;  l’autre  contient 
du  deutoxyde.  La  dissolution  de  ces  hydrochlorates  est 
acide ,  et roiigit  l’eau  de  tournesol;  elle  est  transparente 
et  douée  d’une  saveur  caustique.  La  potasse,  la  soude  et 
l’ammoniaque  en  précipitent  l’oxyde  d’antimoine  blanc. 
L’eau  la  décompose,  et  y  fait  naître  un  précipité  blanc 
de  sous-hydrochlorate  d’antimoine ,  tandis  qu’il  reste 
dans  la  liqueur  un  sur-hydroohlora te  ou  un  composé 
de  beaucoup  d’acide  hydrochlorique  et  d’une  jaetite 
quantité  d’oxyde  d’antimoine.  L’acide  hydrosulfurique, 
les  hydrosulfates  et  la  noix  de  galle  agissent  sur  elle 
eomme  sur  le  tartrate  acide  de  potasse  et  d’anti- 
mome  dissous.  {F'ojez  %  yoèis.)  Le  nitrate  d’argent  la 


(  i39  ) 

décompose  et  y  fait  naître  un  précipité  blanc,  composé 
dé  chlorure  d’argent  et  d’oxyde  d’antimoine  ;  lorsqu’on 
verse  de  l’acide  hydrochlorique  sur  ce  précipité,  l’oxyde 
d’antimoiné  est  dissous  et  le  chlorure  d’argent  reste. 

De  lEmétine, 


Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne- 
naent  a  eu  lieu  par  l’émétine  ? 

79.  L’émétine  est  un  alcali  végétal  découvert  par 
M.  Pelletier  dans  Tipécacuanha,  et  composé  d’oxygène , 
d’hydrogène  et  de  carbone  (i).  Il  est  solide ,  blanc  , 
pulvérulent  ,  légèrement  amer  ét  très-peu  soluble  dans 
l’eau ,  quoiqu’il  se  dissolve  plus  facilement  que  la  mor¬ 
phine  et  la  strychnine.  Mi$  sur  les  charbons  ardens  il 
se  tuméfie ,  se  décompose  à  la  manière  des  substances 
végétales  q^ui  ne  contiennent  point  d’azote,  et  laisse 
un  charbon  très-léger  et  spongieux.  Il  n’attire  point 
1  humidité  de  l’air.  Tous  les  acides  minéraux  le  dis¬ 
solvent  ,  et  forment  des  sels  dont  là  noix  de  galle  pré¬ 
cipite  des  flocons  abondans  d’un  blanc  sale.  L’acide 
nitrique  concentré  ne  le  fait  point  passer  au  rouge  ^ 
comme  cela  à  lieu  pour  la  morphine,  la  strychnine  et 
la  brucine.  Il  se  dissout  très-bien  dans  l’àlcohol ,  et  la 
dissolution  rainene  au  bleu  le  papier  de  tournesol  rougi 
par  ün  aciâè.  Il  est  peu  soluble'  dans  l’éther.  L’action 
dè  1  émetine  sur  l’économie  animale  est  en  tout  sem- 


(i)  L’émétine  décrite  pour  la  première  fôis  par  MM.  Pel¬ 
letier  et  Magendie ,  est  nn  composé  d’émétinè ,  d’un  acide 
et  d’une  matière  colorante.  M.  Pelletier  est  parvènû  dans 
ces  derniers  temps  à  séparer  de  ce  sel  l’émétine  pure. 


(  i4o  ) 

blable  à  celle  Qu’exerce  le  tartrate  de  potasse  et  d’an¬ 
timoine.  (  Vojr.  §  72,  ) 

§  -v:!!.  — Des  préparations  de  bismuth. 

Les  préparations  de  bismuth  dont  nous  croyons 
devoir  nous  occuper  sont  le  nitrate  et  le  sous-nitrate 
(blanc  de  fard.) 

Du  nitrate  de  bismuth. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  nitrate  de  bismuth  .î* 

80 .  Le  nitrate  de  bismuth  est  solide.,  blanc,  crystallisé 
ou  en  poudre,  inodore,  doué  d’une  saveur  styptique, 
caustique,  désagréable.  Mis  sur  les  charbons  ardens ,  il 
se  boursoufle  et  se  décompose  ;  il  se  dégage  du  gaz 
acide  nitreux  jaune-orangé ,  et  il  reste  sur  les  charbons 
de  l’oxyde  jaune  de  bismuth.  Lorsqu’on  verse  de  l’acide 
sulfurique  concentré  sur  ce  nitrate  pulvérulent ,  il  se 
dégage  des  vapeurs  blanches  d’acide  nitrique  ,  d’où  il 
suit  que  le  nitrate  est  décomposé.  Traité  par  l’eau  dis¬ 
tillée ,  il  se  partage  en  deux  parties  bien  distinctes  :  A, 
l’une  soluble  est  du  nitrate  acide;  B  ,  l’autre  insoluble 
est  du  sous  nitrate  (blanc  de  fard.) 

A.  Dissolution  concentrée  de  nitrate  acide.  Elle  est 
incolore,  transparente,  inodore,  douée  de  la  même 
saveur  que  celle  du  nitrate ,  et  rougit  l’eau  de  tourne¬ 
sol.  L’acide  hydrosulfurique  et  les  hydrosulfates  la  dé¬ 
composent,  et  y  font  naître  un  précipité  noir  de  sulfure 
de  bismuth  ;  d  ou  il  suit  que  1  hydrogène  du  réactif  se 
combine  avec  l’oxygène  de  l’oxyde  de  bismuth ,  tandis 
que  le.  métal  s  unit  au  soufre  de  l’acide  hydrosulfurique. 


(  i40 

L’ammoniaque,  la  potasse  et  la  soude  s’emparent  de 
l’acide,  et  en  précipitent  l’oxyde  blanc  hydraté  ;  il  suffit 
de  mêler  cet  oxyde  avec  du  charbon  pulvérisé,  et  de 
faire  rougir  le  mélange  pendant  vingt  ou  vingt-cinq 
minutes  dans  un  creuset  pour  le  décomposer,  et  obtenir 
le  bismuth  métallique  (i).  U  eau  distillée,  versée  en 
grande  quantité  dans  cette  dissolution ,  n’occasionne 
point  de  changement  remarquable  d’abord  5  mais  au 
bout  de  quelque  temps  la  liqueur  se  troublé,  et  il  se 
dépose  du  sous -nitrate  de  bismuth  blanc  :  la  liqueur 
contient  alors  du  nitrate  trés-açide  de  bismuth  ;  d’où* 
il  suit  que  l’eau  a  décomposé  la  dissolution  :  pres- 
qiie  tout  l’acide  est  rèsté  dans  la  liqueur  avec  un  peu 
d’oxyde,  tandis  que  la  majeure, partie  de  l’oxyde  s’est 
précipitée  avec  un  peu  d’oxyde. 

Dissùlution  très- acide ,  par  conséquent  très-éten¬ 
due  mYrate  de  bismuth.  Elle  se  comporte  avec  la 
potassé ,  l’ammoniaque ,  l’acide  hydrosulfurique  et  les 
hydrosulfates,  comme  la  dissolution  concentrée;  elle 
rougit  fortement  l’eau  de  tournesol  :  l’eau  distilléé  «<2  la 
trouble  point.  .  .  .  ■ 

Dissolution  de  nitrate  plus  ou  moins  acide  de  his- 
inuth,  pielee  avec  dés  lupuides  végétaux  ou  animaux,  qui 
ne  V ont  point  décomposée.  On  ne  connaît  qu’un  très- 
petit  nombre  de  liquides  qui  jouissent  de  la  propriété 
de  former  avec  ce  sel  des  mélanges  solubles;  par  consé- 


(i)  Le  bismuth  est  solide,  d’un  blanc  jaunâtre,  lamélleux  , 
brillant ,  fragile  et  très-fusible  ;  il  se  dissout  aisément  dans 
i’àcide  nitrique:  chauffé  avec  le  contact  de  l’air,  il  absorbe 
1  oxygène  et  passe  à  l’état  d’oxyde  jarme  anhydre. 


(  i4a  ) 

«juentj  la  résolution  de  çe  problème  fera  rarement 
l’objet  des  recherches  médico-légales.  Lorsqu’il  faudra 
prononcer  sur  un  cas  de  ce  genre,  on  versera  dans  la 
liqueur  les  réactifs  dont  nous  venons  de  parlér;  s’ils 
se  comportent  comme  nous  l’avons  dit,  on  affirmera 
quelle  renferme  une  préparation  de  bismuth.  Dan s^ 
le  cas  contraire,  on  la  précipitera  par  un  excès  d’hy¬ 
drosulfate  de  potasse,  et  le  sulfure  déposé  sera  desséché 
et  calciné  avec  de  la  potasse  dans  un  creuset  ;  par  ce 
moyen,  on  obtiendra  du  sulfure  de  potasse  et  du  bis~ 
muth métallique.  .  ... 

•  Dissolution  de  nitrate  plus  ou  moins  acide  de  bismuth  ^ 
inÀlée  avec  des  substances  qui  Vont  décomposée. 
substances  sont  le  vin ,  l’albumine,  le  lait,  là  bile,  les 
matières  des  vomissemens ,  celles  que  l’on  trouve  dans' 
le  canal  digestif  après  la  mort,  enfin,  les  tissus  qui 
composent  les  organes  avec  lesquels  le  sel  a  été  en 
contact.  Les  résultats  de  cette  décomposition  peuvent 
varier  :  tantôt ,  le  sel  a  été  entièrement  décomposé,  et 
tout  l’oxyde  précipité;  plus  rarement,  la  décomposi¬ 
tion  n’a  été  que  partielle,  et  le  liquide  qui  surnagé  le 
précipité  contient  encore  une  portion  du  nitrate  que 
l’on  peut  découvrir,  comme  il  a  été  dit  §  %o.  J.  Quoi 
qu’il  en  soit,  si  le  procédé  que  nous  conseillons  ne 
suffit  point  pour  démontrer  l’existence  du  poison  ,  on 
évaporera  la  matière  suspecte,  on  la  desséchera ,  on  la 
mêlera  avec  de  la  potasse ,  et  on  la  calcinera  dans  un 
creuset  pour  obtenir  le  bismuth  métallique ,  dont  la 
présence  prouvera  l’existence  d’un  poison  de  cette 
espèce,  ; 

B.  Sous-nitrate  de  bismuth  (blanc  de  fard),  llestso- 


(  x43  ) 

lide,  blanc,  floconneux,  ou  sous  forme  de- paillettes 
nacrées;  il  est  inodore  et  insoluble  dans  l’eau.  Il  se 
dissout  à  merveille  dans  l’acide  nitrique,  dont  la  tem¬ 
pérature  est  un  tant  soit  peu  élevée,  et  donne  du  ni¬ 
trate  acide  dont  lés  caractères  ont  été  exposés  §,8o. 

Mis  sur  les  charbons  ardens ,  il  se  décompose  et  fournit 
du  gaz  acide  nitreux  reconnaissable  à  son  odeur  ,  et  de 
l’oxyde  jaune  de  bismuth.  L’acide  sulfurique  concentré’ 
le  décompose  ,  et  en  dégage  l’acide  nitrique  sous  forme 
de  vapeurs  blanches.  Mêlé  avec  du  charbon  pulvérisé 
et  calciné  pendant  demi-heure  dans  un  creuset  chauffé 
jusqu’au  rouge,  il  cède  son  oxygène  au  charbon,  et 
laisse  du  bismuth  métallique. 

■  Blanc  de  fard  mêlé  avec  de  la faHne.{V'oy-ez  Falsifi¬ 
cation  de  la  farine,  à  la  fin  de  ce  tome).  .  / 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  déterminés  par  le-  ni¬ 
trate  de  bismuth,  (  Voy,  §  35  et  d.  ) 

Action  de  ces  composés  sur  V économie  animales  Le; 
nitrate  et  le  sbus-nitrate  de  bismuth  irritent  et  enflam¬ 
ment  les  tissus  avec  lesquels  on  les  met  en  contact  ;  il 
est  probable  que  les  accidens  qu’ils  déterminent ,  et  qui 
amènent  souvent  la  mort ,  sont  le  résultat  de  cette  in¬ 
flammation  et  de  l’excitation  sympathique  du  système 
nerveux  :  toutefois ,  quelques  faits  sembleraient  an¬ 
noncer  qu’une  partie  de  ces  poisons  pourrait  être  len- 
tepient  absorbée ,  et  porterait  son  action  meurtrière  sur 
le  cœur. 


(  i44  ) 

g-  yiii.  —  Des  Préparations  d’or. 

De  l’Hfdrochlorated’ar  (pmïiiiXe). 

Comment  peut -on  reconnaître  l’empoi&onnement 
par  riiydrocliloratei  d’or? 

Si.Pour  résoudre  ce  problème  d’une  manière  con¬ 
venable,  nous  devons  indiquer  les  moyens  de  recon¬ 
naître  l’hydrochlora  te  d’or  1°  à  l’état  solide  ;  2®  le  même 
sel  dissous  dans  une  quantité. d’eau  variable  ;  3°;  dissous 
et  mêlé  avec  des  liquides  qui  ne  le  décomposent  point, 
ou  qui  ne  le  décomposent  qu’en  partie  5  4®  dissous  et 
décomposé  par  des  matières  liquides  ou  solides.  / 

-  I®  Hydrochlorate  acide  d’or  a  Vétat  solide.  Pi.  est  en 
masse  ou  sous  forme  d’aiguilles  d’un  jaune,  foncée 
douées  d’une  saveur  fortement  styptique  ;  l’acide  sul¬ 
furique  concentré  le  décompose,  et  en  dégage  des  va- 
peürs  blanches  épaisses  d’acide  hydrochlorique;  lors¬ 
qu’on  le  met  sur  les  charbons  ardens,  il  fournit  de 
Xor  .métallique ,  du  gaz  acide  hydrochlorique  et  du 
chlore;  il  est  -  déliquescent  et  excessivement  soluble, 
dans  l’eau  :  sa  dissolution  aqueusé  jouit  de  propriétés 
caractéristiques  que  nous  allons  faire  connaître. 

.  oll ..Hydrochlorate  acideid’ or  dissous  dans  l’eau.  Disso-. 
lutionconcèntrée.  Elle  est  transparente,  d’un  j  aune  foncé, 
et  d’une  saveur  styptique;  elle  rougit  l’eau  de  tour¬ 
nesol,  et  tache  la  peau  en  pourpre.  La  potasse  et  le. 
prussiate  de  potasse  (  hy drocyanate  )  ne  la  troublent 
point  à  la  température  ordinaire  :  le  premier  de  ces 
réactifs  y  fait  naître  cependant  un  précipité  d’oxyde 
brun  noirâtre ,  si  elle  n’est  pas  très-acide ,  et  qu’on  élève 


(  i45  ) : 

sa  température  jusqu’au  degré  de  rébullition.  L’am¬ 
moniaque  en  sépare  des  flocons  d’un  jaune  rougeâtre, 
qui  passent  au  jaune  serin,  si  on  y  ajoute  une  plus 
grande  quantité  d’alcali  volatil.  Les  hydrosulfates  so¬ 
lubles  la  décomposent ,  et  en  précipitent  du  sulfure 
d’or  d’une  couleur  de  chocolat  foncé.  Le  protosulfate  de 
fer,  dont  1  oxyde  est  très-avide  d’oxygène,  décompose 
cet  hydrochlorate,  s’empare  de  l’oxygène  de  l’oxyde 
d’or  pour  passer  à  l’état  de  deuto  ou  de  tritosulfate  de 
fer  soluble ,  et  l’or  se  précipite  sous  la  forme  d’une 
poudre  brune,  susceptible  de  prendre  par  le  frottement 
tout  l’éclat  qui  le  caractérise  :  en  outre,  on  voit  à  la 
surface  du  liquide  des  pellicules  d’or  excessivement 
minces.  L’hydrochlorate  acide  d’or  est  décomposé  par 
le  nitrate  d’argent  qui  transforme  l’acide  hydrochlo- 
rique  en  chlorure  d’argent  insoluble  ;  le  précipité  que 
l’on  obtient  est  d’une  couleur  rougeâtre. 

Dissolution  aqueuse d’hjdrochlorated' or  tres-étendue. 
Elle  est  transparente,  d’un  jaune  clair;  les  hydrosul¬ 
fates  y  font  naître  un  précipité  brun,  composé  de  soufre 
et  d’or  ;  si  après  avoir  lavé  et  desséché  ce  précipité  on 
le  fait  chauffer  avec  de  la  potasse  solide,  on  obtient 
du  foie  de  soufre  et  de  l’or  métallique. 

S®  Hjrdvochlorate  d^ or  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides 
qui  ne  le  décomposent  point,  ou  qui  ne  le  décomposent 
qu  en  partie.  Nous  répétons  ici  ce  que  nous  avons  déjà 
établi  tant  de  fois  pour  d’autres  poisons ,  savoir,  qu’il 
est  impossible  de  déceler  au  moyen  des  réactifs  la  pré¬ 
sence  de  1  hydrochlorate  d’or  mêlé  avec  des  liquides 
colorés,  tels  que  le  vin  rouge,  le  décoctum  de  café,  etc. 
Dans  ce  cas ,  on  aura  recours  au  chlore  concentré  qui 


(  .46  ) 

décolorera  le  vin  et  le  café;  on. laissera  reposer  le 
précipité  de  chlore  et  de  matière  végéto-animale  qui 
se  formera,  et  on  filtrera  :  la  liqueur  se  compor¬ 
tera  avec  l’ammoniaque,  le  protosulfate  de  fer,  etc., 
comme  nous  l’avons  dit  en  parlant  de  la  dissolution 
d’or.  Toutefois,  ces  menstrues  ne  fourniraient  point 
de  précipité,  si  la  liqueur  était  trop  affaiblie  :  dans 
ce  cas  il  faudrait  la  concentrer  par  l’évaporation. 
Si  les  liquides,  mêlés  avec  rhydrochlor'ate  d’or , 
n’étaient  point  susceptibles  d’être  décolorés  par  le 
chloi’e,  et  que  les  précipités  fournis  par  les  réactifs 
ne  fussent  point  dé  naturé  à  permettre  de  conclure  à 
l’existence  de  ce  sel,  on  devrait  avoir  recours  au  pro-' 
cédé  suivant. 

4°  Hydrochlçrate  d’or  dissous  et  décomposé  par  des 
matières  liquides  ou  solides.  L’albumine ,  la  gélatine ,  le 
lait,  les  fluides  contenus  dans  l’estomac,  la  bile,  plu¬ 
sieurs  substances  végétales  astringentes,  les  matières 
vomies ,  etc. ,  décomposent  le  sel  dont  nous  parlons ,  et 
le  transforment  en  un  produit  insoluble;  d’où  il  suit 
que  dans  certaines  circonstances  il  est  impossible  de 
Constater  sa  présence  dans  le  liquide  qui  fait  partie  de. 
la  matière  suspecte  :  alors  on  doit  évaporer  celle-ci  dans 
une  capsule  de  porcelaine  jusqu’à  ce  qu’elle  soit  dessé¬ 
chée,  puis  on  doit  calciner  le  résidu  dans  un  creuset; 
quelques  minutes  d’tine  chaleur  rouge  suffiront  pour 
décomposer  le  nouveau  produit  qui  s’était  formé;  et 
pour  obtenir  de  l’or  métallique  mêlé  à  du  charbon; 
que  l’on  séparera  comme  nous  l’avons  dit  en  parlant 
du  cuivre  page  117  ).  On  devrait  agir  de  la 

même  manière  avec  les  tissus  du  canal  digestif,  dans 


^  ) 

le  cas  où  les  essais  qui  auraient  été  tentés  pour  dé¬ 
couvrir  le  poison  seraient  infructueux.  , 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  1’ hydro- 
chlorate  d’or.  Appliqué  sur  les  gencives  sous  forme  de 
frictions  et  à  la  dose  d’un  dixième  de  grain,  l’hydror 
chlorate  d’or  augmente  la  transpiration  cutanée  et  la 
sécrétion  de  l’urine;  si  la  dose  est  plus  forte  ,  il  occa¬ 
sionne  une  fièvre  plus  ou  moins  .intense ,  et  peut  don-? 
ner  lied  à  l’inflammation  de  tel  ou  de  tel  autre  ,  organe 
(■Ghrestien) .  Introduit  dans  l’.estomac ,  il  agit  comme  les 
poisons  irritans  (  voy.  §  35  )  ;  mais  alors  son  action  est 
beaucoup  moins  intense  que  celle  du  sublimé  corrosifr 
A  l’ouverture  des  cadavres  oh  trouve  le  plus  souvent  la 
membrane  muqueuse  de  l’estomac  d’une  couleur  rosée, 
offrant  çà  et  là  plusieurs  petits  ulcères.  Il  est  très- 
vénéneux  lorsqu’il  est  injecté  dans  les  veines  ,  et  il  pa¬ 
raît  occasioner  la  mort  en  agissant  sur  les  poumons. 

§  IX.  —  Des  préparations  de  Zinc. 

Du  Surate  de  zinc. 

82.1°  Sulfate  de  zinc  du  commerce  a  l’état  solide.  Il  est 
sous  forme  de  masses  blanches,  souvent  tachées  de 
jaune  (i),  inodores,  d’une  saveur  âcre,  styptique,  sans 
action  sur  1  acide  Sulfurique,  concentré ,  et  fournissant 
du  zinc  métallique ,  lorsque  après  les  avoir  mêlées  avec 
de  la  potasse  et  du  charbon  pulvérisé ,  on  les  fait  rougir 
pendant  une  demi-heure  dans  un  creuset.  Ce  sulfate 


(i)  Le  sufate  de  zinc  du  coinmerce  contient  toujours  du 
sulfate  de  fer  et  quelquefois  du  sulfate  de  cuivre. 


(i48) 

se  dissout  très-bien 'dans  l’eau  froide,  et  la  dissolution 
jouit  de  propriétés  qui  la  caractérisent.  Le  sulfate  de 
zinc  solide  et  diffère  du  précédent:  i®par  sa  belle 
couleur  blanche  ;  2®  parce  qu’il  est  le  plus  souvent  cr  js- 
tallisé  en  prismes  à  quatre  pans  ^  3*!*  par  les  propriétés 
dé  sa  dissolution  aqueuse. 

a®  Sulfate  de  zinc  du  commerce  dissous  dans  Veau. 
Dissolution  concentrée.  Elle  est  incolore,  ou  légèrement 
jaunâtre,  douée  daine  saveur  styptique ,  inodore  et 
Tougit  l’eau  de  tournesol.  L’ammoniaque  en  sépare 
l’oxyde  d’un  blanc  'verdâtre^  que  l’on  peut  facilemént 
rédissoudre  dans  un  excès  d’alcali ,  et  qui  ne  change 
point  de  couleur  à  l’air  ;  si ,  au  lieu  d’en  opérer  la  dis¬ 
solution,  on  le  dessèche  et  qu’on  le  calcine  avec  du 
charbon  à  une  température  très-élevée ,  on  obtient  du 
zinc  métallique.  Le  prussiate  dépotasse  (hydrocyariate) 
la  précipite  en  bleu  foncé,  et  les  hydrosulfates  en  noir: 
L’infusion  alçoholique  de  noix  de  galle  y  fait  naître  un 
précipité  d’ün  violet  foncé.  L’hydrochlorate  de  baryte 
y  occasionne  un  préeipité  blanc  copiposé  de  sulfate  de 
baryte  et  d’oxydè  de  zinc  ;  lorsqu’on  traite  ce  préci¬ 
pité  ppl’acide  nitrique  pur  j l’oxyde  de  zinc  est  dissous, 
ét  il  reste  du  sulfate  de  baryte  blanc.  Sulfate  de  zinc 
exempt  dé  fer)  dissous  dans  leau.W  est  incolore, 
et  précipite  en  blanc  par  raramoniaque  ;  l’oxyde  se 
comporte  à  l’air,  avec  le  charbon  et  avec  un  excès 
d’ammoniaque,  comme  nous  venons  de  le  dire  en  par¬ 
lant  du  sulfate  de  zinc  du  commerce;  le  prussiate  de 
potasse  le  précipite  en  hlanc^  et  les  hydrosulfates  en 
blanc  légèrement  jaunâtre'^  l’infusion  alçoholique  de 
noix  de  galle  lui  communique  un  aspect  laiteux  sans 


(149.) 

y  occasioner  de  précipité;  Thydrochlorate  de  Jaaryte 
agit  sur  lui  comme  sur  le  sulfate  du  c.ommerce. 

3®  Sulfate  de  zinc  mêlé  avec  des  liquides  qui  ne  le  dé¬ 
composent  point  ^  ou  qui  ne  le  décomposent  qu’en  parties 
Les  réactifs  dont  nous  venons  de  parler  suffiront  pour 
démontrer  la  présence  du  sulfate  de  zinc  ,  si  les  lir 
quides  avec  lesquels  il  est  mêlé  sont  incolores  ;  au  con¬ 
traire  ils  seront  insuffisans ,  s’il  a  été  uni  à  du  vin  j.à  du 
café,  etc.:  dans  ce  cas,  on  aura  recours  au  chlore  con- 
(çentré  qui  décolorera  ces  boissons  ;  on  filtrera  la  li¬ 
queur,  et  on  verra  quelle  précipite  par  les  réactifs,  à 
peu  près  comme  le  fait  le  sulfate  de  zinc  dissous  dans 
l’eau.  Si  on  avait  lieu  de  soupçonner  que  le  liquide  fil¬ 
tré  fût  trop  étendu,  on  le  concentrerait  au  moyen  de 
l’évaporation,  pour  que  l’action  des  menstrues  devînt 
plus  énergique. 

-  4®  Sulfate  de  zinc  dissous  et  décomjtosé  par  des  fna- 
tiêres  solides  ou  liquides.  L’albumine ,  la,  gélatine,  le 
lait ,  la  bile ,- les  sucs ^ de  l’estomac,  etc.,  peuvent  dé¬ 
composer  le  sulfate  de  zinc,  et  le  transformer  en  un 
produit  insoluble  :  cest  en  vain  qu’on  le  chercherait 
alors  dans  le  liquide  faisant  pârtie  de  la  matière  suspecte. 
Il  faut  s’attacher  dans  ce  cas  à  démontrer  la  présence 
du  zinc  métallique,  en  desséchant  et  en  calcinant  dans 
un  creuset  les  matières  dont  on  peut  disposer  ,  après 
les  avoir  mêlées  avec  de  la  potasse  et  du  charbon; 
cette  opération  n’est  suivie  de  succès  qu’àutant  que  la 
température  du  creuset  est  très-élevée,  et  que  l’on 
-chauffe  pendant  long-temps.  On  agirait  de  la  mêrne 
manière  sur  les  matières  vomies,  sur  celles  que  l’on 
trouverait  dans  le  canal  digestif  après  la  mort ,  et  même 


( 

sur  îes  tissus  de  l’estomac,  si  les  réactifs  ne  fournis¬ 
saient  point  la  preuve  de  l’existence  du  sulfate  de  zinc; 

'  Symptômes  de  F  empoisonnement  par  le  sulfate  de  zinc^ 
Ils  sont  semblables  à  ceux  dont  nous  avons  parlé  §  35  ; 
nous  observerons  seulement  qu’étant  doué  à  un  très- 
haut  degré  de  la  prcq)riété  émétique,  le  sulfate  de  zinc 
ne  tarde  pas  à  être  vomi ,  et  que  le  plus  ordinairement 
les  aceidens  qu’il  a  développés  cèdent  à  l’emploi  des 
médicamens  adoucissans  que  l’on  administre. 

Lésions  de  tissu  produites  parle  sulfate  de  zinc.  Elles 
sont  en  général  peu  intenses  et  de  la  même  nature  que 
celles:  dont  nous  avons  fait  mention  §  6., 

DIX-SEPTIÈME  LEÇOK 

§  X.  —  Préparations  de  Plomb. 

Les  préparations  de  plomb  dont  nous  croyons  de¬ 
voir  faire  Thistoire  sont  :  l’acétate  de  plomb,  les 
oxydes ,  le  sous  -  carbonate  de  plomb  et  l’eau  impré- 
gnée  de  ce  métal. 

De  r acétate  de  plomb  (sel  ou  sucre  de  saturne). 

Comment  peut- on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’acétate  de  plomb  ? 

Pour  résoudre  cè  problème  d’une  manière  com¬ 
plète,  nous  devons  exaniiner  l’acétate  de  plomb,  à 
l’état  solide  ;  2°  dissous  dans  une  quantité  d’eau  Va¬ 
riable  3®  dissous  et  mêlé  avec  des  liquides  qui  ne 
l’ont  P  oint  décomposé  ou  qui  ne  l’ont  décomposé  qu’en 
partie;  4®  solide,  uni  à  diverses  substances , médica¬ 
menteuses  solides  ;  5°  combiné  avec  des  aîimens  ou. 


(  lOI  ) 

des  médicamens  liquides  ou  solides  qui  en  ont.  opéré 
Ja  décomposition  5  6°  décompose  par  nos  organes ,  et 
intiniement  combiné  avec  les  tissus  du  canal  digestif. 

1°  Acétate  de plomh  solide.  Il  est  blanc,  pulvérulent 
ou  crystallisé,  inodore  et  doué  d’une  saveur  sucrée, 
styptique.  Mis  sur  les  charbons  ardens,  il  se  boursoufle , 
se  décompose,  répand  une  fumée  qui  a  l’odeur  de" vi¬ 
naigre  ,  et  laisse  de  l’oxyde  de  plomb  d’un  jaune  tirant 
plus  ou  moins  sur  le  rouge  :  quelquefois  même  on 
aperçoit  du  plomb  métallique ,  brillant  ;  c’e&t  lorsqu’on 
anime  la  combustion  du  charbon  au  moyen  d’un 
soufflet,  et  que  la  température  se  trouve  assez  élevée 
pour  que  le  charbon  enlève  l’oxygène  à  une  portion 
d’oxyde.  Si  on  verse  de  l’acide  nitr/ique  concentté  sur 
l’acétate  de  plomb  pulvérulent,  ib se  forme  du  nitrate 
de  plomb  ,  et  l’acide  acétique  se  dégage  en  répandant 
l’odeur  de  vinaigre.  L’acétate  de  plomb  se  dissout  à 
merveille  dans  l’eau  distillée,  et  la  dissolution  jouit 
d’un  certain  nombre  de  propriétés  caractéristiques  que 
nous  allons  faire  connaître. 

83.  2®  Acétate  de  plomh  dissous  dans  Veau.  Dissolu- 
tiori  concentrée.  Elle  est  limpide,  incolore,  inodore, 
d’une  saveur  sucrée,  styptique;  elle  verdit  le  sirop  de 
voilettes.  La  potasse, la  soude ,  l’ammoniaque ,  les  eaux 
de  chaiix,  de  baryte  et  de  strontiane  la  décomposent, 
.se  combinent  avec  l’acide,  et  y  font  naître  un  préci¬ 
pité  blanc  de  protoxyde  de  plomb  hydraté  ,  qui  jaunit 
à  mesure  qu’on  le  dessèche  ;  il  suffit  de  mêler  ce  pré¬ 
cipité  avec  du  charbon,  et  de  faire  rougir  le  mélange 
pendant  vingt  minutes  dans  un  creuset  .,  pour  obtenir 
du  plomb  métallique  ;  en  effet  le  charbon  s’empare 


de  l  oxygène  de  l’oxyde.  Si  l’on  verse  de  l’acide  sitÿu- 
rique,  ou  un  sulfate  soluble  dans  la  dissolution  dont 
nous  parlons,  on  obtient  sur-le-champ  un  précipité 
blanc  de  sulfate  de  plomb  ;  ce  qui  prouve  que  l’acide 
sulfurique  s’est  combiné  avec  le  protoxyde  de  plomb' 
de  l’acétate.  -L’acide  hydrosulfurique  et  les  hydrosul¬ 
fates  solubles  la  décomposent  également  et  y  font  naître 
un  précipité  de  suture  de  plomb  noir  :  d’où  il  suit  que 
l’hydrogène  de  Taeide  hydrosulfurique  s’est  combiné 
avec  l’oxygène  du  protoxyde  de  plomb,  tandis  que  le 
Soufre  du  même  acide  s’est  uni  avec  le  métal.  L’acide 
chromique  et  les  chromâtes  solubles  précipitent  cette 
dissolution  en  jaune  serin  ;  le  précipité  est  dy.  chro- 
mate  de  plomb.  Si  on  verse  du  sous-carbonate  de  soude 
dans  1  acétate  de  plomb  dissous,  oii  obtient  sur-le- 
champ  deTacétate  de  soude  qui  reste  en  dissolution,  et 
du  sous-carbonate  de  plomb  blanc  insoluble  qui  se 
précipite  :  ce  qui  prouve  qu’il  y  a  eu  double  décom¬ 
position. 

Dissolution  aqueuse  d’ax;étate  de  plomb  tres-étendue. 
La  dissolution  aqueuse  d’acétate  de  plomb  peut  être 
assez  étendue  pour  n’éprouver  aucun  changement  sen¬ 
sible  de  la  part  de  la  potasse,  de  l’ammoniaque,  des 
acides  sulfurique,  hydrosulfurique  et  chromique.  Dans 
ce  cas,  on  démontrera  la  présence  du  plomb  en  y  ver¬ 
sant  du  sous-carbonate  dè  soude  j  la  liqueur*se  trou- 


(i)  Le  plomb  est  solide ,  d’un  blanc  bleuâtre  , brillant ,  assez 
mou  pour  pouvoir  être  rayé  avec  l’ongle,  très -malléable, 
et  tres-fusible;  il  se  transforme  en  protoxyde  jaune  lorsqu’on 
ié  fait  fondre  avec  le  contact  de  l’air. 


(i53) 

Blera  sur-le-champ ,  et ,  au  bout  de  quelques  heures, 
on  obtiendra  un  précipité  blanc  de  sous-carbonate  de 
plomb  ('vojrez  plus  haut ,  Dissolution  concentrée)  ;  on 
décantera  la  liqueur  qui  surnage  le  précipité;  on  lavera 
celui-ci  avec  un  peu  d’eau  distillée ,  et  après  l’avoir 
laissé  reposer  ,  on  décantera  de  nouveau;  alors  on 
versera  quelques  gouttes  de  vinaigre  distillé  (acide  acé¬ 
tique)  :  sur-le-champ  l’acide  acétique  décomposera  le 
sous-carbonate  de  plomb,  et  l’on  obtiendra  de  l’acétate 
de  plomb  dissous  et  concentré ,  que  l’on  reconnaîtra 
comirié  il  a  été  dit  §  83,  ét  du  gaz  acide  èârbonique, 
qui  se  dégagera  en  produisant  tiné  effervescence  plus 
ou  moins  vive.  A  défaut  de  vinaigre  distillé,  bn  em- 
ploîra  deux  ou  trois  gouttes  d’acide  nitrique;  le  nitrate 
obtenu  sera  soluble  dans  l’eau  et  se  comportera  avec 
les  réactifs  comme  l’acétate. 

84-  3*^  Acétate  de  plomb  mclé  avec  des  liquides  qui  ne 
Vont  point  décomposé^  ou  qui  ne  Vont  décomposé  qu’en 
partie.  S  il  est  vrai  qué  la  plupart  des  liquides  végétaux 
et  animaux  décomposent  l’acétate  de  plomb  et  le  trans- 
formerit  en  un  produit  insoluble ,  il  est  également  vrai 
que  quelques-uns  de  ces  liquides  né  lui  font  subir  au¬ 
cune  alteration ,  et  que  d  autres  ne  le  décomposent  qué 
partiellement;  il  peut  donc  arriver  que  l’on  soit  obligé 
de  démontrer  sa  présence  dans  certaines  boissons ,  telles 
que  lés  vins  et  le  café.,  dans  les  liquides  vomis  ou  dans 
ceux  que  Ion  trouve  dans  le  canal  digestf après  la  mort 
de  1  individu ,  et  l’on  remarque  alors  ce  que  nous  avons 
déjà  eu  occasion  d’observer  tant  de  fois,  c’est-à-dire 
que,  par  son  mélange  avec  des  liquides  colorés,  l’acé¬ 
tate  de  plomb  peut  fournir ,  avec  les  réactifs ,  des 


(  ^54  ) 

précipites  d'une  nuance  différente  de  celle  qu’il  aurait 
donnés  s’il  eût  été,  simplement  dissous  dans  l’eau. 

Pour  démontrer  la  présence  d’un  sel  soluble  de 
plomb  dans  les  liquides  dont  nous  parlons  ,  on  fera  sur 
une  petite  portion  les  essais  que  nous  avons  indiqués 
§  83,  en  parlant  de  la  dissolution  aqueuse  concentrée 
ou  étendue  d’acétate  de  ce  métal  5  si  on  obtient  des 
précipités  semblables  à  ceux  que  nous  avons  décrits 
dans  le  même  paragraphe ,  on  conclura  que  le  liquide 
contient  un  sel  de  plomb.  Si,  au  contraire,  les  résul¬ 
tats  ne  sont  pas  les  mêmes ,  et  que  le  mélange  soit 
coloré,  on  en  détruira  la  couleur,  au  moyen  du  chlore 
concentré  et  liquide  ;  il  se  formera  un  précipité  d’un 
rouge  brun;  on  le  laissera  déposer,  puis  on  filtrera; 
la  liqueur  filtrée  se  comportera  avec  les  réactifs  comme 
la  dissolution  d’acétate  de  plomb,  à  moins  qu’elle  ne 
soit  trop  étendue;  dans  ce  cas  il  faudra  la  concentrer 
par  l’évaporation  jusqu’à  ce  qu’elle  soit  réduite  autièi^ 
de  son  volume  :  ,  ce  procédé  mérite  la  préférence  sur 
tous  les  autres  pour  découvrir  l’acétate  de  plomb  mêlé 
avec  du  vin  rouge  ^  àndécoctum  àe  café  ovi  de  tabac. 
Si  le  médecin  chargé  de  faire  ces  recherches  manquait 
de  chlore  011  si  la  matière  qui  colore  le  mélange  était 
de  nature  à  ne  pas  pouvoir  être  détruite  par  cet  agent , 
on  verserait  dans  toute  la  niasse  du  liquide  un  excès, 
d’hydrosulfate  de  potasse  qui  y  ferait  naître  un  précipité 
de  sulfure  de  plomb  noir  {/voy\  %  83.)  ;  on  laisserait  re- , 
poser  ce  précipité  ;  on  décanterait  la  liqueur  qui  le  sur¬ 
nage  ,  et  on  le  laverait  sur  un  filtre  :  lorsqu’il  serait  sec 
on  le  mêlerait  avec  son  poids  de  potasse  à  la  chaux 
(pierre  à  cautère)  ,  puis  on  chaùfferait  le  mélange 


(  i55  )  . 

clans  un  creuset  :  au  bout  de  dix.  minutes  d’une  cha¬ 
leur  rouge,  on  retirerait  le  creuset,  on  le  laisserait 
refroidir,  et  on  mettrait  dans  l’eau  la  matière  qu’il 
contient  ;  cette  matière  serait  formée  de  sulfure  de 
potasse  et  de  plomb  métallique;  le  sulfure  serait  dis¬ 
sous  par  l’eau  et  le  plomb  resterait  au  fond  du  vase» 
4°  Acétate  de  plomb  solide  uni  a  diverses  substances 
médicamenteuses  solides  ^  telles  que  du  tabac  ou  d’autres 
poudres.  Si  l’acétate  de  plomb  dont  il  s’agit  n’a  pas  été 
décomposé,  ou  qu’il  ne  soit  jpas  fortement  retenu  par 
les  matières  qui  entrent  dans  la  composition  du  médi¬ 
cament  solide ,  il  suffira  de  diviser  celui-ci  et  de  le  faire 
bouillir  pendant  dix  ou  douze  minutes  dans  l’eau  dis¬ 
tillée.  La  dissolution  contiendra  l’acétate  de  plomb  et 
se  comportera  avec  les  réactifs  comme  nous  l’ayons  dit 
en  parlant  de  l’acétate  de  plomb  dissous  dans  l’eau 
ou  mêlé  avec  des  liquides  qui  ne  l’ont  point  décom¬ 
posé.  i^Voyez  §  83  et  84-)  Supposons  maintenant  que 
1  acetate  ait  été  dédomposé',  ou  qu’il  soit  très-fortement 
retenu  par  quelques-unes  des  substances  qui  font  partie 
du  médicament  ;  l’ébullition  de  celui-ci  dans  l’eau 
sera  insuffisante  pour  démontrer  l’existence  du  plomb  : 
dans  ce  cas 3  il  faudra  déssécher  le  médicament,  le 
meler  avec  de  la.  potasse  à  la  chaux  (pierre  à  cautère) 
et  du  charbon  pulvérisé ,  et  faire  rougir  le  mélange 
dans  un  creuset  pendant  un  quart  d’heure  ;  quelque 
soit  1  état  dans  lequel  se  trouve  l’acétate,  on  pb>- 
tiendra  du  plomb  métallique ,  dont  la  présence  ne 
suffira  point  pour  affirmer  que  le  médicament  con¬ 
tenait  de  l’acétate  de  plomb ,  mais  bien  une  prépara¬ 
tion  de  ce  métal.  . 


(  i56  ) 

Acétate  de  plomb  combiné  avec  des  alimens  ou  des 
médicamens  liquides  ou  solides  qui  en  ont  opéré  la  dé~ 
composition.  Parmi  les  substances  dont  nous  parlons 
On  doit  citer  particulièrement  l’albumine,  le  bouillon 
le  lait,  le  café,  le  thé,  la  matière  des  vômissemens  et 
celle  que  l’on  trouve  dans  le  canal  digestif  après  la 
mort  :  ces  substances  décomposent  l’acétate  de  plomb, 
en  s’emparant  de  l’oxyde  avec  lequel  elles  forment  des 
composés  insolubles;  quelquefois  aussi  les  sulfates  et 
les  carbonates  quelles  renfermént  transforment  une 
portion  de  l’acétate  en  sulfate  et  en  sous-carbonate  de 
plomb  :  toujours  est-il  vrai  que  si  la  décomposition  a  été 
complète,  on  ne  trouve  plus  d’acétate  dans  le  liquide 
qui  est  mêlé  avec  les  parties  solides  :  c’est  dans  celles- 
ci  qu’il  faut  chercher  à  démontrer  la  présence  du  plomb 
en  suivant  le  procédé  que  nous  venons  d’indiquer  (4°). 

Acétate  de  plomb  décompjosé  par  nos  organes  et 
întimément  combiné  avec  les  tissus  du  canal  digestif. 
On  dessèche  la  partie  du  canal  digestif  qui  est  le  siège 
d’une  lésion  évidente ,  et  on  la  traite  par  la  potasse  et 
le  charbon ,  comme  nous  venons  de  le  dire  (4°). 

85.  Symptômes  de  V empoisonnement  déterrniné  par 
T  (psétate  de  plomb  introduit  da:ns  V  estomac.  L’acétate  de 
plomb ,  administré  à  la  dose  de  plusieurs  gros ,  donne 
lieu  à  des  accidens  semblables  à  ceux  que  produisent 
les  autres  poisons  de  cette  classe.  (  Voy.  §  35.)  S’il 
a  été  employé  à  des  doses  beaucoup  plus  faibles ,  il 
peut  déterminer  tous  les  phénomènes  de  la  colique 
des  peintres.^  maladie  qui  est  le  plus  souvent  occa- 
"sionée  par  les  émanations  de  plomb.  Alors  le  malade 
éprouvé  des  coliques  sourdes  de  peu  de  durée  qui 


'  (  i57  )  . 

ne  tardent  pas  à  revenir  ,  et  qui  sont  beaucoup  plus 
fortes;  la  bouche  est  aride  ,  il  y  a  nausées  et  vomis- 
semens  de  matières  amères  ,  verdâtres  ou  noirâtres  ; 
ces  vomissemens  durent  quelquefois  pendant  plusieurs 
jpurs  ;  la  constipation  est  opiniâtre,  et  ce  n’est  qu’avec 
le  plus  grand  effort  que  l’on  parvient  à  rendre  ,  des 
excrémens  jaunes  ,  durs  ,  arrondis ,  semblables  à  des 
crottins  ;  il  est  fort  rare  que  l’on  observe  le  dévoiement; 
l’abdomen  s’affaisse  surtout  veys  la  région  ombilicale 
où  il  est  tellenjent  rentré  en  dedans,  qu’il  semble 
appliqué  sur  l’épine  du  dos  :  cet  effet  est  d’autant 
plus  marqué  que  les  coliques  sont  plus  intenses.  Les 
douleurs  abdominales  diminuent  le,  plus  souvent  par 
une  pression  modérée  sur  l’ombilic  :  presque  toujours 
cette  maladie  est  sans  fièvre  ,  et  rarement  l’individu 
se  plaint  de  céphalalgie,  de  vertiges ,  etc. 

Lésions  de  tissus  produites  par  une  forte  dose 
d’acétate  de  plomb  introduit  dans  V estomac.  L’acétate 
de  plomb  détermine,  dans  les  tissus  dq  canal  digestif ,- 
des  alterations  semblables  à  celles  que  produisent  les 
autres  irritans  {  voyez  §  6);  quelquefois  cependant 
on  trouve  dans  l’estomac  des  animaux  qui  ont  pris 
une  forte  dose  de  dissolution  aqueuse  de  ce  sel  ,  et 
qui  n  ont  point  vomi,  un  enduit  membraneux  assez 
épais,  d’une  couleur  cendrée ,  que  l’on  détache  facile¬ 
ment  en  grumeaux,  et  qui  paraît  être  le  résultat  de 
la  décomposition  d’une  partie  de  Tacétate  par  les 
fluides  contenus  dans  l’estomac  ;  la  membrane  mu¬ 
queuse  ,  placée  au-dessous  de  cet  enduit ,  est  d’un  gris 
foncé,  et  paraît  avoir  agi  sur  le  sel  comme  les  fluides 
dont  nous  parlons,  A  l’ouverture  des  cadavres  d’indi- 


(  ) 

vidus  qui  ont  succombé  a  la  colique  des  peintres^  on 
ne  découvre  aucune  trace  d’inflammation  dans  le  canal 
digestif;  le  dianiètre  des  gros  intestins  et  du  colon 
en  particulier  est  plus  ou  moins  rétréci.  Les  autres 
altérations  cadavériques,  signalées  ^  par  les  auteurs  , 
sont  loin  d’être  le  résultat  de  l’observation./ Il  est  im¬ 
possible  de  découvrir  aucune  préparation  de  plomb  en 
faisant  l’analyse  des  matières  contenues  dans  le  canal 
digestif,  des  excrémens ,  de  l’urine  ,  de  la  sueur,  etc, 

8y.  Action  de  V acétate  de  plorAb  sur  V économie 
animale.  L’acétate  de  plomb  agit  comme  les  poisons 
irriîans  énergiques ,  et  peut  ôeasioner  la  mort  dans 
l’espace  de  quelques  heures  s’il  est  introduit  dans  l’es¬ 
tomac  à  forte  dose;  tandis  qu’il  peut  ê^e  employé  à 
la  dosé  de  quelques  grains  sans  déterminer  aucun 
accident  facbeux  ;.  quelquefois  cependant  il  donne 
lieu  à  la  colique  des  peintres  ,  affection  qui  diffère 
évidemment  de  celle  que  produit  l’acétate  à  forte  dose. 
Lorsqu’on  injecte  dans  les  veines  plusieurs  grains  de 
ce  sel  dissous  dans  l’eau  ,  il  produit  des  accidens 
graves  suivis  d’une  mort  plus  ou  moins  prompte  qui 
paraît  tenir/à  la  lésion  du  système  nerveux. 

Du  Sous- Acétate  de  plomb  soluble. 

Comment  peut  -  on  rèconnaîtrè  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  sous -acétate  de  plomb  so¬ 
luble? 

88.  Lé  sous-acétate  de  plomb  soluble  peut  se  présent 
ter  sous  plusieurs  états  ;  tantôt  il  estciystallisé  en  lames 
opaques  et  blanches,  tantôt /il  est  en  masses  d’une 
forme  confuse  ;  enfin  le  plus  souvent  il  est  dissous 


(  x59  )  ^ 

dans  l’eau.  Cette  dissolution ,  concentrée  par  l’évapo¬ 
ration  5  porte  le  nom  &  extrait  de  saturne. 

Sous-acétate  de  plomb  dissous  dans  Veau.  Il  est 
transparent ,  d’un  blanc  tirant  plu,s  ou  moins  sur  le 
jaune,  d’une  saveur  sucrée  très-astringente  :  il  verdit 
fortement  le  sirop  de  violettes.  Les  alcalis,  l’acide 
hydrosulfürique,  lesbydrosulfates,  l’acide  chromique, 
les  chromâtes ,  l’acide  sulfurique  et  les  sulfates  agissent 
sur  lui ,  comme  sur  la  dissolution  d’acétate  de  plomb 
(§  83  );.mais  il  peut  en  être  distingué,  en  y  insufflant, 
à  l’aide  d’un  tube,  de  l’air  qui  sort  des  poumons ,  et 
qui  contient  une  plus  grande  quantité  d’acide  carbo¬ 
nique  que  l’air  atmosphérique  ;  en  effet,  aussitôt  que 
ce  gaz  est  en  contact  avec  le  liquide ,  il  le  précipite  en 
blanc  ,  tandis  qu’il  ne  trouble  point  la  dissolution  con¬ 
centrée  d’acétate  de  plomb  ce  précipité  est  du  sous- 
carbonate  de  plomb  formé  aux  dépens  de  l’acide  car¬ 
bonique  de  l’air  et  de  l’excès  d’oxyde  de  plomb  du 
sous-acétate.  La  dissolution  aqueuse  d’acétate  de  plomb 
serait  également  précipitée  en  blanc  par  l’air  expiré, 
SI,  au  lieu  d’être  concentrée,  elle  était  étendue 
assez  grande  quantité  d’eau. 

Extrait  de  saturne  ou  sotts-acétate  de  plomb  dissous 
et  concentré pâr  V évaporation.  Il  est  liquide,  jaunâtre, 
et  présente  les  mêmes  propriétés  que  la  dissolution 
aqueuse  du  sous-acétate.  Lorsqu’il  a  été  préparé  avec 
du  vinaigre  contenant  de  l’acide  tartarique,  comme 
cela  arrive  le  plus  souvent  ,  il  fournit  par  l’eau  dis¬ 
tillée  un  précipité  blanc,  abondant  de  tartrate  de 
plomb. 


(  i6o  ) 

Des  Oxydes  de  ptoirib. 

89.  Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoison¬ 
nement  a  lieii  par  les  oxydes  de  plomb  ? 

Protoxyde.  Il  peut  être  sec  ou  combiné  avec  l’eau  • 
dans  ce  dernier  cas  il  est  blanc.  Le  protoxyde  sec 
porte  le  nom  de  massicot  ow.  de  Uthargei,  le  premier 
est  jaune  et  pulvérulent  ;  l’autre  est  sOus  forme  de 
petites  écailles  rougeâtres  ou  jaunâtres.  Lorsqu’on 
fait  rougir ,  pendant  quinze  ou  vingt  minutes ,  dans  un 
creuset,  un  mélange  de  protoxyde  de  plomb  et  de 
charbon,  on  obtient  du  plomb  métallique.  L’acide 
nitrique,  chauffé  avec  le  protoxyde  dont  nous  parlons, 
le  dissout  sans  produire  de  peroxyde  puce  i  le  nitrate 
résultant  précipite  comme  l’acétate  de  plomb  par  les 
réactifs.  {Voyez  S  83.) 

Deutoxyde  de  plomb  (minium).  Il  est  d’un  beau 
rouge  très-pesant,  et  se  comporte  avec  le  charbon 
comme  le  précédent.  L’acide  nitrique  le  décompose  , 
même  à  froid,  et  le  fait  passer  en.  partie  à  l’état  de 
tritoxyde  puce,  insoluble  dans  l’acide  ,  et  en  partie  à 
l’état  àe protoxyde  qui  se  dissout  dans  l’acide  nitrique  ; 
en  sorte  que  l’on  obtient  du  nitrate  de  plomb  facile 
à  reconnaître,  après  avoir  filtré  la  liqueur,  en  la  trai¬ 
tant  par  les  réactifs  propres  à  déceler  les  sels  de 
plomb.  (  Voyez  §  83.  ) 

Les  Oxydes  de  plomb  exercent  sur  l’économie  ani¬ 
male  une  action  analogue  à  celle  des  autres  composés 
de  plomb. 


(  i6i  ) 

Du  Sous- Carbonate  de  plomb  (  céruse  ), 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne” 
ment  a  été  produit  par  le  sous-carbonate  de  plomb  ? 

go.  Le  sous-carbonate  de  plomb  est  soKde,  blanc, 
pulvérulent ,  très-pesant ,  insipide  et  insoluble  dans 
l’eau;  il  se  dissout  auec  effervescence  dans  l’acide  ni¬ 
trique  faible  :  le  nitrate  résultant  précipite  par  les 
réactifs  comme  l’acétate  de  plomb.  {Voyez  83).  Action 
sur  V économie  animale.  {^  Voyez  §  87  ) 

De  VÉaii  imprégnée  de  plàrrd)^ 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne- 
nient  est  produit  par  de  l’eau  imprégnée  de  plomb  ? 

91.  L’eau  qui  a  été  transmise  par  des  aquéducs  de 
plomb ,  .ou  qui  est  tombée  sur  des  toits  couverts  de 
ce  métal ,  peut  tenir  en  dissolution  une  assez  grande 
quantité  de  ce  poison  poiir  déterminer  des  accidens 
graves  ;  il  en  est  de  mêmç  de  celle  que  l’on  a  gardée 
pendant  long-temps  dans  des  vases  de  plomb  exposés 
à  1  air ,  ou  que  1  on  a  puisée  avec  des  seaux  de  ce 
métal.  Elle  est  transparente ,  incolore  et  inodore  comme 
l’eau  ordinaire  ;  sa  saveur  est  quelquefois  légèrement 
sucrée  et  styptique.  Les  sulfates ,  les  hydrosulfates  , 
les  chromâtes  et  les  alcalis  agissent  sur  elle  comme 
sur  la  dissolution  d’acétate  de  plomb.  {Voyez  §  83). 
Les  acides  en  dégagent  de  l’acide  carbonique  avec 
effervescence  ,  lorsque  le  plomb  y  est  à  l’état  de  car¬ 
bonate  ,  ce  qui  arrive  fréquemment.*  Action  sur  V éco¬ 
nomie  animale.  (  Voyez  S  87.  ) 

îi. 


(  i62  ) 

Du  Fin  imprégné  de  plomb. 

92.  Le  vin  aigri  qui  séjourne  sur  la  litharge  très- 
divisée  peut  en  dissoudre  une  assez  grande  quantité 
pour  devenir  vénéneux,  sans  perdre  sensiblement  sa 
couleur  s’il  était  coloré  ;  il  acquiert  une  saveur  astrin¬ 
gente  légèrement  sucrée.  Les  vins  blancs  litbargirés 
fournissent  avec  les  réactifs  des  précipités  semblables 
à  ceux  que  nous  avons  fait  connaître  en  parlant  de 
l’acétate  de  plomb  (  voyez  S  83  )  ;  quant  aux  vins 
rouges  ,  on  les  analyse  comme  il  a  été  dit  §  84. 

DIX-HUITIÈME  LEÇON. 

§  XI.  —  De  la  Bryone;  de  V Élatérium;  de  la 
Coloquinte;  de  la  Gomme-Gutte  ;  du  Garou; 
du  Ricin;  du  Pignon  d’Inde;  de  V Euphorbe; 
de  la  Sabine;  du  Staphysaigre  ;  de  la  Gra- 
tiole,  de  l’Anémone;  du  Rhus;  du  Narcisse 
et  de  la  Renoncule  des  prés;  de  la  Chéli- 
doine^elc. 

g3.  'Symptômes  de  V empoisonnement  déterminés  par 
ces  substances.  Ils  ressemblent  beaucoup  à  ceux  qui 
ont  été  décrits  §  35 ,  excepté ,  i®  que  la  saveur  de  ces 
poisons  est  âcre  ,  piquante ,  ou  plus  ou  moins  amère  ; 
2?  que  la  matière  dès  vomissemens  ne  rougit  point  ou 
rougit  à  peine  l’eau  de  tournesol. 

Lésions  de  tissu  produites  par  ces  poisons  {^Foy.  S  d.) 
Action  sur  î économie  animale.  Voy.  V histoire  de 
chacun  d'eux. 


De  la  racine  de  Bryone. 

Racine  du  Bryoia  alba  ou  dioica  (  couleuvrée  hryoné 
blanche)  plante  de  la  famille  des  cucurbitacées  de  ' 
Jussieu  et  de  la  monœciesyngénésie  de  Linnæus. 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne- 
ment  a  eu  lieu  par  la  racine  de  hryone, 

g4-  Caractères  de  cette  raÀcine.  Elle  est  fusiforme ,  de 
grosseur  variable  depuis  celle  du  doigt  jusqu’à  celle 
du  bras  ou  de  la  cuisse  d’un  enfant  ;  elle  est  souvent 
bifurquée  et  offre  alors  des  parties  qui  sont  comme 
articulées;  elle  est  charnue,  succulente,  d’un  blanc 
jaunâtre  an  dehors ,  et  d’un  blanc  grisâtre  à  l’inté¬ 
rieur;  son  odeur  est  vireUse  et  nauséabonde  ;  sa  saveur 
âcre  et  caustique.  Lorsqu'elle  a  été  desséchée^  elle  est 
blanche,  facile  à  rompre,  coupée  en  rouelles,’ d’un^ 
grand  diamètre,  marquées  par  des  stries. concintfi- 
ques,  d’une  sâteur  amère., -'âcre  ,  légèrement  causti¬ 
que  ,  et  d’une  odeur  d^gr^ble.  x 

Symptômes  de  C empoisonnement  par  la  racine  de 
hryone.  {^V.  §  35.) 

Lésions  de  tissu  produites  par  celte  racine.  (  F.  §  6.  ) 
Action  de  la  racine  de  hryone  sur  V économie  ani¬ 
male.  Les  effets  que  détermine  la  racine  de  bryone 
sur  l’homme  et  sur  les  chiens  j  à  la  dose  d’un  ou  de 
deux  gros,  nous  portent  à  conclure,  quelle  doit 
etre  rangée  parmi  les  poisons  irritans  qui  occasionnent 
la  mort ,  lors  même  qu’ils  ont  été  appliqués  sur  le  tissu 
cellulaire  de  la  partie  intm’he  de  la  cuisse;  2°  que 
son  action  est  beaucoup  plus  intense  quand  elle  a  été 
introduite  dans  le  canal  digestif,  que  dans  le  cas  où 


(  i6-4  ) 

elle  est  appliquée  sur  des  plaies  ou  sur  le  tissu  lami- 
neux  sous-cutané;  3®  quelle  paraît  agir  spécialement 
en  déterminant  aine  vive  inflammation  des  organes' 
sur  lesquels  elle  a  été  appliquée,  et  une  irritation 
sympathique  du  système  nerveux;  que  ses  pro¬ 
priétés  délétères  résident  essentiellement  dans  le  suc 
et  dans  la  partie  soluble  dans  l’eau  ;  5°  quelle  produit 
les  mêmes  effets  sur  l’homme  que  sur  les  chiens. 

De  rElatériiim^ 

§5.  L’extrait  aqueux  du  momordica  êlatérium  (con-, 
combre  d’âne,  concombre  sauvage) , plante  de  lafamille 
des  cucurbitacées  de  Jussieu ,  et  de  la  monœcié  syn- 
genésie  de  Linnæus,  est  préparé  avec  le  fruit  de  cette 
plante  ,  dont  voici  les  caractères  i  baie  ovale  ayant  la 
forme  d’une  olive,  peu  charnue,  coriace,  grosse  comme, 
la  moitié  du  pouce,  d’une  couleur  d’abord  verte,  qui 
devient  jaune  en  ihûrissant  ;  elle  est  uniloculaire ,  hé¬ 
rissée  de  piquans  mous ,  s’ouvre  avec  élasticité  et  lance 
les  semences  au  loin;  celles-ci  sont  ovales,  anguleuses 
et  comprimées. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  V extrait 
d’ êlatérium.  Voyez  §  35  et  6.) 

Action  de  rélatérium  sur  V économie  animale.  Les 
expériences  que  nous  avons  tentées  nous  permettent 
d’établir  ,  que  l’extrait  Rélatérium  à  la  dose  de 
deux  à  trois  gros  ,  détermine  la  mort  des  chiens 
les  plus  robustes  dans  l’espace  de  huit,  seize  ou  vingt- 
quatre  heures ,  soit  qu’on  l’introduise  dans  le  cariai 
digestif,  soit  qu’on  l’applique  sur  le  tissu  lamineux 
sous-cutane  de.  la  partie  interne  de  la  cuisse;  2°  qee 


(  i6d  ) 

dans  ce  dernier  cas,  il  est  beaucoup  moins  actif  qtlé 
lorsqu’il  a  été  introduit  dans  l’estomâc;  3®  qü’il  agit 
à  la  manière  des  poisons  irritans  ,  en  enflammant  les 
organes  sur  lesquels  il  a  été  appliqué ,  et  en  détermi¬ 
nant  une  irritation  sympathique  du  système  nerveux  ; 
4°  qu’indépendamment  de  cette  action  locale ,  il  est 
absorbé,  porté  dans  le  torrent  de  la  circulation,  et 
qu’alors  il  agit  particulièrement  sur  le  rectum  ;  du 
moins  nous  avons  constamment  observé  ,  même  après 
avoir  appliqué  Xélatérium  sur  le  tissu  cellulaire  sous^ 
cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuisse ,  que  le  rectum 
était  phlogosé. 

De  la  Coloquinte. 

Fruit  du  cucumis  colocjnthis  ([coloquinte  ou  ehico- 
tin  )  plante  de  la  famille  des  cucurbitacées  de  Jussieu 
et  de  la  monœcie  syngénésie  de  L. 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  la  coloquinte  ? 

96.  Caractères  du  fruit.  Il  se  rapproche  beaucoup  delà 
baie,  et  il  est  composé  d’une  écorce,  d’une  substance 
charnue ,  et  d  un  grand  nombre  de  graines  ;  l’écorce 
est  dure,  unie,  luisante ,  jaune  ou  verdâtre  5  mais  comme 
le  plus  souvent  le  fruit  dont  nous  parlons  est  privé  de 
son  écorce  lorsqu’il  nous  arrive  d’Espagne  ou  de  l’Ar¬ 
chipel,  nous  croyons  devoir  nous- attacher  à  donner 
la  description  de  celui  qui  a  été  écorcé.  Il  est  presque 
rond,  de  la  grosseur  d’une  orange,  léger,  spongieux, 
sec,  dun  blanc  jaunâtre,  d’une  odeur  désagréable,  et 
dune  saveur  excessivèment  amère;  la  substance  char¬ 
nue  à  laquelle  appartiennent  les  caractères  dont  nous 


(  i66  ) 

parlons,  est  composée  de  feuillets  membraneux,  et 
présente  un  très-grand  nombre  de  cellules  dans  les¬ 
quelles  se  trouvent  renfermées  plusieurs  graines 
petites,  planes,  oblongues,  semblables  à  des  pépins 
de  poires,  brunes ,  et  amères  à  l’extérieur,  et  dont  l’a¬ 
mande  est  blanche,  douce  et  charnue. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  occasionés  par  la  colo-^ 
quinte,  (  F.  §  35  et  6). 

Action  de  la  coloquinte  sur  l’économie  animale.  II 
résulte  de  diverses  expériences  que  nous  avons  faites 
sur  les  animaux,  et  des  observations  d’empoisonnement 
recueillies  chez  l’homme,  i®  que  la  coloquinte,  à  la 
dose  d’un  ou  de  deux  gros,  est  un  poison  irritant  éner¬ 
gique,  susceptible  de  déterminer  la  mort  dans  l’es¬ 
pace  de  vingt-quatre  heures ,  même  lorsqu’elle  est 
appliquée  sur  le  tissu  cellulaire  de  la  partie  interne 
de  la  cuisse  ;  a»  qu’il  est  probable  quelle  est  absoi-bée 
et  portée  dans  le  torrent  de  la  circulation;  3°  que 
ses  effets  meurtriers  paraissent  tenir  essentiellement 
à  l’inflamination  qu’elle  détermine  de  l’organe  sur 
lequel  elle  a  été  appliquée,  et  à  l’irritation  sympa¬ 
thique  du  système  nerveux;  4°  que  ses  propriétés 
vénéneuses  résident  à  la  fois  dans  la  partie  qui  se  dis¬ 
sout  dans  l’eau,  et  dans  celle  qui  y  est  insoluble  ; 
5°  quelle  exerce  le  même  mode  d’action  sur  l’homme 
que  sur  les  chiens. 

De  la  Gomme-Gutte. 

La  gomme-gutte  est  un  suc  résino-gomipeux  (  com¬ 
posé  de  quatre-vingts  parties  de  résine  et  dè  vingt  par¬ 
ties  de  gomme)  qui  découle  des  feuilles  et  des  ra- 


(  167  ) 

meaux  du  Giiitœfera  vera^  et  que  l’on  obtient  le  plus 
souvent  en  incisant  l’écorce.  Cet  arbre  appartient  à  la 
polygamie  monœcie  de  L.  ;  il  croît  dans  l’île  de  Geylan 
et  dans  la  presqu’île  de  Camboge.  Suivant  quelques 
naturalistes ,  ce  seraient  les  feuilles  et  les  jeunes  pousses 
du  stalagmitis  gamiogiôïdes  de  Wildenow  qui  fourni¬ 
raient  ce  suc. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  la  gomme-gutte? 

97.  Caracteres.W^^  est  en  masses  cylindriques,  d’un 
jaune  rougeâtre,  passant  au  jaune  serin  lorsqu’on  la 
réduit  en  poudre ,  ou  qu’on  la  mêle  avec  de  l’eau  ;  elle 
est  très-friable  et  opaque  ;  sa  cassure  est  brillante  ;  elle 
n’a  point,  d’odeur  ;  sa  saveur  est  légèrement  âcre,  et 
se  manifeste  particulièrement  lorsqu’on  la  laisse  pen¬ 
dant  quelque  temps  dans  la  bouche;  l’eau  et  l’alcohol 
la  dissolvent  en  partie,  et  acquièrent  une  couleur 
jaune;  la  dissolütiou  alçobolique  est  troublée  par 
l’eau ,  et  dépose  peu  à  peu  la  résine  jaune  ;  la  gomme 
gutte  est  entièrement  soluble  dans  la  dissolution 
aqueuse  de  potasse. 

Sjrmptomes  et  lésions  de  tissu  occusionés  par  la 
gomme-gutte.  {Voyez  S  35  et  6.  ) 

Action  de  la  gomme-gutte  sur,  l’économie  animale. 
Les  expériences  que  nous  avons  tentées  sur  les  ani¬ 
maux,  dans  le  'dèssein  de  constater  l’action  de  la 
gomme-gutte  sur  l’économie  animale ,  nous  portent  à 
conclure,  i®  ^qu’à  la  dose  d’un  ou  de  deux  gros  cette 
substance  détermine  la  mort  des  chiens  les  plus  ro¬ 
bustes,  dans  l’espace  de  vingt-quatre  heures,  si  tou¬ 
tefois  on  empêche  le  vomisse»ient  ;  2®  qu’on  peut 


la  leur  administrer  impunément  à  cette  même  dose,  si 
on  leur  laisse  la  faculté  de  vomir,  car  alors  ils  ne  tar¬ 
dent  pas  à  la  rejeter,  et  les  matières  vomies  sont  d’une 
couleur  jaune  serin;  3®  qu’étant  appliquée  sur  le  tissu 
cellulaire  sous-cutané  de  ces  mêmes  animaux  ,  et  à 
la  dose  de  deux  à  trois  gros,  elle  les  fait  périr  au 
bout  de  seize,  dix-huit  ou  vingt-quatre  heures  ;  4“  que 
-les  effets  qu’elle  détermine  dépendent  plutôt  de  l’in¬ 
flammation  des  organes  sur^lesquels  on  l’a  appliquée  et 
de  l’irritation  sympathique  du  système  nerveux,  que 
de  son  absorption  et  de  son  transport  dans  le  torrent 
de  la  circulation. 

Du  Garou  (sainbois). 

Écorce  et  TSLcine  du  Daphné  gnidium ,  plante  de  la 
famille  des  thymélées  de  Jussieu,  et  de  l’octandrie  mo- 
nogynie  de  Linnæus. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonnement 
a  eu  lieu  par  le  garou  ? 

g8.  Caractères  de  Véeorce  des  tiges.  On  la  trouve  dans 
le  commerce  sous  la  forme  de  fragmens  longs  de  trois 
ou  quatre  pieds,  larges  de  un  à  deux  pouces,  très- 
minces  ,  pliés  par  le  milieu  ,  réunis  en  bottes  et  dif¬ 
ficiles  à  rompre.  L’épiderme  est  brun  ou  d’un  gris, 
foncé,  denii-transparent,  offrant  des  rides  transversales 
qui  sont  le  résultat  de  la  dessiccation ,  tacheté  çà  et  là, 
et  d’une  manière  assez  régulière ,  de  petits  tubercules 
blancs.  Immédiatement  au-dessous  de  l’épiderme  ,  on 
découvre  des  filamens  soyeux,  très-fins ,  blancs  et  lus¬ 
tres,  au-dessous  desquels  se  trouvent  des  fibres  lon¬ 
gitudinales  très  -  tenaces  ;  l’intérieur  de  l’écorce  est 


(  1%  ) 

d’un  jaune  de  paille  ;  sa  saveur  est  âcre,  piquante, 
caustique  ;  son  odeur  très-faible  et  légèrement  nauséa¬ 
bonde.  Nous  croyons  devoir  noter  que  l’on  trouve  aussi 
dans  le  commerce,  les  rameaux  de  la  plante  dont  nous 
parlons;  l’écorce  est  alors  appliquée  sur  le  bois  et  on 
peut  la  détacher  aisément  pour  constater  les  carac¬ 
tères  qui  viennent  d’être  indiqués. 

Racine  de  garou.  Elle  est  longue,  delà  grosseur  du 
pouce ,  fibreuse ,  grise  à  l’extérieur ,  blanche  au  de¬ 
dans  ,  inodore ,  et  d’une  saveur  très-âcre. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  occasionés  par  V écorce 
de  garou.  (  Koyez%  98  et  6.  ) 

 ction  du  garou  sur  V  économie  animale.  Les  effets  fpie 
détermine  l’écorce  de  garou  finemeirt  pulvérisée ,  sur 
rhommé  et  sur  les  chiens,  à  la  dose  d’un  ou  de  deux 
gros,  nous  permettent  de  conclure  i®  quelle  doit  être 
rangée  parmi  les  poisons  irritans  susceptibles  d’occa- 
sioner  la  mort,  lors  même  quelle  a  été  mise  en  contact 
nvec  le  tissu  cellulaire  de  la  pàrtie  interne  de  la  cuisse; 
2®  quelle  agit  avec  moips  d’énergie  quand  elle  est  ap¬ 
pliquée  sur  des  plaies  ou  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cu-, 
tané,  quedansle  cas  où  on  l’introduit  dans  le  canal  diges¬ 
tif;  3°qu  elle  determineune  inflammation  très-énergique 
etune  irritation  sympathiquedu  système  nerveux;  4°  que 
la  mort  qui  est  la  suite  de  l’empoisonnement  par  cette 
substance  doit  être  attribuée  à  la  lésion  dont  nous 
parlons ,  plutôt  qu’à  l’absorption  du  poison  ;  5°  qu’elle 
parait  agir  sur  l’homme  cortime  sur  les  chiens. 

Du  Ricin. 

Le  ricin  {rîcinus  cammums\  onpalma-christi)  est 


(  IJO  •) 

une  plante  de  la  famille  des  tkbymaloïdes  de  Jussieu, 
et  de  la  monœcie  monadelphie  de  Linnseus. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne^ 
ment  a  eu  lieu  par  les  graines  de  ricin  ? 

99.  Caractères  des  graines.  Elles  sont  oblongues,  un 
peu  aplaties,  obtuses  à  leurs  extrémités,  etduYolume 
d’un  petit  haricot;  le  test  (enveloppe  extérieure),  est 
mince ,  très-lisse ,  luisant ,  gris ,  jaspé  ou  tacheté  de  noir 
et  de  blanc  ;  il  est  dur  et  cassant;  l’amande  est  blanche, 
très-huileuse  et  légèrement  âcre.  Ces  graines  sont  ren¬ 
fermées  au  nombre  de  trois  dans  un  fruit  verdâtre  (cap¬ 
sule)  à  trois  loges,  à  trois  valves,  hérissé  d’épines 
molles.  On  pense  assez  généralement  que  l’acreté  de 
cette  graine  réside  dans  le  test  et  dans  le  germe  :  sui¬ 
vant  M.  Guibourt,  au  contraire,  le  test  est  insipide, 
tandis  que  l’amande  et  le  germe  contiennent  un  prin¬ 
cipe  âcre  dont  on  peut  les  priver  par  l’ébullition  dans 
l’eau. 

Smjptômes  et  lésions  de  tissu  occasionés par  les  graines 
de  ricin.  (  Vojr.  §  98  et  6.  ) 

Action  des  graines  de  ricin  sur  l’économie  animale. 
Il  résulte  des  expériences  que  nous  avons  tentées  sur 
les  chiens,  et  des  observations  d’empoisonnement  re- 
cuéillies  chez  l’homme,  que  les  graines  de  ricin 
introduites  dans  l’estomac  à  la  dose  d’un  ou  de  deux 
gros  produisent  des  accidens' fâcheux  qui  ne  tardent 
pas  à  être  suivis  de  la  mort ,  si  toutefois  elles  ne  sont 
pas  expulsées  avec  les  matières  des  vomissemens  et  des 
selles  ;  2°  quelles  déterminent  dans  l’estomac  et  dans  le 
rectum  une  inflammation  assez  vive,  à  laquelle  succède 
une  irritation  sympathique  du  système  nerveux,  que 


(  ). 

l’on  peut  considérer  comme  étant  la  cause  de  la  mort  ; 
3°  que  leur  action  paraît  être  la  même  sur  les  chiens 
que  sur  l’homme. 

Du  Pignon  d’Inde. 

Le  pignon  d’Inde  ou  de  Barbarie  (noix  médicinale 
de  Barbarie,  noix  des  Barbades)  est  la  graine  du  jatro- 
pha  curcas  de  Linnæus;  plante  delà  famille  des  tithyma- 
loïdes  ,  très-voisine  du  ricinus  communis  ^  et  de  la  mo»- 
nœcie  monadelphie  de  Linnæus,  A  rile-de-France  on 
donné  ce  nom  au  fruit  du  ricinus  inermis  de  L. 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne- 

ment  a  eu  lieu  par  cette  graine  ? 

'  loo.  Caractères.  Graine  oblongue,  convexe  en  dehors, 
légèrement  anguleuse  du  côté  interne ,  presque  cylin¬ 
drique.  Coque  ou  tunique  extérieure  mince ,  sèche  , 
cassante,  rugueuse  y  brune  ou  noirâtre ,  et  nullement jas~^ 
péey  ou  tachetée  de  noir  et  de  blanc.  Amande  moins  blan¬ 
che  quenelle  du  ricin  ,  souvent  même  jaunâtre  ou  d’un 
jaune  foncé,  et  douée  d’une  saveur  beaucoup  plus 
âcre.  Ces  graines  sont  renfermées  au  nombre  de  trois 
dans  une  capsule  à  trois  loges ,  grosse  comme  une 
noix,  d’abord  verte,  puis  jaune  ,  enfin  noirâtre. 

D’après  MM.  Pelletier  et  Caventou,  le  pignon  d’Inde 
est  compose  d  albumine  non  coagulée,  d’albumine  coa¬ 
gulée,  de  gomme,  de  fibres  ligneuses,  dmne  huile  et 
d  un  acide  particulier ^  auquel  iis  ont  donné  le  nom 
d  acide  jatrophique.  (  Voj.  Journal  de  pharmacie  ^ 
année  i8i8.) 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  occasionés  par  le  pignon 
(r.  §  93  et  6,) 


(  17^  ) 

Action  du. pignon  d^înde  sur  V économie  animale.  Les 
expériences  que  nous  avons  tentées  sur  les  animaux, 
et  celles  qui  ont  été  faites  par  MM.  Pelletier  et  Caven- 
tou,  nous  permettent  de  conclure  :  i®  que  le  pignon 
d’Inde  jouit  de  propriétés  vénéneuses  très-énergiques, 
et  qu’à  la  dose  d’un  demi-gros  il  peut  déterminer  la 
mort  des  chiens  les  plus  robustes  dans  l’espace  de 
vingt-quatre  heures,  lors  même  qu’il  a  été  appliqué  sur 
le  tissu  cellulaire  sous-cutané  de  la  partie  interne  de  la 
cuisse  ;  2®  que  son  action  est  plus  vive  dans  le  cas  où  il 
est  introduit  dans  l’estomac,  que  lorsqu’il  est  appliqué 
sur  des  plaies  ou  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané; 
30  que  ses  effets  meurtriers  dépendent  plutôt  de  l’in¬ 
flammation  qu’il  occasionne,  et  à  laquelle  succède  une 
irritation  sympathique  du  système  nerveux,  que  de  son 
absorption  ;  4®  que  TAM/’/e  retirée  de  cette  graine  agit  de 
la  même  manière  sur  l’homme  que  sur  les  chiens ,  les 
merles,  les  mouches,  etc.,  soit  qu’on  l’introduise  dans 
l  estomac ,  soit  qu’on  l’applique  sur  le  tissu  cellulaire 
sous-cutané;  5°  que  l’action  de  cette  huile  est  incompa¬ 
rablement  plus  vive  que  celle  de  la  graine ,  puisqu’il 
suffît  de  l’employer  à  la  dose  de  quelques  grains  pour 
déterminer  la  mort  de  quelques-uns  de  ces  animaux , 
et  pour  donner  lieu  à  des  accidens  fâcheux  chez  les 
autres  ;  6*^  que  le  principe  acide  odorant  (l’acide  jatro- 
phique  )  est  extrêmement  actif  ;  MM!.  Pelletier  et  Ca- 
ventou  pensent  même  que  l’huile  dont  nous  avons 
parlé  doit  ses  propriétés  vénéneuses  à  cet  acide. 

De  VEuphorbe. 

L  euphorbe  est  le  suc  condensé  obtenu  par  incision 


l  173  ) 

des  euphorbia  qffwmarivm^  antiqitorum  et  canariensis 
espèces  du  genre  euphorbia^  de  la  famille  des  tithyma- 
loides  de  Jussieu,  et  qui  a  été  rangé  dans  la  dodécan- 
drie  trigynie  de  Linnæus,  quoiqu’il  soit  monoïque. 

'  Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’euphorbe? 

loi.  Caractères.  Il  est  en  larmes  irrégulières  ou  en 
grains  isolés,  demi-transparens,  jaunâtres  à  l’extérieur, 
blanchâtres  à  l’intérieur  ,  un  peu  friables ,  quelquefois 
percés  d’un  ou  de  deux  petits  trous  coniques  ,  se  re¬ 
joignant  par  la  base,  et  dans  lesquels  on  voit  souvent 
des  débris  ligneux, ou  des  épines  (aiguillons)  de  l’ar¬ 
brisseau.  Il  est  presque  inodore;  sa  saveur,  d’aboéd 
presque  nulle,  devient  bientôt  âcre  et  caustique;  sa 
cassure  est  vitreuse;  réduit  en  poudre,  il  irrite  les  na¬ 
rines  ,  lors  même  qu’il  est  à  une  grande  distance.  On 
trouve  encore  dans  le  commerce  une  autre  variété 
d’euphorbe  en  masses  irrégulières,  mollasses,  mêlées 
^é  corps  étrangers,  et  d’une  couleur  plus  foncée  que 
le  précédent. 

L’euphorbe  ne  contient  point  de  gomme;  il  est  formé 
de  résiné ,  de  cire^  de  malate  de  chaux  et  de  potasse  , 
de  ligneux,  de  bassorine,  d’eau  et  d’huile  volatile. 

Symptêmes  et  lésions  de  tissu  occasionés  par  Veu- 
phorbe.  {Fojez  %  e%  6.) 

Action  de  Vejiphorbe  sur  V économie  animale.  Elle 
est  semblable  à  eelle  qu’exerce  le  garou.  (  Voyez  %  98.) 
On  observe  des  effets  analogues  lorsqu’on  introduit 
dans  1  estomac  de  l’hommè  et  des  chiens  Y  euphorbia 
lathyris  (épurge),  cyparissias,  tyrucalli,  peplus ,  helio- 
scopia^  'verrucosa^  platypkyllos,  palustris,  hiberna ,  cha- 


(  174  ■) 

raeias ,  amygdaloïdes ,  sjlvatica,  exigua ,  maurîtanica,^ 
ner^olia  et  esula. 

De  la  Sabine. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonné- 
ment  a  eu  lieu  par  les  feuilles  de  sabine? 

La  Sabine  s abina)  est  un  arbrisseau  de 

la  famille  des  conifères  de  Jussieu,  et  de  la  diœcie 
ràonadelphie  de  Linnæus;  on  connaît  deux  variétés 
de  cet  arbrisseau,  la  grande  et  la  petite  sabine.  ' 

102.  Caractères  des  feuilles  dé  la  petite  sabine.  Feuilles 
très-petites,  toujours  vertes,  résineuses  ,  d’une  odeur 
forte  très-désagréable ,  d’une  saveur  amère,  semblables 
à  celles  du  tamaris,  très-serrées  les  unes  contre  les 
autres,  appliquées  sur  les  rameaux  et  comme  embri- 
quéés,  droites,  opposées  alternativement,  décurrentes 
à  leur  base,  à  pointe  aiguë;  celles  que  l’on  remarqiie 
à  l’extrémité  des  rameaux  supérieurs  sont  un  peu 
lâches. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  occasionés par  les  feuilles 
de  Sabine.  (  T^oyez  S  98  et  6.  ) 

Action  des  feuilles  de  sabine  sur  V économie  animale. 
Il  résulte  des  diverses  expériences  que  nous  avons  faites 
sur  les  animaux ,  i®  que  la  sabine  doit  être  considérée 
comme  un  poison  irritant  assez  énergique,  susceptible 
de  développer  l’inflammation  des  organes  sur  lesquels 
on  l’applique  et  de  déterminer  la  mort  des  chiens  les 
plus  robustes  dans  l’espace  de  vingt-quatre  heures , 
lorsqu’elle  est  employée  à  la  dose  d’un  ou  de  deux 
gros;  2»  que  son  action  paraît  un  peu  moins  vive  dans 
le  cas  ou  on  1^  met  en  contact  avec  le  tissu  cellulaire 


(  ly'J  ) 

Soîis-cutané ,  que  lorsqu’on  l’introduit  dans  le  canal 
digestif;  3*^  qu’indépendamment  de  l’irritation  locale 
qu’elle  exerce ,  elle  est  absorbée ,  portée  dans  le  torrent 
de  la  circulation,  et  qu’elle  paraît  agir  spécialement 
sur  le  système  nerveux  et  iur  le  rectum  ;  du  moins , 
pour  ce  qui  concerne  cet  intestin,  nouspouvons  affitrmer 
l’avoir  vu  constamment  enflammé  dans  l’empoisonne¬ 
ment  dont  il  s’agit,  lors  même  que  la  sabine  avait  été 
appliquée  sur  le  tissu  lamineux  sous-cutané  de  la  partis 
interne  de  la  cuisse. 

Du  staphysaigre. 

.  Comment  peut  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  la  graine  de  staphysaigre  ? 

Le  staphysaigre  {delphinium  staphysagria)  est  une 
plante  de  la  famille  des  renonculacées  de  Jussieu ,  et 
de  la  polyandrie  trigynie  de  Linnæus. 

io3.  Caractères  des  graines.  ^Mes  sont  de  la  grosseur 
d’ur.  petit  pois,  anguleuses  (le  plus  souvent  triangulaires 
ou  quadrangulaires) ,  courbées  de  manière  qu’elles  pré¬ 
sentent  une  convexité  d’un  côté  et  une  concavité  de 
l’autre  ;  le  test  (  enveloppe  extérieure  )  est  mince , 
fi’agile,  fortement  ridé  ou  chagriné,  d’un  brun  tirant 
le  plus  souvent  sur  le  noir,  et  d’une  saveur  âcre , et 
amère  ;  V amande  est  huileuse  ,  blanche ,  rousse  ou 
brune ,  surtout  lorsque  la  graine  est  desséchée  ;  sa  sa¬ 
veur  est  également  âcre;  albumen  corné,  embryon 
di’oit  supérieur  ;  radicule  infériéure.  Gès  graines  répan¬ 
dent  une  odeur  désagréable;  elles  sont  renfermées  dans 
une  capsule  triangulaire.  MM.  Lassaigne  et  Feneulle 
ont  prouvé,  dans  ces  derniers  temps,  qu’elles  contien- 


(  lyê  ) 

rtenî  de  l’acide  malique  combiné  avec  un  alcali  nou¬ 
veau,  auquel  ils  ont  donné  le  nom  de  delphine,  deux 
principes  amers  ,  l’un  brun  ,  l’autre  jaune ,  de  l’huile 
volatile  et  de  l’huile  grasse ,  de  l’albumine ,  une  ma- 
'  tière  animalisée,  dü  muqueux,  du  mucoso-sucré  et  des 
sels  minéraux. 

De  la  Delphine. 

104.  La  delphine  peut  être  reconnue  aux  caractères 
suivans  :  elle  est  solide,  blanche,  pulvérulente,  opaque, 
à  moins  quelle  ne  soit  humide ,  car  alors  elle  devient 
crystalline;  sa  saveur  est  d’abord  très-amère,  puis  âcre; 
elle  est  inodore.  On  peut  la  fondre  et  lui  donner  l’aspect 
de  la  cire  liquéfiée;  si  on  élève  davantage  sa  tempéra¬ 
ture,  elle  se  boursoufle,  noircit,  répand  une  fumée 
blanche,  inflammable  à  l’air,  et  laisse  un  charbon  très- 
léger.  Elle  est  à  peine  solüble  dans  l’eau ,  tandis  que 
l’alcohol  et  l’éther  la  dissolvent  très-facilement;  la 
dissolution  alcoholique  'verdit  fortement  le  sirop  de 
'violettes  et  ramène  au  bleu  Veau  de  tournesol  rougie 
par  un  acide.  L’acide  nitrique  concentré,  loin  de  la 
faire  passer  au  rouge  comme  cela  a  lieu  pour  la  mor¬ 
phine  ,  la  strychnine  et  la  brucine,  lui  communique 
une  teinte  jaune.  Le  sulfate ,  le  nitrate ,  l’hydrochlo- 
rate ,  l’oxalate  et  l’acétate  de  delphine  sont  très-solu¬ 
bles  dans  l’eau;  leur  saveur  est  excessivement  amère 
et  âcre  ;  les  alcalis  en  précipitent  la  delphine ,  sous 
forme  de  gelée. 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  déterminés  par  le  sta- 
physaigr.e.  (  Voyez  §  et  6.) 

Action  du  staphy s  aigre  sur  V économie  animale.  1°  Le 


•  .  ’  (.  ^77  )  '  , 

stapliysaigre,  réduit  en  poudre  et  introduit  dans  les- 
îomac  de  l’homme  et  des  chiens  à  là  dosé  d’une  once, 
détermine  la  mort  dans  Tespace  de  quarante  à  cin¬ 
quante  heures;  2®  il  agit  avec  plus  d’énergie  lorsqu’on 
l’applique  sur  le  tissu  cellulaire  soiis- cutané;  3®  il 
doit  ses  propriétés  vénéneuses  à  la  delphine ,  sub¬ 
stance  très -active  ,  mais  qui  se  trouve  enveloppée 
dans  une  grande  quantité  d’albumine,  de  muqueux  et 
d’huile;  4°  le  décoctum  aqueux,  obtenu  avec  une 
quantité  donnée  de-staphysaigre,  est  beaucoup  plus 
énergique  que  la  graine  à  la  même  dose,  parce  qu’il 
renferme  le  malate  acide  de  delphine  dégagé  d’une 
grande  partie  des  substances  faisant  partie  du  staphy- 
saigre;  5®  parla  même  raison,  la  graine  humectée  agit 
avec  plus  d’intensité  que  lorsqu’elle  est  sèche;  6°  les 
effets  quelle  produit  sur  l’économie  animale  dépen¬ 
dent  de  son  absorption ,  de  la  lésion  du  système  ner¬ 
veux  et  de  l’irritation  locale  quelle  exerce. 

Action  de  la  delphine.  Six  grains  de  delphine  dé¬ 
layés  dans  deux  onces  d’eau  et  introduits  dans  l’estomac 
des  chiens,  dont  on  lie  ensuite  l’œsophage,  détermi¬ 
nent,  au  bout  de  quelques  minutes  ,  des  nausées  et 
des  efforts  de  vomissement  cet  état  dure  pendant 
deux  heures  environ  ;  alors ,  et  quelquefois  plus  tard , 
les  animaux  sont  agités  ,  parcourent  rapidement  le  la¬ 
boratoire  pendant  quelques  minutes ,  puis  éprouvent 
des  vertiges ,  et  deviennent  tellement  faibles  qu’ils 
ne.  peuvent  plus  se  soutenir.  Ils  sont  immobiles  et 
couchés  sur  le  côté.  Quinze,  vingt  ou  trente  mi¬ 
nutes  après,  la  position  étant  toujours  la  même,  ils 
sont  agités  de  légers  mouvemens  convulsifs  dans  les  ex- 

12 


(  lyS  ) 

trémités,  et  dans  les  muscles  qui  meuvent  l’os  maxil¬ 
laire  inférieur  :  cet  état  dure  une,  deux  ou  trois  heures, 
et  se  termine  par  la  mort.  Les  organes  de  l’ouïe  et  de  la 
vue  exercent  leurs  fonctions  presque  jusqu’au  dernier 
moment  :  on  observe  des  déjections  alvines  pendant  la 
première  période  de  l’empoisonnement.  A  l’ouverture 
des  cadavres, on  trouve  la  membrane  muqueuse  de  l’es¬ 
tomac  légèrement  phlogosée,  et  tapissée  d’un  mucus 
noirâtre  et  filant;  le  ventricule  gauche  du  cœur  contient 
du  sang  noir  ;  les  pqumons  sont  plus  denses  et  moins 
crépitans  que  dans  l’état  naturel  ;  2°  six  grains  de  del- 
pbine  dissous  dans  la  plus  petite  quantité  possible 
d’acide  acétique  faible ,  et  introduits  dans  l’estomac , 
produisent  les  mêmes  effets,  mais  d’une  manière  beau¬ 
coup  plus  rapide  :  les  animaux  périssent  ordinairement 
dans  l’espace  de  quarante  à  cinquante  minutes;  il  est 
rare  alors  que  l’on  trouve  l’estomac  enflammé  ;  3°  la 
delphine  est  le. principe  actif  du  staphysaigre  ;  4°  elle 
est  absorbée  et  porte  son  action  sur  le  système  ner¬ 
veux  ;  indépendamment  de  cette  action  à  laquelle  il 
faut  attribuer  les  accidens  qu’elle  détermine^  elle  pro¬ 
duit  une  irritation  locale,  susceptible  d’enflammer  les 
tissus,  lorsque  la  mort  n’a  pas  suivi  de  près  son  in¬ 
gestion. 

DIX-NEUVIÈME  LEÇON. 

De  la  Gratiole. 

La  gratiole  est  une  plante  de  la  famille  des  scro- 
pbulariées  de  Jussieu  et  de  la  diandrie  monogynie  de 
Linnæus.  (  V..  planche  ) 


im) 

io5.  Caractères  du  genre.  Calicé  de  cinq  sépales,  ac¬ 
compagné  à  sa  base  de  deux  bractées;  corolle  tubuleuse, 
bilabiée;  lèvre  supérieure  émarginée;  lèvre  inférieure 
à  trois  divisions  obtuses  et  égales;  quatre  étamines  dont 
deux  seulement  sont  fertiles ,  les  deux  autres  avortant 
presque  constamment  ;  style  court  terminé  par  uii  stig¬ 
mate  un  peu  oblique  et  concave. 

Gratiole  officinale  (Gratiola  officinalis,  Linn.  Sp.). 

Sa  racine  est  une  espèce  de  souche  rampante,  ra¬ 
meuse,  émettant  des  radicules  chevelues  de  ses  noeuds. 
Sa  tige  est  herbacée,  dressée,  un  pèii  rameuse,  mar¬ 
quée  d’un  sillon  longitudinal  rompu  à  Châqùè  pàiré 
de  feuilles,  et  haute  d’environ  un  pied.  Lés  feuilles  sont 
Opposées ,  sessiles^  Ovales,  lancéolées,  aiguës,  glabres, 
un  peu  denticulées  sur  leurs  bords.  Lès  fleurs  sont  soli¬ 
taires,  rougeâtres,  grandes,  dressées,  portées  sur  un 
pédoncule  aplati ,  à  peu  près  de  la  longueur  de  la  fleur, 
et  offrant,  à  son  sommet,  deux  bractées  lancéolées,  ai¬ 
guës,  entières,  redressées  et  plus  longues  que  le  calice. 
Calice  composé  de  cinq  folioles ,  ou  sépales  lancéolés, 
aigus  ,  un  peu  inégaux;  le  supérieur  étant  plus  grand 
que  les  quatre  autres.  Corolle  bilabiée;  tube  allongé, 
un  peu  plissé  longitudinalement;  limbe  à  deux  lèvres, 
la  supérieure  échancrée,  l’inférieure  à  trois  lobes  égaux 
et  arrondis;  les  deux  latéraux  sont  un  péü  redressés. 
Étamines  au  nombre  dé  quatre',  dont  déUx  seulement 
sont  fertiles  et  anthérifères ,  attachées  à  la  partie  supé¬ 
rieure  du  tube ,  deux  autres  âvoftées  et  soUs  forme  de 
filamens  capillaires  attachés  à  la  base  du  tube.  L’ovaire 
est  ovoïde,  terminé  en  pointe  à  son  sommet;  il  offre 


(  i  8o  )  ; 

jdeiix  loges  polyspermes,  et  est  appliqué  sur  un  disque 
liypogyne  jaunâtre ,  qui  forme  un  bourrelet  circulaire 
autour  de  sa  base.  Le  style  un  peu  oblique,  glabre ,  lé¬ 
gèrement  épaissi  à  son  sommet ,  est  terminé  par  un 
stigmate' concave.  Le  fruit  est  une  capsule  ovoïde  , 
glabre ,  à  deux  loges ,  et  s’ouvrant  en  deux  valves. 

La  gratiole  croît  dans  les  lieux  humides,  sur  le  bord 
des  étangs  aux  environs  de  Paris.  Elle  est  en  fleurs  au 
mois  de  juillet. 

Symptômes produitspar  la  gratiole.  Indépendamment 
des  symptômes  qui  sont  le  résultat  de  l’irritation  oc- 
easionée  par  cette  plante,  et  que  nous  avons  exposés 
en  détail  §  98  ,  la  gratiole  paraît  avoir  déterminé  dans 
certaines  circonstances  tous  les  accidens  de  la  nym¬ 
phomanie.^  ainsi  que  le  délire  qui  accompagne  ce  mi-- 
sérable  état.  (Bouvier,  Gazette  de  santé premier 
août  1816.)  Les  femmes  qui  font  le  sujet  des  quatre 
xîbservations  rapportées  par  ce  praticien  avaient  la 
^eau  lisse,  garnie  de  poils  très-noirs,  les  veines  très- 
développées,  le  pouls  très-fort,  et  les  membres  chauds 
elles  étaient  habituellement  sujettes  aux  flueurs  blan¬ 
ches  ,  aux  affections  hystériques ,  et  à  la  constipation. 

Lésions  de  tissu  développées  par  la  gratiole.  (  F'.  §  6.  ) 

Action  de  la  gratiole  sur  V économie  animale..  Il  ré¬ 
sulte  des  expériences  faites  sur  les  animaux,  et  des 
observations  recueillies  chez  l’homme  1°  que  les 
feuilles  et  l’extrait  aqueux  de  gratiole  doivent  être 
rangés  parmi  les  poisons  irritans  énergiques  suscepti¬ 
bles  de  déterminer  l’inflammation  des  organes  avec 
lesquels  ils  ont  été  mis  en  contact  ;  2®  que  la  mort 
occasionée  par  ces  poisons  peut  être  le  résultat  de 


(  ) 

leur  injection  dans  l’estomac,  dans  l’intestin  rectum', 
et  dans  les  veines,  ou  de  leur  application  sur  le  tissu 
cellulaire  sous-cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuisse  ; 
3°  que  dans  ce  dernier  cas  les  effets  de  l’extrait  de 
gratiole  sont  moins  marqués  que,  lorsqu’il  a  été  intro¬ 
duit  dans  le  canal  digestif  ;  son  action  est  encore  plus 
vive  quand  il  a  été  injecté  dans  les  veines  ;  4°  ces 
poisons  ne  sont  pas  absorbés ,  et  qu’ils  agissent  en 
enflammant  les  tissus  sur  lesquels  on  les  applique , 
et  en  déterminant  une  irritation  sympathique  du  svs- 
tème  nerveux;  5°  qu’ils  produisent  sur  l’honime  les 
îuêmes  effets  que  sur  les  _  chiens  ;  6°  quHl  n’est  pas 
encore  mis  hors  de  doute  que  la  décoction  de  feuilles 
de  gratiole ,  introduite  sous  forme  de  lavement,  exerce 
une  action  spéciale  sur  les  organes  de  la  génération 
de  la  femme  ;  7®  que  néanmoins  les  observations  rap¬ 
portées  par  le  docteur  Bouvier  tendent  à  faire  croire 
qu’il  en  est  ainsi. 

De  V Anémone  pulsatille. 

L’anémone  est  une  plante  de  la  famille  des  ï-ênoncula- 
cees  de  Jussieu  et  de  la  polyandrie  poly^-yniedeLinnaeUs. 

io6‘;  Caractères  du,  genre.  Involucre  à  trois  feuilles 
simples  ou  decoupees  ,  placé  à  une  certaine  distance  de 
la  fleur ,  et  d  ou  sortent  une  ou  plusieurs  fleurs  pédi- 
cellées  ayant  chacune  de  cinq  à  neuf  pétales  ;  capsules 
très-nombreuses,  surmontées  d’une  queue  plumeuse 
ou  d’une  simple  pointe.  , 

Anémone pulsatille(^knexaone  pulsatilla,  L.  Spec.,  ySq). 

Tige  haute  de  deux  centimètres ,  cylindrique ,  velue , 


(  ) 

sans  feuilles ,  portant  à  son  sommet  une  fleur  isiolette 
assez  grande;  feuilles  radicales,  pétiolées,  allongées, 
deux  fois  ailées  ^  velues ,  blanchâtres  dans  leur  jeu¬ 
nesse,  presque  glabres  dans  un  âge  plus  avancé,  à  dé¬ 
coupures  fines  et  pointues;  fleur  à  pétales  oblongs  , 
droits,  et  un  peu  velus  en  dehors;  involucre  profon¬ 
dément  découpé  en  lanières  velues  et  étroites  ,  placé  à 
deux  centimètres  au-dessous  de  la  fleur;  étamines  nom¬ 
breuses,  plus  courtes  que  la  corolle  ;  plusieurs  capsules 
ramassées  en  tête,  surmontées  d’une  queue  plu- 
meuse;  graines  terminées  par  une  longue  arête  velue. 
On  la  trouve  sur  le  bord  des  bois  er  dans  les  pays 
montagneux. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits,  par  Vanér 
mone pulsatille.  (  Fi  §  ^3  et  6.) 

Action  de  V anémone  pulsatille  sur  V économie  anU 
male.  Les  effets  que  détermine  l’anémone  pulsatille 
chez  l’homme,  et  les  expériences  faites  sur  les  chiens, 
nous  portent  à  conclure  i°  que  les  feuilles ,  la  racine, 
et  l’extrait  aqueux  de  cette  plante  fraîche ,  doivent 
être  considérés  comme  des  poisons  irritans  énergiques  ; 
2-  qu’ils  produisent  dans  les  parties  sur  lesquelles  ils 
ont  été  appliqués  une  inflammation  intense,  suivie  bien¬ 
tôt  de  tous  les  symptômes  qui  annoncent  la  stupéfac¬ 
tion  du  ^sterne  nerveux;  3*^  que  la  mort  oceasionée 
par  ces  poisons  ai’rive  plus  promptement  s’ils  ont  été 
introduits  dans  le  canal  digestif  ,  que  dans  le  cas  où  ils 
ont  été  appliqués  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  de 
la  partie  interne  de  la  cuisse  ;  4®  qu  indépendamment 
de  l’action  locale  qu’ils  exercent,  et  qui  suffit  pour 
rendre  raison  dés  phénomènes  auxquels  ils  donnent 


(  i83  ) 

lieu,  ils  paraissent  être  absorbés  et  portés  dans  le  tor¬ 
rent  de  la  circulation  pour'  agir  ultérieurement  sur  le 
système  nerveux;  5°  que  les  effets  des  feuilles  sont 
beaucoup  moindres,  et  même  nuis,  lorsqu’elles  ont 
été  desséchées. 

î)u  hhus  radicans  et  du  Toxicodendron. 

Le  rhus  radicans  est  une  plante  de  la  famille  des 
térébinthacées  de  Jussieu,  et  de  la  pentandrie  digynie 
de  Linnæus  ;  il  doit  être  considéré  comme  une  variété 
du  rhus  toxicodendron,  d’après  M.  Bosc. 

107.  Caractères  des  feuilles.  Elles  sont  alternes,  ter- 
nées  ,  et  naissent  ordinairement  au  nombre  de  quatre  où 
cinq  sur  la  pousse  de  l’année;  il  y  a  un  pétiole  com¬ 
mun  presque  cylindrique,  plus  ou  moins  velu,  renflé 
à  sa  base,  long  de  deux  à  trois  pouces ,  et  large  d’une 
ligne  ;  chacune  des  folioles  est  ovale ,  lancéolée,  acu- 
minée,  glabre  ou  velue,  anguleuse  ou  entière;  les  an¬ 
gles,  lorsqu’il  y  en  a,  sont  toujours  en  petit  nombre, 
obtus  ,  et  ne  se  montrent  qu’à  la  moitié  ,  et  plus  sou¬ 
vent  aux  deux  tiers  de  la  longueur  de  la  feuille  ;  les 
moyennes  sont  longues  de  trois  pouces  sur  deux  de 
largeur  ;  les  inférieures  sont  presque  sessiles ,  et  par¬ 
tagées  d’une  manière  inégale  par  la  nervure.;  la-  supé¬ 
rieure  est  longuement  pétiolée. 

Action  du  rhus  radicans  sur  V économie  animale.  Les 
observations  recueillies  jusqu’à  ce  iour  sur  les  effets 
de  cette  plante  permettent  de  conclure  1°  que  la  par¬ 
tie  la  plus  active  est  celle  qui  se  dégage  à  l’état  de 
gaz ,  lorsqu’elle  ne  reçoit  pas  les  rayons  directs  du 
soleil;  2®  quelle  agit  à  la  manière  des  poisons  irri- 


(i84) 

tàfls  :  aussi  a-t-on  remarqué  souvent  que  pîusieurâ 
personnes  ont  éprouvé  uue  cuisson  brûlante ,  suivie 
d’inllammation  ^  de  démangeaison ,  de  la  chute  de 
l’épiderme ,  etc.,  pour  avoir  touché  des  feuilles  de  cette 
plante,  ou  pour  avoir  plongé  les  mains  sous  un  cy¬ 
lindre  couvert  d’un  étui  de  carton  nôir  contenant  une 
certaine  quantité  du  gaz  qu’elle  exhale  ;  3®  que  l’extrait 
aqueux  enflamme  aussi  les  organes  sur  lesquels  il  estap. 
pliqué ,  et  quai  peut  déterminer  la  mort  à  la  dose  de  plu¬ 
sieurs  gros ,  soit  qu’il  ait  été  injecté  dans  l’estomac  ou 
dans  les  veines  ,  soit  qu’il  ait  été  mis  en  contact  avec  le 
tissu  cellulaire  sous-cutané  de  la  partie  interne  de  la 
cuisse;  4°  qu’indépendamment  de  cette  inflammation 
le  rhus  radicans  paraît  exércer  une  action  stupéfiante 
sur  le  système  nerveux. 

De  la  Chélidoine. 

La  chélidoine  est  une  plante  de  la  famille  des  papa- 
véracées  de  Jussieu  et  de  la  polyandrie  monogynie 
de  Linnæus. 

io8.  Caractères  du  genre.  Calice  caduc  à  deux  folioles 
ovales  ,  concaves  :  corolle  à  quatre  pétales  :  ovaire  por¬ 
tant  un  stigmate  en  tête  à  deux  lobes  épais  :  capsule 
allongée ,  presque  cylindrique,  semblable  à  une  silî- 
que  ,  composée  de  deux  ou  de  trois  valves  ;  graines, 
adhérant  le  long  de  deux  placenta  situés  entre  les 
sutures  des  valves,  et  persistant  même  après  leur  sépa¬ 
ration. 

Chélidoine  éclaire  (  Chelidonium  majus  ). 

Tige  cylindrique ,  rameuse ,  légèrement  velue ,  s’éle- 


{j85) 

vant  jusqu’à  cinq  décimètres;  feuilles  grandes ,  molles , 
découpées ,  ailées  ou  profondément  piiinatifides,  à  lobes 
ou  découpures  arrondis  ou  obtus  ,  vertes  en  dessus 
et  d’une  couleur  glauque  en  dessous  ;  fleurs  jaunes  et 
plus  petites  que  celles  de  plusieurs  espèces  de  chéli- 
doine  ;  leurs  pédoncules  particuliers  sont  réunis  sur 
les  pédoncules  communs  en  manière  d’ombelles  ;  les 
siliques  sont  grêles,  lisses,  et  n’ont  pas  six  centimètres 
de  longueur.  (  Lamarck  et  Decandolle.  )  On  la  trouve 
partout ,  dans  les  haies  y  les  fentes  des  vieux  murs  et 
les  masures,  surtout  à  l’ombre.  Toutes  les  parties  de 
la  chélidoine  fournissent ,  lorsqu’on  >  les  incise  ,  un 
sue  jaunâtre ,  amer ,  caustique  et  d’une  odeur  désa¬ 
gréable. 

Symptômes  et  lésions  de. tissu  produits  par  la  chéli¬ 
doine.  (  Voyez  S  93  et  6.  ) 

Action  de  la  chélidoine  sur  V économie  animale.  Les 
expériences  que  nous  avons  faites  sur  les  chiens  prou¬ 
vent ,  I?  que  le  suc  des  feuilles  de  chélidoine ,  et 
l’extrait  de  la  même  plante  doivent  être  rangés  parmi 
les  poisons  irritans  ;  2®  qu’étant  introduits  dans  le 
canal  digestif,  ou  appliqués  sur  le  tissu  lamineux  sous- 
cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuisse  ,  ils  ne  tardent 
pas  à  déterminer  l’in-iammation  des  organes  qu’ils 
touchent  ;  3»  que  la  mort  qu’ils  occasionnent  doit 
être  attribuée  à  cette  inQammatfon  et  à  l’irritation 
sympathique  du  système  nerveux  ;  4*^  qn’il  est  pro¬ 
bable  qu’ils  sont  absorbés  et  portés  dans  le  torrent  de 
la  circulation. 


(  ^86  ) 

Du  Narcisse  des  prés. 

Le  narcisse  des  prés  est  une  plante  de  la  famille 
des  narcissées  de  Jussieu  et  de  l’héxandrie  monogynie 

de  Linnæus.  ( planclie  2.  )  , 

lop.  Caractères  du  genre.Vo\aiÏTe  est 'vaîè,ve\\ecd\ic&, 
tubuleux  à  sa  base  a  le  limbe  partagé  en  six  divisions 
étalées  ;  du  sommet  du  tube  s’élève  un  nectaire  péta-, 
loïde,  de  forme  variée,  tantôt  raonophylle  et  cam¬ 
panule  J  d’autrefois  court  ou  divisé  ;  les  six  étamines 
sont  Cachées  dans  le  tube;  le  stigmate  est  trilobé  ;  le 
fruit  est  uiie  capsule  à  trois  loges,  s’ouvrant  en  trois 
valves.  Les  fleurs, jaunes  ou  blanches  sont  renfermées 
dans  une  spathe  mince  et  scarieuse. 

Narcisse  faux  Nakcisse  (Narcissus  pseudo  narcissus ,  L.) 

Son  bulbe  est  arrondi ,  formé  d’écailles  très-serrées; 
ses  feuilles  sont  allongées,  étroites,  aplaties,  obtuses, 
un  peu  plus  courtes  que  la  hampe.  Celle-ci  est  longue 
d’environ  un  pied  ,  très-comprimée ,  et  offrant  deux 
côtés  tranchans  ;  elle  est  terrUinée  par  une  seule  fleur 
jaune,  grande ,  un  peu  penchée,  qui  sort  d’une  spathe 
membraneuse  fendue  longitudinalement  d’un  seul 
côté  ;  le  limbe  du  calice  est  à  six  divisions  ovales  , 
aiguës,  étalées  ,  jaunes  ;  le  nectaire  est>  ti'ès-grand , 
campaniforme  ,  allongé  ,  jaune  ;  son  bord  est  légère¬ 
ment  frangé  et  d’unè  couleur  plus  vive.  Les  six  éta¬ 
mines  sont  renfermées  dans  l’intérieur  du  tube  qu’elles 
ne  dépassent  pas.  Le  style  est  simple  ,  terminé  par  un 
stigmate  trilobé  ;  la  capsule  est  obovoïde ,  comme  à 
six  côtes;  elle  est  à  trois  loges  et  s’ouvre  entrois  valves. 


(  i§7  ) 

Le  narcisse  faux  narcisse  ,  ou  des  bois  ,  croît  dans 
les  bois  ombragés.  Il  nest  pas  rare  aux  environs  de 
Paris,  où  il  fleurit  pendant  les  mois  de  mars  et  d  avril. 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  produits  par  le  narcisse 
des  prés.  (  V oy.  S  pS  et  S  6-  ) 

Actiop  du  narcisse  des  prés  sur  V économie  animale, 
Les  expériences  que  nous,  avons  tentées  sur  les  chiens 
avec  l’extrait  de  cette  plante  nous  permettent  de  con¬ 
clure  ,  1°  qu’il  doit  être  considéré  comme  unpoison  irri* 
tant,  susceptible  d’ôccasioner  la  mort  dans  l’espace  de 
quelques  heures  lorsqu’il  est  employé  à  la  dose  de 
deux  ou  trois  gros  ;  29  qu’il  est  essentiellement  émé¬ 
tique  3®  qu’indépendamment  de  l’inflammation  qu’il 
développe  dans  les  organes  avec  lesquels  il  a  été  mis  en 
contact ,  et  qui  en  général  est  peu  intense  ,  il  est 
absorbé  et  porté  dans  le  torrent  de  la  circulation  ; 
4°  qu’il  paraît  agir  spécialement  sûr  le  système  nerveux 
en  détruisant  ta  sensibilité ,  et  sur  la  membrane  mu¬ 
queuse  de  l’estomac  dont  il  détermine  l’inflammation  , 
lors  même  qu’il  a  été  appliqué  sur  des  plaies  ou  sur  le 
tissu  lamineux  sous -cutané  de  îapartie  interne  de  la 
cuisse  ;  5®  que  son  action  est  moins  énergique  lorsqu’il 
a  été  introduit  dans  le  canal  digestif,  que  dans  les  cas 
d  application  extérieure  dont  nous  venons  de  parler. 

De  la  Renoncule  des  prés. 

La  renoncule  est  une  plante  de  la  famille  des  re- 
nonculacées  de  Jussieu ,  et  de  la  polygandrie  polyginie 
de  Linnæus.  {  Ployez  planche  3.) 

I  lo.  CaracUres  du  genre  '.  Galice  formé  de  cinq  sépales 
caduques  ;  corolle  de  cinq  pétales  offrant  à  leur  base 


(  i88  .)  • 

interne  une  petite  fossette  glanduleuse;  étamines  et 
pistils  en  grand  nombre;  les  fruits  sont  des  akènes  or¬ 
dinairement  terminées  par  un  petit  crochet  oblique. 

Renoncule  âcre  (Rànunculus  acris,  Linn.,  Sp.  77g.} 

Sa  racine  est  formée  de  longues  fibres  blanchâtres , 
presque  simples;  ses  feuilles  radicales  sont  pétiolées, 

.  velues,  divisées  très-profondément  en  trois  ou  cinq 
lobes  digités,  incisés,  dentés  et  aigus;  dans  les  feuilles 
de  la  tige,  ces  lobes  sont  linéaires ,  entiers;  les  pétioles, 
légèrement  velus ,  sont  dilatés  et  membraneux  à  leur 
base.  La  tige  est  dressée ,  haute  d’environ  deux  pieds , 
fistuleuse,  simple  et  un  peu  velue  dans  sa  partie  infé¬ 
rieure,  divisée  supérieurement  en  rameaux  allongés, 
cylindriques,  non  striés,  qui  servent  de  support  aux 
fleurs.  Celles-ci ,  d’un  beau  jaune,  sont  nombreuses  et 
comme  paniculées;  les  cinq  sépales  du  calice,  légère¬ 
ment  concaves  ,  sont  étalés  et  pointus  ;  les  pétales  sont 
subcordiformes,  un  peuémarginés  à  leur  sommet.  Les 
fruits,  ramassés  en  tête,  sont  assez  gros,  lisses,  termi¬ 
nés  par  un  petit  crochet  peu  recourbé.  < 

Cette  espèce  est  très-commune  dans  les  bois  un  peu 
coTiverts  et  humides.  Elle  fleurit  durant  une  partie  de 
l’été. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  la  renon¬ 
cule  des  prés.  [F.  %  gô  et  6.) 

Action  de  la  renoncule  des prés  sur  ï économie  anirruile. 
Il  résulte  des  expériences  faites  sur  les  chiens,  et  des 
observations  recueillies  chez  l’homme,  que  le  suc 
obtenu  en  triturant  les  feuilles  de  cette  plante  avec  de 
l’eau,  ainsi  que  l’extrait  aqueux  de  la  même  plante, 


(  ) 

sont  vénéneux,  et  susceptibles  d’occasioner  une  mort 
prompte  ;  a®  qu  ils  agissent  en  déterminant  une  inflam¬ 
mation  intense  des  organes  avec  lesquels  on  les  a  mis 
en  contact,  et  par  suite  une  irritation  sympathique  du 
système  nerveux;  3°  que  leur  action  est  moins  vive 
lorsqu’ils  ont  été  appliqués  sur  le  tissu  lamineux  sous- 
cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuisse,  que  dans  le 
cas  où  ils  ont  été  introduits  dans  le  canal  digestif; 
4®  qu’ils  ne  paraissent  pas  être  absorbés  ;  5^  qu’ils  pro¬ 
duisent  les  mêmes  effets  sur  les  chiens  que  sur  l’homme. 

On  remarque  que  les  espèces  suivantes  offrent  des 
propriétés  vénéneuses  analogues  :  ranunculus  scelera- 
tus ,  ranunculus  flammula,  ranunculus  bulb'osus,  ranun¬ 
culus  ficaria  ,  ranunculus  thord,  ranunculus  arvensis  y 
ranunculus  alpestris ,  ranunculus polyanthemos ,  ranun¬ 
culus  illyricus  ,  ranunculus  gramineus  ,  ranunculus 
asiaticus ,  ranunculus  aquatilis,  ranunculus  platan^o- 
lius ,  ranunculus  bregnius ,  et  ranimculus  saf doits. 

III.  Indépendamment  des  végétaux  irritans  dont 
nous  venons  de  parler,  il  en  est  encore  un  certain 
nombre  dont  nous  nous  bornerons  à  faire  connaître 
les  noms,  parce  qu’ils  ont  été  moins  étudiés  que  les 
précédens,  que  leurs  usages  sont  beaucoup  moins 
nombreux ,  et  que  d’ailleurs  tout  porte  à  croire  qu’ils 
agissent  de  la  même  manière.  Ces  végétaux  sont  : 

Les  rhododendron  chrjsanihum  et  ferrugineum. 

'La  couronne  impériale  {^fritillaria  imperialis.  ) 

•  pédiculaire  des  marais  {^pedicularis  palustris.'^ 

Le  cjrclam^n  europæum. 

La  joubarbe  des  toits  (jsedum  açre.^ 

Le  plumbago  europœa. 


(  Ipo  ) 

La  scamraonée  {convdlvulus  scammortea.') 
cerbera  ahovaï  eX  nianghas. 

Les  cynanchutn.  evectiim  et  ■vimialè. 

Les  lobelia  longijlora  et  syphilitica. 

Les  apocynum  androsæmifoliwn^  cannabinumex  ve~ 
netum. 

Les  asclepias  gigantea  et  vincetoxicum. 

JJhydrocotile  'vulgaris. 

Les  clematitis  uitalba^  Jiammula^  recta  eX  integri- 
folia. 

Le  pastinaca  sativa  annosa. 

Les  scelantus  quadragonus,  Forskalii et glartdulosus. 

Le  phytolacca  decandra. 

Le  croton  tiglium. 

Les  arum  rnaculatum^  esculentüm,  seguinum  y  dra- 
cunculusy  dracôntiumy  'virginieum,  colocasia  et  at- 
borescens. 

Le  calla  palustris. 

Des  Cantharides. 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  les  cantharides? 

I^a  cantharide  des  boutiques  (  cantharis  vesica- 
toria,  meloe  'vesicàtorius ,  lytta  'vesicatoria)  y  est  un 
insecte  de  l’ordre  des  coléoptères  (i),  de  la  section 


(i)  Les  coléoptères  ojit  quatre  ailes,  dont  les  deus  supé¬ 
rieures,  pliées  simplement  en  travers  ,  sont  en  forme  d’étui 
crustacé  et  à  suture  droite  ;  ils  ont  des  mandibules  et  des 
mâchoires  pour  la  mastication. 


(  ^91  ) 

des  hétéromères  (i),  de  la  famille  des’trachélides  (2). 
fig.  4,  pl- 21.)  . 

H2.  Caractères  du  genre  caniharide.  Crochets  des 
tarses  profondément  bifides;  élytres  de  la  longueur 
de  l’abdomen  (3),  flexibles,  recouvrant  deux  ailes;  an-^ 
tennes  filiformes ,  manifestement  plus  courtes  que  le 
corps ,  avec  le  troisième  article  beaucoup  plus  long  que 
le  précédent  ;  palpes  maxillaires  un  peu  plus  gros  à  leur 
extrémité  ;  corps  allongé  ,  presque  cylindrique  ;  tête 
grosse,  presqu’en  cœur;  corselet  (thorax)  petit,  com¬ 
parativement  à  la  longueur  du  corps,  presque  carré, 
un  peu  plus  étroit  que  l’abdomen  ;  articles  des  tarses 
entiers;  mandibules  se  terminant  en  une  pointe  en¬ 
tière.  Cantharide  'vésicatoire.y ext  doré,  antennes  noires. 
Caractères  de  la  poudre  des  cantharides.  Lorsqu’elle 
est  impalpable,  elle  est  d’un  gris  verdâtre,  parsemée 
de  points  brillans  d’un  très-beau  vert  ;  son  odeur  est 
âcre  et  nauséabonde;  chauffée  sur  une  plaque  de 
fer  rougie  au  feu ,  elle  se  charbonne  et  dégage  une 
fumée  d’une  odeur  fétide  semblable  à  celle  de  la  corne 
qui  brûle.  Leau,  letber  et  l’alcohol  lui  Communi¬ 
quent  une  teinte  jaune ,  tiranf  légèrement  sur  le  vert 
lorsqu  on  emploie  l’étber,  et  sur  le  rouge  si  on  fait 


(1)  Les  hétéromères  ont  cinq  articles  aux  tarses,  antérieurs , 
et  quatre  aux  deux  derniers. 

(2)  Les  trachélides  ont  la  tête  triangulairé  du  en  cœur , 
séparée  du  corselet  par  un  rétrécissement  brusque  en  forme 
de  coL 

(3)  Elytres  ,  du  grec . £ Aurpoi/ ,  gaine,  enveloppe,  étui,  ailes 
supérieures  des  insectes  qui  en  ont  quatre. 


(192) 

usage  d ’alcohol  concentré  et  qu’on  le  laisse  agir  pen¬ 
dant  long-temps. 

Il 3.  Caractères  de  l’alcohol  cantharide  (teinture  al- 
coholique  des  pharmacies ,  préparée  avec  l’eau-de-vie 
ordinaire  ).  Elle  est  précipitée  en  blanc  par  l’eau  ;  en  rose 
clair  par  l’eau  de  tournesol  ;  en  blanc  tirant  légèrement 
sur.  le  jaune  ^  et  seulement  au  bout  de  quelques  ins- 
tans  ,  par  le  prussiate  de  potasse  et  de  fer  ;  en  jaune 
clair  par  les  hydrosulfates  solubles,  et  lé  précipité  est 
grumeleux;  en  blanc:,  par  le  sous-carbonate  dé  potasse; 
le  précipité  est  pulvérulent ,  et  ne  paraît  qu’au  bout  de 
quelques  instans  ;  en  jaune  verdâtre  par  les  acides  hy- 
drochlorique  et  sulfurique;  le  précipité  est  composé 
de  très-petites  lames,  et  avant  de  se  ramasser,  la  li¬ 
queur  était  trouble  et  d’un  jaune  serin  ^  en  jaune 
l’acide  nitrique  ;  ce  mélange  présente  à  sa  surface,  au 
bout  de  vingt-quatre  heures,  une  matière  grasse,  rou¬ 
geâtre,  d’une  odeur  sembla,ble  à  celle  de  la  graissé  que 
l’on  a  fait  chauffer  avec  l’acide  nitrique. 

Symptômes  déterminés  par  les  cantharides.  Les  can¬ 
tharides  introduites  dans  l’estomac,  donnent  lieu  à  la 
plupart  des  symptômes  dont  nous  avons  fait  mention 
§  93,  à  l’occasion  des  substances  irritantes  ;  nous  croyons 
seulement  devoir  faire  remarquer  que  les  malades 
éprouvent  plus  particulièrement  une  odeur  nauséa¬ 
bonde  et  infecte  ,  une  ardeur  considérable  dans  la 
vessie ,  et  presque  toujours  un  priapisme  opiniâtre  et 
très-douloureux;  l’urine  est  quelquefois  sanguinolente. 
On  observe  aussi  la  plupart  de  ces  symptômes  lorsque 
la  poudre  de  cantharides  a  été  appliquée  à  forte  dose 
sur  la  peau,  et  mieux  encore  sur  le  tissu  cellulaire 
sous-cutané. 


(  x93  ) 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  cantharides.  Les 
parties  qui  ont  été  en  contact  avec  les  cantharides  sont 
le  siège  d’une  inflammation  ordinairement  très  -  in¬ 
tense,  ('t’ofez  §  6);  la  vessie  et  les  organes  génitaux  sont 
le  plus  souvent  phlogosés  lorsque  la  poudre  de  cet 
insecte  a  été  appliquée  sur  la  peau  ou  sur  le  tissu  cel¬ 
lulaire  ,  tandis  que  le  canal  digestif  semble  être  dans 
l’état  naturel;  mais  il  est  jrare  qu’on  découvre  des 
traces  d’inflammation  dans  la  vessie  et  dans  les  parties 
génitales,  quand  la  mort  est  le  résultat  de  l’introduc¬ 
tion  des  cantharides  dans  l’estomac ,  à  moins  que  les 
animaux  n’aient  succombé  deux ,  trois -ou  quatre  jours 
après  l’empoisonnement. 

Action,  des  canthnrides  sur  V économie  animale.  1°  La 
poudre  des  cantharides  est  un  poison  irritant  éner- 
gique  pour  l’homme ,  soit  qu’on  l’introduise  dans  le 
canal  digestif,  soit  qu’on  l’applique  sur  des  plaies  ou 
sur  ta  peau  ;  2°  elle  détermine  une  vive  inflammation 
des  parties  qu’elle  touche,  qui  ne  tarde  pas  àêtre  suivie 
d’une  action  marquée  sur  le  système  nerveux  ,  et  à  la¬ 
quelle  il  faut  attribuer  la  mort;  3®  elle  est  absorbée 
portée  dans  le  torrent  de  la  circulation  ,  et  agit  sur  la 
vessie  et  sur  les  organes  génitaux;  en  effet,  on  dé¬ 
couvre  quelquefois  l’inflammation  de  ces  parties  après 
la  mort,,  et  dans  le  cas  où  il  est  impossible  de  constater 
cette  lésion ,  on  .peut  s’assurer  que  l’individu  soumis 
à  l’influence  des  cantharides,  a  éprouvé  le  priapisme, 
une-grande  ardeur  de  vessie  et  beaucoup  de  difficulté 
à  expulser  1  urine,  qui  d’ailleurs  est  fort  rare ,  rouge  , 
et  quelquefois  sanguinolente;  . 49  la -partie  active  des 
cantharides  réside  dans  la  matière;  blanche  découverte 

ï3 


(  194  ) 

par  M.  Robiquet  (  çantharidine  )  ,  et  "dans  le  principe 
Volatil  huileux;  auss^i  la  poudre  privée  par  1  ébullition" 
de  ce  dernier  principe  seulement,  agit-elle  avec  moins 
d’énergie  que  celle  que  l’on  n’â  pas  fait  bouillir  dans 
l’eau,  et  elle  n’exerce  plus  d’action  délétère  si  on  l’a 
dépouillée  à  la  fois  des  deux  principes  dont  nous  par¬ 
lons  ,  en  la  traitant  à  plusieurs  reprises  par  l’eau  bouil¬ 
lante  ;  5®  l’huile  verte  et  la  substance  jaune  soluble  dans 
l’alcohol  et  insoluble  dans  l’éther,  ne  jouissent  d’au¬ 
cune  propriété  vénéneuse  ;  6°  l’action  des  extraits 
aqueux  et  alcoholique  est  plus  vive  que  celle  de  la 
poudre,  parce  qu’ils  renferment,  sous  le  même  poids, 
plus  de  cantharjdine;  mais  elle  serait  encore  plus  éner¬ 
gique  s’ils  n’avaient  point  été  débarrassés  du  principe 
volatil  par  l’ébullition. 

Des  Animaux  qiii  produisent  des  accidens  graves 
.  lor s quHls  sont  introduits  dans  V estomac. ■ 

114.  Il  résulte  d’un  très-grand  nombre  d’observa¬ 
tions  faites  par  le  docteur  Chisholm,  que  l’on  pêche 
dans  les  mers  des  Indes  occidentales ,  et  dans  certains 
endroits  seulement,  des  poissons,  que  l’on  peut  manger 
sans  inconvénient  ,  excepté  depuis  le  mois  de  février 
jusqu’au  mois  de  juillet,  époque  pendant  laquelle  ils 
’  contractent  des  qualités  délétères.,  sans  qu’on  puisse 
en  assigner  la  véritable  cause.  Voici  l’énumération  de 
ces  poissons  :  le  perça  de  Brown,  le  coracinus 

fuscus.)  le  sparus  chrjsops^  Xe^corpphœna  kippuriis  de 
Lacépède ,  le  scomher  maximüs ,  le  marœa  congère  le. 
clupœa  thrjssa  de .  Linnæus,.  le  minor  et 

quelques  variétés  du  cancer  rüricola. 


La  plupart  de  ces  poissons  déterminent,  peu  de 
temps  apres  leur  introduction  dans  l’estomac ,  une 
démangeaison  générale ,  des  douleurs  atroces  dans  plu¬ 
sieurs  régions  de  l’abdomen  et  à  l’oesophage,  des  nau¬ 
sées,  des  déjections  alvines  et  des  voraissemens  fré- 
quens ,  l’accélération  du  pouls,  des  vertiges ,  la  perte  de 
la  vue,  des  sueurs  froides,  l’insensibilité  et  la  mort. 
Quelquefois  on  observe  aussi  que  la  peàu  se  couvre  de 
taches  larges,  d’une  couleur  vermeille,  bu  que  l’épi¬ 
derme  tombe  comme  dans  certaines  espèces  de  lèpre. 
Cette  maladie  peut  se  terminer  d’une  manière  fâcheuse 
dans  l’espace  de  quelques  minutes,  d’une  demi-heure 
ou  de  plusieurs  heures.  Il  nest  pas  rare,  lorsque  les 
symptômes  que  nous  venons  de  décrire  cèdent  à  un 
traitement  convenable ,  d’observer  pendant  plusieurs 
jours  la  |>aralysie  dés  membres  abdominaux. 

Des  Moules. 

1 15.  Il  est  pariaitement  démontré  que  des  individus 
ont  éprouvé,  peu  de  temps  après  avoir  mangé  des  moules 
fraîches ,  des  symptômes  analogues  à  ceux  que  détermi¬ 
nent  certains  poisons  irritans  ;  mais  il  n’êst  guère  pos¬ 
sible,  dans  létat  actuel  de  la  science,  d’indiquer  au 
juste  la  cause  des  accidens  produits  par  ces  mollus¬ 
ques,  et  que  1  on  a  fait  dépendre  tour  à  tour  d’une  al¬ 
tération  morbide  qu’ils  auraient  éprouyée,  des  subs¬ 
tances  dont  ils  se  nourrissaient,  d’une  petite  étoile  de 
mer  quel  ort  y  trouverait  constamment  pendant  les  mois 
où  elles  sont  nuisibles,  d’une  matière  que  l’on  appelle 
crasse.,  et  qui  se  trouve  dans  la  mer;  enfin  d’üne  dis¬ 
position  particulière  de  l’estomac  des  personnes  qui  les 


(î96) 

mangent,  etc.  Voici  les  symptômes  que  l’on  a  observés 
dans  cette  espèce  d’empoisonnement  ;  malaise  général, 
pesanteur .d’éstomac ,  nausées,  vomissemens ,  douleur 
à  l’épigastre  et  dans  plusieurs  parties  de  l’abdomen , 
anxiétés  précordiales ,  respiration  difficile,  stertp- 
reuse,  ou  spasmodique  et  convulsive  j  menaces  de  suf.. 
focation,  pouls  accéléré,  petit,  serré  ;  tuméfaction 
générale  ou  partielle  ;  démangeaison  quelquefois  in¬ 
supportable  sur  diverses  parties  du  corps ,  suivie  le  plus 
ordinairement  d’une  éruption  de  vésicules ,  ou  de  pé¬ 
téchies  blanches;  quelquefois  rougeur  de  la  peau;  en- 
cbiffrènement;  refroidissement  des  extrémités  ;  délire  ; 
soubresauts  des  tendons  ;  sueurs  froides,  etc.  Çes  symp¬ 
tômes  disparaissent  presque  toujours  par  l’usage  d’un 
traitement  approprié  ;  ils  peuvent  néanmoins  être  suivis 
de  la  mort,  et  alors  on  découvre  des  traces  d’inflamma¬ 
tion  dans  l’estomac  et  dans  les  intestins. 

.  Du  Verre. 

''  ri6.  Le  verre  et  l’émail  en  poudre  ne  jouissent  d’au¬ 
cune  propriété  vénéneuse-  Administrés  sous  forme  dé 
fragmens  aigus,  ils  peuvent  quelquefois  irriter  et  en¬ 
flammer  l’estomac,  comme  le  ferait  tout  autre  corps 
dont  l’action  serait  mécanique. 

VINGTIÈME  LEÇON. 
DEUXIÈME  CLASSE. 

Des  Poisons  narcotiques. 

1 17.  Le  xaot narcotique ,  dérivé  du  grec  ,  assou¬ 
pissement^  a  été  employé  pour  désigner  un  très-grand 


(  197) 

nombi-e  de  poisons  qui  n’agissent  pas  évidemment  de 
la  même  manière  ;  ainsi  la  plupart  des  substances  nar- 
cotico-âcres  ont  été  confondues  avec  les  narcotiques  ; 
il  en  a  été  de  même  de  quelques  poisons  tirés  de  la 
classe  des  irritans.  Aujourd’hui  on  désigne  sous  ce  nom 
tous  les  poisons  qui  agissent  primitivement  sur  le  sys¬ 
tème  nerveux  et  sur  le  cerveau  en  particulier,  sans  dé¬ 
terminer  l’inflammation  des  parties  qu’ils  touchent ,  et 
qui  donnent  lieu  à  quelques-uns  des  symptômes  sui- 
vans  :  engourdissement,  pesanteur  de  tête,  somno- 
lencé,  vertiges,  sorte  d’ivresse,  assoupissement,  état 
comme  apoplectique,  délire  furieux  ou  gai,  douleurs 
légères  d’abord,  puis  insupportables;  cris  plaintifs, 
mouvemens  convulsifs,  partiels  ou  généraux;  faiblesse 
ou  paralysie  des  membres,  et  en  particulier  des  mem¬ 
bres  abdominaux  ;  dilatation  de  la  pupille  ;  sensibilité 
diminuée  des  organes  des  sens  ;  nausées ,  vomissemens, 
surtout  si  la  substance  narcotique  a  été  appliquée  sur 
la  peau  ulcérée  ou  sur  le  rectum;  pouls  fort,  plein, 
fréquent  ou  rare;  respiration  comme  dans  l’état  natu-' 
rel  ou  un  peu  accélérée^ 

1 18.  Lorsque  cet  empoisonnement  se  termine  par  la 
mort ,  on  observe  que  les  vaisseaux  du  cerveau  et  des 
méningés  sont  souvent  engorgés  de  sang;  les  poumons 
sont  quelquefois  d’une  couleur  violette,  ou  d’un  rouge 
plus  fonce  que  dans  l’état  naturel  ;  alors  leur  tissu  est 
serré,  gorgé  de  sang,  et  peu  crépitant ,  du  moins  dans 
quelques-unes  de  leurs  parties.  Le  sang  contenu  dans 
les  cavités  du  cœur  et  dans  les  veines  ne  conserve  pas 
toujours  sa  fluidité,  comme  on  l’a  annoncé;. car  on  le 
trouve  souvent  coagulé  peu  de  temps  après  la  mort. 


(  1,98  }  - 

Les  autres  organes  ne  sont  le  siège  d’aucune  lésion  re¬ 
marquable,  et  si  on  a  quelquefois  découvert  une  in¬ 
flammation  du  canal  digestif,  elle  était  évidemment 
produite  par  des  substances  irritantes  mêlées  avec  lé 
poison  narcotique ,  ou  bien  elle  existait  av^nt  l’empoi¬ 
sonnement. 

119.  Les  poisons  narcotiques  sont  absorbés  et  portés 
dans  le  torrent  de  la  circulation ,  et  ils  déterminent  les 
mêmes  accidens,  soit  qu’ils  aient  été  mis  en  contact  avec 
la  peau  ulcérée,  le  tissu  lamineux  sous-cütané ,  le  canal 
digestif  j  la  plèvre  ou  le  péritoine,  soit  qu’ils  aient  été 
injectés  dans  les  veines.  On  est  loin  de  remarquer 
cette  uniformité  d’action  dans  la  plupart  des  poisons 
irritâns. 

De  r Opium. 

-Avant  de  parler  de  l’opium,  nous  croyons  devoir 
faire  connaître  la  morphine  et  le  principe  crystal- 
lisable  de  Derosne ,  substances  qui  entrent  dans  sa 
composition ,  et  qui  produisent  sur  l’économie  anir 
male  des  effets  propres  à  éclairer  son  histoire  toxicb 
logique. 

De  la  Morphine. 

Comment  peut-on  reconnaître  l’empoisonnement 
par  la  morphine  ? 

1 20.  Là  morphine  est  solide ,  blanche ,  ou  colorée  eii 
jaune  ou  en  brun,  suivant  son  degré  de  pureté;  elle 
crystallise  en  parallélipipèdes ,  et  n’a  point  d’odeur. 
Lorsqu’on  la  met  sur  des  charbons  ardent,  elle  se  dé¬ 
compose  à  la  manière  des  substances  végétales  qui  ne 
contiennent  point  d’azote,  et  laisse  du  charbon;  si  on 


(  199  ) 

la  fait  fondre  dans  un  petit  tube  de  verre  dont  la  tem¬ 
pérature  est  fort  peu  élevée  ,  elle  devient  transpa¬ 
rente  ,  mais  elle  reprend  son  opacité  aussitôt  que  le 
tube  commence  à  se  refroidir  :  elle  est  presque  inso¬ 
luble  dans  l’eau;  l’alcohol  la  dissout  facilement  à 
chaud,  et  la  laisse  déposer  en  grande  partie  parle  re¬ 
froidissement.  Cette  dissolution ,  d’une  saveur  arnere^^ 
jouit  de  propriétés  alcalines;  en  effet,  elle  ramène  au 
bleu  la  couleur  du  tournesol,  rougie  par  un  acide. 
L  acide  nitrique  du  comnierce ,  versé  par  gouttes  sur 
la  morphine ,  lui  communique  une  belle  couleut 
rouge  \  l’acide  acétique  faible  la  dissout  rapidement 
à  froid;  du  reste,  tous  les  acides  peuvent  se  combiner 
avec  elle  et  former  des  sels  crystallisables. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  déterminés  par  la 
morphine.  Ils  ne  diffèrent  point  de  ceux  que  produit 
l’opium.  (  F”.  §  laS.  ) 

1 2 1 .  Action  de  la  morpMne  sur  l’économie  animale. 
Il  résulte  des  expériences  faites  sur  les  chiens,  et  des 
observations  recueillies  chez  l’homme ,  i®  que  la  mor¬ 
phine  pure  et  à  l’état  solide  peut  être  introduite  dans 
l’estomac  des  chiens  les  plus  faibles  à  la  dose  de  dix 
ou  douze  grains,  sans  donner  lieu  à  aucun  phéno¬ 
mène  sensible  ;  ce  qui  tient  à  la  grande  difficulté 
avec  laquelle  lés  sucs  dé  l’estomac  en  opèrent  la  dis¬ 
solution;  toutefois  ,  s’il  y  avait  dans  ce  viscère  une 
assez  g-rande  quantité  d’acide  libre ,  la  morphine  se¬ 
rait  dissoute ,  et  occasionnerait  tous  les  symptômes  de 
1  empoisonnement;  a®  quelle  n’agit  point  lorsqu’on 
1  applique  à  l’état  solide  sur  le  tissu  lamineux  sous- 
cutané  de  la  partie  interne  dé  la  cuisse  des  chiens  ; 


(  200  ) 

3°  que  les  sels  de  morpliine  produisent  sur  l’homme^ 
et  sur  les  animaux  les  mêmes  effets  que  l’extrait 
aqueux  d’opium  ;  le  sulfate  et  l’hydrochlorate  agissent 
avec  moins  d’énergie  que  Tacétate ,  ce  qui  dépend 
probablement  de  ce  que  les  acides  sulfurique  et  hy- 
drochlorique  neutralisent  mieux  les  propriétés  véné*^ 
neuses  de  la  morphine  que  l’acide  acétique  ;  4®  que 
l’actioh  de  douze  grains  de  morphine  dissoute  dans 
l’acide  acétique  est  plus  vive  que  celle  de  la  même 
dose  d’extrait  aqueux  d’opium  ;  cela  tient  à  ce  qu’il  y 
a  beaucoup  moins  de  douze  grains  de  morphine  dans 
cette  quantité  d’extrait;  mais  il  est  extrêmement  pro¬ 
bable  que  si  on  faisait  dissoudre  douze  grains  de  môr-: 
phine  dans  les  acides  qui  font  partie  de  l’extrait  aqueux 
d  opium ,  on  obtiendrait  des  effets  beaucoup  plus  in¬ 
tenses  qu’avec  douze  grains  de  cet  alcali  dissous  dans 
1  acide  acétique,  parce  que  les  acides  de  l’opium  neu¬ 
tralisent  probablement  la  morphine  avec  moins  d’é¬ 
nergie  que  l’acide  acétique';  dans  ce  cas  ,  l’alcali, 
étant  plus  libre,  agirait  avec  plus  de  force  ;  5^  que 
la  dissolution  de  morphine  dans  l’huile  d'olives  exerce 
sur  l’économie  .  animale  une  action  beaucoup  plus 
intense  que  celle  de  l’extrait  aqueux  d’opium  :  ainsi,, 
une  dissolution  huileuse  contenant  six  grains  de  mor- 
phine  est  aussi  énergique  que  douze  grains  d’extrait  ;■ 
6°  qu’il  est  probable  ,  d’après  quelques  observations 
recueillies  chez  l’homme ,  que  la  morphine  dissoute 
dans  l’alcohol  agit  encore  avec  plus  d’intensité  que 
la  dissolution  huileuse ,  mais  que  ce  fait  ne  peut  pas 
être  constaté  sur  les  chiens,  ï’alcohol ,  affaibli  au 
point  de  n’exercer  aucune  action  sur  ces  animaux, 


(  201  3 

dissolvant  une  si  petite  quantité  de  morphine,  qu’il 
est  impossible  de  déterminer  chez  eux  le  moindre 
effet  ;  7°  que  les  préparations  solubles  de  morphine 
sont  absorbées  ;  aussi  leur  action  est-elle  beaucoup 
plus  vive  lorsqu’on  les  injecte  dans  les  veines ,  que  dans 
le  cas  où  on  les  applique  sur  le  tissu  cellulaire  ou  sur 
le  canal  digestif;  8®  qu’elles  agissent  sur  l’écononiie 
animale  comme  l’extrait  aqueux  d’opium.  (  Voy.  page 
208.  i3®  pour  les  détails  relatifs  à  cet  extrait,  et  pour 
le  rôle  que  joue  la  morphine  dans  l’empoisonnement 
par  l’opium.) 

Du  Principe  crystaïlisàbîe  de  Derosne. 

Comment  peut-on  reconnaître  l’empoisonnement 
par  le  principe  de  Derosne  ? 

122.  Le  principe  de  Derosne ,  appelé  aussi  sel  de  De’- 
rosne ,  narcotine existe  dans  l’opium  indépendam¬ 
ment  de  la  morphine.  Il  est  solide  ,  blanc  ou  légèrement 
coloré  en  jaune,  inodore,  insipide  et  crystallisé  en  pris¬ 
mes  droits  à  base  rhomboïdale.  Chauffé  graduellement 
dans  un  tube  de  verre,  il  fond  comme  les  graisses,  à 
une  température  peu  élevée,  devient  transparent,  et  se 
conserve  dans  cet  état  même  après  le  refroidissement  :  si 
on  élève  davantage  la  température,  ou  qu’on  le  mette 
sur  des  charbons  ardens,  il  se  décompose  et  répand  une 
fumée  épaisse,  d’une  odeur  ammoniacale.  Il  est  à  peine 
soluble  dans  l’eau  froide  ;  l’alcohol  bouillant  le  dissout 
à  merveille ,  et  le  laisse  déposer  en  grande  partie  par  le 
refroidissement.  Il  est  très-soluble  dans  l’éther;  l’huile 
d  olives  et  celle  d’amandes  douces  le  dissolvent  len¬ 
tement  à  une  température  inférieure  à  celle  de  l’ébul- 


,  (  202  ) 

\ilion.  Aucune  de  ces  dissolutions  ne  jouit  de  propriétés 
alcalines.  L’acide  acétique,  quel  que  soit  son  degré  de 
concentration,  ne  le  dissout  qu’à  la  température  de 
l’ébullition  5^  l’acide  nitrique  du  commerce  le  dissout  à 
froid  sans  le  faire  passer  au  rouge  :  la  dissolution  est 
jaune.  Ces  caractères  suffisent  pour  distinguer  le  prin¬ 
cipe  dont  nous  parlons  de  la  morphine. 

1 2^.  Action  du  principe  de  Derosne  sur  V économie  ani¬ 
male.  n  résulte  des  expériences  que  nous  avons  faites 
sur  les  chiens,  i®  que  dix  ou  douze  grains  du  principe 
de  Derosne  peuvent  être  appliqués  sur  le  tissu  cellulaire 
de  la  partie  interne  de  la  cuisse,  sans  occasioner  le 
moindre  accident  ;  2°  que  huit,  dix  ou  douze  grains  du 
même  principe,  dissous  dans  six  ou  huit  gros,  d’huile 
d’olives,  et  introduits  dans, l’estomac,  déterminent  les 
effets  suivans  :  quinze  ou.  dix-huit  heures  après  leur  ad¬ 
ministration.,  les  animaux  éprouvent  des  nausées  qui 
ne  tarderaient  pas  à  être  suivies  de.  vomissement,  si  on 
ne  s’opposait  point  à  l’expulsion  des  matières  conte¬ 
nues  dans  l’estomac  ;  ils  paraissent  plus  faibles  et 
comme  dans  un  état  de  stupeur  ;  leurs  extrémités  pos¬ 
térieures  fléchissent  peu  à  peu;  la  respiration  est  un 
peu  accélérée  :  bientôt  après  ils  se  relèvent  pour  se 
porter  en  avant,  et  semblent  plus  éveillés.  Cet  état 
dure  plusieurs  heures ,  jusqu’à  ce 'que  la  faiblesse  soit 
assez  considérable  pour  forcer  les  animaux  à  se  cou¬ 
cher  sur  le  ventre  ou  sur  le  côté ,  attitude  dans  la¬ 
quelle  ils  meurent  au  bout  de  quelques  heures.  La  mort 
est  précédée  de  légers  mouvemens  convulsifs  dans  les 
membres;  elle  arrive  à  la  fin  du  deuxième/  du  troi¬ 
sième  ou  du  quatrième  jour  ;  du  reste ,  on  n’observe 


(  2o3  ) 

ni  vertiges ,  ni  paralysie  des  extrémités ,  ni  cris  plain¬ 
tifs,  ni  secousses  convulsives  fortes,  comme  cela  a  lieu 
avec  la  morphine  et  avec  l’opium  ;  les  organes  des  sens 
exercent  librement  leurs  fonctions.  A  l’ouverture  du 
cadavre,  on  ne  découvre  point  d’altération  marquée 
dans  le  canal  digestif;  3®  qu’un  grain  du  même  prin¬ 
cipe  dissous  dans  l’huile,  et  injecté  dans  la  veine  jugu¬ 
laire,  produit  un  état  de  stupeur  analogue  à  celui  dont 
nous  venons  de  parler,  et  peut  oçcasioner  la  mort  dans 
l’espace  de  vingt-quatre  heures;  4®  que  douze  grains 
dissous  dans  environ  deux  gros  de  vinaigre  concentré 
peuvent  être  injectés  dans  le  tissu  cellulaire  de  la  partie 
interne  de  la  cuisse,  sans  qu’il  en  résulte  d’inconvé¬ 
nient  notable,  tandis  que  la  même  dose  d’acétate  de 
morphine,  appliquée  sur  le  même  tissu,  donne  lieu  5 
tous  les  symptômes  de  l’empoisonnement.  (  page 
ào8.  3°  pour  le  rôle  que  joue  çe  principe  dans  l’em¬ 
poisonnement  par  l’opium.) 

De  F  Opium. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  ropium? 

ï  24.  L’opium  est  formé  de  morphine,  de  deux  acides 
dont  l’un  a  reçu  le  nom  d’acide  méconique,  et  paraît  se 
trouver  dans  l’opium  à  l’état  deméconate ,  de  principe 
crystallisable  (de  Dérosne),  d’une  substance  ayant  quel¬ 
que  analogie  avec  le  caoutchouc,  de  gomme,  d’ami¬ 
don,  de  résine,  d’huile  fixe,  et  d’une  matière  végéto- 
animale  ;  enfin ,  on  y  trouve  quelquefois  du  sable ,  des 
cailloux,  des  débris  de  fibres  végétales. 

Caractères  de  Fopium,  Solide^,  d’un  brun  rougeâtre 


(  ) 

€n  dehors,  légèrement  luisant,  opaque,  pliant,  sus¬ 
ceptible  d’adhérer  aux  doigts,  d’une  odeur  particulière^ 
nauséabonde,  d’une  saveur  âcre,  amère,  chaude,  so¬ 
luble  en  partie  et  à  toutes  les  températures  dans  l’eau 
et  dans  les  acides  faibles,  se  ramollissant  dans  l’eau 
chaude  de  manière  à  fournir  une  pâte  molle.  Mis  sur 
les  charbons  ardens ,  il  se  décompose  comme  les  subs¬ 
tances  végéto- animales,  répand  une  fumée  épaisse 
d’une  odeur  ammoniacale,  et  laisse  du  charbon  pour 
r4?idu.  Il  brûle  avec  flamme  lorsqu’on  l’approche  d’une 
bougie  allumée.  . 

Dissolution  aqueuse  di opium.  Liquide  transpare/it , 
ayant  X odeur  èt  la  saveur, de  l’opium,  roug^sant  le  pa¬ 
pier  de  tournesol ,  et  précipitant  en  jaune  brunâtre 
par  une  petite  quantité  d’ammoniaque;  ce  précipité 
renferme  de  la  morphine  et  du  principe  de  Derosne. 

Extrait  aqueux  d’opium.  Il  est  solide,  brun,  doué 
d’une  saveur  amère,  et  d’une  odeur  qui  ressemble  à 
celle  de  quelques  autres  extraits,  mais  qui  diffère  es¬ 
sentiellement  de  celle  de  l’opium.  Il  se  dissout  très- 
bien  dans  l’eau  ;  la  dissolution  rougit  le  papier  de  tour¬ 
nesol,  et  précipite  des  flocons  d’un  blanc  jaunâtre 
(morphine  et  sel  de  Derosne)  par  l'eau  de  ehaux  ou 
par  une  petite  quantité  d’ammoniaque. 

Laudanum  liquide  de  Sydenham.  Liquide  préparé 
avec  l’opium ,  le  safran  ,  la  cannelle,  le  girofle  et  le  vin 
d’Espagne,  Il  offre  une  couleur  rouge-orangée  foncée  ; 
sa  saveur  est  extrêmement  amère  ;  son  odeur  à  la  fois 
de  safran  et  de  girofle  est  très-forte  ;  sa  consistance  est 
assez  épaisse;  il  rougit  le  papier  de  tournesol.  L’eau 
distillée  ne  le  trouble  point  :  il  en  est  de  même  de  l’am- 


(  2o5  )  . 

moniaque;  l’eau  de  chaux  y  fait  naître  un  précipité 
blanc- jaunâtre,  soluble  dans  un  excès  d’eau  de  cbaux. 

1 2 5 .  Srmptômes  de  V empoisonnement. par  V opium.  Les 
symptômes  que  l’on  observe  chez  les  personnes  sou¬ 
mises  à  l’influence  de  l’opium  ou  de  son  extrait  sont 
très-variables;  quelquefois  le  malade  éprouve  un  délire 
qui  le  porte  à  extravaguer,  puis  tombe  dans  un  assou¬ 
pissement  profond.  Dans  d’auti’es  circonstances  il  y  a 
propension  au  sommeil,  état  comateux,  assoupisse¬ 
ment  ;  cependant  le  malade  peut  être  réveillé  pour 
quelques  minutes  à  l’aide  d’une  forte  secousse.  Les 
yeux  sont  immobiles,  languissans  et  abattus,  la  pu¬ 
pille  dilatée ,  l’iris  insensible  à  la  lumière  ;  les  muscles 
des  membres  et  du  tronc  sont  dans  le  relâchement; 
il  y  a  immobilité  et  insensibilité  parfaites.  On  observe 
des  nausées,  desvomissemens;  la  déglutition  est  difficile 
ou  impossible;  la  respiration,  souvent  peu  apparente 
est  quelquefois  pénible ,  stertoreuse  et  intercèptee  : 
l’état  du  pouls  varie  extraordinairement  suivant  les  in¬ 
dividus,  et  chez  la  même  personne,  suivant  l’époque 
de  la  maladie  et  plusieurs  autres  circonstances  qu’il  est 
difficile  d  apprécier;  quelquefois  les  artères  tempo¬ 
rales  battent  avec  une  sorte  de  frémissement  ;  la  face 
est  pâle  comme  cadavéreuse  :,il  peut  y  avoir  distor¬ 
sion  de  la  bouche.  Ces  symptômes  augmentent,  et  la 
mort  arrive. 

Lorsqu’on  administre  une  forte  dose  d’opium  à  des 
chiens,  op  observe  constamment  les  mêmes  phéno¬ 
mènes  :  assoupissement,  pesanteur  de  tête,  vertiges, 
faiblesse  des  extrémités  postérieures, qui  ne  tardent  pas 
a  etre  paralysées  ;  le  pouls  est  plein,  fort,  souvent  accé- 


(  2o6  ) 

léré;  cris  plaintifs,  mouvemens  convulsifs  d’abord  lé¬ 
gers,  mais  qui  deviennent  bientôt  tellement  intenses 
que  l’aniràal  est  déplacé  :  sa  tête  se  renverse  sur  le  dos; 
ses  extrémités  se  roidissent  par  intervalles  ;  loin  d’être 
profondément  endormi,  il  peut  être  réveillé  au  moindre 
contact,  par  le  plus  léger  bruit,  et  il  n’est  pas  rare  alors 
de  déterminer  un  accès  convulsif  plus  ou  moins  fort. 
Tous  ces  symptômes  augmentent  d’intensité;  les  extré¬ 
mités  postérieures  finissent  par  être  entièrement  para^ 
lysées ,  et  la  mort  arrive  ordinairement  peu  d’heures 
après  l’empoisonnement. 

Lésions  de  tissu  produites  par  l’opium.  (^.  §  1 1  8  .) 

126.  Action  de  V opium  sur  V économie  animale. 
1°  L’opium  en  substance  détermine  la  mort  des  chiens 
les  plus  robustes  dans  l’espace  de  vingt  à  trente 
heures,  lorsqu’il  a  été  introduit  dans  l’estomac' à  la 
dose  de  deux  ou  trois  gros. 

2°  L’extrait  aqueux  d’opium  obtenu  avec  de  l’eau 
froide,  et  qui  n’a  subi  qu’une  évaporation,  est  beau¬ 
coup  plus  actif  que  l’opium  en  substance,  et  que  les 
extraits  préparés  en  suivant  un  autre  procédé;  en  effet, 
il  occasionne  la  mort  des  chiens  dans  l’espace  de  trois 
ou  quatre  heures,  quand  il  a  été  introduit  dans  l’es¬ 
tomac  à  la  dose  de  deux  ou  trois  gros. 

3°  Il  agit  avec  plus  d’énergie  lorsqu’il  est  injecté 
sous  forme  de  lavement ,  à  moins  qu’il  ne  soit  subite¬ 
ment  rejeté.  , 

4°  Son  action  est  encore  plus  vive  quand  il  est  ap¬ 
pliqué  sur  le  tissu  cellulaire ,  et  surtout  lorsqu’on  l’in¬ 
troduit  dans  lés  veines,  dans  la  plèvre  ou  dans  le'  pé¬ 
ritoine. 


(  207  ) 

5°  Injecté  dans  la  carotide,  il  détermine  encore  la 
mort  a?fec  plus  de  rapidité. 

6°  Il  en  faut  une  assez  grande  quantité  pour  tuer  les 
animaux  dans  la  vessie  desquels  il  a  été  introduit. 

7°  Son  application  siu*le  cerveau  n’est  pas  mortelle. 

8®  L’extrait  d’opium  privé  de  morphine  et  du  prin¬ 
cipe  de  Derosne^  peut  être  administré  à  forte  dose  sans 
déterminer  les  symptômes  de  l’empoisonnement,  et 
s’il  conserve  quelquefois  une  légère  action ,  cela  tient  à 
ce  que  la  séparation  de  ces  principes  n’a  pas  été  Com¬ 
plète. 

9®  L’extrait  dL  .oyixixsx^  privé  seulement  du  principe  de 
Derosne  au  moyen  de  l’éther,  comme  l’a  indiqué  M.  Ro- 
biquet,  jouit  de  toutes  ses  propriétés  vénéneuses,  agit 
avec  là  même  énergie,  et  paraît  même  plus  excitant 
que  celui  qui  contient  encore  lê  même  principe. 

lo®  L’eau  distillée  d’opium,  fortement  saturée  du 
principe  qui  se  volatilise,  peut  déterminer  des  vertiges, 
le  sommeil,  et  même  la  mort ,  si  elle  a  été  prise  a  forte 
dose.  ' 

1 1°  Le  marc  d’opium ,  du  l’opium  épuisé  par  l’eau, 
dans  lequel  il  y  â  beaucoup  de  principe  de  Defosrie  et 
de  la  morphine,  administré  en  substance  à  la  dose  de 
deux  gros,  occasionne  des  accidens  analogites  à  ceux 
que  produit  le  principe  de  Desrone  {vop.  §  laS)  ;  néan  ¬ 
moins  les  animaux  se  rétablissent  d’eux-mêmes  au 
bout  de  quelquès  jours.  ; 

12®  Deux  gros  du  même  marc  ,  laissés  pendant  dix 
heures  dans  un  mélange  de  deux  onces  d’eau  et  de  deux 
onces  de  vinaigre  du  comraérce,  puis  introduits  dans 
l’estomac,  déterminent  la  mort  des  chiens  dans  l’espacé 


'  (  2o8  ) 

dé  trente  à  quarante  heures,  après  avoir  donné  lieu  â 
des  accidens  semblables  à  ceux  que  produit  le  principe 
de  Derosne  ;  ce  que  l’on  peut  expliquer  facilement  par 
la  rapidité  avec  laquelle,le  vin aigrç  affaibli  dissout  le 
principe  de  Derosne  et  la  morphine  qui  font  partie  du 
marc.  Ce  résultat  s’accorde  à  merveille  avec  un  fait  que 
nous  avons  établi  dans  notre  Tiaité  de  Toxicologie, 
savoir ,  que  l’opium  agit  avec  plus  d’énergie  lorsqu’il 
est  administré  avec  l’eau  vinaigrée,  que  dans  le  cas 
où  il  est  simplement  mêlé  à  l’eau  ;  en  effet,  l’eau  ne 
dissout  point  les  principes  actifs  du  marc ,  tandis  que 
l’eau  vinaigrée  s’empare  de  tout  ce  que  l’eau  simple 
aurait  pu  dissoudre  ,  et  en  outre  du  principe  de  De¬ 
rosne  ,  et  de  la  morphine  qui  restent  dans  le  marc. 

i3®., D’après  ce  qui  précède  ,  et  d’après  ce  qui  a  été 
dit  aux  articles  morphine  et  principe  de.  Derosne , 
nous  croyons  pouvoir  établir,  A  ^  que  l’opium  doit 
ses  propriétés  vénéneuses  à  un  sel  de  morphine  et  au 
principe  de  Derosne  ;  B ,  que  ces  deux  composés  agis¬ 
sent  d’une  manière  différente  ,  que  nous  avons  signalée 
en  faisant  leur  histoire  ;  C ,  que  l’action  de  l’opium 
résulte  de  l’action  combinée  de  ces  deux  composés;  D , 
que  c’est  au  sel  de  morphine  qu’il  particulièrement 

attribuer  les  effets  toxiques  de  l’opium ,  puisque  l’ex¬ 
trait,  privé  de  principe  de  Derosne,  et  contenant  en¬ 
core  le  sel  dont  nons  parlons ,  tue  les  animaux  dans 
le  même  espace  de  temps  que  l’extrait  ordinaire  ;  E , 
que  le  principe  de  Derosne  ne  peut  pas  être  considéré 
comme  le  principe  excitant  de  l’opium ,  tandis  que  la 
morphine  en  serait  le  principe  narcotique  ,  comme 
vient  de  l’annoncer  M.  E.obquet,  d’après  les'expé- 


(  209  ) 

riences  de  M.  Magendie  (i).  (  le  premier  bulletin 
de  la  société  médicale  d’émulation .  ) 

i4°.  L’opium  ne  détruit  point  la  contractilité  des 
muscles  avec  lesquels  il  a  été  mis  en  contact  ;  un 
cœur ,  plongé  dans  une  dissolution  d’opium ,  se  con¬ 
tracte  encore  pendant  long-temps.  Il  agit  sur  le  cer¬ 
veau  après  avoir  été  absorbé  et  porté  dans  le  torrent 
delà  circulation. 

i5®  Ses  effets  délétères  ne  dépendent  point  de 
l’action  qu’il  exèrce  sur  les  extrémités  nerveuses  de 
l’estomac  ,  puisque  les  animaux  ,  soumis  à  l’influence- 
de  l’opium,  et  auxquels  on  a  coupé  la  paire  vague 
des  deux  côtés,  meurent  dans  le  même  espace  de 
temps  que  si  la  section  n’eût  pas  été  faite. 

i6°  L’opium  n’agit  point  sur  l’économie  animale 
comme  les  boissons  alcoholiques.  (  Koy.AXcoYioX.  ) 

De  la  Jusquiame, 

La  jusquiame  est  une  plante  de  la  famille  des  sola- 
nées  de  J ussieu ,  et  de  la  pentandrie  monogynie  de 
Liniiæus.  {^Voyez  planche  4*) 


(i)  On  peut  se  convaincre  de  cette  vérité  en  administrant 
comparativement  à  deux  chiens  de  même  force  à  peu  près , 
douze  grains  de  morphine  et  de  principe,  de  Derosne  dis¬ 
sous  dans  l’huile  d’amandes  douces  (vaj.  pour  les  effets, 
§121  et  123  ).  Nous  ne  savons  à  quoi  attribuer  la  diffé¬ 
rence  qui  èxiste  entre  les  résTiltats  des  expériences  de  M.  Ma¬ 
gendie  et  lés  nôtrës  ;  le  principe  crystallisable  dont  nous 
avons  fait  usagé  avait  été  préparé  par  M.  Dérosné  ;  l’extrait 
aqueux  d’opium  privé  de  ce  principe  par  l’éthèr,  et  qui 


(  210  ) 

1 2^.  Caractères  du  genre.  Calice  campanule ,  allongé . 
persistant,  à  cinq  dents;  corolle  infundibuliforme,  à 
cinq  angles  inégaux  et  obtus  ;  cinq  étamines  déclinées  ; 
capsule  à  deux  loges ,  s’ouvrant  par  une  espèce  de  cou¬ 
vercle  qui  occupe  son  tiers  supérieur. 

Jusquiame  noire  (Hyosciamus  niger ,  Linn,  sp.  sSy). 

Sa  racine  est  fibreuse  et  annuelle;  sa  tige  ,  haute 
de  dix -huit  pouces,  à  deux  pieds,  est  cylindrique, 
épaisse ,  rameuse  à  sa  partie  supérieure ,  toute  couverte 
de  poils  longs  et  visqueux  :  ses  feuilles  sont  éparses, 
alternes,  et  quelquefois  opposées  en  même  temps  sur  le 
même  pied;  elles  soint  grandes,  ovales,  aiguës,  pror 
fondément  sinueuses  sur  les  bords,  sessiles,  molles, 
velues  et  visqueuses.  Ses  fleurs  ,  d’un  jaune  sale ,  sont 
veinées  de  lignes  pourpres;  elles  sont  presque  sessiles, 
disposées  en  longs  épis  et  toutes  tournées  d’un  même 
côté.  Le  calice  est  monosépale,  campanulé,  persistant, 
à  cinq  dents  grandes  écartées  et  aiguës  ;  il  est  vis¬ 
queux  et  velu  à  l’extérieur.  La  corolle  est  infundibu¬ 
liforme  ,  oblique  et  irrégulière  ;  son  tube  est  cylin¬ 
drique,  plus  étroit  que  le  calice  ;  le  limbe  est  à  cinq 
divisions  inégales  et  obtuses.  Les  étamines,  au  nombre 
de  cinq ,  sont  déclinées ,  à  peine  saillantes  hors  de  la 
corolle  :  leurs  filets  sont  subulés  et  velus;  les  anthères 
sont  ovoïdes,  à  deux  loges  de  couleur  pourpre  foncée. 


produit  le  même  effet  que  l’extrait  ordinaire,  nous  avait  été 
fourni  par.M.  Robiquet  ;  enfin  nous  avons  tellement  varié 
et  multiplié  les  expériences,  que  nous  n’hésitons  pas  à  sou¬ 
tenir  la  conclusion  que  nous  venons  de  tirer. 


(  2II  )  .  , 

L’ovaire  est  presque  globuleux,  glabre  ,  à  deux  loges 
renfermant  chacune  un  très-grand  nombre  de  petits 
ovules  attachés  à  deux  trophôspermes  convexes  et 
appliqués  sur  le  .milieu  de  la  cloison;  cet  ovaire  est 
surmonté  par  un  style  violacé  que  termine  un  stigmate 
simple,  convexe  et  glanduleux.  Le  fruit  est  une  sorte 
de  capsule  ovoïde  très-obtuse,  enveloppée  de  toutes 
parts  par  le  calice,  offrant  deux  loges  qui  renferment 
une  grande  quantité  de  petites  graines  réniformes  :  elle 
s’ouvre  par  une  espèce  d’opercule  ou  de  couvercle 
placé  à  sa  partie  supérieure ,  à  la  manière  des  boîtes 
à  savonnette.  Ce  caractère  distingue  le  genre  jusquiame 
de  toutes  les  autres  plantes  de.  la  famille  des  solanées. 

La  jusquiame  croît  très-abondamment  aux  environs 
de  Paris  ,  le  long  des  chemins .  des  murailles,  dans  les 
décombres  et  les  lieux  incultes  ;  elle  fleurit  en  été^»; 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  la  jus¬ 
quiame  noire.  {^V^oyez  §  iiy  et  ii8.) 

Action  de  la  jusquiame  noire  sur  V économie  animale. 
Les  expériences^que  nous  avons  faites  sur  les  chiens ,  et 
les  observations  d’empoisonnement  recueillies  chez 
l’homme ,  nous  permettent  de  conclure  1°  que  le  suc  , 
le  décoctum  des  racines  de  jusquiame  noire  en  pleine 
végétation,  les  feuilles  et  l’extrait  aqueux  de  la  même 
plante  convenablement  préparés ,  jouissent  de  pro¬ 
priétés  vénéneuses  très  -  énergiques ,  susceptibles  de 
déterminer  la  mort  dans  un  court  espace  de  temps  ;  ùP 
que  le  suc  obtenu  avec  la  racine  est  plus  actif  que 
celui  que  fournissent  les  feuilles;  3®  que  ses  effets 
sur  l’économie  aniihale  sont  beaucoup  moins  mar¬ 
qués,  si  au  lieu  de  i’ employer  lorsque  la  jusquiame 


est, en  pleine  végétation,  on  en  fait  usage  au  com¬ 
mencement  dû  printemps;  4°  que  l’extrait  aqueux  ob¬ 
tenu  par  décoction  de  la  plante  peu  développée  ou 
trop  desséchée  jouit  à  peine,  de  propriétés  vénéneu¬ 
ses  ,  tandis  qu’il  est  doué  d’une  grande  activité  s’il  a 
été  préparé  avec  le  suc  de  la  plante  fraîche  en  pleine 
végétation ,  que  l’on  a  fait  évaporer  au  bain-marie  • 
5®  que  les  effets  fâcheux  de  ces,  substances  se  mani¬ 
festent  peu  de  temps  après  leur  emploi,  soit  qu’on 
les  applique  sur  le  tissu  laminêux  sous-cutané  de  la 
partie  interne  de  la  cuisse ,  soit  qu’on  les  introduise 
dans  l’estomac  ou  dans  l’intestin  rectum ,  soit  enfin 
qu’on  les  injecte  dans  les  veines;  6®  que  ce  dernier 
mode  d’introduction  est  celui  qui  est  le  plus  prompte¬ 
ment  suivi  d’accidens  graves;  y^'que l’empoisonnement 
produit  par  là  plante  dont  nous  parlons  n’est  point 
le  résultat  d’üne  action  locale ,  puisqu’il  est  impossible 
de  découvrir  la  moindre  trace  d’irritation  sur  les  par-  ' 
lies  sur  lesquelles  elle  a  été  appliquée  ;  8°  qu’il  doit  être 
attribué  à  son  absoiption.  et  à  l’action  remarquable 
quelle  exerce  sur  le  système  nerveux,  et  en  particu¬ 
lier  sur  le  cerveau;  9®  quelle  détermine  une  sorte 
d’aliénation  mentale  à  laquelle  succède  une  stupéfac¬ 
tion  marquée;  10®  qu’elle  paraît  agir  sur  l’homme 
comme  sur  les  chiens. 

Les  hyosciamus  alhus ,  aureus  ,  physaloïdes  et  sco- 
polia^  jouissent  également  de  propriétés  vénéneuses 
très-marquées,  et  paraissent  exercer  sur  l’économie 
animale  le  mêmè  mode  d’action  que  l’espèce  précé- 
dentCi 


Cai3) 

De  V acide  hjdrocyanique  (  prussique). 


Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  éu  lieu  par  l’acide  hydroeyanique  ? 

Pour  résoudre  cette  question  d’une  manière  conve^ 
nable,  nous  croyons  devoir  exposer  les  caractères  phy¬ 
siques  et  chimiques  de  l’acide  hydroeyanique  pur^  et 
de  celui  de  Scheele,  qui  contient  uné  très-grande 
quantité  d’eau. 

Acide  hydroeyanique  pur,  découvert  par  M.  Gay-> 
Lussac.  Il  est  liquide  à  la  température  ordinaire,  sans 
couleur  et  transparent  ;  il  est  doué  d’une  odeur  très- 
forte,  insupportable,  semblable  à  celle  des  amandes 
amères;  sa  saveur ,  d’abord  fraîche  ,  devient  âcre  et 
irritante;  il  rougit  faiblement  l’eau  de  tournesol.  Il 
est  très  -  volatil  et  entre  en  ébullition  à  a6o  5' ,  tb. 
centigr. ,  sous  une  pressionde  ^6centimètres.  Lorsqu’on 
en  verse  une  ou  deux  gouttes  sur  l’extrémité  d’une 
petite  bande  de  papier ,  il  crÿstallise  en  partie,  meme 
à  la  température  de  20°,  th.  centigr.  ;  une  autre  por¬ 
tion'  se  vaporise  presque  instantanément  :  cette  pro¬ 
priété,  qui  n’appartient  qu’a  ce  liquide,  dépend  de 
ce  que  la  partie  qui  se  transforme  en  vapeur,  enlève 
assez  de  calorique  à  l’autre  portion  pour  la  faire  passer 
à  1  état  solide.  Abandonné  à  lui-même  dans  un  vaisseau 
fermé,  il  se  décompose,  brunit  et  finit  par  noircir  ; 
cette  décomposition,  qui  a  quelquefois  lieu  en  moins 
d  uné  heure ,  s’opère  presque  constamment  avant  le 
quinzième  jour.  Il  s’enflamme  à  l’air  par  rapproche 
dun  corps  en  combustion.  Il  est  peu  soluble  dans 
1  eau  :  l’alcohol  le  dissout  plus  facilement.  Il  fournit  du 


(  2i4  ) 

hleu  de  Prusse  ,  lorsque  après  l’avoir  étendu  d’eau  on 
le  mêle  av£c  du  fil  de  fer  et  qu’on  l’expose  à  l’air.  Il 
précipite  le  nitrate  d’argent  en  blanc. 

129.  Acide  hjdrocf  unique  dé  Scheele.  Il  ne  diffère 
du  précédent  que  parce  qu’il  est  étendu  d’eau  :  comme 
lui  il  est  liquide ,  incolore  et  transparent;  il  offre  la 
même  odeur  et  la  même  saveur,  mais  à  un  degré 
moins  prononcé  ;  il  n’altère  point  la  couleur  du  papier 
de  tournesol  lorsqu’il  a  été  privé  de  l’acide  sulfurique 
dont  on  s’ést  servi  pour  le  préparer  (i);  néanmoins 
celui  que  l’on  trouve  dans  le  commercé  rougit  sensi¬ 
blement  cette  couleur;  il  est  moins  volatil  que  le  pré¬ 
cédent  ,  et  ne  se  congèle  point  lorsqu’on  en  verse  quel¬ 
ques  gouttes  sur  du  papier  à  la  température  ordinaire 
de  l’atmosphère;  il  n’éprouve  point  la  même  altéra¬ 
tion  que  l’acide  découvert  par  M.  Gay-Lussac,  quand 
on  le  laisse  dans  un  vaisseau  fermé;  il  ne  s’ en¬ 
flamme,  point  lorsqu’on  le  met  en  contact  avec  un 
corps  allumé;  mais  si  on  le  chauffe  et  qu’on  reçôive 
sa  vapeur  dans  un  récipient ,  celle  -  ci  est  suscep¬ 
tible  de  s’enflammer  par  l’approche  d’un  morceau  de 
soufre  allumé  (  Scheele  ).  Si  on  le  mêle  avec  quelques 
gouttes  de  potasse  dissoute  dans  l’eau ,  et  qu’on  ajoute 
du  sulfate  de  fer  dissous ,  il  sei^Jbrme  un  précipité  brun- 
rougeâtre^  qui  disparaît  par  l’addition  d’une  petite 
quantité  d’acide  sulfurique  ;  alors  la  liqueur  est  bleue, 
et  il  ne  tarde  pàs  a  se  déposer  du  bleu  de  Prusse  :  quel¬ 
quefois  le  précipité  bleu  paraît  sur-le-champ.  L’a¬ 
cide  hydrocyanique  de  Scheele ,  mis  en  contact  avec 


(i)  Mémoires  de  Scheele,  tom. II,  pag.  i65. 


(  2i5  ) 

du  fil  de  fer  et  de  l’air  ,  fournit  du  bleu  de  Prusse  au 
bout  de  quelques  heures. 

i3o.  Symptômes  de  V empoisonnement  d-éterminé par 
V a/^ide  hydrocyanique.  On  observe  chez  les  animaux 
soumis  à  l’influence  de  l’acide  hydrocyanique  un 
trouble  momentané  de  la  respiration ,  la  paralysie 
générale  ou  partielle,  et  les  différens  degrés  du  nar- 
cotisme.  (/^.  §  1 17.)  Indépendamment  de  ces  effets ,  qui 
sont  communs  à  tous  les  animaux ,  on  remarque  une 
douleur  épigastrique  dans  l’homme  et  dans  le  chien  ; 
des  convulsions  dans  les  animaux  à  sang  chaud  diurnes , 
les  Crustacés  èt  les  insectes  aériens-,  tandis  que  les 
mammifères  nocturnes,  les  oiseaux  de  nuit,  les  ani¬ 
maux  à  sang  froid,  et  les  insectes  aquatiques ,  n  en 
éprouvent  point;  \q.  'vomissement ^  chez  les  bimanes, 
les  carnivores ,  les  oiseaux  rapaces ,  passereaux ,  galli¬ 
nacés,  phénomène  que  l’on  n’ observe  presque  jamais 
dans  les  rongeurs ,  et  jamais  dans  les  chevaux ,  les  plan¬ 
tigrades,  les  reptiles  batrachiens ,  sauriens ,  ophidiens , 
les  insectes,  et  les  zoophytes  ;  la  peHe  du  mouvement 
et  de  la  sensibilité  des  membres  thoraciques  sxant  celle 
des  membres  abdominaux ,  dans  les  taupes  ;  les  lézards  , 
les-  écrevisses ,  les  insectes ,  ce  qui  a  lieu  dans  un 
ordre  inverse  pour  les  autres  animaux  ;  des  déjections 
abondantes  dans  les  carnassiers;  la.  salivation  chez  ces 
memes  animaux,  et  quelquefois  dans  l’homme;  une 
secrétion  particulière  aux  gastéropodes  ,  aux  vers  à  sang 
rouge ,  etc.  L  invasion  de.  ces  divers  symptômes  est- 
soudaine,  la  marche  de  la  maladie  très-rapide.  (  Gpu- 
lon,  Recherches  sur  l’acide  hydrocyanique.) 

Lésions  de  tissu  produites  par  V  acide  hydrocyanique. 


(  2i6’  ) 

L’acide  hydrocyanique  ne  détermine  point  rinfiamma- 
tion  des  tissus  sur  lesquels  il  a  été  appliqué;  et  si  des 
observateurs  dignes  de  foi  ont  émis  une  opinion  con¬ 
traire',  c’est  que  l’acide  bydrocyanique  qui  faisait  le 
sujet  de  leurs  observations  avait  agi  sur  les  organes  en 
même  temps  que  des  substances  irritantes.  Les  vaisseaux 
dont  l’ensemble  constitue  le  système  sanguin  veineux 
sont  gorgés  de  sang  noir',  huileux ,  épais.  La  contractir 
lité  des  muscles  volontaires  d’abord^  puis  celle  du  cœur 
et  des  intestins  ,  est  anéantie  immédiatement  ou  peu 
de  temps  après  la  mort.  Plusieurs  partiesdu  corps ,  et 
surtout  l’estomac  ,  le  sang  jet  le  cerveau  exhalent 
assez  souvent  une  odeur  d’amandes  amères.  Les  ca¬ 
davres  peuvent  être  conservés  long -temps  sans  se 
T^ouxiv,  (^Fojr.  S  ii8  pour  les  autres  lésions  produites 
par,  les  narcotiques  .)  / 

Action  de  V acide  hjdrocyanique  sur  V économie  ani¬ 
male.  I®  L’acide  bydrocyanique  de  M.  Gay-Lussac  est 
le  plus  actif  de  tous  les  poisons  connus;  celui  de 
Scheele  qui  contient  beaucoup  d’eau  n’agit  avec  autant 
d’intensité  que  le  précédent ,  qu’autant  qu’il  est  èm-f 
ployé  à  une  dose  beaucoup  plus  forte  ;  du  reste ,  à 
cette  différence  près.,  leur  mode  d’action  est  identique  ; 

les  effets  de  l’acide  bydrocyanique  sont  moins 
marqués  lorsqu’il  a  été  dissous  dans  l’eau ,  que  dans 
le  cas  où  il  a  été  dissous  dans  l’alcobol  et  surtout 
dans  l’étber  ;  3®  il  perd  ses  propriétés  vénéneuses  par 
son  exposition  prolongée  à  l’air ,  la  vapeur  d’acide 
bydrocyanique  qui  se  dégage  alors  tendant  sans  cesse 
à  ramener  le  liquide  à  l’état  aqueux;  ép  ib jouit  en¬ 
core  d’une  assez  grande  énergie  quand  il  a  été  trans- 


(  217  ) 

formé  en  partie  en  une  substance  charbonneuse  par 
son  séjour  dans  des  vaisseaux  fermés,  à  moins  qu’il 
ne'  se  soit  écoidé  assez  de  temps  pour  que  sa  décom¬ 
position  ait  été  complète  ;  5*^  il  est  nuisible  aux  diffé¬ 
rentes  classes  d’animaux  ,  plus  à  ceux  qui  ont  le  sang 
chaud  qu’aux  autres  :  parmi  les  insectes  ,  ceux  qui  ont 
un  point  de  contact  avec  les  animaux  à  sang  froid, 
comme  les  aquatiques  ,  périssent  plus  lentement  que 
les  aériens  qui  se  rapprochent  davantagé  des  animaux 
à  sang  chaud  ;  mais,  dans  ces  derniers ,  les  parties  ces¬ 
sent  de  se  mouvoir  dans  un  ordre  inverse  à  celui  qui 
a  lieu  pour  les  animaux  à  sang  chaud  ;  6®  son  action 
est  d’autant  plus  intense ,  tout  étant  égal  d’ailleurs , 
qu’il  est  employé  en  plus  grande  quantité,  qu’il  reste 
plus  long-temps  en  contact  avec  les  organes  ,  que  les 
individus  sont  plus  jeunes  ,  la  sensibilité  plus  exquise  , 
la  circulatioti  plus  active ,  et  que  les  organés  de  la 
respiration  ont  plus  d’étendue  ;  y®  Ji  exerce  son  ac¬ 
tion  délétère ,  quel  que  soit  le  tissu  sur  lequel  il  ait 
été  appliqué  ,  les  nerfs ,  la  dure-mère  et  tous  les  or¬ 
ganes  blancs  exceptés;  8°  cependant  il  est  des  ani¬ 
maux  ,  tels  que  les  chiens  et  les  lapins ,  dont  la 
peau  est  tellement  dure ,  qu’il  serait  impossible  de 
déterminer  rempoisonnement  chez  eux  en  appli¬ 
quant  cet  acide  sur  le  système  cutané  ;  9°  l’intensité 
de  son  action  varié  suivant  la  partie  avec 'laquelle  il 
a  été  mis  en  contact;  ainsi  il  est  très-vénéneüx  lors¬ 
qu  il  est  introduit  dans  le  système  artériel;  il  l’est 
moins ,  injecté  dans  le  système  véihèux ,  la  trachée- 
artère  ,  les  poumons;  moins  encore  s’il  est  introduit 
dans  les  cavités  séreuses;  son  action  est  moins  éner- 


(  2i8  ) 

gique  lorsqu’on  l’administre  à  l’intérieur  sous  forme 
de  boisson  ou  de  lavement  5  enfin  il  agit  encore  plus 
faiblement  quand  on  l’applique  sur  des  blessures  et 
la  mort  arrive  plutôt  dans  le  cas  ou  la  blessure  a  été 
faite  aux  membres  antérieurs;  10°  il  agit  avec  moins 
d’énergie- lorsqu’il  est  appliqué  sur  une  partie  qui  ne 
communique  plus  avec  le  cerveau  ou  avec  la  moelle' 
épinière;  ii»  il  est  absorbé,  porté  dans  le  torrent 
de  la  circulation  pour  agir  d’abord  sur  le  cerveau,  et 
ensuite  sur*  les  poumons  ,  sur  les  organes  du  sentiment 
et  sur  les  muscles  des  mouvemens  volontaires  dont  il 
détruit  l’irritabilité  ;  12®  il  anéantit  également  la  con¬ 
tractilité  du  coeur  et  des  intestins;  iS^  ir  paraît  agir 
sur  1  homme  comme  sur  les  chiens.  (Résultats  des  tra¬ 
vaux  de  MM.  Schrader,  Ittner,  Robert,  Gazan  ,  Cal- 
lies  ,  et  surtout  d’Emmert  et  de  M.  Coulon.  ) 

1 3 1 .  Le  laurier  cerise,  le  pêcher,  le  merisier  à  grappes , 
les  amandes  amères  ,  etc. ,  contiennent  de  l’acide  hy- 
drocyanique  et  une  huile  essentielle  :  il  en  est  de  même 
de  leurs  eaUx  distillées.  Les  exemples  d’empoisonne¬ 
ment  chez  l’homme  par  ces  diverses  substances  sont 
tellement  nombreux  et  bien  constatés,  qu’il  est  impos¬ 
sible  de  les  révoquer  en  doute  ,  soit  qu’on  attribue  les 
effets  deleteres  qu  elles  produisent  à  l’acide  hydrocya- 
nique  ,  ou  à  l’huile  exclusivement,  soit  qu’on  les  fasse 
dépendre  de  l’un  et  de  l’autre.  L’action  de  ces  poisons 
étant  à  peu  près  la  même  que  celle  de  l’acide  hy- 
drocyanique,  nous  renvoyons  à  cet  article  pour  les 
symptômes ^  les  lésions  de  tissu  ^  etc.  ;  nous  observerons 
seulement  qu’ils  agissent  avec  moins  d’énergie  que  cet 
acide. 


(  219  ) 

On  reconnaîtra  les  eaux  distillées  de  cés  plantes ,  - 
1°  à  leur  odeur  d’amandes  amères,  2°,  à  la  propriété 
qu’elles  ont  de  fournir  du  bleu  de  Prusse  au  bout  de 
quelques  heures  lorsqu’on  les  mêle  avec  une  petite 
quantité  de  potasse  ou  de  magnésie,  dé  sulfate  de  fer 
et  d’acide  sulfurique.  (  §  129.) 

^  De  la  Laitue  -vireuse. 

La  laitue  est  une  plante  de  la  famille  des  cbicoracées 
de  Jussieu. 

182.  Caractères  du  genre.  Involucre  oblong,  em- 
briqué,  composé  de  folioles  membraneuses  sur  les 
bords;  réceptacle  glabre,  ponctué;  aigrette  pédicel- 
lée,  capillaire  j  molle  et  fugace. 

Laitue  vireuse,  lactuca  virosa.  Tige  lisse-,  cylin¬ 
drique,  dure,  blanchâtre,  haute  de  six  à  neuf  déci¬ 
mètres,  offrant  çà  et  là  quelques  épines  vers  sa  partie 
inférieure  :  feuilles  inférieures  oblongues,  dentelées, 
non  lobées ,  se  soutenant  dans  une  position  horizon¬ 
tale,  lisses,  embrassantes ,  oreillées  à  leur  base ,  et  ayant 
leur  côte  postérieure  taès-épineuse  ;  les  feuilles  supé¬ 
rieures  sont  entières ,  sagittees ,  et  présentent  seulement 
quelques  dents  presque  épineuses  à  leurs  oreillettes. 
Fleurs  jaunes,  petites,  formant  un  panicule  allongé  , 
et  peu  garni.  On  la  trouve  dans  les  champs,  les  haies 
et  sim  le  bord  des  murs. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  déterminés  par  la  laitue 
'vireuse.{Foy.%ïïrjetii%.) 

Action  de  la  laitue  vireuse  sur  l’économie  animale. 
Les  faits  recueillis  jusqu’à  ce  jour  s’accordent  pour 
prouver,  1»  que  la  laitue  vireuse  agit  sur  le  système 


(  220  ) 

nerveux  à  la  manière  des  narcotiques  ;  2°  que  l’extrait 
de  cette  plante  est  plus  énergique  lorsqu’il  a  été  pré¬ 
paré  en  faisant  évaporer  le  suc  à  une  douce  chaleur, 
que  dans  le  cas  où  il  a  été  obtenu  par  l’ébullition  des  di¬ 
verses  parties  de  la  plante  dans  l’eau;  3°  que  l’action  du 
suc  et  de  l’extrait  est  beaucoup  plus  vive  quand  ils  sont 
injectés  dans  la  veine  jugulaire,  que  lorsqu’ils  ont  été 
appliqués  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  dé  la  partie 
interne  de  la  cuisse;  dans  ce  dernier  cas,  les  effets  sont 
plus  marqués  que  lors  de  leur  introduction  dans  l’es¬ 
tomac.  / 

i33.  Après  avoir  fait  connaître  en  détail  les  poisons 
narcotiques  les  plus  actifs ,  nous  croyons  devoir  indiquer 
succinctement  les  noms  et  les  principales  propriétés 
dè  ceux  ^  qui  agissent  avec  moins  d’énergie,  et  de 
qùèlques  autres  dont  les  effets  sur  l’économie  animale 
n’ont  pas  encore  été  suffisamment  constatés. 

Diverses  espèces  de  solanum.  Les  baies  et  l’extrait 
aqueux  de  solanum  dulcarriara  (douce-amère)  peuvent 
être  administrés  à  l’homme  et  aux  chiens  à  des  doses 
très-fortes ,  sans  qu’iLen  résulte  d’inconvénient  marqué 
(Dunal.)  L’extrait  de  solanum  nigrum  (morelle)  est  peu 
vénéneux;  néanmoins  il  est  absorbé,  et  détruit  la  sen¬ 
sibilité  et  la  motilité,  lorsqu’il  a  été  convenablement 
préparé;  il  détermine  la  mort  des  chiens  dans  l’espace 
de  quarante  à  quarante-huit  heures,  s’il  a  été  introduit 
dans  l’estomac  à  la  dose  de  six  à  sept  gros;  il  agit  avec 
plus  d’énergie  quand  il  est  appliqué  sur  le  tissu  cellu¬ 
laire  de  la  partie  interne  de  la  cuisse.  Les  baies  sont 
loin  d’être  aussi  vénéneuses  qu’on  l’a  cru;  les  auteurs 
qui  ont  parlé  de  leurs  effets  délétères  les  ont  probable* 


(  221  ) 

ment  confondus  avec  ceux  que  déterminé  Vatropa  hel~ 
ladoha ,  planté  qui  était  rangée  parmi  les  solanum  par 
les  botanistes  antérieurs  à  Tournefort.  Le  solanum  Suf~ 
catum  paraît  jouir  d’une  plus  grande  activité  que  le  pré¬ 
cédent.  Le  suc  des  solanum  villosum ,  nodiflorum ,  mi-^ 
niatum,  est  légèrement  narcotique.  (  Vojez  le  beau 
Mémoire  de  M.  Dunal  publié  en  i8i3.  ) 

If  (  Taxas  baccata.  )  Le  sue  des  feuilles  d’if,  et 
l’extrait  qu’il  fournit  par  l’évaporation,,  ont  déter¬ 
miné  quelquefois  un  léger  narcotisme;  les  baies  ne 
paraissent  jouir  d’aucune  propriété  malfaisante. 

Actæa  spîcaia. 

Phf  salis  somnifera.  ■ 

Azalea  pontica, 

Eroum  ervilia. 

Lathjrus  cicera.  . 

Peganum  harmela. 

Paris  quadrifolia. 

Il  est  très-^peu  délétère  pour  les  chiens. 
VINGT  ET  UNIÈME  LEÇON- 
TROISIÈME  CLASSE. 

Des  Poisons  narcotico  -  acres. 

134.  On  ne  devrait  désigner  sous  ce  nom  que  les  poi¬ 
sons  qui  déterminent  à  la  fois  le  nareotisme  etl’inflam? 
mation  des  parties  qu’ils  touchent;  mais  il  n’en  est  pas 
ainsi ,  les  auteurs  ayant  rangé  parmi  les  poisons  nar- 
cotico-âcres  un  très-grand  nombre  de  substances  qui 
n  enflamment  point  les  tissus ,  et  d’autres  qui  ne  pro¬ 
duisent  le  nareotisme  qu’après  avoir  donné  lieu  à  la 


(  222  )  . 

plus  vive  excitation;  d’où  nous  croyons  pouvoir  con¬ 
clure  que  cette  classe  renferme  des  objets  fort  dispa¬ 
rates  5  dont  il  est  impossible  d  indiquer  les  caractères 
dans  une  définition  générale.  Il  nous  semble  utile  d’é¬ 
tablir  plusieurs  groupes  dans  chacun  desquels  nous 
rangerons  les  poisons  qui  se  rapprochent  le  plus  par 
leur  mode  d’action. 

§\er  — Scille;  de  VOEnanthe  crocata;  de 
r Aconit;  de  V Ellébore;  du  Colchique;  de  la 
Belladona;  du  Datura;  du  Tabac;  de  la  Di¬ 
gitale;  Aes  diverses  espèces  de  Ciguës;  et  du 
Laurier-Rose. 

i35.  Symptômes  déterminés  par  ces  poisons.  Agita¬ 
tion,  cris  aigus,  délire  plus  ou  moins  gai;  mouvemens 
convulsifs  des  muscles  de  la  face ,  des  mâchoires  et  des 
membres;  pupilles  souvent  dilatées;  pouls  fort,  fré¬ 
quent,  régulier  ou  petit,  lent,  irrégulier;  douleurs 
plus  ou  moins  aiguës  à  l’épigastre  et  dans  diverses  par¬ 
ties  de  l’abdomen;  nausées,  vomissemens  opiniâtres, 
déjections  alvines.  Quelquefois ,  au  lieu  d’une  grande 
agitation,  on  observe  une  sorte  d’ivresse,  un  grand 
abattement,  de  l’insensibilité,  un  tremblement  géné¬ 
ral  ,  et  les  malades  n’ont  aucune  envie  de  vomir.  Les 
symptômes  que  nous  venons  d’énumérer  peuvent  ne 
pas  se  présenter  tous  chez  le  même  individu;  mais 
ceux  qui  se  sont  manifestés  ne  cessent  jamais  complè¬ 
tement  pour  reparaître  quelque  temps  après__,  comme, 
cela  a  lieu  pour  les  poisons  rangés  dans  deux  autres 
groupes  de  cette  classe  dont  nous  paiderons  bientôt. 

:  1 36.,  Lésions  de  tissu  produites  par  ces  poisons.  Les  or- 


(  223  ) 

ganes  qui  ont  été  pendant  quelque  temps  en  contact  avec 
les  substances  qui  font  l’objet  de  ce  paragraphe,  sont  le 
siège  d’une  inflammation  plus'ou  moins  intense,;  sem¬ 
blable  à  célle  que  produisent  les  irritéms.  {Vof.  §  6.) 
Les  poumons  ,  le  sang  et  le  cerveau  présentent  des  alté¬ 
rations  analogues  à  celles  qne  développent  les  poisons 
narcotiques.  §  ii8.) 

1 37.  Action  de  ces  poisons  sur  V économie  animale. 
Nous  dirons  en  parlant  de  chacun  d’eux  tout  ce  qu’il 
importe  de  connaître  à  cet  égard;  nous  croyons  de¬ 
voir  nous  borner  ici  à  indiquer  qu’ils  sont  tous  absorbés 
qu’ils  agissent  particulièrement  sur  le  cerveau  ou  sur 
quelques  autres  parties  du  système  nerveux,  et  que 
l’inflammation  qu’ils  déterminent  ne  peut  pas  être  re¬ 
gardée  comme  la  causé  de  la  mort. 

DelaScille. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  la  bulbe  de  scille .?  {Scilla  maritima , 
plante  de  la  famille  des  liliacées  de  Jussieu  et  de 
l’hexandi-ie  monogynie  de  Linnæ.us.  )  - 

138.  La  bulbe  de  scille  rouge  (ognon)  est  très-volu- . 
mineuse  ;  elle  offre  souvent  la  grosseur  d’une  tête  d’en¬ 
fant;  elle  est  composée  de' plusieurs  lames  ou  squames 
superposées;  les  plus  extérieures  de  ces  tuniques  sont 
grandes  ;  larges ,  minces  ,  transparentes  ,  rouges,  pres¬ 
que  sèches  ,  et  friables  ;  les  plus  Jntérieures  sont . 
blanches ,  très-épaisses;  celles  qui  sont  placées  entre 
les  deux  couches  dont  nous  parlons  sont  très-amples, 
épaisses  et  recouvertes  4  une  pellicule  d’un  blanc 
rose;  elles  renferment  un  suc  visqueux  sans  odeur. 


(  224  ) 

très- amer  et  très-irritant.  La  bulbe  de  scille  répand 
une  odeur  subtile,  fort  âcre  et  pénétrante,  comme 
celle  de  raifort.  D’après  M.  Vogel  elle  est  composée 
de  seillitme,  de  gomme,  de  tannin,  de  citrate  de 
chaux,  dé  matière  sucrée,  de  ligneux,  et  d’un  prin¬ 
cipe  âcre  et  irritant. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  la  scille. 
( F.  §  et  i36.) 

Action  de  la  scille  sur  V économie  animale.  Lés  faits 
observés  chez  l’homme,  et  lés  expériences  que  nous 
avons  faites  sur  les  chiens ,  nous  portent  â  conclure 
i“  que  la  scille,  peu  de  temps  après  son  administra¬ 
tion  ,  excite  le  plus  souvent  des  nausées  et  dés  vomis- 
semens;  2°. quelle  déterminé  l’irritation  et  l’inflamma¬ 
tion  des  organes  sur  lesquels  elle  a  été  appliquée ,  et 
ces  effets  sont  d’autant  plus  marqués  que  l’animal  sou¬ 
mis  à  l’influence  de  ce  poison  tarde  plus  à  périr; 
3°  que  les  accidens  qu’elle  produit  ne  doivent  point 
être  attribués  à  l’inflammation  dont  nous  parlons, 
mais  à  l’action  qu’elle  exerce  sur  le  système  nerveux 
après  avoir  été  absorbée  ;  4“  que  cette  absorption  est 
suivie  de  Symptômes  fâcheux,  et  même  de  la  mort, 
lorsqu’on  applique  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané 
de  la  partie  interné  de  la  cuisse  un  demi-gros  ou  un 
gros  de  poudre  de  scille  mêlée  avec  autant  d’eau  ;  5®  que 
la  difficulté  de  respirer  qu’éprouvent  le&animaux  empoi-, 
sonnés  par  cette  substance  paraît  tenir  à  l’influence 
nerveuse  plutôt  qu’à  une  lésion  organique  des  pou¬ 
mons  ;  6“  que  c’est  probablement  à  la  scillitine  que  la 
scille  doit  ses  propriétés  vénéneuses. 


(  225  ) 

De  VOEnantlie  crocata, 

L’œnanthe  crocata  est  une  plante  de  la  famille  des 
ombellifères  de  Jussieu ,  et  de  la  pentandrie  digynie 
de  Linnæus.  {^V.  planche  1 3.) 

iSp.  Caractères  du  genre.  L’involucre  est  composé  de 
plusieurs  folioles  linéaires  ,  ainsi  que  les  involucelles  ; 
les  pétales  des  fleurs  centrales  sont  égaux ,  cordi- 
formes  ;  ceux  des  fleurs  de  la  circonférence  sont  iné- 
gaux  entre  eux  ;  les  fruits  sont  ovoïdes ,  allongés , 
marqués  de  côtes  longitudinales ,  couronnés  par  les 
cinq  dents  du  calice  et  par  les  deux  styles ,  qui  sont 
fort  longs  et  persistans. 

OEnanthe  cxocsXdL.i^OEnanthe  safranée.  Lin. ,  Sp.  365.  ) 

Sa  racine,  qui  est  vivace,  est  composée  d’un  fais¬ 
ceau  de  tubercules  charnus ,  allongés  ,  de  la  grosseur 
du  petit  doigt,  remplis  d’un  suc  laiteux  blanchâtre 
qui  devient  d’une  couleur  jaune-safranée  quand  il  est 
exposé  à  l’air;  sa  tige  est  dressée  ,  rameuse,  cylindri- 
que,  fistuleuse,  cannelée ,  haute  de  trois  à  quatre  pieds, 
également  laiteuse.  Les  feuilles  sont  grandes,  à  pé¬ 
tioles  dilates  a  la  base ,  trois  fois  ailées  et'  formées  de 
folioles  profondément  incisées  ,  et  à  divisions  obtuses; 
elles  sont  vertes  et  luisantes  ;  les  ombelles  sont  com¬ 
posées  de  rayons  courts  et  nombreux ,  en  sorte  que 
les  ombellules  sont  très-rapprochées  les  unes  des 
autres;  linvolucre  est  formé  par  plusieurs  petites 
folioles  linéaires  ,  ainsi  que  les  involucelles  ;  les  fleurs 
sont  blanches  et  serrées  les  unes  contre  les  autres  ;  les 
pétales  des  fleurs  extérieures  sont  inégaux  et  plus 

i5 


(.226  )  ,  ^ 

-grands;  les  denx  styles  sont  grêles  et  très-longs  ;  les 
fruits  sont  ovoïdes ,  allongés ,  relevés  de  côtes  longi¬ 
tudinales  ,  et  couronnés  par  les  cinq  dents  du  calice  et 
par  les  deux  styles,  qui  soîit  persistans. 

Cette  plante  croît  dans  les  prés  et  les  lieux  humides 
de  la  France. 

Action  de  Vœnanthe  crocata  sur  V économie  animale. 
Les  accidens  produits  chez  l’homme  par  la  racine 
d’oenanthe  crocata  nous  permettent  d’établir  i®  quelle 
’  doit  être  rangée  parmi  les  substances  vénéneuses  ; 
2°  qu’elle  détermine  le  plus  ordinairement  les  symp¬ 
tômes  suivans  lorsqu’elle  est  introduite  dans  l’es¬ 
tomac  :  chaleur  vive  au  gosier  et  à  la  région  épigas¬ 
trique ,  cardialgie,  diarrhée,  somnolence,  vertiges, 
aliénation  d’esprit,  convulsions  violentes,  état  spasA- 
modique  très-marqué  des  muscles  de  la  mâchoire  ;  la 
peau  se  couvre  quelquefois  de  taches  rosacées ,  de 
figure  irrégulière ,  et  qui  s’élargissent  successivement; 
3°  qu’elle  développe  une  inflammation  plus  ou  moins 
vive  dans  les  organes  avec  lesquels  elle  a  été  mise  en 
contact;  4°  que  ses  effets  délétères  paraissent  dépendre 
de  son  absorption  et  de  son  action  sur  le^  système 
nerveux. 

De  r Aconit  nap.el. 

L’aconit  est  une  plante  de  la  famille  des  renoncu- 
lacées  de  Jussieu,  et  de  la  polyandrie  trigynie  de  Lin- 
næus.  (  Voyez  planche  6.) 

i4o.  Caractères  du  genre.  Galice  coloré,  pétaloïde,  ca- 
duç,  pentasépale;  sépale  supérieur,  en  forme  de  casque 
grand  et  concave  en  dessous;  corolle  le  plus  souvent 


-(  227  ''l 

formée  de  deux  pétales  (nectaires,  Lin.)  longuement 
unguicul'és  à  la  base,  termines  supérieurement  par  une 
sorte  de  petit  capuchon ,  dont  l’ouverture  inférieure 
offre  une  petite  languette  allongée.  Ces  deux  pétales 
sont  cachés  sous  le  sépale  supérieur;  les  capsules  sont 
au  nombre  de  trois  ou  de  cinq. 

Aconit  napel  (Aconitum  napellus,  Lin.  sp.  78 1). 

Sa  racine  est  vivace,  pivotante,  napiforme,  allongée, 
noirâtre ,  donnant  naissance  à  une  tige  dressée,  simple, 
cylindrique,  glabre,  haute  de  trois  à  quatre  pieds. 
Les  feuilles  sont  alternes  ,  pétiolées  ,  partagées  jusqu’à 
la  base  de  leur  limbe  eh  cinq  ou  sept  lobes  allongés, 
subcunéiformes ,  profondément  incisés  et  découpés  en 
lanières  étroites  et  aiguës.  Les  fleurs  sont  grandes, 
d’un  bleu  violet,  occupant  la  partie  supérieure  de  la 
tige  ;  elles  sont  un  peu  pédonculées  et  disposées  en  un 
épi  long  souvent  d’un  pied.  Le  calice  est  pétaloïde , 
irrégulier,  formé  de  cinq  sépales  inégaux;  un  supé¬ 
rieur  plus  grand,  en  forme  de  casque  ou  de  capuchon, 
est  dressé,  convexe;  deux  latéraux  planes ,  inégalement 
arrondis,  poilus  sur  leur  face  interne;  deux  inférieurs, 
un  peu  plus  petits,  ovales,  entiers,  également  poilus 
à  leur  face  interne.  La  corolle  est  formée  de  deux  pé¬ 
tales  irréguliers,  longuement  onguiculés  et  canaliculés 
à  la  base ,  terminés  supérieurement  par  une  espèce  de 
petit  capuchon  recourbé  à  son  sommet,  qui  est  cal¬ 
leux,  offrant  antérieurement,  à  son  ouverture  une 
petite  languette  roulée  en  dessus;  ces  deux  pétales  sont 
dressés  et  cachés  sous  le  sépale  supérieur.  Les  étamines, 
au  nombre  d’environ  trente ,  sont  d’inégale  grandeur , 


(  228  ) 

beaucoup  plus  courtes  que  le  calice  ;  lés  filets  sont 
planes  à  leur  partie  inférieui-e,  subulés  à  leur  partie 
supérieure les  plus  extérieurs  sont  recourbés  de¬ 
hors  ;  les  anthères  sont  cordiformes.  Trois,  pistils  oc-, 
cupent  le  centre  de  la  fleur,  et  sont  allongés, -glabres 
presque  cylindriques,  terminés  en  pointe  au  sommet: 
Vovaire ,  qui  en  forme  la  plus  grande  partie  ,  est  à 
une  seule  loge  qui  renferme  environ  une  vingtaine 
d’ovules  ,  disposés  sur  deux  rangées  longitudinales  et 
attachés  du  côté  interne.  Le  fruit  est  formé  de  trois 
capsules  allongées ,  qui  s’ouvrent  par  une  suture  lon¬ 
gitudinale  placée  du  côté  interne. 

L’aconit  napel  croît  dans  les  pâturages  élevés  des 
montagnes,  dans  le  Jura,  la  Suisse;  etc.  Il  fleurit  en 
mai  et  juin.  . 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  produits  par  V aconit 

napel.  {Foyezli?»^  et  xZG.) 

Action  de  V aconit  ij.apel  sur  V économie  animale.  Les 
effets  produits  sur  l’homme  et  sur  les  chiens  par 
l’aconit  napel  nous  portent  à  conclure,  i®  que  les 
feuilles,  la  racine  et  les  extraits  aqueux  et  résineux  de 
cette  plante  jouissent  de  propriétés  vénéneuses  très- 
énergiques  ,  susceptibles  de  déterminer  la  mort  dans 
ùn  court  espacé  de  temps;  2°  que  la  racine  paraît  plus 
active  que  les  feuilles,  et  l’extrait  résineux  plus  que 
l’extrait  aqueux  ;  3^^  que  ce  dernier  est  incomparable¬ 
ment  moins  actif  lorsqu’il  a  été  préparé  en  faisant 
bouillir  la  plante  et  en  évaporant  le  décoctum  à 
température  élevée ,  que  dans  le  cas  où  il  a  été  obtenu 
en  exprimant  le  suc  de  la  plante  fraîche,  et  en  le  con¬ 
centrant  à  l’aide  d’une  chaleur  douce  ;  que  les  effets 


(  229  ) 

fâcheux  de  ces  diverses  substances  se  manifestent  peu 
de  temps  après  leur  emploi ,  soit  qu’on  les  ait  intro¬ 
duites  dans  l’estomac  ou  dans  le  rectum  ,  soit  quon  les 
ait  appliquées  sur  le  tissu  lamineux  sous-cutane  de  la 
partie  interne  de  la  cuisse ,  soit  enfin  que  l’on  ait  in¬ 
jecté  dans  les  veines  le  liquide  par  lequel  elles  ont  été 
traitées  pour  en  dissoudre  le  principe  actif;  5°  que  ce 
dernier  mode  d’introduction  est  celui  qui  est  le  plus 
promptement  suivi  d’accidens  graves;  6°  que  l’empoi¬ 
sonnement  déterminé  par  cette  plante  est  le  résultat 
de  son  absorption,  de  l’action  spéciale  qu’elle  exerce 
sur  le  système  nerveux ,  et  notamment  sur  le  cerveau  ; 
7°  qu’ellé  produit  une  espèce  d’aliénation  mentale  ; 
8°  qu’indépendamment  de  ces  effets  elle  occasionne 
une  inflammation  plus  ou  moins  intense  des  organes 
sur  lesquels  on  l’applique;  9®  enfin  quelle  paraît  agir 
sur  l’homme  comme  sur  les  chiens. 

Les  aconitmn  cammarum,  -^nthora  et  lycoctonum 
sont  également  très-vénéneux,  et  paraissent  exercer  sur 
l’économie  animale  le  même  mode  d’action  que  le  pré¬ 
cédent' 

De  l’ElUhore  noir. 

L’ellébore  noir  est  une  plante  de  la  famille  des  re- 
nonculacées  de  Jussieu  et  de  la  polyandrie  polyginie  de 
Linnæus.  (FûjrÆZ  planche  7.  ) 

i4i»  Caractères  du  genre,  Galice  formé  de  cinq  sé¬ 
pales,  obtus  et  assez  grands,  pérsistans;  corolle  com¬ 
posée  de  huit  à  dix  pétales  (nectaires,  Linn.),  tubuleuxi 
rétrécis  inférieurement,  tronqués  au  sommet;  étamines 
nombreuses;  fruits  capsulaires,  allongés,  à  une  .seule 


(  23o  )  ^ 

loge ,  renfermant  plusieurs  graines  elliptiques  attachées 
sur  deux  rangées  longitudinales.  Les  racines  de  toutes 
les  espèces  sont  violemment  purgatives. 

,  Ellébore  noir  (Hellebôrus  niger,  Linn.  Sp.  783). 

Souche  ou  tige  souterraine,  horizontale,  charnue, 
comme  articulée ,  présentant  la  cicatriçe  des  feuilles 
dont  la  base  a  servi  à  la  former  ;  elle  est  noirâtre  à  l’ex¬ 
térieur,  blanche  en  dedans,  donnant  naissance  par  son 
extrémité  supérieure  aux  feuilles,  et  par  les  déférens 
de  sa  surface  extérieure  aux  fibres  radicellaires  ,  qui 
sont  simples,  très-allongées,  charnues,  brunâtres  et 
deviennent  noires  en  se  desséchant.  Les  feuilles,  toutes 
radicales,  sontpétiolées,  pédalées,  à  sept  ou  huit  lobes 
très-profonds  ,  obovâies  ,  lancéolés  ,  acuminés ,  co¬ 
riaces  ,  glabres ,  dentés  en  scie  dans  leur  partie  supé¬ 
rieure  ;  les  pétioles  sont  cylindriques  ,  rougeâtres , 
longs  de  deux  à  six  pouces,  dilatés  et  membraneux  à 
leur  partie  inférieure.  Les  hampes  sont  de  la  même 
hauteur  que  les  pétioles,  et  supportent  une  ou  deux 
fleurs  roses,  très-grandes,  pédonculées  et  penchées; 
ces  fleurs  sont  accompagnées  d’une  ou  de  deux  bractées 
foliacées  ,  de  figure  variable ,  vertes  Ou  colorées  en 
rosé.  Le  calice  est  grand,  pétaloïde,  coloré,  comme 
campanulé,  ouvert,  formé  de  cinq  ou  six  sépales  très- 
grands,  inégaux ,  obovâies ,  arrondis,  très-Obtus;  les 
cornets  ou  pétales  (nectaires  de  Linnæus)  ,  au  nombre 
de  dix  à  douze  ,  sont  beaucoup  plus  courts  que  le  ca¬ 
lice;  ils  sont  pedicellés,  un  peu  arqués  ,  inégalement 
tronqués  à  leur  orifice,  qui  est  comme  bilabiée  ;  leur 
couleur  est  jaune-verdâtre.  Les  étamines  sont  extrê- 


(a3x) 

memeîit  nombreuses,  et  moitié  plus  courtes  que  le 
calice.  Les  pistils,  au  nombre  de  six  ou  huit,  quelque¬ 
fois  même  davantage ,  réunis  et  rapprochés  au  centre 
de  la  fleur,  sont  glabres  5  l’ovàire  est  oblong,  comprimé 
latéralement,  un  peu  courbé,  se  terminant  supérieure¬ 
ment  en  un  style  allongé,  recourbé  en  dehors  à  son 
sommet,  marqué  sur  son  côté  interne  d’un  sillon  glan¬ 
duleux,  qui  s’élargit  à  sa  partie  supérieure ,  et  forme  le 
stigmate.  Les  pistils  se  changent  en  autant  de  capsules 
à  une  seule  loge ,  renfermant  plusieurs  graines  ,  et  s’ou¬ 
vrant  par  une  suture  longitudinale  qui  règne  sur  le  côté 
iriterne. 

L’ellébore  noir  fleurit  depuis  le  mois  de  décembre 
jusqu’en  février  et  mars.  Il  croît  dans  les  lieux  ombragés 
et  frais  des  montagnes  en  Dauphiné ,  en  Provence ,  dans 
les  Yosges.  Les  jardiniers  le  désignent  sous  le  nom  de 
rose  de  No'èl^  époque  à  laquelle  il  est  toujours  en  fleurs. 

1 42.  Sjinptômes  déterminés par  la  racine  d’eïLéhorenoir. 
«  Peu  de  temps  après  avoir  administré  cette  racine  ajix 
animaux  des  classes  supérieures,  ditM.  Schabel  (i),la 
respiration  devient  pénible  et  lente  ;  les  battemens  du 
cœur  se  ralentissent,  et  peu  de  minutes  après  l’envie  de 
vomir  se  manifeste^  1  animal  vomit  des  matières  bi¬ 
lieuses  et  muqueuses  ;  il  salive  et  présente  tous  les  phé¬ 
nomènes  que  Ion  observe  ordinairement  dans  les 


(i)  Dissertatio  inauguralis  de  effeciihus  reneni  radicum 
'veratri  alhi  et  kellebon  nîgri,  par  Schabel,  Tubingœ 
La  plupart  de  ces  symptômes  avaient  déjà  été  décrits  par 
nous  dans  la  première  édition  de  la  Toxicologie  générale. 
{Année  i8i5.) 


(  232  ) 

grandes  doiiîeurs  de  ventre  ;  il  chancelle  ,  vacille 
comme  s’il  avait  des  vertiges,  et  s’affaiblit  de  plus  en 
plus.  On  remarque  un  tremblement  dans  les  muscles 
des  extrémités  postérieures  d’abord,  puis,  et  seule¬ 
ment  dans  certaines  circonstances ,  dans  ceux  des 
pâtes  antérieures  ;  il  arrive  tantôt  que  la  respiration 
et  la  circulation  sont  plus  rares  et  plus  irrégulières; 
tantôt,  au  contraire,  ces  fonctions  sont  altérées,  et 
alors  la  respiration  est  douloureuse.  Les  animaux  ha¬ 
lètent  comme  les  chiens  qui  ont  très-chaud,  la  langue 
est  pendante;  la  faiblesse  des  muscles  augmente  à  un 
tel  point  que  la  démarche  devient  impossible ,  et  l’ani¬ 
mal  reste  étendu  par  terre  :  â  cette  époque ,  lés  efforts 
pour  vomir  cessent  le  plus  ordinairement,  les  convul¬ 
sions  se  déclarent,  augmeîitent  de  temps  à  autre,  et 
ne  tardent  pas  à  être  suivies  de  l’opisthotonos  ,  de 
l’emprosthotonos  et  de  la  mort.  » 

«  Dans  certaines  circonstances ,  la  respiration  et  les 
mouvemens  du  cœur  deviennent  plus  rares  ;  ceux-ci 
sont  intermittens  tandis  que  la  respiration  est  pénible  ; 
la  chaleur  intérieure  êt  extérieure  diminue,  phéno¬ 
mène  qui  est  de  la  plus  haute  importance  pour  les 
physiologistes.  Plus  tard,  la  sensibilité  diminue,  l’a¬ 
nimal  languit  et  reste  couché  ;  la  respiration  est  rare  et 
faible ,  et  de  temps  à  autre  on  aperçoit  quelques  signes 
de  vie  qui  seteint  par  degrés.  Quelquefois,  surtout 
chez  les  oiseaux,  ces  poisons  agissent  comme  purga¬ 
tifs,  ils  déterminent  rarement  l’éternument;  la  pupille 
est  resserrée  ou  dilatée.  » 

/  i43.  Lésions  de  tissu  produites  par  la  racine  d’ellébore: 
noir.  Lorsque  les  animaux  soumis  à  l’influence  de  cette 


(  233  -) 

racine  tardent  quelque  temps  à  périr,  on  voit  que  les 
parties  qui  ont  été  en  contact  avec  le  poison  sont  en¬ 
flammées  ;  il  en  est  de  même  de  l’intestin  rectum.  Les 
poumons  sont  gorgés  de  sang ,  plus  pesans  que  1  eau  et 
parsemés  de  taches  brunes;  quelquefois  ils  sont  em¬ 
physémateux,  Les  gros  troncs  veineux  et  les  cavités 
droites  du  cœur  renferment  une  grande  quantité  de 
sang  noir  qui  est  fluide,  si  on  a  procédé  à  l’ouverture 
du  cadavre  péu  de  temps  après  la  mort.  Les  vaisseaux 
et  la  vésicule  biliaires,  ainsi  que  les  intestins  grêles, 
contiennent  beaucoup  de  bile.  Le  foie  est  souvent 
gorgé  de  sang,  , 

Action  de  la  racine  d’ellébore  noir  sur  l’économie  ani¬ 
male.  II  résulte  des  exj)ériences  tentées  sur  les  animaux 
et  des  observations  recueillies  chez  l’homme ,  i®  que 
la  racine  de  cette  plante  est  vénéneuse  pour  les  mam¬ 
mifères,  les  oiseaux,  les  reptiles,  les  mollxisques,  les 
insectes,  et  probablement  pour  tous  les  autres  ani¬ 
maux;  20  que  ses  propriétés  délétères  résident  dans  la 
partie  soluble  dans  l’eau  ;  3°  quelle  agit  avec  moins 
d’énergie  si  on  l’introduit  dans  le  canal  digestif,  que 
dans  le  cas  où  on  la  met  en  contact  avec  des  plaies  sai¬ 
gnantes,  ou  avec  la  membrane  muqueuse  des  voies  aé¬ 
riennes,  on  avec  le  tissu  cellulaire  sous-cutané;  4®  que 
son  action  est  nulle  quand  on  la  place  sur  l’épiderme , 
les  organes  fibreux  ou  les  nerfs  ;  5®  que  sa  dissolution 
aqueuse  injectée  dans  les  vaisseaux  sanguins,  dans  les^ 
cavités  séreuses,  ou  appliquée  sur  des  organes  pourvus 
de  vaisseaux  sanguins,  est  beaucoup  plus  active  que 
lorsqu  on  la  met  en  contact  avec  toute  autre  partie; 
6  que  la  racine  dont  nous  parlons  est  absorbée ,  portée 


(:^34)  . 

dans  le  torrent  dé  la  circulation,  et  détermine  des  vo- 
missemens  violens  et  diverses  lésions  du  système  ner¬ 
veux,  auxquelles  les  animaux  ne  tardent  pas  à  suc¬ 
comber;  7°  que  néanmoins  elle  peut  ne  pas  occasioner 
la  mort,  lorsque  ayant  été  introduite, dans  l’estomac, 
pn  laisse  aux  animaux  la  faculté  de  vomir;  8°  qu’au¬ 
cune  des  sub$tances  vénéneuses  employées  jusqu’à  ce 
jour  ne  détermine  aussi  promptement  le  vomissement 
que  cette  racine  lorsqu’elle  est  appliquée  sur  des  plaies 
saignantes  ;  9*^  que  la  mort,  qui  est  le  résultat  de  cet  em¬ 
poisonnement,  a  le  plus  souvent  lieu  en  une  demi-heure 
ou  une  heure;  quelquefois  elle  n’arrive  qu’au  bout  de 
plusieurs  heures  ;  dans  d’autres  circonstances ,  quelques 
minutes  suffisent  pour  la  déterminer. 

De  VElléhore  blanc. 

L’ellébore  blanc  (  'veratrwn  album  )  appartient  à  là 
famille  des  joncoïdes  de  Jussieu  et  à  la  polygamie 
monœcie  de  Linnæus. 

i44*  Caractères  de  la  racine.  Elle  a  la  forme  d’un 
cône  trpnqué  ;  elle  est  noirâtre  et  ridée  au  dehors , 
blanche  à  l’intérieur  et  d’une  saveur  âcre  ;  sa  longueur 
est  de  deux  ou  trois  pouces ,  sa  largeur  d’environ  un 
pouce  :  les  radicules  sont  nombreuses,  longues  de 
trois  à  quatre  pouces ,  de  la  grosseur  d’une  plume  de  - 
corbeau ,  blanches  à  l’intérieur  et  jaunâtres  à  l’exté¬ 
rieur.  La  racine  d’ellébore  blanc  est  formée  de  gallate  . 
acidede-2;4ra^rz«e,  de  matière  grasse  composée  d’élaine, 
de  stéarine  et  d’acide  volatil ,  d’une  matière  colorante 
jaune ,  d’amidon  ,  de  ligneux  et  de  gomme. 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  déterminés  par  la  ra¬ 
cine  d'ellébore  blanc.  (  Voy.  §  142  et  i43.) 


(  235  )  , 

Action  de  V ellébore  blanc  sur  V économie  animale. 
Tout  ce  que  nous  venons  de  dire  en  parlant  de  la  ra¬ 
cine  d’ellébore  noir  s’applique  à  la  racine  de  cette 
plante  ;  nous  ajouterons  seulement  que  l’ellébore 
blanc  doit  toutes  seS  propriétés  vénéneuses  à  la  •vé- 
ratrine  qu’il  renferme. 

De  la  Kératrine. 

145.  La  vératrine  est  une  substance  végétale  alcaline , 
composée  d’oxygène,  d’hydrogène  et  de  carbone ,  ré¬ 
cemment  découverte  par  MM.  Pelletier  et  Caventou , 
dans  la  racine  d’ellébore  blanc,  dans  les  graines  de 
cévadille  {^'veratrum  sabadilla')  et  dans  la  racine  de 
colchique  (^colchicum  autumnale).  Elle  est  solide, 
blanche ,  pulvérulente ,  inodore  ,  d’une  saveur  excessi¬ 
vement  âcre  sans  mélange  d’amertume ,  fusible  à  là 
température  de  5o®  H-  0° ,  et  ayant  alors  l’apparence 
de  la  cire.  Elle  est  décomposée  par  le  feu ,  et  laisse 
un  charbon  volumineux.  Comme  la  morphine  et  la 
strychnine ,  elle  est  très-peu  soluble  dans  l’eau  ;  l’al- 
cohol  la.  dissout  à  merveilie;  ce  solutum  ramène  au 
bleu  le  papier  de  tournesol  rougi  par  un  acide  ;  elle 
est  moins  soluble  dans  l’éther  que  dans  l’alcohol. 
L  acide  nitrique  se  combine  avec  la  vératrine  sans  la 
faire  passer  rouge  comme  cela  a  lieu  avec  la  mor¬ 
phine,  la  strychnine  et  la  brucine  ;  elle  .  forme ,  avec 
les  acides  des  sels  incrystallisables  et  avec  excès  d’a¬ 
cide  :  cette  dernière  propriété  la  rapproche  de  la  pi- 

crotoxine.  (Fôjr.  §  166.) 

Action  de  la  'vératrine  sur  V économie  animale.  Il  ré¬ 
sulte  des  expériences  faites  sur  les  chiens  par  M.  Ma- 


(  236  ) 

(gendie,  que  la  vératrine  exerce  sur  réconomie 
animale  une  action  analogue  à  celle  de  l’ellébore 
blanc,  du  colchique  et  de  la  cévadille  d’où  elle  est 
extraite  ;  2®,  qu’elle  détermine  promptement  l’inflam- 
mationdes  tissus  sur  lesquels  on  l’applique;  3®  qu’étant 
injectée  dans  les  veines  ,  elle  exerce  encore  une  action 
irritante  sur  le  gros  intestin  ;  4°  que  si  elle  est  introduite 
dans  le  canal  digestif  à  très -petite  dose,  elle  ne  pro¬ 
duit  que  des  effets  locaux  ;  tandis  qu’elle  est  absorbée 
et  produit  le  tétanos ,  si  la  quantité  employée  est 
plus  considérable  ;  elle  le  produit  à  plus  forte  raison 
lorsqu’on  l’injecte  directement  dans  les  veines.  (  Jour¬ 
nal  de  physiologie  expérimentale  ,  n»  ) 

Du  Colchique.  (Golchicum  autumnale) ,  de  Vhexandrie 
trigynie  de  L.  et  de  la  famille  des  colchicées. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  la  racine  de  colchique  ? 

146.  a  Le  colchique ,  tel  que  le  commerce 

le  présente,  est  un  corps  ovoïde,  de  la  grosseur  d’un 
marron,  convexe  d’un  côté,  et  présentant  la  cicatrice 
occasionée  par  la  petite  tige  (i),  creusé  longitudina¬ 
lement  de  l’autre  ;  d’un  gris  jaunâtre  à  l’extérieur ,  et 
marqué  de  sillons  uniformes  causés  par  la  dessiccation  ; 
blanc  et  farineux  à  l’intérieur ,  d’une  odeur  *’nulle , 
d’une  saveur  âcre  et  mordicante  (  Guibourt  ).  «  Le  col¬ 
chique  a  été  analysé  par  MM.  Pelletier  et  Caventou , 
et  a  fourni  les  mêmes  principes  que  la  racine  d’ellébore 
blanc,  et  en  outre  une  très-grande  quantité  d’inuline. 

(i)  Une  des  deux  tiges  à  fleur;  elle  est  enveloppée  d’une 
spathe. 


(  .37  ) 

Action  du  colchique  sur  Véconomie  animale,  La  ra¬ 
cine  fraîche  de  colchique  contient  un  suc  laiteux 
âcre  et  caustique  dans  lequel  se  trouve  le  gallate 
acide  de  vératrine  ;  elle  nous  paraît  agir  sur  récono- 
mie  animale  ,  à  peu  près  comme  la  racine  d’elléhore 
blanc,  mais  avec  moins  d’intensité  :  et  si  plusieurs 
auteurs  out  élevé  des  doutes  sur.  les  propriétés  véné¬ 
neuses  de  cette  racine ,  cela  tient  probablement  à  ce 
qu’ds  l’ont  employée  lorsqu’elle  n’était  pas  en  pleine 
végétation ,  ou  bien  lorsque  le  principe  actif  avait 
été  détruit  en  partie  par  la  dessiccation. 

/a  (Atropa  belladona). 

La  belladone  est  une  plante  de  la  famille  des  sola- 
nees  de  Jussieu,  et  de  la  pentandrie  monogynie  de 
Linnæus.  .{Voy.  planche  5.  ) 

i47*  Caractères  du  genre.  Le  calice  est  à  cinq  divisions 
profondes;  la  corolle  campanulée ,  plus  longue  que 
le  calice,  partagée  en  cinq  lobes  peu  profonds  et  égaux 
entre  eux;  les  étamines ,  au  nombre  de  cinq ,  ont  des 
filets  filiformes;  lefrüitestunebaie cérasiforme,  offrant 
deux  loges  et  un  grand  nombre  de  graines. 

Atropa  hdladone  (Atropa  belladona,  L.  Sp.  260). 

Sa  racine  est  vivace,  épaisse  et  rameuse;  sa  tige  est 
dressée,  haute  de  deux  à  quatre  pieds,  cylindrique, 
velue,  rameuse,  dichotome.  Ses  feuilles,  alternes  ou 
géminées  à  la  partie  supérieure  de  la  tige ,  sont  grandes, 
courtementpétiolées,  ovales,  aiguës,  velues  et  presque 
entières.  Les  fleurs  sont  grandes,  solitaires  ,  pédoncu- 
lées,  pendantes,  de  cotdeur  violette  très-foncée;  elles 


(  238  ) 

offrent  un  calice  campaniforme,  un  peu  velu ,  à  cinq 
divisions  ovales ,  aiguës;  une  corolle  monopétale  régu¬ 
lière,  en  cloche  allongée ,  rétrécie  inférieurement  en 
un  tube  court ,  et  présentant  cinq  lobes  égaux  ,  obtus  / 
peu  profonds.  Les  cinq  étamines  sont  plus  courtes  que 
la  corolle  ,  à  la  base  de  laquelle  elles  sont  insérées  ;  les 
filets  sont  subulés  ,  les  anthères  presque  globuleuses^ 
Le  pistil  se  compose  d’un  ovairé  ovoïde,  aminci  en 
pointe,  à  deux  loges  polyspermes,  entouré  et  appliqué 
sur  un  disque  hypogyne  jaunâtre  ;  d’ün  style  grêle  et 
cylindrique,  à  peu  près  de  la  longueur  de  la  corolle, 
terminé  par  un  stigmate  aplati,  convexe,  légèrement 
bilobé.  Le  fruit  est  une  baie  arrondie ,  un  peu  aplatie, 
delà  grosseur  d’une  cerise,  d’abord  verte,  puis  rouge, 
et  enfin  presque  noire  à  l’époque  de  sa  parfaite  matu¬ 
rité  ;  elle  est  environnée  par  le  calice  et  offre  deux  logés 
qui  contiennent  plusieurs  graines  réniformes.  . 

La  belladone  est  très-commune  aux  environs  de 
Paris  ;  on  la  trouve  le  long  des  vieux  bâtimens  ,  dans 
les  décombres,  etc.  Elle  fleurit  pendant  les  mois  de 
juin ,  juillet  et  août. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  la  hella- 
dona.  (^Voyez%  i35  et  i36*.). 

Action  de  la  helladona  sur  Féconomie  animale.  Il 
résulte  des  expériences  faites  sur  les  chiens  et  des  ob¬ 
servations  recueillies  chez  l’homme  i®  que  les  feuilles , 
la  racine ,  les  baies ,  le  suc  et  l’extrait  aqueux  de  bel- 
iadonasont  très-vénéneux,  et  susceptibles  de  déterminer 
des  accidens  fâcheux  peu  de  temps  après  leur  emploi  ; 
2®  qu’ils  occasionnent  des  symptômes  analogues  à  ceux 
dont  nous  avons  parlé  §  i35 ,  qui  dès  lors  sont  insuffi- 


(  239  ) 

sans  pour  caractériser  cet  empoisonnement  comme  on 
l’avait  pensé;  3®  qu’ils  n’agissent  pas  tous  avec  la 
même  énergie  ;  4°  que  l’extrait  préparé  en  évaporant 
à  une  très  -  douce  chaleur  le  suc  de  la  plante  fraîche 
est  incomparablement  plus  actif  quel  les  extraits  du 
commerce,  dont  l’énergie  est,  au  reste,  très-variable, 
suivant  la  manière  dont  ils  ont  été  obtenus  ;  5®  que 
l’intensité  des  effets  de  ces  poisons  varie  suivant  l’or¬ 
gane  avec  lequel  ils  ont  été  mis  en  contact  :  ainsi  leur 
action  est  plus  vive  lorsqu’on  les  injecte  dans  les  veines 
que  dans  le  cas  où  ils  ont  été  appliqués  sur  le  tissu 
lamineux  sous-cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuisse, 
et  leur  introduction  dans  l’estomac  est  suivie  d’effets 
moins  fâcheux  que  ce  dernier  mode  d’application ,  tout 
étant  égal  d’ailleurs  ;  6®  qu’ils  enflamment  les  tissus  sur 
lesquels  on  les  applique  ;  mais  que  la  pblogose  qu’ils 
déterrpinent  est  trop  légère  pour  qu’il  soit  permis  de 
la  regarder  comme  la  principale  cause  de  la  mort; 
7®  que  celle-ci  doit  être  attribuée  à  l’absorption  du 
poison ,  à  son  transport  dans  le  tondent  de  la  circula¬ 
tion  et  à  son  action  sur  le  système  nerveux,  et  en  par¬ 
ticulier  sur  le  cerveau  ;  8®  qu’ils  paraissent  agir  sur 
l’homme  comme  sur  les  chiens. 

Du  Datura  stramonium. 

Le  datura  est  une  plante  dé  la  famille  des  solanées 
de  Jussieu,  et  de  la  pentandrie  monogynie  de  Linnæus. 
(  planche  8.) 

i48-  Caractères  du  genre.  Le  calice  est  grand,  dilaté 
à  sa  base ,  plus  rétréci  à  la  partie*  supérieure ,  à  cinq 
dents,  et  comme  à  cinq  angles;  la  corolle  tubuleuse 


(  24o  )' 

â  sa  base,  est  en  forme  d’entonnoir;  elle  offre  cinq  plis 
longitudinaux  qui  correspondent  aux  cinq  dents  de  son 
limbe;  le  stigmate  est  bifide  ;  les  cinq  étamines  atta¬ 
chées  au  tube  de  la  corolle.  Le  fruit  est  une  capsule  à 
quatre  loges ,  communiquant  ensemble  deux  à  deux, 
par  leur  partie  supérieure,  et  s’ouvrant  en  quatre 
valves. 

Stramoine  pomme  épineuse  (  Datura  stramonium ,  Lin- 
næus,  sp,  255). 

C’est  une  planté  annuelle,  dont  la  tige  dressée,  ra^- 
meusè  ,  cylindrique ,  creuse  intérieurement ,  glabre , 
s’élève  à  trois  ou  quatre  pieds.  Ses  feuilles  sont  alternes, 
grandes,  pétiolées,  glabres,  ovales,  aiguës,' anguleuses 
et  sinueuses  sur  leurs  bords.  Ses  fleurs  sont  très- 
grandes  ,  solitaires  ;  situées  ordinairement  à  la  bifur¬ 
cation  des  rameaux  ;  le  calice  est  vert ,  vésiculeux ,  à 
cinq  angles  et  à  cinq  dents;  la  corolle  est  grande, 
blanche  ou  légèrement  lavée  de  violet  ;  son  tube ,  plus 
long  que  le  calice,  va  en  s’évasant  insensiblement  pour 
former  le  limbe,  qui  offre  cinq  dents,  cinq  angles  et 
cinq  plis.  La  capsule  est  ovoïde ,  hérissée  de  pointes 
roides  ;  elle  est  à  quatre  loges ,  qui  renferment  cha¬ 
cune  un  grand  nombre  de  graines  réniformes,  brunes 
et  à  surface  chagrinée,  attachées  à  un  trophosperme 
saillant;  elle  s’ouvre  en  quatre  valves. 

Cette  plante  paraît  originaire  d’Amérique  ;  elle  s  est 
naturalisée  en  France  avec  tant  de  profusion,  quelle 
y  paraît  indigène.  Elle  fleurit  en  été  et  en  automne. 

Symptômes  et  liions  de  tissu  produits  par  le  datura 
stramonium  {Voyez  §  i35  et  i36’.) 


(  24l  ) 

Action,  du  dntura  stramonium  sur  V économie  ani^ 
male.  Les  feuilles,  la  racine,  le  suc,  l’extrait  de  cette 
plante ,  ainsi  que  le  décoctum  des  capsules ,  agissent 
avec  la  plus  grande  énergie  sur  l’homme  et  sur  les , 
chiens  :  leur  mode  d’action  a  tant  de  rapports'  avec 
’^'elui  de  la  belladona,  que  nous  croyons  pouvoir  nous 
dispenser  de  le  faire  connaître  pour  éviter  ides  répéti¬ 
tions  fastidieuses  ;  nous  observerons  seulement  que 
le  datura  paraît  exciter  plus  fortement  le  cerveau  et 
déterminer  une  action  générale  plus  intense  que  la 
belladpna. 

De  la  Poudre  dé  tabac. 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  produits  par  le 
tabac,  {roy.  %  iZS  et  1^6.) 

Action  du  tabac  sur  V économie  animale.  Les  diverses 
expériences  qui  ont  été  fkites  sur  les  chiens,  et  les  ob¬ 
servations  recireiliies  chez  l’homme,  prouvent,  i®  que 
les  feuilles  de  tabac  dont  on  fait  une  aussi  grande  con- 
sômmation  dans  le  commerce  sont  très-vénéneuses,  soit 
qu’on  les  applique  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  de 
la  partie  interne  de  la  cuisse,  soit  qu’on  les  introduise 
dans  le  canal  digestif;  2°  qu’elles  produisent  une  irri¬ 
tation  locale  susceptible  de  développer  une  inflamma¬ 
tion  plus  bu  moins  vive  ;  3°  que  les  accidens  fâcheux 
qui  sont  la  suite  de  leur  emploi,  et  parmi  lesquels  on 
-  distmgue  surtout  des  vomissemens  opiniâtres  et  un 
tremblement  général,  paraissent  dépendre  particuliè¬ 
rement  de  l’absorption  de  leur  principe  actif  et  de 
son  action  sur  le  système  nerveux;  4°  que  ce  prin¬ 
cipe  réside  ,  dans  la  portion  soluble  ,  dans  l’eau  :  en 

16 


(  ) 

effet  on  observe  que  le  tabac  qui  a  été  traité  à  plu¬ 
sieurs  reprises  par  l’eau  bouillante,  conserve  à  peine 
quelque  action  sur  l’économie  animale,  tandis  que  le 
liquide  dans  lequel  ôn  l’a  fait  bouillir  jouit  des  pro¬ 
priétés  vénéneuses  les  plus  énergiques;  que  l’ac¬ 
tivité  de  ce  principe  est  plus  grande  lorsqu’on  l’injecte^ 
dans  l’anus,  que  dans  le  cas  où  il  est  appliqué  sur  le 
tissu  cellulaire  sous-cutané  de  la  partie  interne  de  la 
cuisse  ,  et  à  plus  forte  raison  que  lorsqu’il  est  intro¬ 
duit  dans  1  estomac;  6®  que  Y  huile  empyreumatiqüe 
préparée  en  distillant  les  feuilles  de  tabac  à  la  tempéra¬ 
ture  de  loo®  th.  centigr.,  jouit  de  la  plus  grande 
énergie,  lorsqu’on  la  met  en  contact  avec  la  langue 
ou  l’intestin  rectum;  70  quelle  agit  sur  le  système  ner¬ 
veux  d’une  manière  qu’il  n’est  pas  encore  facile  de 
déterminer  ;  8®  qu’elle  n’agit  point  directement  sur  le 
cerveau,  ni  sur  les  troncs  des  nerfs;  9°  que  ces  divers 
poisons  paraissent  déterminer  les  mêmes  effets  che2 
l’homme  que  sur  les  chiens. 

L’extrait  de  nicotiana  rustica  est  moins  actif  que  le 
précédent;  il  produit  des  accidens  analogues. 

Delà  Digitale  pourprée. 

La  digitale  est  une  plante  de  la  famille  des  scrophu- 
lariees  de  Jussieu  et  de  la  didynamie  angiospermie  de 
Linnæus.  (  Voy.  planche  9.  ) 

/  i5o.  Caractères  du  genre.  Calice  persistant,  à  cinq 
divisions  profondes  ét  inégales.  Corolle  irrégulière¬ 
ment  évasee,  a  limbe  ouvert,  oblique,  à  quatre  ou  cinq 
lobes  inégaux;  style  terminé  par  un  stigmate  bifide; 
capsule  ovoïde ,  acuminée ,  s’ouvrant  en  deux  valves. 


(^43) 

Veuilles  alternes  ÿ fleurs  disposées  en  longs  épis. 

Digitale  pourprée  (Digitalis  purpurea ,  Lînn.  Sp.). 

Racine  bisannuelle ,  allongée  ,  garnie  de  fibrilles 
nombreuses,  tige  dressée,  simple,  cylindrique,  to- 
menteuse ,  blanchâtre ,  haute  de  deux  à  trois  pieds. 
Feuilles  alternes,  pétiolées,  grandes,  ovales,  aiguës, 
denticulées  et  sinueuses  sur  les  bords ,  blanchâtres  et 
tomenteuses  en  dessous ,  d’un  vert  clair  en  dessus. 
■Fleurs  très-grandes,  d’un  beau. rouge  pourpre,  pé- 
donculées,  accompagnées  chacune  à  leur  base  d’une 
bractée  foliacée  ,  formant  à  la  partie  supérieure  de  la 
tige  un  long  épi  dans  lequel  les  fleurs  son  t  toutes  pen- 
ehéès  et  tournées  d’un  seul  côté.  Le  calice  est  monosé¬ 
pale  ,  tomenteux  en  dehors,  profondément  partagé  eh 
•cinq  lanières  un  peu  inégales ,  lancéolées,  aiguës.  La 
-corolle  est  monopétale,  irrégulière,  courtement  tubu¬ 
leuse  à  sa  base ,  considérablement  dilatée  à  sa  partie 
supérieure,  qui  est  partagée  en  cinq  lobes  irrégu¬ 
liers  et  arrrondis  ;  elle  est  de  coideur  pourpre-cîâir , 
tachee  en  dedans  de  points  noirs  environnés  d’un 
cercle  blanc,  et  garnis  de  quelques  poils  longs  et 
mous.  Les  étamines,  au  nombre  de  quatre,  sont  didy- 
names,  et  appliquées  contre  la  partie  supérieure  de  la 
corolle;  lés  anthères  sont  formées  de  deux  loges' ar¬ 
rondies  ,  écartées  à  leur  partie  inférieure  ;  les  filets 
sont  un  peu  aplatis  et  un  peu  courbés  à  leur  base,  vers 
le  point^nù  ils  s’attachent  à  la  corolle.  Le  pistil  se  com¬ 
pose  :  I®  d’un  ovaire  central,  pyramidal  et  terminé  en 
pointe,  à. son  sommet;  il  offre  deux  loges  contenant 


(  ^44  ) 

un  grand  nombre  d’ovules  attachés  à  un  gros  trophos- 
perme,  saillant  sur  le  milieu  de  la  cloison;  2®  d’un 
style  assez  long,  cylindrique,  un  peu  incliné  vers  la 
partie  inférieure  de  la  corolle;  3®  d’un  stigmate  petit 
et  légèrement  bifide.  Le  fruit,  qui  succède  à  ce  pistil; 
est  une  capsule  ovoïde ,  un  peu  pointue,  environnée  à 
sa  base  par  le  calice ,  et  s’ouvrant  lors  de  sa  maturité 
en  deux  valves. 

La  digitale  pourprée  n’est  point  rare  aux  environs 
de  Paris;  elle  y  croît  dans  les  bois  montueux,  à  Meu- 
don,  Versailles,  Ville-d’Avray,  etc.  Elle  est  excessi¬ 
vement  commune  dans  le  Nivernais  et  dans  d’autres 
provinces  de  la  France,  où  elle  couvre  tous  les  champs» 
Elle  fleurit  en  juin ,  juillet  et  août. 

.  Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  la  digitale 
j)Qurprée  [Foy.  %  ï'io  et 

Action  de  la  digitale  sur  V économie  animale.  Il  ré¬ 
sulte  des  expériences  faites  sur  les  chiens ,  et  des  ob¬ 
servations  recueillies  chez  l’homme ,  lOque  les  feuilles, 
les  extraits  aqueux  et  résineux,  ainsi  que  la  teinture. 
"  alcoholique  de  digitale  pourprée,  jouissent  de  pro¬ 
priétés  vénéneuses  très-énergiques  à  une  certaine  dose; 
2°  que  la  poudre  est  moins  active  que  l’extrait  aqueux, 
et  celui-ci  moins  que  l’extrait  résineux  ;  3°  que  l’inten¬ 
sité  des  effets  déterminés  par  ces  poisons  varie  suivant 
l’organe  avec  lequel  ils  ont  été  mis  en  contact  ;  ainsi 
l’action  des  extraits  de  digitale  introduits  dans  l’esto¬ 
mac  est  moins  vive  que.  s’ils  avaient  été  appliqués  sm 
le  tissu  lamineux  sous-cutané  de  la  partie  int^ne  de  la 
cuisse,  et  dans  ce  dernier  cas  elle  est  moins  énergique 
que  lorsqu’ils  ont  été  injectés  dans  la  veine  jugulaire; 


(  ^45  ) 

4®  qu’ils  déterminent  d’abord  le  vomissement  ;  5°  qu’ils 
exercent  sur  les  organes  de  la  circulation  une  action 
qui  varie  suivant  la  disposition  des  individus  ;  en  effet, 
tantôt  les  battemens  du  cœur  sont  ralentis ,  tantôt  ils 
sont  accélérés,  intermittens,  etc.;  d’autres  fois  il  est 
impossible  d’observer  le  moindre  changement  dans  la 
manière  dont  la  circulation  s’opère  (i)  ;  6®  que  les  effets 
meurtriers  de  ces  composés  dépendent  de  leur  absorp¬ 
tion  et  de  leur  action  sur  le  cerveau,  dont  ils  déterminent 
une  sorte  de  stupéfaction  momentanée;  7®  qu’indé- 
pendamment  de  cette  action  ils  enflamment  les  tissus 
avec  lesquels  on  les  met  en  contact;  8®  que  l’extrait 
résineùx,  introduit  dans  l’estomac,  ou  appliqué  sur  le 
tissù  cellulaire  sous-cutané ,  semble  agir  particulière¬ 
ment  sur  le  cœur  ou  sur  le  sang;  du  moins  on  trouve 
ce  fluide  coagulé  lorsqu’on  ouvre  les  cadavres  immé¬ 
diatement  apres  la  mort;  p°que  la  digitale  paraît  agir 
sur  l’homme  comme  sur  lef  chiens. 

De  la  grande  Cigus  (Conium  maculatum). 

La  grande  ciguë  est  une  plante  de  la  famille  des 
ombellifères  de  Jussieu,  et  delapentàndrie  digynie  de 
Linnæus.  planche  10.) 


(i)  Le  docteur  Gérard,  médecin  distingué  de  Beauvais, 
pense  que  la  digitale  est  un  puissant  sédatif  du  cœur  et  du 
système  nerveux  ,  pourvu  qu’elle  soit  placée  dans  un  estomac 
sain;  car  si  cet  organe  est  affecté  de  pMegmasie  aiguë  ou 
clironique ,  au  lieu  de  ralentir  la  circulation  ,  la  digitale  dé- 
'termine  des  phénomènes  opposés.  (Dissertation  inaugurale 
soutenue  à  l’école  de  Paris.  Année  1819.) 


C  246  ) 

1 5 1 .  Caractères  du  genre.  L’ovaire  est  infère ,  le  limbe 
du  calice  entier  ;  les  cinq  pétales  inégaux ,  obcordés  ;  le 
fruit  est  globuleux,  comme  didyme  ;  chaque  moitié 
latérale  est  relevée  de  cinq  côtes  longitudinales  tuber¬ 
culeuses.  Les  fleurs  sont  blanches  ;  l’involucre  se  com¬ 
pose  de  quatre  à  huit  folioles  réfléchies;  les  involu- 
eelles  sont  formés  d’une  seule  foliole  large,  trifide 
dirigée  du  côté  externe  des  ombellules. 

ùrande  ciguë  {ü\cvi\z.  major,  Lam.  Fl.  fr.  3,  p.  io4i. 

Lionium  maculatum,  L.  Sp.  349). 

Racine  bisannuelle ,  allongée ,  fusiforme  ,  blanche 
et  un  peu  rameuse  ,  de  la  grosseur  du  doigt  indicateur. 
Tige  herbacée,  dressée,  très-rameuse,  glabre,  cylin¬ 
drique  ,  striée ,  offrant  des  taches  d’une  couleur  pourpré 
foncée,  haute  de  trois  à  six  pieds,  fistuleuse. Feuilles 
alternes ,  sessiles ,  très-grandes ,  trip innées  ,  à  folioles 
ovales  ,  lancéolées ,  incisées  et  denticulées  ,  les  plus 
inférieures  presque  pinnatifides,  d’une  couleur  verte 
foncée  ,  un  peu  luisante  en  dessus.  Fleurs  blanches  , 
petites,  ombellées  ;  ombelles  composées  d’environ  dix  à 
douze  rayons ,  à  la  base  desquels  on  trouve  un  involucre 
régulier  de  quatre  à  huit  petites  folioles  réfléchies  ,  lan¬ 
céolées  ,  aiguës ,  étroites  ;  ombellules  accompagnées 
d’un  involucelle  formé  d’une  seule  foliole  étalée  i, 
tournée  en  dehors,  large  et  profondément  trifide. 
Ovaire  infère,  globuleux,  strié,  rugueux,  biloculaire.' 
Limbe  du  calice  formant  un  petit  bourrelet  circulaire 
entier.  Corolle  de  cinq  pétales  étalés,  un  peu  inégaux, 
obcordiformes.  Cinq  étamines  alternés  avec  les  pé¬ 
tales  ,  un  peu  plus  longues  qit’eux  ;  filets  subulps  ;  an- 


(  247  ) 

thères  globuleuses  à  deux  loges  blanchâtres.  Le  sommet 
de  l’ovaire  est  surmonté  d’un  disque  épigyne  blan¬ 
châtre  ,  à  deux  lobes  un  peu  aplatis ,  qui  se  confon¬ 
dent  avec  deux  styles  très-courts,  divergens,  terminés 
chacun  par  un  petit  stigmate  globuleux.  Le  fruit  est 
presque  globuleux  et  comm<e  didyme ,  offrant ,  sur 
chaque  moitié  latérale ,  cinq  côtes  saillantes  et  tuber¬ 
culeuses, 

La  grande  ciguë  croît  dans  les  lieux  incultes ,  le  long 
dès  fossés ,  dans  les  décombres.  Elle  fleurit  au  mois  de 
juin. 

De  la  Ciguë  aquatique  (  Gicutaria  aqüatiea,  de  Lamk.  ). 

La  ciguë  aquatique  est  une  plante  de  la  famille  des 
ombelliferes  de  J ussieu ,  et  de  la  pentandrie  digynie 
de  Linnæus.  (  planche  ii  bis.') 

iSa.  Caractères  du  genre.  L’involucre  général  est 
composé  d’une  à  trois  folioles  linéaires;  quelquefois  il 
manque  entièrement;  les  involucelles  sont  formés  de 
plusieurs  petites  folioles  très-étroites ,  quelquefois  aussi 
longues  que  les  ombellules;  les  pétales  sont  étalés, 
presque  égaux,  subcordiformes,  leur  sommet  étant  re- 
leve  en  dessus.  Le  fruit  est  globuleux ,  presque  didyme  ; 
il  est  couronne  par  les  deux  styles  et  les  cinq  petites 
dents  du  calice  :  chacune  de  ses  faces  latérales  offre 
cinq  cotes  peu  saillantes  et  d’une  couleur  plus  foncée. 

Çieutàire  aquatique  (Gicutaria  aqUatica,  Lamk.  Ciguë 
'vireuse^  Gicuta  virosa,  Linnæus). 

Plante  vivace ,  dont  la  racine,  assez  grosse,  blan¬ 
châtre  et  charnue,  est  garnie  de  fibres. allongées ^  et 


(248) 

creusée  intérieurement  de  lacunes  ou  cavités  remplieâ 
d’un  suc  laiteux  et  jaunâtre.  Sa  tige  est  dressée  ra¬ 
meuse  ,  cylindrique ,  creuse  ,  glabre ,  striée  ,  verte 
liante  de  deux  à  trois  pieds.  Ses  feuilles,  surtout  les 
inférieures,  sont  très-grandes,  décomposées,  tripin- 
nées;  les  folioles  sbnt  lancéolées,  aiguës,  étroites 
très-profondément  et  irrégulièrement  dentées  en  scie; 
assez  souvent,  deux  ou  trois  de  ces  folioles  sont  réunies 
et  confluentes  par  leur  base  ;  les  pétioles  des  feuilles 
inférieures  sont  cylindriques,  creux,  striés  longitu¬ 
dinalement;  les  feuilles  supérieures,  moins  composées, 
ont  des  folioles  presque  linéaires  et  dentées.  Les  om¬ 
belles  situées  à  l’extrémité  des  ramifications  de  la  tige , 
sont  composées  de  dix  à  quinze  rayons  presque  égaux  ; 
l’involucre,  quand  il  existe,  est  formé  le  plus  souvent 
d  une  seule  foliole  linéaire  ;  les  involucelles  sont  dé 
plusieurs  folioles  linéaires,  aussi  longues  et  même  plus 
longues  que  l’ombellule  elle-même.  Les  fleurs  sont 
petites  et  blanches  ;  les  petales  étalés ,  en  rose ,  sont 
presque  égaux  entre  eux;  ils  sont  ovales,  un  peu  con¬ 
caves,  subcordiformes ,  ayant  le  sommet  relevé  en 
dessus.  Les  deux  styles  sont  assez  courts  et  divergens. 
Les  fruits  sont  globuleux,  presque  didy mes,  couronnés 
par  les  styles  et  les  cinq  dents  du  calice,  et  offrent  sur 
chacune  de  leUrs  faces  convexes  et  latérales,  cinq  côtes 
peu  saillantes  et  simples. 

La  Cicutaire  aquatique  gu.  Cigué  vireuse  ^  croît  en 
France ,  sur  le  bord  des  fossés ,  des  ruisseaux  et  des 
étangs  (i). 


(i)  Il  existe  à  l’égard  de  cette  plante  une  erreur  très- 


(^49) 

Delà  petite  Ciguë  (OEthusa  cynapium). 

La  petite  cigùë  est  une  plante  de  la  famille  des  om- 
bellifères  de  Jussieu  et  de  la  pentandrie  digynie  de 
Linnæus.  (  Voy.  planche  12.) 


grave  ,  et  qui  nous  parait  des  plus  dignes  d’être  signalées. 
Presque  toutes  les  figures  que  l’on  a  données ,  dans  ces 
derniers  temps ,  du  cicuta  ■virosa ,  représentent  une  autre 
espèce  du  même  genre,  originaire  de  l’Amérique  septeur 
trionale ,  et  que  l’on  cültive  dans  tous  les  jardins  de  bo¬ 
tanique  ,  savoir ,  le  cicuta  maculata ,  L.  Bulliard  nous,  pa¬ 
raît  être  le  premier  qui ,  dans  son  Herbier  de  la  France , 
ait  commis  cette  erreur  ;  en  effet  la  plante  qu’il  a  repré¬ 
sentée,  planche  i5i  ,  sous  le  nom  de  cicuta  virosa ,  est  évi¬ 
demment  le  cicuta  maculata  ;  il  aura  infailliblement  dessiné 
sa  figure  d’après  un  échantillon  cueilli  dans  un  jardin  où 
la  plante  de  l’Amérique  septentrionale  prospère  très-bien.  La 
plujiart  de  ceux  qui  après  lui  ont  voulu  donner  une  figure 
de  la  ciguë  vineuse ,  ont  simplement  copié  la  sienne  ,  et  ont 
par  conséquent  commis  la  même  erreur  que  lui  ;  ainsi  la 
figure  de  la  Flore  du  Diçtionnaire  des  Sciences  médicales  ,  et 
plusieurs  autres  ne  représentent  pas  la  ciguë  vireuse. 

C’est  afin  dé  relever  cette  erreur  et  de  la  rendre  patente 
aux  yeux  de  tous  les  médecins  et  des  botanistes ,  que  nous 
avons  fait  figurer  comparativement  ces  deux  plantes;  notre 
planche  1 1  bis  représente  la  véritable  ciguë  vireuse  (  cicu- 
iaria  aquatica ,  Lamk.)  ;  le  dessin  en  a  été  exécuté  sous  la 
direction  de  M.  Achille  Richard  fils,  à  qui  nous  devons  la 
communication  de  ces  observations  ;  il  a  été  fait  d’après  des 
échantillons  authentiques  recueillis  en  Picardie  et  en  Alsace. 

Notre  planche  1 1  donne  la  figure  de  la  cicuta  maculata  que 


(  25o  ) 

i53.  Carac€eres  du  genre.  Le  caractère  distinctif  de 
ce  genre  d’îivec.la  ciguë  est  d^ffrir  un  fruit  dont  les 
côtes  sont  lisses  au  lieu  d’être  tuberculeuses.  Le  limbe 
de  son  calice  est  subquinquédentë;  les  pétales  inégaux, 


l’on  a  jusqu’à  présent  représentée  comme  la  véritable  ciguë 
vireuse. 


Voici  au  reste  les  caractères  distinctifs  de  ces  deux  espèces 
que  l’on  peut  suivre  comparativement  sur  les  deux  figures 
que  nous  en  donnons. 

1“  La  ciguë  vireuse  Sl  une  racine  blancbâtre  ,  charnue  , 
perpendiculaire  ,  creusée  intérieurement  de  lacunes  pleines 
d’un  suc  laiteux. 

La  ciguë  maculée  a  une  racine  longue  et  rampante  hori¬ 
zontalement  sous  la  terre ,  et  qui  donne  naissance ,  par  ses 
ramifications,  aux  tiges. 

2°  La  ciguë  vireuse  a  la  tige  entièrement  verte. 

La  ciguë  maculée  est  marquetée  de  taches  pourpres  comme 
la  grande  ciguë  {conium  maculatum ,  Lin.). 

3^  Les  folioles  de  la  ciguë  vireuse  sont  très-allongées, 
lancéolées,  étroites,  aiguës,  profondément  découpées  en 
dents  de  scie  irrégulières. 

Dans  la  ciguë  maculée  les  folioles  sont  ovales ,  aiguës ,  ré¬ 
gulièrement  dentées  en  scie. 

4°  Enfin  dans  la  ciguë  vireuse  les  folioles  des  involu- 
ceUes  sont  aussi  longues  et  souvent  pltls  longues  que  les  om- 
bellules ,  tandis  qu’elles  sont  constamment  plus  courtes  dans 
la  ciguë  maculée. 

Nous  pourrions  pousser  plus  loin  cet  examen  comparatif, 
mais  nous  croyons  en  avoir  dit  assez  pour  bien  faire  res¬ 
sortir  les  différences  spécifiques  qui  existent  entre  ces  deux 
plantes,  différences  que  l’on  saisira  encore  plus  facilement 
en  comparant  les  deux  figures  que  nous  en  donnons  ici. 


(  a5i  ) 

blancs  et  obcordés  ;  le  fruit  globuleux ,  offrant  dix 
stries  lisses.  L’involucre  manque  souvent ,  ou  se  .com¬ 
pose  d’une  à  deux  folioles;  les  involucelles  sont  formés 
de  quatre  à  cinq  folioles  linéaires,  allongées,  rabattues 
et  pendantes  d’un  seul  côté. 

Ethuse  petite  ciguë  (OEthusa  cynapium,  Linn.  Sp.  3  67)! 

Raeihe  annuelle ,  fusiforme ,  terminée  en  pointe  trésor 
longue ,  blanche ,  donnant  naissance  à  des  ramifications 
latérales  grêles.  Tige  dressée,  rameuse,  cylindrique, 
iistuleuse,  lisse,  glabre,  glauque,  souvent  rougeâtre 
dans  sa  partie  inférieure,  haute  de  trois  à  quatre  pieds., 
à  rameaux  courts  et  peu  étalés;  Feuilles  alternes,  ses- 
siles,  bi  ou  tripinnées,  à  segmens  très-aigus ,  incisés 
et  dentés,  d’un  vert  foncé,  luisantes  en  dessous.  Fleurs 
blanches ,  disposées  en  ombelles  planes ,  composées 
d’environ  une  vingtaine  de  rayons  inégaux  ;  ceux  delà 
circonférence  plus  longs  que  ceux  du  centre.  Point  d’im 
volucre.  Involucelles  de  quatre  à  cinq  folioles  linéaires, 
rabattues  et  pendantes  d’un  seul  côté.  Ovaire  infère, 
ovoïde,  sùbglobuleux,  strié  :  limbe  du  calice  offrant 
cinq  petites  dents.  Corolle  de  cinq  pétales,  presque 
égaux,  obcordés,  étalés.  Cinq  etamines,  un  peu  plus 
longues  que  les  pétales.  Disque  épigyhe  ,  blanchâtre  , à 
deux  lobes  couronnant  le’ sommet  de  l’ovaire;  deirx 
styles,  divergens,  courts ,  terminés  par  deux  stigmates 
très-petits.  Fruit  globuleux,  un  peu  comprimé,  d’un 
vert  foncé,  offrant  cinq  eÔtes  saillantes,  lisses  sur  cha¬ 
cune  de  ses  moitiés  latérales. 

La  petite  ciguë  est  très-commune  dans  les  lieux  cul¬ 
tivés,  les  jardinspôtagers,  etc. ,  où  elle  croît  souvent  me- 


(  aSa  ) 

langée  avec  le  persil  et  le  cerfeuil.  Elle  fleurit  en  juillet. 

Caractères  propres  a  la  distinguer  du  persil.  Les  pé¬ 
tales  da  persil  sont  arrondis,  égaux,  courbés  en  cœur 
{ydy.  pl.  12,  fig.  2).  Les  ombelles  du  persil  sont  tou¬ 
jours  pédonculées  et  souvent  garnies  d’une  collerette 
à  une  seule  foliole  j  les  ombelles  de  la  petite  ciguë  sont 
dépourvues  de  collerette  générale.  Les  femlles  du  persil 
ontitne  odeur  agréable  ;  celles  de  là  petite  ciguë  répan¬ 
dent  une  odeur  nauséeuse  lorsqu’on  les  froisse  entre  les 
doigts.  Les  feuilles  dé  la  petite  ciguë  sont  d’un  vert  noi¬ 
râtre  en  dessus,  et  luisantes  en  dessous;  enfin  la  racine 
du  persil  est  plus  grosse  que  celle  de  la  petite  ciguë. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  produits  par  ces  trois 
especes  de  ciguë.  (  Voyez  §  i35  èt  i36.) 

Action  de  ces  diverses  espèces  de  ciguë  sur  Véconomie 
animale.  Les  expériences  tentées  sur  les  animàüx  vi- 
vans  et  les  observations  recueillies  chez  l’homme  nous 
permettent  de  conclure  1°  que  les  feuilles,  la  racine 
et  le  suc  de  ces  plantes  en  pleine  végétation ,  jouissent 
de  propriétés  vénéneuses  très-énergiques;  2°  que  l’ex¬ 
trait  aqueux  obtenu  en  évaporant  ait  bain -mark 
le  suc  fourni  par  lés  feuilles  ou  les  racines  en  pleine 
végétation,  est  encore  plus  actif;  tandis  qu’il  jouit 
à  peine  de  quelques  propriétés  toxiques,  ou  même 
quil  est  tout-a-fait  inerte  lorsqu’il  a  été  préparé  en 
évaporant  à  une  température  élevée  ,  le  décoctum 
aqueux  de  la  poudre  séché  ^  3°  que  ces  diverses  parties 
sont  beaucoup  moins  activés  quand  les  plantes  dont 
nous  parlons  ont  été  cueillies  quelque  temps  avant  la 
floraison;  4°  que  leurs  effets  sont  beaucoup  plus  mar¬ 
qués  lorsqu  on  les  applique  sur  le  tissu  lamineux  sotis- 


(  ao3  ) 

cutané  de  la  partie  interne  de  la  cuissé,  que  dans  le 
cas  où  on  les  introduit  dans  l’estoinac;  5°  que  le  suc 
des  feuilles  et  des  racines ,  ainsi  que  l’extrait  aqueux  , 
agissent  encore  avec  beaucoup  plus  d’énergie ,  quand 
on  les  injecte  dans  la  veine  jugulaire,  que  lors  de  leur 
application  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  ;  6®  que 
ces  diverses  préparations  enflamment  les  tissus  avec” 
lesquels  on  les  met  en  contact;  qu’indépendamment 
de  cette  lésion ,  elles  sont  absorbées  ,  portées  dans  le 
torrent  de  la  circulation ,  et  vont  agir  sur  le  système 
uerveux,  et  particulièrement  sur  le  cerveau;  action 
à  laquelle  il  faut  attribuer  la  mort  ,  qu’elles  détermi¬ 
nent  ;  8“  qu’elles  paraissent  agir  sur  l’homme  comme 
sur  les  chiens;  p»  que  la  ciguë  aquatique  ('virosa,  de 
Linuæus  )  est  plus  vénéneuse  que  la  grande  ciguë; 
loo  que  le  suc  fourni  par  les  feuilles  de  cette  dernière 
qui  n’est  pas  encore  en  pleine  végétation ,  paraît  plus 
actif  que  celui  que  l’on  peut  obtenir  avec  les  racines, 
tout  étant  égal  d’ailleurs. 

Du  Laurier-Rose. 

i54.  Sjnnptômes  et  Usions  de  tissu  produits  par  le 
laurier-rose.  {Voj.  §  i35  et  i36.) 

Action dulaurier-rose  sur  V économie  animale.  Il  ré¬ 
sulte  des  observationsrecueillies  chez  l’homme,  et  des 
expériences  faites  sur  les  chiens ,  les  chevaux ,  les  mou¬ 
tons  ,  etc. ,  1°  que  le  bois  et  les  feuilles  du  laurier-rose, 
ainsi  que  1  extrait  et  l’eau  distillée  de  ces  mêmes  feuilles, 
jouissent  de  propriétés  vénéneuses  plus  ou  moins  éner¬ 
giques;  a®  que  l’extrait  est  plus  actif  que  les  feuilles, 
dont  l’énergie  surpasse  de  beaucoup  celle  de  l’eau  dis- 


C  ^54  ) 

tillée;  3®  que  l’activité  de  ces  poisons  varie  suivant  l’of« 
gane  avec  lequel  ils  ont  été  mis  en  contact  ;  ainsi  l’ex¬ 
trait  déterinine  des  accidens  beaucoup  plus  fâcheux’, 
lorsqu  il  est  injecté  dans  la  veine  jugulaire,  que  dans  le 
cas  où  il  a  été  introduit  dans  l’estomac,  ou  appliqué 
sur  le  tissù  cellulaire  sous-cutané  de  la  partie  interne  de 
la  cuisse^  4®  occasionnent  presque  Constamment 
le  vomissement  ;  5°  qu’ils  enflamment  légèrement  les 
tissus  sur  lesquels  on  les  applique  5  6°  qu’indépendam- 
ment  de  cette  lésion  ils  sont  absorbés ,  portés  dans  le 
torrent  de  la  circulation  ,  et  qu’ils  agissent  sur  lè  sys¬ 
tème  nerveux  et  sur  le  cerveau  ,  dont  ils  déterminent 
la  stupéfaction. 

VINGT-DEUXIÈME  LEÇON, 

§  II.  —  De  la  Noix  vomique;  de  la  Fève  de 
Saint-Ignace;  de  VUpas  tieuté  et  de  la  Strych¬ 
nine. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’une  ou  l’autre  de  ces  substances  ? 

De  la  Noix  vomique. 

La  noix  vomique  est  la  graine  du  strychnos  nux 
vomica^  arbre  des  Indes  orientales  et  del’île  de  Gey- 
lan ,  rangé  par  Linriæus  dans  la  pentandrie  mono- 
gynie ,  et  par  Jussieu  dans  un  groupe  voisin  de  la  fa¬ 
mille  des  apocynées. 

i55.  Caractères.  Graine  ronde  ,  large  d’environ  un 
pouce,  aplatie  comme  des  boutons,  épaisse  de  deux 
à  trois  lignes ,  de  couleur  jàune-grisâtre ,  offrant  vers 


(  255  )  • 

le  centre,  de  l’un  et  de  l’autre  côté,  une  sorte  d’ombilic. 
Toute  la  surface  de  cette  graine  est  recouverte  d’un 
nombre  infini  de  soies  très  -  courtes ,  très-serrées 
(  sorte  de  velours  ) ,  de  couleur  cendrée ,  fauve ,  cornée 
ou  noirâtre,  fixées  obliquement  sur  une  pellicule 
très-mince,  et  dirigées  du  centre  à  la  circonférence 
où  celles  d’une  des  deux  faces  s’entre-croisent  avec 
celles  de  l’autre  ;  un  des  points  de  cette  circonférence, 
ùn  peu  plus  saillant  que  les  autres ,  doit  donner  issué 
à  là  plantule.  L’intérieur  de  cette  graine  est  Corné , 
Ordinairement  blanc  et  demi  -  transparent ,  quelque¬ 
fois  noir  et  opaque;  il  offre  une  grande  cavité  dont 
les  parois  sé  touchent,  et  sont  partout  de  l’épaisseur 
d’environ  une  ligne.  Cette  graine  est  inodore,  et 
douée  d’une  saveur  âcre  très-amère. 

Elle  est  formée  ,  suivant. MM.  Pelletier  et  Caventou, 
de  strychnine  ^  covakmiée  avec  un  acide  nouveau  auquel 
on  a  donné  le  nom.  à’ igasurique  ,  de  cire,  d’une 
huile  concrète  ,  d’une  matière^  colorante  jaune ,  de 
gomme,  d’amidon  ,  de  bassorineet  défibré  végétale. 

De  la  Fève  de  SainUignace  (  Noix  igasur  des  Phi-  ’ 
lippines  ). 

La  fève  de  Saint-Ignace  est  la  graine  àeYîgnatia 
amara ,  petit  arbre  des  îles  Philippines ,  rangé  dans 
la  pentandrie  monogynie’,  à  côté  des  strychnos,  avec 
lesquels  il  a  beaucoup  de  rapports. 

i56.  Caractères  des  graines.  Elles  sont  grosses  comme 
des  olives ,  arrondies  et  convexes  d’un  côté ,  angu¬ 
leuses  et  à  trois  ou  quatre  faces  de  l’autre ,  offrant 
a  une  extrémité  la  cicatrice  du  point  d’attache.  Leur 


(  256  ) 

substance  intérieure  est  cornée^  demi-transparente 
plus  ou  moins  brune  et  très-dure  ;  elles  sont  opaques 
à  leur  surface ,  et  Comme  recouvertes  d’une  efflores¬ 
cence  grisâtre  qui  y  adhère,  et  qu’on  peut  plus  facile¬ 
ment  gratter  avec  un  couteau  que  le  reste.  Elles  ont 
une  saveur  très-amère  et  sont  inodores.  (Guibourt, 
Histoire  abrégée  des  drogues  simples.  )  Ces  graines 
sont  entassées  au  nombre  de  vingt  environ  dans  une 
enveloppe  ligneuse  et  épaisse,  qui  constitue  une  sorte 
de  drupe  ou  de  baie  pyriforme  ovale ,  uniloculaire , 
de  la  grandeur  et  de  la  forme  d’une  poire  de  bon 
chrétien.  ; 

La  fève  de  Saint -Ignace  est  formée  des  mêmes 
principes  que  la  noix  vomique,  mais  dans  des  pro¬ 
portions  différentes;  ainsi'  elle  paraît  contenir  à  peu 
près  trois  fois  autant  de  strychnine  que  la  noix  vo¬ 
mique.  (  Pelletier  et  Caventou.  ) 

De  l’Upas  tieuté. 

i5y.  Lupas  tieuté  est  un  extrait  obtenu  en  faisant 
évaporer  le  suc  d’un  végétal  sarmenteux,  du  genre  des 
strychnos  (  noix  vomique),  qui  croît  au  Java; 
il  est  employé  par  les  naturels  du  pays  pour  empoi¬ 
sonner  leurs  flèches. , 

De  la  Strychnine. 

i58.  La  strychnine,  décrite  d’abord  sous  le  nom  de 
'vauqueline  ,  est  un  alcali  végétal  auquel  on  doit  attri¬ 
buer  les  propriétés  vénéneuses  de  la  noix  vomique, 
de  la.fève  de  Saint-Ignace  et  àustrychnos  coliibrim-, 
comme  nous  l’avons  dit  en  parlant  de  ces  graines.  II 


(  ^37  ) 

découvert  en  i8i8  par  PÆM.  Pelletier  et  Gaventou  i 
on  le  reconnaîtra,  aux  caractères  suivans.  Il  a  l’appa» 
rence  d’une  poudre  blanche  qui  pourtant  est  l’assem¬ 
blage  d’une  multitude  de  prismes  à  quatre  pans , 
presque  microscopiques  et  terminés  par  des  pyramides 
à  quatre  faces  surbaissées  ;  il  est  inodore,  et  doué 
dune  saveur  amère  insupportable  il  verdit  le  sirop 
de  violettes  et  retahlit  la  couleur  bleue,  du  papier  de 
,  tournesol  rougi  par  un  acide ,  lorsqu’il  a  été  dissous 
-dans  l’alcohol.  Mis  sur  les  charbons  ardens,  il  se 
boursoufle,  se  décompose  à  la  manière  des  substances 
végétales  qui  ne  contiennent  point  d’azoté ,  répand 
une  fumée  assez  épaisse  et  laisse  un  charbon  très-volu^- 
mineux.  Il  est  inaltérable  à  l’air  et  insoluble  dans 
1  eau  5  du  moins  il  faut  six  mille  six  cent  soixante- 
sept  parties  de  ce  liquide  à  la  température  de  dix 
degrés  pour  en  dissoudre  une  partie  ;  l’eau  bouillante 

en  dissout  un  peu  plus  du  double.  Il  se  dissout  beau¬ 
coup  mieux  dans  1  alcohôl  et  dans  les  huiles  volatiles  , 
surtout  à  l’aide  de  la  chaleur.  Il  se  combine  avec  les 
acides,  convenablement  affaiblis,  et  forme  des  sels 
en  général  solubles  dans  l’eau.  L’acide  nitrique  con¬ 
centré  exerce  -sur  la  strychnine  une  action  remar¬ 
quable  ;  il  lui  communique  sur-le-champ  une  couleur 
qiu  passe  instantanément  au  rouge 
sang;  à  cette  couleur  succède  une  teinte  jaune  qui 
devient  de  plus  en  plus  prononcée  et  passe  au  verdâtre. 

Symptômes  de  P  empoisonnement  déterminé  par  ces 
substances.  L’homme  et  les  chiens  soumis  à  l’influence 
de  lun  ou  de  l’autre  de  ces  poisons  présentent  les  phé¬ 
nomènes,  suivans  :  malaise  général  ;  contraction  géné- 

.  •  17. 


(  258  ) , 

raie  de  tous  les  muscles  du  corps ,  pendant  laquelle  la 
colonne  vertébrale  est  redressée  :  à  cette  contraction  , 
dont  la  durée  est  fort  courte,  succède  un  calme  marqué 
suivi  lui-même  d’un  nouvel  accès  qui  se  prolonge  plus 
que  le  premier ,  et  pendant  lequel  la  respiration  est 
accélérée.  Tout  à  coup  les  accidens  cessent ,  la  respi¬ 
ration  se  ralentit,  et  l’individu  paraît'étonné  :  peu  kIc 
temps  après ,  nouvelle  contraction  générale  ;  alors 
on  observe  sur  les  chiens  la  roideur  et  le  rapproche¬ 
ment  des  pâtes  antérieures  qui  se  dirigent  eii  ar¬ 
rière,  le  redressement  de  la  colonne  vertébrale  et  le 
renversement  de  la  tête  sur  le  cou  ;  la  respiration  est 
très-accélérée  :  bientôt  après,  roideur  et  immobilité  des 
extrémités  postérieures;  la  poitrine  et  la  tête  sont  sou¬ 
levées;  les  animaux  tombent  d’abord  sur  la  mâchoire 
inférieure,  et  bientôt  sur  le  côté;  à  cette  époque,  le 
tétanos  est  complet  ,  et  il  y  a  immobilité  du  thorax  et 
cessation  de  la  respiration.  Get  état  d’asphyxie,  an¬ 
noncé  d’ailleurs  par  la  couleur  violette  d.e  la'^langue  et; 
des  gencives,  dure  une  à  deux  minutes,  pendant  les¬ 
quelles  les  organes  des  sens  et  du  cerveau  continuent 
à  e?:ercer  leurs  fonctions,  à  moins  que  l’asphyxie  ne 
soit  portée  au  plus  haut  point  ;  car  alors  l’action  de  ces 
organes  commence  >  s’affaiblir  :  la  fin  de  cet  accès  est 
annoncée  par  la  disparition  siibiîe  du  tétanos  jet  par  le 
rétablissement  graduel  de  la  respiration.  Bientôt  après , 
unenouvellë  attaque  a  lieu  ;  cette  fois  les  contractions 
sont  des  plus  violentes;  les  secousses  convulsives  très- 
fortes  et  semblables  à  celle  que  déterminerait  un  cou¬ 
rant  galvanique  dirigé  sur  la  moelle  épinière  d’un  ani¬ 
mal  récemment  tué;  il  y  a  asphyxie  et  mouvemens 


(  ^59  ) 

convulsifs  des  muscles  de  la  face.  La  mort  arrive  le 
plus  souvent  à  la  fin  du  troisième ,  du  quatrième  ou  du 
cinquième  accès ,  ordinairement  sept  pu  huit  minutes 
après  la  manifestation  des  premiers  accidens ,  quelquer 
fois  plus  tard.  Une  chose  digne  de  remarque ,  et  que 
l’on  n’observe  que  dans  l’empoisonnement  qui  nous 
occupe,  et  dans  celui  que  produisent  la  fausse  an- 
gusture  et  la  brucine ,  c’est  que  le  contact  d’une  partie 
quelconque  du  corps,  la  menace  ou  le  bruit  détermi- 
minent  facilement  cette  roideur  tétanique  générale. 

Lésions  de  tissu  produites  par  cés  poisons.  Les,  nom¬ 
breuses  ouvertures  de  cadavres  d’animaux  empoi¬ 
sonnés  par  ces  différentes  substances  prouvent  mani¬ 
festement  que  l’on  remarque  dans  les  organes  intérieurs 
la  même  altération  que  chez  lès  individus  qui  ont  été 
asphyxiés  ;  mais  on  n’a  jamais  observé  la  moindre  trace 
de  lésion  dans  le  canal  digestif.  Néanmoins  l’observa¬ 
tion  suivante,  recueillie  chez  l’homme  au  mois  de 
juin  1820,  tend  a  faire  croire  que  la  noix  vomique 
peut  déterminer  l’inflammation  des  membranes  du 
canal  alimentaire. 

Daste  (Pierre),  âgé  de  quarante-cinq  ans,  d’un 
tempérament  bilieux,  d’une  constitution  sèche,  vi¬ 
goureuse,  en  proie  aux  fureurs  de  la  jalousie,  résolut 
de  s’empoisonner.  C’est  dans  cette  intention  qu’il  prit , 
le  i3  juin ,  sur  les  neuf  heures  du  soir ,  une  quantité 
considérable  de  noix  vomique  concassée  (pour  douze 
sous  ) ,  dont  il  saupoudra  ses  alimens.  Presque  immé¬ 
diatement  après  l’ingestion  de  cètte  substance  vé¬ 
néneuse  ,  il  fut  atteint  de  violentes  convulsions.  Ap¬ 
pelé  près  de  lui ,  un  officier  de  santé  le  fit  vomir  en  le 


(  200  ) 

gorgeant  de  lait  et  d’eau  chaude ,  et  le  fit  transporter 
ensuite  à  l’hôpital  Saint-Louis ,  où  il  arriva  sur  les  dix 
heures  du  soir.  Ses  traits  étaient  profondément  al¬ 
térés;  il  éprouvait  une  dédolation  générale  :  ses  forces 
étaient  pour  ainsi  dire  brisées,  des  accès  convulsifs  se 
manifestaient  à  des  intervalles  rapprochés  (pendant  un 
de  ces  accès ,  Daste  fit  une  chute  qui  n’eut  d’autre  ré¬ 
sultat  qu’une  légère  contusion  au  front);  leur  durée 
était  d’une  à  deux  minutes  :  ils  étaient  marqués  par  le 
roidissement  vigoureux  de  tous  les  muscles  ;  le  tronc 
et  les  membres  étaient  dans  une  extension  violenté, 
les  .mâchoires  fortement  rapprochées.  Singiilièrement 
ngité  ,  lé  malade  poussait  dès  cris  entrecoupés  et  im¬ 
plorait  de  prompts  secours  :  le  pouls  ne  présentait 
encore  aucune  altération  remarquable.  (Deux  grains 
d’érnétique  provoquèrent  des  vomissemens  aljondans  ; 
hsoissons  et  lavemens  laxatifs).  Dans  la^nuit,  lêrseris 
de  la  vue  et  de  l’ouïe  acquièrent  une  sensibilité  exa-, 
gérée  :  telle  est  l’irritabilité  des  muscles ,  qu’il  suffit  de 
-toucher  le  malade  pour  exciter  en  lui  dés  mouvemens 
convulsifs;  le  bruit  le  plus  léger  suffit  même  pour 
produire  cet  .  effet.  Pendant  lés  convulsions  le  pouls 
est  fréquent,  agité;  le  malade  est  baigné  de  sueur, 
phénomène  dont  l’explication  se  présente  d’ elle-même. 
Le  !4  J  ù  sept  heures  du  matin,  l’état  du  malade  est 
plus  calme;  les  accès  convulsifs  sont  moins  fré- 
quens  ;  moins  longs ,  moins  violens  ;  cependant  les 
causés  indiquées  tout  à  l’heure  suffisent  encore  pour 
les  faire  éclater.  Le  pouls  n’offre  aucune  agitation 
fébrile  ;  sentimeift  de  lassitude  et  de  brisement  dans 
tout  le  corps;  nulle  douleur  dans  l’abdomen  (potion 


(  26i  ) 

calmante,  saturée  en  quelque  sorte  d’opium,  6  gr.  dans 
I IV  de  véhicule).  A  neuf  heures  du  matin ,  les  mou- 
vemens  convulsifs  ont  cessé ,  l’orage,  s’est  pour  ainsi 
dire  dissipé,  et  tout  semble  annoncer  une  heureuse 
terminaison  :  ce  calme  insidieux  sé.  maintient  le  reste 
du  jour  et  pendant  .la  nuit.  Le  iS,  même  état,  pbiiit 
de  convulsions  ;  il  ne  reste  qu’un  sentiment  de  fai¬ 
blesse  et  de  douleur  générales  (.potion  ut  supra). 
soir,,  la  douleur  semble,  se  concentrer  dans  là  région 
épigastrique  ;  peau  sèche ,  poids  fréquent.  Le  i6 ,  à 
six  heures  dir  matin ,  poùls  petit,  presque  impercep¬ 
tible,  sécheresse  et  chaleur  de  la  peau,  rougeur  des 
bords  de.  la  langue,  douleur  vivè  dans  la  région  épigas¬ 
trique  battemens  dans  cette  région  ;  accablement , 
prostration  extrêmes ,  régularité  des  fonctions  intel¬ 
lectuelles  ,  yeux  étonnés  ,  altération  des  traits  ,  phy¬ 
sionomie  décomposée,  mort  à  dix  heures  du.  matin. 
(Aucune  roideur  dans  les  membres  ,  sueuj  visqueuse 
sur  toute  l’habitude  du  corps.)  \  . 

Ouverture  quarante  -  huit  heures  apres  la  màrt. 
1°  Cavité  encéphalique.  Environ  une  once  de  sérosité 
dans  les  ventricules  latéraux  du  cerveau  :  nulle  al'térâ- 
tion  appréciable  dans  les  méninges  et  la  pulpe  céré¬ 
brale;  épanchement  d’une  assez  grande  quantité  de 
sérosité  dans  la  cavité  de  ;  l’arachnoïde  rachidienne; 
la  partie  postérieiue  de  cette  membrane  est  parsemée 
et  comme  plaquée  de  lamés  cartilagineuses  irrégulières, 
dune  grandeur  variable ,  très-nombreuses^— 2®  Cæ- 
vite  addominale.  —  Foie  volumineux  ;  l’estomac  con¬ 
tient  quelques  cuillerées  d’un  liquide  muqueux,  san¬ 
guinolent  ,  brunâtre  :  sa  surface  intérieure  présenté  , 


(  26a  ) 

dans  divers  points ,  une  teinte  qui  varie  du  rouge  au 
noir  foncé ,  sans  qu’on  puisse  trop  dire  si  cette  colo¬ 
ration  est  l’effet  d’ecchymoses  ou  d’un  travail  in¬ 
flammatoire.  Le  duodénum ,  rempli  d’un  liquide  jaune 
muqueux,  est  manifestement  enflammé  ;  la  rougeur  et 
rinjection  de  sa  membrane  interne  s’étendent  en  s’af¬ 
faiblissant  et  en  éprouvant  une  sorte  de  dégradation  à 
celle  de  l’intestin  grêle  :  la  portion  moyenne  de  celui- 
ci  est  rétrécie ,  ses  parois  sont  épaissies  ;  la  membrane 
muqueuse  est  parsemée  d’ulcér/stions  aux  endroits  ou 
l’intestin  se  trouve  resserré.  La  vessie,  petite,  con¬ 
tractée  ,  vide ,  est  légèrement  phlogosée ,  et  contient 
une  cuillerée  d’un  liquide  puriforme.  —  S®  Cavité 
thoracique.  —  Quelques  adhérences  entre  les  plèvres 
pulmonaire  et  costale  ;  poumons  gorgés  de  sang ,  prin-  ' 
cipalement  à  leur  base,  qui  est  comme  teinte  en  rouge. 
Cœur  dans  son  état  naturel.  4°  Habitude  extérieure. 
Roideur  considérable  des  membres  (on  se  rappelle, 
qu’ils  étaient  souples  immédiatement  après  la  mort); 
teinte  violacée  de  presque  toute  la  surface  de  la  peau: 
cette  nuance  était  toutefois  plus  prononcée  aux  par- 
ties  les  plus  déclives  ,  sur  lesquellès  la  pesanteur  avait 
détermine  lé  sang.  (  Observation  communiquée  par 
M.  Jules  Cloquet.  ) 

i5g.  Action  de  la  noiæ  vomique^  de  la  fève  de  Saiht- 
Jgnace,  de  ï upas  tieuté  et  de  la  sti'jchnine  sur  V économie 
animale.  Il  résulte  des  expériences  tentées  sur  les  ani¬ 
maux  vivans ,  et  de  plusieurs  observations  recueillies 
chez  l’homme,  I®  que  ces  diverses  substances  sont  très- 
vénéneuses  pour  l’homme  et  pour  un  très-grand  nombre 
d  animaux  ;  2°  qu’il  en  est  de  même  des  extraits  aqueux 


(^63) 

et  alcolioliques  de  noix,  vomique  et  de  fève  dé  Saint- 
Ignace;  3°  que  de  toutes  ces  matières,  la  stryclanine  et 
les  sels  qu’elle  forme  avec  les  acides,  sont  celles  qui 
jouissent  de  la  plus  grande  énergie  ;  4°  qtié  les  sels  exer¬ 
cent  une  action  plus  vive  que  la  base  elle- même,  et 
cela  en  raison  de  leur  grande  solubilité  par  la  présence 
d’une  petite  quantité  d’acide  ;  5®  que  les  extraits  aqueux 
sont  plus  actifs  que  les  poudres  dé  ces  graines;  mais 
qu’ils  le  sont  moins  qire  leurs  extraits  âlcoholiques ; 
6®  que  l’extrait  aleoboiique  de  fève  de  Saint-Ignacë  est 
plus  énergique  que  celui  de  noix  vomique,  tout  étant 
égal  d’ailleurs;  7®  que  c’est  à  la  strychnine  que  la  noix 
vomique  et  la  fève  de  Saint-Ignace  doivent  leurs  pro¬ 
priétés  vénéneuses  ;  8®  qu’il  en  est  probablement  de 
même  del’upàs  tieuté;  9®  que  si  la  matière  grasse  re¬ 
tirée  par  l’éther  de  la  noix  voMque  et  de  la  fève  de 
Saint-Ignace,  agit  à  la  manière  dés  poisons  énergiques, 
cela  doit  être  attribué  à  la  strychnine  qu’elle  renferme; 
lo'^  que  Ion  doit  eGnsidérer  ces.  poisons,  comme  des 
excitans  de  la  moelle  épinière  produisant  constam¬ 
ment  le  tétanos,  rimmobilité  du  thorax,  et-  par  con¬ 
séquent  1  asphyxie  à  laquelle  les  animaux  succombent, 
•  comme  l’ ont  démontré  MM.  Magendie  et  Helille ,  pour 
1  upas  tieuté  et  la  noix  vomique;  ti®  quelles  agissent 
avec  la  plus  grand.e  énergie  lorsqu’on  les  introduit 
dans  les  cavités  thoracique  et  abdominale,  ou  dans  la 
veine  jugulaire,  tandis  que;  leur  action  est  moins  vive 
quand  on  les  applique  sur  le  tissu  cellulaire  sous-cu- 
tane,  ou  qu’on  les  injecte  dans  les  artères  éloignées  du 
cœur  :  elle  est  encore  moins  vive  lorsqu’on  les  introduit 
dans  le  canal  digestif,  ou  qu’on  les  applique  sur  les  sur- 


(-264) 

faces  muqueuses  ;  12°  qii’elles  n’agissent  point  sur  les 
animaux  auxquels  on  a  enlevé  la  moelle  épinière  à 
l’aide  d’une  tige  de  baleine;  1 3"  que  lors  même  qu’il, 
serait  prouvé  par  des  observations  ultérieures  qu’elles 
enflamment  constamment  les  tissus  avec  lesquels  on 
les  met  en  contact,  on  ne  devrait  pas  regarder  cette> 
irritation  locale  comme  étant  la  cause  de  la  mort; 
i4®  que  celle-ci  dépend  de  l’absorption  du  principe, 
actif  de  ces  matières  qui  paraît  s’opérer  par  l’inter-i 
mede  des  veines,  suivant  M.  Magendie ,  de  son  transr: 
port  dans  le  torrent  de  la  circulation,  et  de  l’excitation 
qu’il  détermine  dans  la  moelle  épinière. 

De  r Ecorce  défausse  angusture  et  de  la  Brucine. 

Gomment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisdnne- 
ment  a  eu  lieu  par  l’une  ou  l’autre  de  ces  substances? 

Dé  r  Écorce  de  fausse  angusture  (  aiïgusture  fine  ). 

Ecorce  appartenante ,  suivant  quelques  naturalistes  ,\ 
SXL  brucœa  antidj^sénterica  ou  ferruginea  ^  et  suivant 
d’autres ,  à  un  arbre  dont  on  ignore  encore  le  nom, 
160.  Caractères.  Ecorce  ordinairement  roulée  sur 
elle-même, compacte,  pesante  et  beaucoup  plus  épaisse 
que  celle  de  la  vraie  angusture.  Couleur  ^ï&e-i^nnktrè  - 
à  l’intérieur,  variable  à  l’extérieur,  ce  qui  dépend  des 
différences  que  présente  l’épiderme;  en  effet,  tantôt 
il  est  mince,  d’un  gris -jaunâtre  et  parsemé  d’excrois¬ 
sances  blanchâtres  ;  tantôt  il  est  recouvert  d’une  matière 
ayant  la  couleur  de  rouille  de  fer;  tantôt  enfin  il  est 
fortement  rugueux  et  offre  des  taches  diversement  ^ 
colorées  :  dans  ce  dernier  cas,  l’écorce  est  en  général 


(  265  ) 

plus  épaisse  et  plus  volumineuse ,  ïnak  un  jpeu  moins 
ferrugineuse  que  les  autres.  presque  nulle,  ana¬ 
logue  à  celle  de  l’ipécacuanha.  très -amère; 

l’amertume  persiste  très -long- temps  au  palais,  sans 
laisser  d’âcreté  à  l’extrémité  de  la  langue.  Couleur  de 
la  poudre  :  elle  présente  quelques  différences  suivant 
l’état  de  l’épiderme;  mais,  en  général,  elle  est  d’un 
blanc  légèrement  jaunâtre. 

Lorsqu’on  agite  pendant  quelques  minutes  la  poudre 
de  fausse  angusture  avec  de  l’eau  aiguisée  d’acide  hy- 
drochlorique ,  on  obtient  une  liqueur  jaunâtre  qui,  par 
l’addition  du  prussiate  de  potasse  et  de  fer  ,  devient 
verte  sur-le-champ,  et  laisse  déposer ,  au  bout  de  quel», 
ques  heures,  du  bleu  de  Prusse. 

La  dissolution  aqueuse  de  cette  écorce  rougit  à  peine 
la  teinture  de. tournesol;  elle  trouble  légèrement  le 
sulfate  de  fer,  auquel  elle  communique  une  couleur 
vert-bouteille  ;  le  prussiate  de  potasse  et  de  fer-  y  fait 
naître  un  léger  trouble,  et  le  mélange  devient  verdâtre- 
par  l’addition  de  l’acide  hydrochlorique  ;  enfin  la  po¬ 
tasse  ,  employée  en  petite  quantité ,  lui  communique 
une  couleur  vert-bouteille,  qui  passe  à  l’orangé-foncé 
avec  une  teinte  verdâtre ,  par  l’addition  d’une  nouvelle 
quantité  d’alcali;  la  liqueur  conserve  sa  transparence. 
La  dissolution  aqueuse  d^ angusture  'vraie  ^  air  contraire , 
détruit  la  couleur  de  tournesol ,  fournit  avec  le  sul¬ 
fate  de  fer  un  précipité  gris-blancbâtre  très-abondant, 
soluble  dans  un  excès  de  sulfate  de  fer,  et  n’est  point 
troublée  par  le  prussiate  de  potasse  et  de  fer  ,  à  moins 
qu  on  n’ajoute  de  l’acide  hydrochlorique ,  car  alors 
elle  donne  un  précipité  jaune  très-abondant  ;  enfin  la 


(J  266  ) 

potasse  caustique  la  fait  passer  à  l’orangé- verdâtre  et  y 
détermine  un  précipité ,  quelle  que  soit  la  quantité 
d’alcàli  employé.  (M.  Güibourt.) 

L’analyse  chimique  de  l’écorce  de  fausse  angusture 
faite  dans  ces  derniers  temps  par  MM.  Pelletier  et  Ca- 
ventou,  prouve  quelle  contient  de  l’acide  galliqué 
combiné  avec  un  alcali  nouveau ,  auquel  on  a  donné 
le  nom  de  brucme,mxe  matière  grasse,  beaucoup  de 
gomme,  une  matière  colorante  jaune,  semblable  à  celle 
qui  existe  dans  la  noix  vomique, beaucoup  de  ligneux, 
et  quelques  traces  de  sucre.  ,  ' 

De  la  Brucine. 

161.  Cdrax^teres.  La  brucine  est  une  substance 
alcaline,  composée  d’oxygène,  d’hydrogène  et  de  car¬ 
bone ,  découverte  en  1819  par  MM.  Pelletier  et 
Gaventou  dans  l’écorce  de  fausse  angusture  {hrucçea 
antidj^senterica  ) ,  qui  lui  doit  ses  propriétés  véné¬ 
neuses.  Elle  est  solide ,  tantôt  sous  la  forme  de  pris¬ 
mes  obliques,  allongés,  à  base  parallélogrammiqrue, 
tantôt  en  masses  feuilletées ,  d*un  blanc  nacré,  ayant 
1;  aspect  d’acide  borique  5' quelquefois  enfin  elle  res¬ 
semble  à  certaina  champignons  ;  elle  est  inodore  ,  et 
douée  d’une  saveur  amère  très-prononcée;  elle  jouit 
de  la  propriété  de  verdir  sirop  de  violettes,  et  de 
vétahlir.  la  couleur  bleue  du  papier  de  tournesol  rougi 
par  un  acide  ,  surtout  lorsqu’elle  a  été  dissoute  dans 
lalcohol;  elle  est  inaltérable  à  l’air;  chauffée  dans  un 
petit  tube  de  verre ,  elle  fond  à  une  température  un 
peu  supérieure  à  celle  de  l’eau  bpuillante,  puis  se 
congèle  comme  de  la  cire  lorsqu’on  la  laisse  refroidir; 


(  23-7  )  . 

si  on  continue  à  la  chauffei’  elle  se  décompose ,  ré¬ 
pand  de  la  fumée,  et  laisse  du  charbon,  comme  la 
plupart  des  substances  végétales  qui  ne  contiennent 
point  d’azote.  Une  partie  de  brucine  se  dissout  dans 
huit  cent  cinquante  parties  d’eaù  froide ,  et  dans  cinq 
cents  parties  du  même  liquide  bouillant  ;  Fa-lcohol  la 
dissout  presqu’en  toutes  proportions.  Les  acides  affai¬ 
blis  se  combinent  avec  elle,  et  forment  des  sels,  pour 
la  plupart  solubles  dans  l’eau;  l’acide  nitrique  con¬ 
centré  agit  sur  elle  comme  sur  la  strychnine.  [V.  §  i58.) 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  développes  par -ces  poi¬ 
sons.  Ils  ont  la  plus  grande  analogie  avec  ceux  que 
déterminent  la  noix  vomique,  la  fève  de  Saint-Ignace  , 
l’upas  tiéuté  et  la  strychnine.  (  V.  S  page  307  etsuiv<) 

Action  de  V écorce  de  fausse  angustuve  et  de  la  brur 
cinei,  sur  V  économie  animale.  Les  expériences  faites 
sur  les  animaux  et  les  observations  recueilbes  chez 
l’homme  prouvent ,  i®  que  ces  substances  sont  très- 
vénéneuses  pour  l’homme,  les  mammifères  en  général , 
les  oiseaux,  les  poissons  et  les  reptiles,  lorsqu’on  les 
applique  sur  les  membranes  muqueuses ,  les  blessures  , 
la  plèvre ,  le  péritoine  ,  etc.  ;  2®  qu’elles  sont  inertes 
ou  très-peu  actives  quand  on  les  met  en  contact  avec 
les  nerfs  les  tendons  ou  l’épiderme  non  lésé;  3® qu’il 
en  est  de  même  des  extraits  aqueux  et  alcoholique 
de,  fausse  angusture  ainsi  que  de  la  matière  jaune  pré¬ 
parée  par  M.  Planche,  et  dont  nous  avons  parlé  dans 
notre  Traite  de  toxicologie,  t.  2,  p.  352  (deuxième 
édition);  4®  que  de  toutes  ces  matières,  la  brucine 
et  les  sels  quelle  forme  avec  les  acides  sont  celles  qui 
agissent  avec  le  plus  d’énergie;  5°  que  c’est  à  la  bru- 


(  268,  )  .  ' 

cine  que  l’on  doit  attribuer  les  propriété^  vénéneuse 
de  ces  divers  composés,  et  que  si  la  matière  jaune 
amère  est  plus  active  que  l'écorce  pulvérisée,  c’est 
parce  qu’elle  contient  beaucoup  plus  de  brucine  sous 
un  volume  donné  ;  6°  que  ces  poisons  agissent  sur  l’é¬ 
conomie  animale  comme  la  noix  vomique,  la  fève  de 
Saintrlgnace ,  etc.  (-voj'ez  l’action  de  ces  substances 
depuis  io°.  §  iSp);  7°  qu’ après  la  mort  des  animaux 
les  muscles  involontaires  conservent  encore  leur  irri¬ 
tabilité  ,  lorsque  les  muscles  volontaires  n’en  donnent 
plus  aucun  signe. 

Du  Ticunas  ^  du  Woorara  et  du  Curare. 

162.  Ces  divers  poisons  ne  sont  autre  chose  que  des 
extraits  obtenus  avec  le  suc  de  certaines  lianes  ,  au^ 
quel  on  a  ajouté,  des  sucs  provenant  d’autres  plajitès 
qui  ne  sont  pas  toujours  vénéneuses.  Ils  peuvent  être 
regardés  comme  ne  différant  pas  entre  eux.  Les  anir 
maux  soumis  à  leur  influence  sont  plongés  dans  ùn 
état  de  langueur;  leur  pouls  est  dur  et  fréquent ,  la 
respiration  courte  et  accélérée  ;  les  muscles  ,  surtout 
ceux  des  membres  pectoraux ,  se  paralysent,  après 
avoir  éprouvé  une  contraction  convulsive;  le  corps  se 
refroidit  ,  et  la  respiration  cesse  ;  ces  poisons  agissent 
plutôt  sur  la  moelle  épinière  que  sur  le  cerveau  ;  en 
effet  ils  n’occasionnent  ni  stupeur  ni  anéantissement 
de  la- sensibilité,  et  ils  suspendent  la  respiration;  leur 
action  diffère  de  celle  de  l’upas  tieutéen  ce  qu’ils  para¬ 
lysent  plus  promptement  les  muscles  volontaires ,  sans 
exciter  des  convulsions  et  des  spasmes  aussi  viplens 
et  aussi  fréquens  ;  elle  diffère  de  celle  de  l’upas  antiar 


(  269  ) 

(vof.  plus  loin)  en  ce  qu’ils  ne  déterminent  pointla 
paralysie  du  cœur  ni  des  déjections  alvines.  Ils  sont 
employés  pour  empoisonner  les  flèches. 

VINGT-TROISIÈME  LEÇON. 

5  in.  — Du  Camphre;  de  la  Coque  du  Levant; 
et  de  la  Picrotoxine. 

Comment  peut-on  reconnaître  que ,  l’empoisonne¬ 
ment  a  èû  lieu  par  l’une  où  l’autre  dé  ces  substances? 

Dit  Camphre. 

163.  Caractères.  IaQ  camphre/ est  un  des  produits 
immédiats  des  végétaux  composés  d’oxygène,  d’hy¬ 
drogène  et  de  carbone  ;  il  est  fourni  par  les  lau¬ 
riers,  et  particulièrement  par  le  laurus  camphora  ;  on 
le  trouve  aussi  dans  beaucoup  de  labiées  et  dans  quel¬ 
ques  ombellifères.  p.  est  solide,  blanc,  transparent, 
plusJLéger  que  l’eap,  et  doué  d’une  odeur  très-forte 
qui  le  caractérise;  sa  saveur  est  amère,  chaude  et  pi¬ 
quante.  Il  est  très-volatil  et  très-inflammable;  il  brûle 
avec  une  flamnie  blanche,  répand  une  vapeur  abon¬ 
dante,  et  ne  laisse  point  de  résidu.  L’alcohol,  l’éther, 
les  huiles  fixes,  les  huiles  volatiles,  les  acides  acétique 
et  nitrique ,  le  Rissolvent  à  merveille  :  il  est  à  peine  so¬ 
luble  dans  l’eau. 

164.  Caractères  de  V alcohol  camphré.  Liquide,  trans-  ' 
parent,  incolore,  doué  à  la  fois  d’une  odeur  alcoho- 
lique-et  camphrée,  ne  rougissant  point  le  tournesol, 
et  précipitant  en  blanc  par  l’eau;  le  précipité,  qui  n’est 
autre  chose  que  du  camphre ,  ne  tarde  pas  à  se  rassem- 


(  270  ) 

bler  à  la  surface  du  liquide  ;  si  on  le  sépare  aû  moyen 
du  filtre ,  on  voit  qu’il  a  une  odeur  camphrée ,  et  qu’il 
s’enflamme  lorsque  après  avoir  été  desséché  on  l’appro¬ 
che  d’une  bougie  enflammée.  L’alcohol  camphré  brûle 
quand  on  le  met  en  contact  avec  un  corps  en  ignition, 
et  laisse  pour  résidu  du  camphre  qui  crystallise  par  le 
refroidissement,  ou  une  matière  charbonneuse  légère , 
semblable  à  de  la  suie  ;  dans  ce  dernier  cas ,  on  remarque 
qu’il  se  dégage  des  vapeurs  blanches  vers  la  fin  de  la 
combustion  :  cette  différence  dans  les  produits  tient  à 
ce  que  la  combustion  a  été  plus  vive  dans  un  cas  que 
dans  l’autre. 

J  65.  Caractères  de  F  huile  camphrée.  L’huile  conserve 
sa  couleur  et  sa  transparence  à  mains  quelle  ne  con¬ 
tienne  beauéoiip  de  camphre  en  dissolution.  Son  odeur 
est  très  -  sensiblement  camphrée.  Elle  ne  s’enflamme- 
point  lorsqu’on  la  met  en  contact  avec  un  corps  en 
ignition ,  après  l’avoir  placée  dans  une  capsule. 

De  la  Coque  du  Cevant. 

La  coque  du  Levant  est  le  fruit  du  menispermum 
cocculus.,  arbrisseau  de  l’Inde,  rangé  dans  la  famille 
des  ménispermes  et  dans  la  diœcie  décandrie  de  Lin- 
næus. 

i66.  Caractères.  Il  offre  le  volume  d’un  gros  pois  ;  il 
est  presque  rond,  et  présente  à  la  partie  de  sa  surface 
qui  correspond  à  l’insertion  du  placenta  une  dépres¬ 
sion  marquée ,  ce  qui  lui  donne  jusqu’à  un  certain  point 
la  forme  d’un  rein.  Il  est  composé  i°  d’une  tunique 
extérieure  mince,  sèche,  friable,  noirâtre,  rarement 
lisse  et  le  plus  souvent  couverte  de  rugosités,  à  laquelle 


(  271  ) 

on  a  donné  le  nom  de  hrou  et  &  écorce;  2°  d’une  coque 
blanche,  ligneuse,  à  deux  valves,  recouverte  par  la  tu¬ 
nique  dont  nous  parlons;  3°  d’un  placenta  central,  ré¬ 
tréci  par  le  bas,  élargi  par  le  haut ,  et  attaché  à  la  por* 
tîon  de  la  surface  qui  est  déprimée,  de  manière  que  la 
coque  se  trouve  divisée  intérieurement  en  deux  petites 
loges;  4°  d’une  blanchâtre  ou  roussâtre  d’une 

saveur  amère  très-prononcée,  partagée  en  deux  lobes 
par  le  placenta,  et  remplissant  l’espace  compris  entre 
celui-ci  et  la  coque;  cette  amande  s’atrophie  avec  le 
temps  ,  en  sorte  que  les  fruits  dont  nous  parlons  finis¬ 
sent  par  être  presque  entièrement  vides.  La  coque 
du  Levant  est  inodore  et  contient,  d’après  M.  Boul- 
lay ,  de  la  picrotoxine  (substance  alcaline) ,  un  acide 
nouveau  désigné  sous  le  nom  de  ménispermique ,  deux 
sortes  d’huile  fixe,  ûne  matière  albumineuse,  fine 
partie  colorante  jaune,  du  ligneux ,  une  certaine  quan¬ 
tité  de  matière  sucrée  et  des  sels. 

De  la  Picrotoxine. 

167.  La  picrotoxine  (i)  est  un  alcali  renfermé  dans 
la  coque  du  Levant,  composé  d’oxygène,  d’hydrogène 
et  de  carbone,  et  caractérisé  par  les  propriétés  sui¬ 
vantes.  Il  est  blanc,  brillant,  demi- transparent,  crys- 
tallisé  en  aiguilles ,  sans  odeür  et  d’une  saveur  amèré 
insupportable;  Mis  sur  les  charbons  ardens ,  il  se  bour¬ 
soufle,  et  répand  une  fumée  blanche  d’une  odeur  de 
résine.  Il  se  dissout  dans  trois  parties  d’alcohol,  dans 
vingt-cinq  parties  d’eau  bouillante  et  dans  cinquante 


(i)  Du  grec  amer,  et  de  7<5|wcv,  poison. 


(  ^7^  ) 

parties  d’eau  froide.  'Le  solutum  aqueux  change  en 
hleu  jla  couleur  du  papier  de  tournesol  rougi  par  les 
acides ,  et  surtout  par  l’acide  acétique.  L’acide  nitrique 
concentré  dissout  la  picro toxine  à  froid  sans  dégage¬ 
ment  de  gaz  nitreux  ;  la  dissolution  est  d’un  jaune  ver¬ 
dâtre.  ^ 

Symptômes  de  V empoisonnement  déterminé  par  ees 
substances.  Lorsqu’on  a  fait  avaler  à  un  chien  deux  pu 
trois  gros  de  camphre  dissous  dans  une  once  d’huile 
d’olives,  ou  trois  ou  quatre  gros  de  coque  du  Levant 
finement  pulvérisée,  ou  dix  ou  douze  grains  de  picro- 
toxine,  on  observe  au  bout  de  quelques  minutes,  si 
l’animal  ne  vomit  pas  (car  assez  souvent  ces  substances 
déterminent  des  vomissemens  opiniâtres),  qu’il  est  in¬ 
quiet,  agité,  que  sa  démarche  est  chancelante,  et  que 
les  muscles  de  la  face  offrent  quelques  mouvemeps  con¬ 
vulsifs.  Cinq,  quinze,  vingt-cinq  minutes  après,  il 
éprouve  un  accès  violent,  caractérisé  par  les  symp-’ 
tomes  suivans  :  chuté  sur  le  côté,  tête  fortement  ren¬ 
versée  en  arrière,  ou  dans  l’état  naturel;  convulsions 
horribles  particulièrement  dans  les  extrémités;  cul¬ 
bute  en  arrière  dans  laquelle  la  tête  frappe  d’abord 
le  sol  avec  véhémence,  et  le  corps  roule  en  tout 
sens;  conjonctive  injectée,  yeux  saillans  et  insen¬ 
sibles  aux  impressions  extérieures.  L’animal  nehtend 
plus;  on  peut  le  déplacer,  le  heurter,  crier  autour  de 
lui ,  sans  qu  il  donne  le  moindre  signe  de  connais¬ 
sance  ;  la  bouche  est  remplie  d’une  écume  épaisse ,  la 
langue  et  les  gencives  sont  livides;  la  respiration  est 
comme  suspendue.  Cette  attaque  dure  trois  ou  quatre 
minutes,  et  se  termine  quelquefois  par  des  efforts  de 


(  273  ) 

vomissement.  L’animal  reste  pendant  quinze,  vingt  où 
vingt-cinq  minutes  sans  prouver  aucun  accident;  il 
semble  avoir  recouvré  l’usage  des  sens ,  on  le  croirait 
guéri;  cependant  il  ne  tarde  pas  à  se  manifester  un 
nouvel  accès  semblable  au  précédent,  mais  beaucoup 
plus  fort,  et  pendant  lequel  l’animal  fait  entendre  des 
cris  horribles  ;  la  respiration  est  laborieuse  et  accom¬ 
pagnée  de  l’exhalation  d’üne  grande  quantité  de  vapeur 
d’une  odeur  camphrée  (i).  Gette  attaque,  à  laquelle 
l’animal  succombe  le  plus  ordinairement,  dure  six  ou 
huit  minutes:  elle  est  souvent  précédée  de  vertiges,  de 
tournpiemens  et  d’un  affaiblissement  plus  ou  moins 
considérable  des  extrémités  antérieures  :  ces  symp¬ 
tômes  précurseurs  durent  quelquefois  huit  ou  dix  mi¬ 
nutes;’ 

Les  observations  d’empoisonnement  recueillies  chez 
l’hom-me  prouvent  que  le  camphre  détermine  chez  lui 
des  accidens  analogues  à  ceux  dont  nous  venons  de 
parler.-  '  j 

Lésions  de  tissudeçeloppées  par  ces  poisons.  Sï  oti  îeàit 
1  om  erture  des  eadavres  immédiatement  après  la  mort 
des  animaux,  on  observe  que  le  ventricule  gauche  du 
cœur  rénfèrrne  du  sang  rouge-brun  :  cet  organe  ne^se 
contracte  plus.  Les  poumons  sont  affaisses ,  peu  crépi- 
tans  ,  d  un  tissu  plus  serré  qu’à  l’ordihairè ,  et  d’une  cou¬ 
leur-  foncée  par  plaques.  Le  cérveâii  n’est  le  siège  duü- 
cune  altération  remarquable.  Le  Canal  digestif  offre  le 
plus  souvent  des  traces  d’inflammation  ou  d’ulcération, 
lorsque  1  empoisonnement  a  été  déterminé  parle  cam- 

■j)  Seulement  lorsque  faminal  a  pris  du  camphre. 

i8 


('274) 

phre,  tandis  quil  est  siin  dans  le  cas  où  la  mort  a  été 
produite  par  la  coque  du  Levant  ou  par  la  picrotoxine. 

Action  de  ces  poisons  sur  V économie  animale,  i»  Le 
camphré ,  à  la  dose  de  trois  à  quatre  gros  dissous  dans 
V huile  d'olives ,  est  vénéneux  pour  l’homme  et  pour 
les  chiens  lorsqu’il  est  introduit  dans  le  canal  di¬ 
gestif;  2®  il  est  absorbé,  et  agit  comme  un  excitant, 
énergique  du  cerveau  et  du  système  nerveux,  sus¬ 
ceptible  de  déterminer  une  mort  prompte  au  milieu 
des  convulsions  les  plus  horribles ,  s’il  n’est  pas  rejeté 
promptement  par  le  vomissement  ou  par  les  selles  - 
3°  cette  mort  est  le  résultat  immédiat  de  l’asphyxie, 
ou  du  moins  de  la  gêne  avec  laquelle  la  respiration 
s’exerce  pendant  les  violentes  secousses  convulsives; 
4°  l’action  de  la  dissolution  huileuse  dont  nous  par¬ 
lons  est  beaucoup  plus  vive  si  elle  est  injectée  dans  les 
veines ,  et  beaucoup  moins  forte  si  elle  a  été  appliquée 
sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  de  la  partie  interne  de 
la  cuisse  ;  5°  le  camphre  en  fragmens  enflamme ,  ulcère 
les  tissus  de  l’estomac ,  et  peut  occasioner  la  mort  au 
bout  de  deux  ou  trois  jours;  il  ne  produit  des  phéno¬ 
mènes  nerveux  semblables  à  ceux  que  détermine 
l’huile  camphrée,  qu’autant  qu’il  a  été  très-divisé; 
6®  le  camphre  artificiel ,  obtenu  avec  l’huile  de  téré¬ 
benthine  et  le  gaz  acide  hydrochlorique  ,  agit  comme 
le  camphre  en  fragmens,  mais  beaucoup  plus  lente¬ 
ment  ,  lors  même  qu’il  a  été  introduit  dans  l’estomac 
à  la  dose  d’une  demi-once ,  après  avoir  été  dissous  dans 
l’huile  d’olives  ;  y®  la  coque  du  Levant,  finement  pulvé¬ 
risée  ,  occasionne  la  mort,  des  chiens  les  plus  robuses , 
et  par  le  même  mécanisme  que  la  dissolution  huileuse 


(  275  ) 

de  camplire,  si  on  l’introduit  dans  restomac  à  la  dose 
de  deux  ou  trois  gros  et  qu’elle  ne  soit  pas  Tomie,  ou 
bien  si  on  l’applique  sur  le  tissu  lamineux  sous-cutané 
de  la  partie  interne  de  la  cuisse;  8®  elle  borne  ses 
effets  à  produire  des  nausées  et  des  vomissemens  si 
on  l’emploie  peu  divisée;  9®  elle  n’enflamme  point  les 
tissus  avec  lesquels  on  la  met  en  contact  ;  lo®  elle  doit 
toutes  ses  propriétés  vénéneuses  à  la  picrotoxine  qu’elle 
renferme  ;  aussi  remarque-t-on  que  celle-ci  est  beau¬ 
coup  plus  active ,  et  qu’elle  produit  les  mêmes  effets 
sur  l’économie  animale;  ii®  il  suffit  d’injecter  dans  la 
veine  jugulaire  d’un  chien  ùn  grain  et  demi  de  cet 
alcali  dissous  dans  une  demi-once  d’eau ,  pour  déter¬ 
miner  la  mort  dans  l’espace  de  quelques  minutes; 
12°  quels  que  soient  les  rapports  qui  existent  entre 
l’action  de  ces  poisons  et  celle  qu’exercent  la  noix 
vomique,  la  fève  de  Saint-Ignace  ,  la  strychnine ,  l’upas 
tieuté,  la  fausse  angusture  et  la  brucine ,  ôn  aurait 
tort  de  les  confondre  dans  un  même  groupe ,  ces  subs¬ 
tances  agissant  particulièrement  sur  la  moelle  épi¬ 
nière,  tandis  que  le  camphre,  la  coque  du  Levant  et 
la  picrotoxine  affectent  tout  le ‘système  nerveux ,  et 
surtout  le  cerveau.  ^ 

De  rUpas  antiar. 

Nous  croyons  pouvoir  nous  dispenser,  dans  un 
ouvrage  de  ce  genre ,  de  parler  en  détail  de  ce  poison  , 
parce  quil  ne  se  trouve  que  dans  l’Inde,  et  qu’il  n’a 
jarnais  donné  lieu  à  des  rapports  judiciaires  :  voici  les 
faits  principaux  sur  lesquels  il  nous  semble  devoir  fixer 
l’attention. 


(  27^  )  • 

Lhtpas  ahtiar ^'SVlG  laiteux,  amer  et  jaunâtre  d’un 
arbre  d’un  genre  nouveàu  qui  croît  dans  l’Inde ,  est 
très-vénéneux  quand  il  est  injecté  dans  les  artères, 
dans  les  veines  ou  dans  les  cavités  séreuses  ;  il  l’est 
moins  lorsqu’on  l’applique  sur  le  tissu  cellulaire  sous- 
cutané,  et  beaucoup  moins  quand  il  est  introduit  dan§ 
l’estomac;  il  est  émétique  et  purgatif  ;  il  détermine  des 
phénomènes  nerveux  semblables  à  ceux  que  produit  la 
dissolution  huileuse  de  camphre,  (/^.pag.  274-) 

M.  Brodie  ,  il  rend  le  cœur  insensible  à  l’action  du 
sang.  I.es  Indiens  s’en  servent  pour  empoisonner  leurs 
flèches. 

§  VI.  — -  Des  Champignons  vénéneux. 

Comment  peut  -  on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  des  champignons  ? 

On  ne  peut  résoudre  ce  problème  qu’aütant  que 
l’on  parvient  à  distinguer  les  champignons  vénéneux 
de  ceux  .qui  ne  le  sont  point,  et  que  l’on  connaît 
leur  mode  d’action  sûr  Téconoinie  animale  ;  c’est  ce 
qui  nous  engage  à  faire  de  ce  sujet  la  matière  de 
deux  articles  ,  sous-  le  titre  1°  de  caractères  des 
champignons  vénéneux  ;  2°  àe  symptômes  et  lésion  f  dé 
tissu  qu'ils  déterminent, 

,  A..  Caractères  des  Champignons  vénéneux. 

Genre  amanita. 

Le  genre  amanita  appartient  à  la  famille  des  aga- 
ricoïdées ,  laquelle  fait  partie  de  l’ordre  des  champi- 


(  277  ) 

gfions  proprement  dits  {^fùngi^  hymenomyci')  de  Per- 
soQn  (i). 

i68.  Caractères  du  genre  Amanita  (Agaric  bourse), 
dhampigrion  sortant  d’une  bourse  où  d’ùn  -volva  ; 
cbapeau  garni  de  feuillets  ou  de  lamelles  rayonnantes 
en  dessous  ^  et  supporté  par  un  pédicule  plus  bu 
moins  renflé  à  sa  base.  (  Voy,  planche  14,  figure  2.  ) 

Description  dès  espèces.  - 

lO  Fausse  oronge  (variété  de  Y  Amanita  aurantiaca 
de  Persopn ,  Agaricus  muscarius  de  Linnæus,  Agaricus 
pseudo - aurantiacus  àe  Bulliard).  (  Foy.  planche  i4  , 
figure  :  demi-grandeur  naturelle.  ) 

.  169.  Caracferes.  Son  chapeau  atteint  quatorze  à  dix- 
huit  centimètres  (  de  cinq  à  sept  pouces);  il  est 
d)abord  convexe,  et  ensuite  presque* horizontal;  sa 
couleur  rouge  écarlate  est  plus  foncée  au  centre  ;  il 


(i)  Caractères  de  l’ordre  2®  de  Persooa  gui  comprend 
les  éhampignons  proprement  dits.  «  Ils  sont  cîiarnus ,  co¬ 
riaces,  tremelleux  et  volumineux,  simples,  ou  branclius,  ou 
étalés  en  plaque^  mais  ordinairement  munis  d’un  corps  di¬ 
laté  ou  chapeau,  qui  est  ouvert  et  pourvu  d’une  membrane 
sporulifere  ou  hymemum  d’une  forme  très- variée,-  portant 
des  graines  peu  apparentes.  »  ' 

Y,  hyménium  est  une  memlirane  composée  de  petites  ves¬ 
sies  libres  ou  cohérentes  entre  elles,  et  situées  à  la  surface 
inférieure  du  chapeau  ;  sa  couleur  est  le  plus  souvent  diffé¬ 
rente  de  celle  du  chapeau  ,  et  elle  se  forme  pendant  la  matu- 
rité.  (Persoon  ,  Traité  des  Champignons  comestibles  ,  pàg.  28 
et  381)  •  • 


(  278  )  . 

est  un  peu  rayé  sur  le  bord,' et  presque  toujours 
tacheté  de  tubercules  ou  verrues  blanches  qui  sont 
les  débris  du  volva^  le  pédicule,  long  de  huit  à  douze 
centimètres,  est  blanc,  plein  ,  cylindrique,  excepté 
à  sa  base  où  il  est  épais  ;  les  feuillets  (  lames  )  sont 
blancs ,  inégaux ,  recouverts  dans  leur  jeunesse  d’une 
membrane  qui  se  rabat  sur  le  pédicule  et  forme  son 
collier.  Le  volva  est  incomplet ,  c’est-à-dire  ,  qu’il  ne 
le  recouvre  pas  entièrement  à  sa  naissance  ,  et  forme 
quelques  écailles  le  long  du  pédicule.  Ce  champignon 
est  très-commun  dans  l’Europe  septentrionale. 

L’Oronge  vraie  (  Amanita  aurantiaca  )  ,  que  l’on 
mange  souvent,  se  distingue  du  précédent ,  i®  parce 
que  dans  sa  jeunesse  elle  est  enveloppée  dans  le 
qui  lui  donne  delà  ressemblance  avec  un  œuf; 
2^*  par  la  couleur  orangée  du  chapeau ,  qui  du  reste 
n’est  point  tacheté  de  verrues  blanches  ;  3*^  par  les 
feuillets,  qui  sont  jaunâtres^ 

2°  Amanite  vénéneuse  (Amanita  venenosa  de  Per- 
soon  ).  Cette  espèce  comprend  XAgaricus  bulbosus  et 
Y Agariciis  bulbosus  vemus  de  Bulliard.  {Foj.  pl.  i4, 
figure  2.  ) 

170.  Caractères  de  T  espèce.  Couleur  blanche,  sulfu- 
rine  ou  verdâtre,  pédicule  bulbeux,  entouré  à  sa 
base  d’un  volva  qui  couvre  son  chapeau  avant  son 
développement ,  et  sur  lequel  il  reste  des  lambeaux 
qui  sont  difformes  et  larges  vers  le  bord,  mais  plus 
petits  et  polyèdres  au  milieu  ;  il  y  a  en  outre  à  la  tige 
un  anneau  ou  collet  assez  large  et  épais  ,  et  souvent 
rabattu.  Les  feuillets  sont  blancs ,  et  conservent  tou¬ 
jours  cette  couleur  sans  devenir  rougeâtres.  Le  cha- 


(279  )  - 

peau  est  convexe  ,  charnu,  large  de  trois  à  quatre 
doigts,  rarement  dépourvu  de  verrues;  l’odeur  en  est 
vireuse  ,  assez  forte  ;  la  saveur  âcre  et  styptique 
surtout ,  après  quelques  instans  quand  on  èn  a  mâché. 
(  Persoon.  )  - 

Première  variété.  Amanita  bulhosa  alba  de  Persoon 
{^Agaricus  bulbosus  -vernus  de  Bulliard,  Oronge-cigu'è 
blanche  de  Paulet.)  {Voy,  Planche  i5,  fig.  :  gran¬ 
deur  naturelle.) 

171.  Caractères.  est  entièrement  blanche ,  quel¬ 
quefois  un  peu  jaunâtre  au  sommet;  le  chapeau,  qui 
était  d’abord  convexe;  devient  concave  parce  que  les 
bords  se  relèvent  en  vieillissant;  ses  feuillets  sont  nom¬ 
breux,  divisés  en  feuillets  et  en  parties  de  feuillets. 
On  peut  la  distinguer  de  l’agaric  comestible  de  Bul¬ 
liard  (champignon  de  couche) ,  p^ce  que  ce  dernier  n’a 
point  de  bourse  ni  de  pied  bulbeux,  qu’il  peut  être 
pelé  facilement ,  par  l’irrégularité  de  son  collet  qui  est 
rongé  à  ses  bords ,  parce  que  sa  superficie  est  sèche , 
qu  il  est  toujours  au-dessous  d’une  couleur  rose  ou  vi¬ 
neuse,  d’abord  tendre  et  ensuite  plus  foncée,  et  à  la 
fin  d’un  brun  noirâtre ,  tandis  que  les  feuillets  delà  va¬ 
riété  que  nous  décrivons  sont  toujours  blancs.  Elle  est 
très-commune  dans  les  bois ,  et  a  souvent  causé  des 
accidens  fâcheux,  parce  qu’elle  a  été  confondue  avec 
le  champignon  comestible. 

Deuxième  variété.  Amanita  cîtrina  ou  sutfurine  de 
Persoon  (  Oronge-ciguë  jaunâtre  àe  Paulet,  Agaricus 
bulbosus  de  Bulliard.  [J^oyez  planche  i5,  fig.  2  :  demi- 
grandeur  naturelle.) 

172.  Caractères.  Le  chapeau  et  l’anneau  offrent  une 


(  28o  ) 

couleur  citrine- pâle  ;  le  pédicule  ,  long  de  trois  à 
quatre  pouces,  est  bulbeux  et  légèrement  strié  à  son 
sommet.  On  la  trouve  abondamment  ,  en  automne 
mêlée  avec  les  feuilles  sèches  dans  les  endroits  som¬ 
bres  des  bois. 

Troisième  variété.  Amanita  viridis  {  Oronge^  ciguè 
'verfe  de  Paulet ,  Agaricits  bulbosus  de  Bulliard .)  (  Kojez,^ 
pl.  1 5,  fig.  3: demi-grandeur  naturelle.) 

x’y'à..  Caractères.  Chapeau  presque  toujours  glabre, 
sans  lambeaux  ou  débris  du  volva  ;  le  renflement 
(bulbe)  qui  est  à  la  base  du  pédicule  est  plus  arrondi 
que  dans  les  deux  variétés  précédentes  ;  il  n’est  pas 
aplati  comme  dans  ces  variétés  (i).  Elle  a  une,  couleur 
d’herbe  quelquefois  olivâtre  ou  grisâtre,  et  elle  est  plus, 
grande  que  les  précédente^  O  n  la  rencontre  en.  automne 
dans  les  bois  touffus  j.mais  elle  est  moins  commune  que 
les  deux  autres. 

Oronge  'visqueuse,  dartreuse,  ou  Grivelé  visqueux  , 
QU  Hrpophillurù  rnaculatum  Ae  Paulet.  (  Vop.  pl.  i6, 
fig.  4  :  un  tiers  de  grandeur  naiturelle.  ) 

.  174,  Caractères.  Ghampignoxi  blanc  ou  d’un  blanc 
tirant  sur  le  gris  ,  dont  la  grandeur  varie ,  mais  qui  a 
pour  rordinaire  trois  pu  quatre  pouces  de  hauteur  ,  et 
qui.  offre  des  pellicules  grisâtres ,  des  feuillets,  une 
tige,  un  bulbe  parfaitement  blancs,  et  une  surface 
visqueuse.  Chapeau  tendre ,  .large  de  trois  ou  quatre" 
pouces, ,  et  à  peine  .charnu ;  il  est  légèrement  rayé. 


(1)  Ces  caractères-ne  sdnt-ils  point  sufnsans  pour  faire -^dé 
ce  champignon  une  espèce  particulière  ,-coînîne»ra  indiqué 
M,  Persoon  .?  .  .  .  .  . . 


-  ÈLcile  à  peler,  et  sujet  à  se  fendre.  Feuillets  entre¬ 
mêlés  de  petites  portions  de  feuillets  vers  les  bords; 
ils  sont  blancs  ,  et  ont  leur  tranche  taillée  un  peu  en 
dents  de  scie;  ils  s’insèrent  circulairement  comme  à 
un  bourrelet  qui  ne  touche  point  à  la  tige ,  et  sont 
couverts  en  naissant  d’un  voile  qui  se  rabat  sur  la  tige 
en  manière  de  mante'au,  et  forme  un  collet  plus  ou 
moins  apparent.  Le  pédicule ,  d’abord  plein  ,  finit  par 
devenir  creux  en  grande  partie ,  ainsi  que  le  bttlbe. 
On  le  trouve  aux  environs  de  Lagny  et  dans  la  forêt 
de  Senard.  (  Paulet.  )  .  . 

Oronge  blanche,  ou  citron,  ou  bulbeux  jaune  etblanc, 
ou  Hjrpophillum  albo  - citrînum  de.  Paulet.  (  pl,  ly, 
fig.  i  :  demi-grandeur  naturelle.  ) 

I  j5.  Caractères.  Champignon  de  taille  moyenne  et  de 
.  forme  très-régulière,  tantôt  d’un  blanc  sali  de  jauné  , 
avec  des  parcelles  de  coiffe  jaunâtre  ou  terreuse,  ou 
d’un  brun  sale;  tantôt  avec  un  chapiteau  uni  ,  d’hn 
blanc  quelquefois  net,  et  d’autres  fois  avec  une  légère 
teinte  jaune.  Bulbe  fort,  saillant j  et  très-arrondi.  Pé¬ 
dicule  droit  et  cylindrique ,  blanc ,  ou  diversement 
coloré  ,  (Mtome  nous  venons  de  le  dire  en  parlant  du 
champignon  en  général;  il  est  d^abord  plein,  puis  il 
se  creuse  en  partie ,  et  s’évase  à  son  insertion  au  cha¬ 
peau,  avec  lequel  il  semble  se  confondre  .  Chapeau 
circulaire  à  surface  plus  nu  moins  humide.  Feuillets 
blancs ,  dont  la  tranche  forme  une  surface  égale  et 
unie;  presque  tous  de  longueur  égale à  l’exeeption 
de  quelques  petites  portions  de  feuillets  qu’on  trouve 
vers  les  bords-,  et  dont  la  base  semble  tenir  aux  autres 
feuillets-  complets  comme  par  de  petites  brides  :  ces 


(  )  , 

feuillets  s’insèrent  circulairement  sur  une  sorte  dè  bour¬ 
relet  qui  leur  sert  de  soutien ,  et  ne  touchent  point  au 
pédicule.  Ge  champignon  présente  assez  coUstamment 
un  léger  collet ,  qui  était  primitivement  un  voile  fin 
qui  couvrait  les  feuillets.  On  le  trouve  en  automne 
dans  les  bois  des  environs  de  Paris.  (  Paulet.  ) 

Oronge  a  pointes  de  trois  quarts  j  ou  Palette  a  dards , 
ou  Hfpophillwn  tricuspidatum  de  Paulet.  ( /^.  pl. 
fig.  ^  :  demi-grandeur  naturelle.) 

176.  Caractères.  Champignon  haut  de  cinq  à  six 
pouces ,  blanc ,  avec  des  feuillets  qui  tirent  sur  le  vert. 
Chapeau  régulièrement  circulaire,  couvert  de  pointes 
triangulaires  égales ,  de  forme  pyramidale ,  d’un  blanc 
sale  5  fortement  adhérentes  par  leur  base  à  la  peau  qui 
recouvre  le  chapeau.  Feuillets  ordinairement  couverts 
d’une  poussière  semblable  à  une  fleur  de  farine ,  et 
d’un  voile  fin  qui  finit  par  tenir  uniquement  à  la  tige 
et  lui  sert  de  collet.  Pédicule  blanc  ^  cylindrique , 
plein ,  offrant  à  sa  base  un  bulbe  qui  finit  par  devenir 
creux  comme  la  tige.  On  le  trouve  en  automne  dans 
le  parc  de  Saint-Maur.  (Paulet.) 

Oronge  a  pointes  de  râpe ,  ou  Petite  râpe ,  ou  Hj- 
pophillim  rapula  de  Paulet.  (  F”,  pl.  17  ,  fig.  3  :  demi- 
grandeur  natimelle.  ) 

177.  Caractères.  Petit  champignon  dont  le  chapeau, 
de  couleur  noisette  en  dessus,  offre  une  multitude  de 
pointes  inégales ,  semblables  à  celles  d’une  râpe  ordi¬ 
naire,  et  d’une  couleur  plus  foncée  que  celle  du  cha¬ 
peau.  Feuillets  minces,  très-serrés,  blancs,  couverts 
d’abord  d’un  voile  tendre ,  mais  très-apparent ,  qui  se 
déchire  en  plusieurs  portions ,  et  finit  par  s’effacer. 


(  283  ) 

entièrement.  Pédicule  blanc,  plein  d’une  substance 
moelleuse.  On  le  trouvé  en  automne  dans  la  forêt  de 
Saint-Germain.  (Paulet.) 

Oronge  souris ,  ou  Oronge  serpent,  ou  Hjpophillum 
anguineum.  de  Paulet.  {^V.  pl.  i6,  fig.  2  :  demi-gran¬ 
deur  naturelle.  ) 

178.  Caractères.  Champignon  élancé  ,  de  forme  co¬ 
nique  ,  de  couleur  gris  de  souris ,  et  comme  satiné 
en  dessus ,  avec  des  feuillets  blanchâtres  et  une  tige 
blanche ,  un  peu  tortueuse ,  qui  s’élève  à  la  hauteur 
de  quatre  à  cinq  pouces,  portant  un  chapiteau  qui 
peut  en  avoir  un  et  demi  d’étendue  ,  et  dont  la  subs¬ 
tance  intérieure,  étant  coupée,  semble  résulter  de  pe¬ 
tits  grains  gris  qui ,  à  quelque  distance ,  la  font  pa¬ 
raître  de  couleur  cendrée.  Ses  feuillets,  entremêlés 
de  petites  portions  de  feuillets ,  sont  d’un  blanc  lavé 
et  d’une  légère  teinte  jaune.  La  tige,  d’un  blanc  sale  , 
est  pleine  d’une  substance  très-blanche ,  et  porte  à  sa 
base  les  débris  d’une  enveloppe  mince  qui  couvrait 
le  champignon.  On  le  trouve  en  automne,  surtout 
en  Piémont.  (Paulet.) 

Oronge  croix  de  Malte ,  ou  Hppophilliim  crux  me- 
litensis  de  Paulet.  (  V .  pl.  16  ,  fig.  i  :  demi-grandeur 
naturelle.*) 

179.  Caractères.  Champignon  bulbeux  à  bourse,  de 
couleur  de  chair  pâle.  Chapeau  découpé  en  cinq  ou 
six  parties  égales,  ce  qui  lui  donne  presque  l’aspect 
d  une  croix  de  Malte ,  offrant  au  centre  un  boulon  ar¬ 
rondi  un  peu  relevé  et  régulièrement  circonscrit.  Ses 
lobes  ont  environ  deux  lignes  d’épaisseur.  Feuillets 
presque  tous  égaux  et  de  la  couleur  du  chapeau  ^  ils 


.  (  ^84-  ) 

s’insèrent  circulairemént  et  en  rayonnant  à  une  espèce 
de  bourrelet  sans  toucher  à  la  tige.  Pédicule  droit  et 
colleté,  haut  de  trois  ou  quatre  pouces,  d’abord  plein 
et  qui  finit  par  se  vider  en  grande  partie  pour  devenir 
fîstûïeux.  Collet  et  bourse  d’un  beau  blanc  ;  chair  fraî¬ 
che,  un  peu  humide,  de  la  même  couleur  en  dedans 
quen  dehors.  On  le  trouve,  au  mois  d’août,  au  bois 
de  Pantin ,  près  Paris.  (  Paulet.  ) 

Laiteux  pointu  rougissant ,  ou  laiteux  rougissant  ^  on 
Hfpophillum  pudibundum  de  Paulet.  {J^ôy.  pl.  ly, 
fig.  4  :  grandeur  naturelle).  ,  - 

i8o.  Caractères,  Chapeau  dont  le  centre  est  élevé 
en  pointe  aiguë ,  qui  finit  par  s’effacer  pour  faire  place 
à  une  cavité.  Il  est  blanc,  mais  sa  chair  ainsi  que 
lè  suc  quil  fournit,  lorsqu’on  le  coupe,  acquièrent 
une  couleur  rouge  carmin  par  leur  exposition  a  l’air,  * 
hes  feuillets  sont  blancs,  taillés  en  biseau  et  de  loh- 
g'üetir  inégalé.  Sa  tige,  qui  est  une  continuité  delà 
substance  du  chapeau ,  est  cylindrique  et'  pleine  d’une 
substance  moelleuse.  Ce  champignon  est  plus  rare  én 
France  qu’en  Italie  et  dans  le  Piémont.  (Paulet.)  ' 

■  Oronge pèaussiere  d:e  Picardie^  HfpôphflluTnpeÙitûm 
dè  Paulet,  (/%•.  planche  1 6,  fig.  3  :  Un  tiers  de  gran¬ 
deur  naturelle.  ) 

■  i8i.  Caractères.  Ce  champignon ,  que  nous  ne  Con¬ 
naissons  qUe  par  la  figure  qu’en  a  donnée  M.  Paulet, 
laquelle  n’est  accompagnée  d’aucune  description,  nous 
paraît  d’après  son  port  appartenir  à  la  section  des 
dTon^es  .{^Amanita ,  Pers.).  Sort  pédicule  est  cylin¬ 
drique,  gros,  un  peu  renflé  à  sâ  partie  inférieure, 
gui,  d’après  la  figure  nous  paraît  nue;  il  est  haur<> 


(  285  ) 

d'enviion  six  pouces  j  vers  sa  partie  supérieure  il  pré¬ 
sente  un  collet  circulaire ,  rabattu ,  membraneux  et  iné- 
gaiement  frangé  à  son  bord  libre.  JCe  pédicule  est  d’un 
blanc  sale.  Le  chapeau  est  inégalement  convexe ,  d’en¬ 
viron  six  pouces  de  diamètre  ;  son  contour  est  comme 
sinueux  ;  il  est  d’un  gris  jaunâtre  A  sa  face  supérieure  et 
recouvert  de  petites  plaques  irrégulières  plus  foncées 
qui  nous  paraissent  être  les  restes  du  voha,  dans  lequel 
toutes  les  parties  du  champignon  étaient  renfermées 
avant  leur  entier  développement.  Il  croît  en  .Picardie;  . 

Genre  Agaricus. 

Le  genre  Agaricus  appartient  à  la  famille  dès  agarh 
coïdes ,  laquelle  fait  partie  de  l’ordre  des  champignons 
proprement  dits  (  fiingi  hymenoMyci  de  Persoon.  ) 
(  Fô/.  la  note  de  la  page  277.). 

182.-  Caractères  du  genre  Agaricus  de  Persoon  .'Cham¬ 
pignon  à  pédicule  dépourvu  de  bourse  ou  volva,  et 
dont  le  chapeau  a  des  feuillets  rayonnans ,  ordinaire¬ 
ment  simples,  et  alternativement  plus  courts.  {Voyez 
planche  18,  fig.  3.)  . 

Le  genre  Agaric  peut  être  subdivé  en  plusieurs 
groupes  j  nous  allons  nous  occuper  seulement  de  ceux 
qui  présentent  des  espèces  malfaisantes. 

Groupe  des  Agarics  lactaires  ou  lactésiens  de  Persoon 
(  Poivrés  laiteux  de  Pàulet.  ) 

La  chair  de  ces  champignons  est  ferme,  cassante,  et 
renferme  un,  liquide  laiteux  d’une  saveur  poivrée  qui  eu 
découle  aussitôtqu’on  l’entame;  leur  surface  est  sèche  et 
un  peu  rude  au  toucher  ;  leur  tige  est  en  général  courte; 


(  286  ) 

leurs  feuillets  fins  et  d’une  longueur  inégale  ;  le  cha¬ 
peau  finit  par  se  creuser  et  prendre  la  forme  de  sou, 
coupe  ou  d’entonnoir.  Sans  être  aussi  nuisibles  que  les 
précédens  ,  ces  champignons  peuvent  donner  lieu  à 
des  indigestions  et  à  d’autres  accidens  fâcheux ,  sur¬ 
tout  lorsqu’ils  n’ont  pas  été  apprêtés  d’une  manière 
convenable.  > 

Description  des  especes. 

1°  Agaric  meurtrier,  Agarieus  necator  de  Buillard 
et  Torminosus  de  Schœffer ,  Mouton  zone  de  Pauleti 
(  Fq/ez  planche  19,  fig.  3:  demi-grandeur  naturelle.  ) 
ï83.  Caractères.  Chapeau  d’abord  convexe,  puis 
,  plane ,  puis  concave  dans  le  centre ,  et  dont  les  bords 
roulés  en  dedans,  très -velus  et  frangés,  grandissent 
souvent  plus  d’un  noté  que  de  l’autre;  il  est  quelque¬ 
fois  marqué  de  zones  concentriques  dont  le  diamètre 
ne  dépasse  pas  le  plus  ordinairement  trois  pouces,  et 
d’une  couleur  pâle,  incarnate  ou  même  tannée  qui 
s’éteint  vers  la  marge  ;  le  dessous  du  champignon  est 
blanchâtre  ou  d’un  jaune  pâle.  La  surface  du  chapeau 
est  couverte  de  peluchures  plus  foncées,  qui  lui  don¬ 
nent  un  aspect  velu  et  disparaissent  avec  l’âge.  Pédi¬ 
cule  cylindrique,  plein,  nu,  épais,  long  de  trois  à 
quatre  pouces  au  plus.  Le  petit  nombre  de  feuillets 
qui  sont  entiers  forment  un  bourrelet  à  leur  insertion 
au  pédicule.  Il  est  très-commun  dans  les  bois,  parmi 
les  gramens,  en  été  et  en  automne. 

2°  Agarieus  acris  de  Bulliard.  Poivré  à  feuillets 
roussâtres  de  Persoon,  et  connu  sous  les  noms  vul¬ 
gaires  àe  lathfron,  de  roussette.  {Fofez  planche  18, 
fig.  3  :  demi-grandeur  naturelle. 


(  287  ) 

i84-  Caractères.  Chapeau  charnu,  large  de  trois  à 
quatre  pouces  environ ,  d’abord  convexe  et  irrégulier, 
ensuite  plane ,  puis  eoncave ,  et  dont  le  bord  velu ,  roulé 
en  dedans,  onduleux,  quelquefois  %oxié est  un  peu  vis¬ 
queux  pendant  un  temps  pluvieux.  Pédicule  nu,  plein , 
cylindrique,  charnu,  long  d’environ  un  pouce  et  presque 
aussi  épais.  Feuillets  nombreux,  souvent  bifurqués, 
un  peu  decurrehs  sur  le.  pédoncule.  Ce  champignon 
est  blanc,  excepté  les  feuillets,  qui,  suivant  leur  âge, 
offrent  une  couleur  rose  ou  d’un  roux  clair.  On  le 
trouve  dans  les  bois  et  sur  les  pelouses. 

3°  Agaricus  piperatus  des  auteurs.  Agariciis  Lacti- 
fluus  acris^ou  Agaric  laiteux  âcre  de  Bulliard.  Laiteux 
poivré  blanc  de  Paulet.  Il  est  regardé  par  les  auteur/ 
de  la  Flore  française  comme  une  variété  de  Y  Aga¬ 
ricus  acris.  [  Vojez  planche  19,  lig,  4  ;  demi-gran¬ 
deur  naturelle.) 

i85.  Caractères.  Chapeau  très-blanc  et  bien  arrondi 
aans  1  état  de  jeunesse  ;  ce  chapeau  perd  en  vieillis¬ 
sant  sa  blancheur ,  prend  la  forme  d’un  entonnoir , 
et  ses  bords ,  qui  sont  légèrement  cotonneux  ou  gla¬ 
bres  ,  deviennent  inégaux.  Pédicule  plein  ,  court 
épais  et  continu.  Feuillets  entiers  ,  semidécurrens  ’ 
rares  ou  très-multipliés ,  dont  la  couleur  blanche  se 
change  en  couleur  de  paille  à  mesure  que  le  cham¬ 
pignon  vieillit;  quelquefois ,  au  lieu  de  feuillets  en¬ 
tiers  ,  on  ne  voit  que  des  parties  de  feuillets.  On  le 
trouve  fréquemment  au  printems  et  en  automne  dans 
les  bois. 

Agaricus pyrogalus  àe  Bulliard.  pl.  18, 

fig-  2  :  demi-grandeur  naturelle.  ) 


(  288  ) 

■V QÎci  la  description  qui  en  a  été  donnée  par  les  auteurs 
de  la  Flore  française.  «  Pédicule  cylindrique ,  nu ,  plein- 
d’un  jaune  livide,  long  de  trois  à  quatre  centimètres  (un 
pouce  à  un  pouce  et  demi) ,  épais  de  huit  à  dix  millimè¬ 
tres.  Chapeau  d’abord  convexe ,  puis  presque  plane,  un 
peu  déprimé  au  centre ,  de  la  même  couleur  que  le  pé¬ 
doncule  ,  souvent  marqué  de'zones  concentriques  noi-, 
râtres  ;  il  atteint  seize  centimètres  de  diamètre  (environ 
cinq  pouces).  Ses  feuillets  sont  nombreux,  un  peu 
rougeâtres  ,  inégaux ,  adhérens  un  peu  au  pédicule.  » 
On  le  trouve  dans  les  bois. 

Groupe  des  agarics  a  pédicule  nul,,  latéral  ou  excem 
trique  (  Flore  française  ). 

Especes.  Agaricus  stypticus ,  Agaric  styptiqüê  dè 
Bulliard,  Agaricus  semipetiolatus.  de  Scbœffer.  (  Eojez 
planche  i8,  fig.  4 -deux. tiers  de  grandeur  naturelle, 
et  fig.  2  de  la  planche  19  :  grandeur  naturellé.  ) 

Caractères.  Couleur  générale  de  cannelle  plus  ou 
moins  foncée;  superficie  sèche  ;  chair  mollasse,  se  dé¬ 
chirant  facilement.  Chapeau  hémisphérique  ,  avec  les 
deux  extrémités  un  peu  prolongées  et  arrondies,  res¬ 
semblant  assez  bien  à  une  oreille  d’homme  ;  ses  bordé 
sont  toujours  roulés  en  dessous  ;  son  grand  diamètrè 
est  tout  au  plus  de  trois  centimètres  (  un  peu  plus  d’uii 
pouce).  Feuillets  étroits,  tous  entiers,  susceptibles 
d’être  détachés  de  la  chair  et  remarquables  par  la 
manière  dont  ils  se  terminent  sur  une  ligne  circu¬ 
laire  qüauxcun  d'eux  ne  dépasse.  Pédicule  nu  ,  plein 
continu  avec  le  chapeau,  latéral,  très-évasé  à  sa  partie 
supérieure ,  court  (de  dix  à  quinze  millimètres).  On  le 


;  ( 

trouve  dans  les  bois ,  en  automne  et  pendant  une  partie 
de  rhiver ,  sur  les  troncs  d’arbres  coupés  horizontale¬ 
ment.  (Bulliard.) 

Groupe  dès  agarics  a  pédicule  plein,  a  chapeau  charnu, 
a  feuillets  non  adhérons  au  pédicule,  qui  ne  noircis¬ 
sent  point  en  vieillissant  (Flore  française.) 

Espece.  Agarkiis  urens.  Agaric  brûlant ,  dé  Bulliard. 
(  Vojr.  pl.  i8  ,  fig.  I  :  demi-grandeur  naturelle.) 

Caractères.  Chapeau  d’abord  convexe,  ensuite 
plane,  assez  régulier,  de  quatre  à  cinq  centimètres  (un 
pouce  et  demi  à  deux  pouces) ,  d’un  jaune  pâle  et  sale. 
Feuillets  roux,  inégaux,  parmi  lesquels  ceux  qui  sont 
entiers  n’atteignent  pas  jusqu’au  pédicule ,  mais  s’ar¬ 
rêtent  tous  régulièrement  à  un  ou  deux  millimètres  de 
distance.  Pédicule  cylindrique  long  de  dix  à  quinze 
centimètres  (quatre  à  six  pouces),  un  peu  épai^  et  velu 
à  sa  base,  nu,  plein,  continu  avec  la  chair  dubhapeau, 
d’un  jaune  pâle  et  terreux,  un  peu  strié  de  roux.  Ce 
champignon  croît  sur  les  feuilles  mortes. 

Groupe  des  agarics  d  pédicule  pourvu  dhin  collet. 

Espèce,  dgaricus  annularius.  Annulaire  de  Bulliard. 
Agaricus  poljmjces  de  Persoon.  Tête  de  Méduse  de 
Paulet.  {Eoj.  pl.  ip,  fig,  :  demi-grandeur  naturelle.) 

187.  Caractères.  Champignon  d’une  couleur  fauve 
ou  rousse.  Chapeau  convexe,  un  peu  proéminent  vers 
le  centré  (cette  proéminence  appelée  mamelon  est 
velue) ,  tacheté  de  petites  écailles  noirâties  ou  gla¬ 
bres,  et  dont  les  bords  sont  entiers  ou  un  peu  smueux 
non  étalés.  Feuillets  d’abord  blancs,  entremêlés  depe- 

^9 


■(  ZQO  ) 

titea  portions  de  feuillets,  et  adhérant  fortement  an 
pédicule,  où  ils  se  terminent  par  des  nervures  fines 
en  se  confondant  avec  sa  substance  :  ces  feuillets  finis¬ 
sent  par  prendre  une  légère  teinte  rousse.  Pédicule 
charnu,  cylindrique,  souvent  un  peu  courbé  à  sa  base, 
où  il  est  un  peu  renflé  ;  long  de  neuf  à  dix  centimè¬ 
tres  (trois  pouces  et  demi  à  quatre  pouces  ) ,  ayant  de 
quatre  à  cinq  lignes  de  diamètre,  muni  d’un  collier 
entier  redressé  en  foïme  de  godet ,  glabre  ou  garni  de, 
petites  écailles.  Ce  champignon  croît  en  automne  sur 
la  mousse,  au  pied  des  chênes  ,  et  en  groupes  plus  ou 
rnoins  nombreux,  composés  quelquefois  de  quarante 
%  cinquante  individus.  Voici  comment  Paulet  explique 
la  formation  du  collet  èt,  du  chapeau  de  ce  champignon. 
«H  porte,  dit-il,  des  chapiteaux  qui  n’ont  pas  plus  d’un 
pouce  et  demi  d’étendue  :  ces  chapiteaux,  d’abord  em¬ 
preints  comme  de  croûtes  brunes ,  surtout  au  centre , 
ont  leurs  feuillets  couverts  en  naissant  d’un  voile  blanc  , 
épais,  ferme,  qui  leur  donne  une  forme  globuleuse,  et- 
qui  se  déchire  ensuite  pour  se  convertir  en  collet  :  ces 
têtes  finissent  par  prendre  la  forme  d’un  chapeau.» 

B.  Des  symptômes  et  des  lésions  de  tissu  déterminés 
par  les  Champignons  vénéneux,  ainsi  que  de 
leur  action:  sur  V économie  animale. 

Symptômes  de  cet  empoisormemmi  hes  malades 
éprouvent  d’abord  des  tranchénes,  des  nausées  et  des 
évacuations  par  haut  et  par  bas;  bientôt  la  chaleur  des 
entrailles ,  les  langueurs ,  les  douleurs  deviennent  pres¬ 
que  continues  et  atroces;  les  crampes,  les  convulsions 
tantôt  générales,  tantôt  partielles,  une  soif  inextin- 


(  291  ) 

guible,  s’ensuivent;  le  pouls  est  petit,  dur,  serré,  très- 
fréquent,  Si  la  maladie,  loin  de  diminuer,  continue  à 
faire  des  progrès ,  on  observe  quelquefois  des  vertiges, 
un  délire  sourd ,  de  l’assoupissement.  Ces  symptômes 
ne  sont  interrompus  que  par  les  douleurs  et  les  convul¬ 
sions.  Dans  certains  cas,  il  n’y  a  point  d’assoupisse-? 
ment;  les  douleurs  sont  extrêmement  vives,  les  con¬ 
vulsions  horribles  ;  il  y  a  aussi  des  défaillances  et  des 
sueurs  froides;  le  malade  conserve  l’usage  des  sens, 
et  ne  tarde  pas  à  expirer.  (Rapport  fait  à  la  société  de 
médecine  de  Bordeaux  le  26  juin  1809.) 

Il  est  rare'  que  les  champignons  vénéneux  détermi¬ 
nent  les  accidens  dont  nous  parlons  peu  de  temps  après 
leur  introduction  dans  l’ estomac,  le  plus  souvent  ce 
n’est  qu’au  bout  de  cinq  ou  de  sept  heures ,  quelquefois 
il  s’en  écoule  douze  ou  seize,  plus  rarement  vingt- 
quatre  ;  ce  qui  dépend  dé  la  lenteur  avec  laquelle  s’o- 
père.la  digestion  de  ces  champignons. 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  champignoris  vénér 
neux.  Taches  violettes,  très-étendues  et  nombreuses 
sur  les  tégumens,  ventre  très-volumineux,  conjonctive 
comme  injectée ,  pupille  contractée,  estomac  et  intes¬ 
tins  phlogosés  et  parsemés  de  taches  gangreneuses, 
sphacèle  dans  quelques  portions  de  ce  viscère,  contrac¬ 
tions  très-fortes  de  l’estomac  et  des  intestins,  au  point 
que  dans  ceux-ci,  les  membranes  épaissies  avaient 
entièrement  oblitéré  le  canal  ;  œsophage  phlogosé  et 
gangrené  dans  l’un  des  sujets  ;  dans  un  autre,  iléum  in¬ 
vaginé  de  haut  en  has  dans  l’étendue  de  trois  pouces, 
ün  seul  individu  avait  les  intestins  gorgés  de  matières 
fécales.  On  n’a  trouvé  dans  aucun  des  vestiges  de  cham- 


(  292 

pignons;  ils  avaient  été  complètement  digérés  ou  éva¬ 
cués.  Les  poumons  étaient  enflammés  et  gorgés  de  san» 
noir;  le  mêmè.  engorgement  avait  lieu  dans  presque 
toutes  les  veines  des  viscères  abdominaux ,  dans  le  foie 
dans  la  rate ,  dans  le  mésentère  ;  taches  d’inflammation 
et  taches  gangreneuses  sur  les  membranes  du  cerveau, 
dans  ses  ventricules ,  sur  la  plèvre,  les  poumons,  le 
diaphragme,  le  mésentère,  la  vessie,  la  matrice,  et 
même  sur  le  foetus  cUune  femme  enceinte  :  le  sang 
était  très-fluide  chez  cette  femme  ;  il  était  presque  coa¬ 
gulé  dans  d’autres  individus.  La  flexibilité  extrême 
des  membres  n’a  pas  été  constante.  (Rapport  fait  à  la 
société  de  médecine  de  Bordeaux  le  26  juin  1809.) 

Action  des  champignons  sur  V économie  animale.  Il 
n’est  guère  possible  d’indiquer  d’une  manière  générale 
le  mode  d’action  des  champignons ,  chacun  d’eux  pro¬ 
duisant  des  effets  particuliers;  néanmoins  il  est  évi¬ 
dent  que  la  plupart  agissent  à  la  manière  des  poisons 
irritans  ou  des  narcotico-âcres.  {Voy.  pour  les  détails 
§  35  et  i35.) 

188.  Le  médecin ,  chargé  par  le  magistrat  de  faire-un 
rapport  dans  un  cas  de  mort  subite  dont  on  attribue 
la  cause  à  des  champignons,  peut-il  retirer  quelque 
tavantage  de  l’examen  des  propriétés  physiques  de  ces 
champignons ,  des  lieux  où  ils  croissent ,  etc. ,  pour  par¬ 
venir  à  donner  une  solution  satisfaisante  de  la  ques¬ 
tion?  Nous  ne  le  pensons  pas,  car  caractères  qui 
peuvent  faire  suspecter  les  champignons^  et  cpû.  sont 
tirés  de  l’odeïir,  de  la  couleur  et  delà  saveur  qu’ils  pré¬ 
sentent,  ainsi  que  de  leur  aspect,  de  l’état  de  leur 
chair,  de  la  présence  d’un  suc  laiteux  âcre,  des  lieux 


(.293) 

où  ils  croissent,  etc. ,  ces  caractères  disons-nous ,  sont 
trcp  sujets  a'  varier.  Ils  ne  sont  vraiment  utiles  que 
pour  guider  les  personnes,  qui  cueillent  des  champi¬ 
gnons,  dans  le  choix  qu’elles  doivent  faire:  aussi  les 
avons-nous  exposés  dans  notre  ouvrage  vnûtxûé  Secours 
ù  donner  aux  personnes  empoisonnées  et  asphyxiées , 
deuxième  édition ,  page  1 18.) 

VINGT-QUATRIÈME  LEÇON. 

S  Seigle  ergoté  (Secale  cornutum). 

Comment  peut- on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  le  seigle  ergoté  ? 

Les  graines  céréales  et  le  seigle  en  particulier  éprou¬ 
vent  quelquefois  une  altération  marquée ,  caractérisée 
par  la  présence  d’uné  production  végétale  en  forme 
d’éperon  ou  de  corne ,  semblable  à  un  ergot  d’biseau 
et  à  laquelle  on  a  donné,  à  cause  de  cela ,  le  nom 
àé ergot.  A  la  vérité  l’usage  du  seigle  ergoté,  comme 
aliment ,  n’est  pas  toujours  suivi  chez  Thomme  d’acci- 
dens  funestes  ;  mais  il  arrive  quelquefois  qu’iF  déter¬ 
mine  des  symptômes  graves  et  même  la  mort ,  sans 
quil  soit  permis  encore  d’indiquer  au  juste  les  diverses 
circonstances  d’où  peuvent  dépendre  ces  exceptions. 

189.  Nature  et  caractères  de  V ergot.  L’^ergot ,  d’après 
Wildenow ,  est  une  graine  dégénérée  dont  ralbumen 
a  pris  un  accroissement  considérable  aux  dépens  de 
1  embryon  qui  a  été  entravé  dans  son  développe¬ 
ment.  MM.  Paulet  et  Decandolle  pensent  que  l’ergot 
nest  autre  chose  qu’une  espèce  de  (  cham¬ 

pignon  )  ,  développé  dans  la  balle  qui  devait  con- 


(  294  ) 

tenir  le  g^ain  de  seigle.  Quoi  qù’il  en  soit  de  ces  opiv 
nions  diverses ,  il  résulte  de  l’analyse  chimique  du 
seigle  ergoté,  faite  par  M.  Vauqüelin,  qu’il  ne  con¬ 
tient  plus  d’amidon ,  que  le  gluten  s’y  trouve  altéré  , 
et  qu’il  renfermé  une  huilé  épaisse  et  de  l’ammo¬ 
niaque;  produits  que  l’on  ne  rencontre  pas  dans  le 
seigle  ordinaire.  Voici  la  description  de  l’ergot  qui  a 
été  donnée  par  M.  Tessier  dans  un  mémoire  intitulé 
Observations  faites  en  Pologne  en  1777.  L’ergot  est 
un  grain  ordinairement  courbe  et  allongé  ;  il  déborde 
de  beaucoup  la  balle  qui  lui  tient  lieu  de  calice;  ses 
deux  extrémités,  moins  épaisses  que  la  partie  moyenne, 
sont  tantôt  obtuses  ^  tantôt  pointues  ,  rarement  il  est 
arrondi  dans  toute  sa  longeur ,  le  plus  souvent  on  y 
remarque  trois  angles  mousses  et  des  lignes  longitu¬ 
dinales  qui  se  portent  d’un  bout  à  l’autre.  On  aperçoit 
dans  plusieurs  grains  d’ergot  de  petites  cavités  qu’on 
croirait  formées  par  des  piqûres  d’insectes  ;  la  cou¬ 
leur  de  l’ergot  n’est  point  noire ,  mais  violette  avec 
différens  degrés  d’intensité.  On  remarque  sur  la  plu¬ 
part  des  grains  dont  il  s’agit  quelques  taches  blan¬ 
châtres  à  l’une  des  extrémités  ;  c’est  par  où  l’ergot 
était  adhérent  à  la  balle.  L’écorce  violette  de  ces  grains 
recouvre  une  substance  d’un  blanc  terne  et  d’une 
consistance  ferme ,  dont  elle  ne  se  sépare  pas  même 
après  une  longue  ébullition.  Les  grains  ergotés  se 
rompent  facilement,  et  se  cassent  net  en  faisant  un , 
petit  bruit  comme  ixné  amande  sèche.  Dans  l’état  de 
grain  ,  l’ergot  n’a  une  odeur  désagréable  que  quand 
il  est  frais  et  réuni  en  quantité  ;  mais  s’il  est  réduit 
en  poudre  ,  cette  odeur  est  plrfs  sensible  et  plus  dé- 


(  '293  ) 

'▼eloppée  ;  il  imprime  alors  sur  la  laague  une  saveur 
légèrement  mordicante  et  tirant  sur  celle  du  blé 
corrompu.  L’ergot  ne  saurait  être  confondu  ni  avec 
le  charbon  ni  avec  la  carie.  L’ergot  s’observe  rare* 
ment  dans  les  années  arides  5  il  est  au  contraire  très- 
abondant  lorsque  les  années  sont  pluvieuses  j  les 
terrains  maigres  et  humides  favorisent  singulièrement 
cette  dégénérescence  ;  et ,  d’après  la  remarque  de  Wii- 
denow ,  on  peut  la  déterminer  à  volonté  en  arrosant 
souvent  la  plante  qui  a  été  sêraéê  dans  un  terrain 
humide. 

19p.  Caractères  du  pùn  contenant  du  seigle  ergoté. 
Il  est  taché  en  violet;  la  pâte  présente  quelquefois 
une  teinte  de  la  même  couleur. 

Effets  produits  par  unie  petite  quantité  de  seigle  ergoté. 
Sentiment  incommode  de  titillation  ou  de  fourniille- 
ment  aux  pieds  ;  bientôt  après  vive  eardialgie  ;  con¬ 
traction  telleÀient  forte  des  doigts  que  l’homme  le 
plus  robuste  peut  à  peine  la  maîtriser;  les  articula¬ 
tions  paraissent  comme  luxées  ;  cris  aigus  ;  les  ma¬ 
lades  sont  dévorés  par  un  feu  qui  leur  brûle  les 
pieds  et  les  mains.  Après  ces  douleurs,  la  tête  est 
pesante  ;  il  se  manifeste  dés  vertiges,  un  nuage  telle¬ 
ment  épais  couvre  les  yeux,  que  certains  individus 
deviennent  aveugles  ou  voient  les  objets  douMes  ;  il 
y  a  perversion  des  facultés  intellecttt^les  ;  la  manie  > 
la  mélancolie  ou  le  coma  se  déclarent ,  les  vertiges 
acquièrent  plus  d  intensité  et  les  malades  paraissent 
ivres.  L  opisthotonos  ne  tarde  pas  à  aggraver  l’état  du 
malade  ;  la  bouche  contient  une  écünié  jaune  ,  vèr- 
-datre  ou  sanguinolente  ;  la  langue  est  souvent  dé- 


(  âgô  } 

ehirée  par  la  violence  des  convulsions  ;  elle  se  tu¬ 
méfie  quelquefois  au  point  d’intercepter  la  voix  et  de 
donner  lieu  à  une  sécrétion  abondante  de  salive.  A 
ces  symptômes  succède  une  faim  canine  ,  et  il  est 
rare  que  les  malades  aient  de  l’aversion  pour  les  ali- 
méns.  Le  pouls  est  dans  l’état  naturel.  Les  membres 
se  roidissent  lorsque  les  convulsions  ont  cessé.  Plu¬ 
sieurs  malades  ont  la  face  couverte  de  taches  sem¬ 
blables  à  des  piqûres  de  puce  ;  cette  éruption  a  rare¬ 
ment  lieu  aux  pieds;  elle  tarde  ordinairement  plusieurs 
semaines  à  disparaître.  La  durée  de  cette  maladie 
varie  depuis  quinze  jours  jusqu’à  trois  mois,  avec  des 
intervalles  de  repos.  La  plupart  des  individus  qui 
ont  éprouvé  des  accidens  épileptiques  succombent  ; 
ceux  qui  après  le  fourmillement  des  membres  de¬ 
viennent  froids  et  roides  ont  beaucoup  moins  de 
distension  dans  les  mains  et  les  pieds  (J.  A.  Srinc  Sa- 
-  tjr.  medicor.  Siles.  Specim.  ni  ).  On  a  donné  à  cette 
affection  le  nom  ^ ergotisme  convulsif . 

Effets  du  seigle  ergoté  a  plus  forte  dose  ,  ou  d'une 
petite  dose-  employée  pendant  long-temps.  Douleur 
très-vive  avec  chaleur  intolérable  aux  orteils,  et  qui 
né  tarde  pas  à  se  faire  sentir  au  pied  et  à,  la  jambe; 
froideur,  pâleur  et  lividité  du  pied  ;  bientôt  après, 
refroidissement  delà  jambe,  qui  continue  à  être  dou¬ 
loureuse ,  tandis  que  le  pied  est  devenu  insensible  ; 
exacerbation  des  douleurs  pendant  la  nuit;  le  malade 
ne  peut  se  mouvoir  ni  sé  soutenir  sur  ses  pieds;  il 
éprouve  de  la  soif;  du  reste,  nulle  altération  mar¬ 
quée  dans  les  fonctions  digestives.  Bientôt  après  appa¬ 
rition  de  taches  violettes  et  d’ampoules,  signes  pré- 


(297) 

curseurs  de  la  gangrène ,  qui  se  manifeste  au  pied  et 
monte  jusqu  au  genou;  la  jambe  se  détache  de  son 
articulation  :  la  plaie  qui  en  résulte  est'  vermeille  et 
se  ferme  avee  ■  facilité ,  à  moins  que  le  malade ,  mal 
nourri ,  habitant  un  lieu  froid  et  humide ,  couché 
dans  un  lit  infecté,  ne  soit  de  nouveau  soumis  à  l’in¬ 
fluence  des  miasmes.  (  Lettre  de  M.  François  au  ré¬ 
dacteur  de  \ÿL  Gazette  de  santé ^  année  i8i6  ).  On  a 
donné  à  cette  affection  le  nom  dé  ergotisme  gangreneux. 

Indépendamment  des  poisons  narcotico-âcres  dont 
nous  avons  parlé  jusqu’ici*  il  en  est  un  certain 
nombre  ,  dont  nous  nous  bornerons  à  faire  con¬ 
naître  les  noms  parce  qu’ils  ont  été  moins  étudiés 
que  les  précédons  ,  et  que  d’ailleurs  tout  porte  à 
croire  qu’ils  exercent  un  mode  d’action  analogue  à 
celui  dont  nous  avons  fait  l’histoire  en  détail.  Ces 
végétaux  sont  :  i 

Uanagallis  aroensis  {mouron  des  champs). 
aristolochia  clematitis  (  aristoloche  ). 

Le  lolium  temulentum  (  ivraie  ). 

La  Rue.  • 

Jdhippomane  mancinella  (  mancenillier  ). 

Le  mercurialis perennis  (  mercuriale  des  campagnes  ). 
chœrophjllum  sylvestre  {^cerfeuil sauvage^ 

Le  siurn  latifolium. 

Le  coriaria  myrtifolia. 

§  VI.  —  De  VAlcohol. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a,  eu  lieu  par  l’alcohol.^* 

.  19 1.  Caractères  de  T ahohol.  L’alcohol  est  im  liquide 


(^98) 

transparent,  incolore,  doué  d’une  odeur  forte  qui  îe 
caractérise,  et  d’une  saveur  chaude  et  caustique.  Une 
rougit  point  Xir^usum  de  tournesol^  il  est  plus  volatil 
que  l’eau,  et  brûle  avec  une  flamme  blanche  lorsqu’on 
l’approche^’un  corps  en  ignition. 

Ahokol  tenant  du  camphre  ou  du  phosphore  en  dir^ 
solution,  {f^ojrez  %  a.) 

Sjrmptomes  détermines  par  les  liqueurs  alcoholiques. 
Les  boissons  spiritueuses  prises  à  une  certaine  dose 
occasionnent  l’ivresse ,  maladie  dans  laquelle  on  peut 
distinguer  trois  degres  différens  ,  qui  nous  semblent 
avoir  été  parfaitement  décrits  par  M.  Garnier,  médecin 
à  Montargis.  Le  premier  degré ,  dit-il,  s’annonce  par 
la  rougeur  du  visage,  lés  yeux  s’animent,  le  front  se 
déride  ,  la  figuré  s’épanouit  et  respire  une  aimable 
gaieté;  l’esprit  est  plus  libre,  plus  vif;  lés  idées  sont 
plus  faciles,  :  les  soucis  disparaissent,  les  bons  mots, 
les  doux  épanchemens  de  l’amitié ,  de  tendres  aveux 
les  remplacent;  on  parle  beaucoup,  on  est  indiscret, 
les  propos  sont  un  peu. diffus,  et  déjà  l’on  commence 
à  bégayer. 

Le  second  degré  de  l’ivresse  est  caractérisé  par  une 
joie  bruyante ,  turbulente,  par  des  éclats  de  rire  im¬ 
modérés,  dés  discours  insensés,  des  chants  obscènes, 
des  actions  brutales,  en  rapport  avec  l’idiosyncrasie 
des  individus,  par  une  démarche  vacillante,  incertaine, 
analogue  à  celle  des  enfans  ;  par  des  pleurs  stériles ,  le 
trouble  des  sens,  la  vue  double,  les  yeux  hagards, 
sombres,  et  des  tintemens  d’oreille;  la  langue,  em¬ 
barrassée  ,  articule  avec  peine  les  sons  ;  il  y  a  quel¬ 
quefois  écume  à  la  bouche  ;  le  jugement  devient  faux  , 


(  299  > 

la  raison  disparaît  ;  rien  ne  règle  plus  nos  penchans  et 
nos  appétits  grossiers.  Quelquefois  un  délire  furieux 
succède,  le  pouls  est  plus  développé,  le  battement 
des  artèrés  carotides  plus  sensible;  la  face  est  rouge, 
vultueuse;  les  veines  du  cou  sont  gonflées,  la  respi¬ 
ration  précipitée  ;  l’haleine  est  vineusé  ;  il  y  a  des  rap¬ 
ports  aigres,  dés  envies  de  vomir  ,  des  vertiges  ,  des 
chutes  imminentes,  puis  complètes  ;  la  somnolence  et 
letat  de  vertige  croissent ,  la  face  devient  pâle ,  cada¬ 
véreuse  ,  les  traits  sont  affaissés  ;  des  vomissemens 
abondans  de  matières  quelquefois  aigres,  l’excrétion 
involontaire  de  l’urine  et  des  matières,  fécales  se  ma¬ 
nifestent  ,  ainsi  qu’une  céphalalgie  violente  ;  la  perte 
totale  des  sens  ;  enfin  un  sommeil  profond  qui  dure 
plusieurs  heures ,  et  pendant  lequel  la  transpiration  est 
très-abondante  et  amène  la  terminaison  de  cet  état  pé^ 
nible.  Les  fonctions  reviennent  peu  à  peu  à  leur  état 
primitif;  la  tête  ëst  encore  douloureuse  et  pesante, 
la  langue  est  chargée,  la  bouche  pâteuse  ,  il  y  a  soif, 
et  il  reste  du  dégoût  pour  les  alimens  et  des  lassitudes 
dans  tout  le  corps. 

Le  troisième  degré  de  l’ivresse  est  un  état  vraiment 
apoplectique  ;  on  observe  rabolition  des  sens ,  de  l’en¬ 
tendement;  la  face  est  livide  ou  pâle,  la  respiration 
stertoreuse ,  l’individu  ne  peut  plus  se  soutenir  ;  la 
bouche  est  écumeuse ,  le  coma  se  déclare  et  le  senti¬ 
ment  est  plus  ou  moins  complètement  perdu.  Get  état 
peut  durer  pendant  trois  ou  quatre  jours  et  se  terminer 
par  la  mort.  Morgagni  fait  mention  d’un  homme  d’un 
âge  mur  qui  resta  ivre  avec  aphonie  pendant  trois  jours, 
ôt  mourut  le.  quatrième  sans  éprouver  de  convulsions. 


(  3oo  ) 

Lésions  de  tissu  développées  par  les  liqueurs  alcoho- 
tiques.  Lorsqu’on  introduit  dans  i’estomac  une  assez 
grande  quantité  d’alcohol  pour  déterminer  la  mort  on 
obserŸe,.  en  faisant  l’ouverture  du  cadavre,  que  ce  vis¬ 
cère  est  fortement  enflammé ,  il  en  est  quelquefois  de 
même  dé  quelques  autres  parties  du  canal  intestinal. 

Action  de  V alcohol sur  V économie  animale,  x  «  L’hom¬ 
me,  les  chats ,  les  lapins  et  les  chiens,  soumis  a  l’in¬ 
fluence  de  l’alcohol,  éprouvent  à  peu  près  les  mêmes 
symptômes;  une  petite  dose  de  cette  liqueur  étendue 
de  beaucoup  d  eau  suffit  même  pour  enivrer  les 
chiens  ;  l’ivresse  produite  par  l’alcohol  peut  être  le 
résultat  de  l’injection  de  cette  liqueur  dans  l’estomac 
et  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cutané,  ou  de  l’inspira¬ 
tion  d’un  air  fortement  chargé  de  vapeurs  alcoholiques  ; 
3°  l’action  de  l’alcohol  est  plus  vive  lorsqu’il  est  intro¬ 
duit  dans  l’estomac  ,  que  dans  le  cas  où  il  est  appliqué 
sur  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  ;  4®  d  commence  par 
exciter  fortement  le  cerveau ,  puis  il  détermine  le  coma 
et  l’insensibilité  ;  il  agit  par  conséquent  autrement  que 
l’opium.  (  Voyez  §  126.)  5®  Les  accidens  fâcheux  qu’il 
occasionne  paraissent  être  le  résultat  de  l’action  qu’il 
exerce  sur  les  extrémités  nerveuses  et  qui  se  propage 
au  cerveau ,  plutôt  que  de  son  absorption  ;  6<^  à  la 
vérité,  il  développe  une  vive  inflammation  de  l’es¬ 
tomac  lorsqu’il  a  été  mis  en  contact  avec  cet  organe; 
mais  cètte  inflammation  ne  semble  pas  pouvoir  être 
regardée  comme  la  cause  des  effets  qu’il  produit,  puis¬ 
qu’on  les  observe  également  lorsqu’on  l’injecte  dans  le 
tissu  cellulaire  sous-eutané ,  et  que  dans  ce  cas  il  est 
impossible  dé  découvrir  la  moindre  trace  d’inflamma- 


(  Soi  ) 

tion  en  faisant  l’ouyerture  du  cadavre  ;  7®  il  coagule, 
le  sang  et  tue  subitement  les  animaux  quand  il  est 
injecté  dans  la  veine  jugulaire. 

De  VÉther  sulfurique. 

Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  eu  lieu  par  l’éther  sulfurique  ? 

192.  Caractères  de  Véther  sulfurique.  Il  est  liquide , 
incolore ,  doué  d’Une  odeur  forte  et  suave  qui  le  ca¬ 
ractérise  ,  et  d’une  saveur  chaude  et  piquante  ;  il  est 
beaucoup  plus  léger  que  l’eau  et  très- volatil;  il  bout 
à  35°  6'  sous  la  pression  de  vingt-huit  pouces  ;  il  ne 
rougit  point  l’eau  de  tournesol  lorsqu’il  a  été  convena¬ 
blement  purifié.  Il  brûle  avec  une  flamme  blanche 
très-étendue  et  fuligineuse  quand  il  est  mis  en  contact 
avec  un  corps  en  ignition. 

Éther  sulfurique  phosphore.  {^Voye'^  %%.') 

Mélange  de  paHies  égales  d’étheir  et  d’alcohol  (Li¬ 
queur  minérale  anodine  d  Hoffmann.  )  Ce  mélange  a 
une  odeur  éthérée;  lorsqu’on  l’approche  d’un  corps 
en  ignition ,  il  brûle  d  abord  avec  une  flamme  blanche 
qui  ne  tarde  pas  à  être  mêlée  de  bleu  ;  il  ne  laisse 
point  de  résidu.  Si  après  avoir  mis  dans  un  verre  à 
expérience  environ  une  once  d’eau  distillée,  on  verse 
peu  à  peu  un  scrupule  de  ce  liquide,  il  reste  à  la  sur¬ 
face;  si  on  agite  pendant  une  minute, aine  grande  partie 

de  l’éther  se  vaporise,  l’autre  partie  se  dissout  dans 
leau  ainsi  que  lalcohol,  en  sorte  qu’on  ne  remarque 
plus  les  .deux  couches.  En  substituant  Y  éther  à  la  li¬ 
queur  d  Hoffmann ,  on  obtient  les  deux  couches ,  lors 
même  que  l’agitation  a  été  prolongée  pendant  plus  de 


(  3o2  ) 

deux  minutes  :  Valeofiol  au  contraire  se  mêle  intime¬ 
ment  avec  l’eau  dès  qu’on  l’agite  avec  ee  liquide. 

Action  de  l’éther  sulfurique  sur  l’économie  animale. 
L’éther  agit  sur  les  animaux  à  peu  près  comme  l’al- 
cohol,  mais  avec  plus  d’énergie.  {Voyez  pag.  3oo.) 

QUATRIÈME  CLASSE. 

Des  Poisons  septiques  ou  putrflans. 

On  a  désigné  sous  le  nom  de  poisons  septiques  ceux 
qui  déterminent  des  syncopes ,  une  faiblesse  générale , 
et  l’altération  des  liquides  sans  troubler  le  plus  souvent 
les  facultés  intellectuePes  ;  tels  sont  particulièrement 
l’acide  bydrosulfurique ,  les  liquides  venimeux  fournis 
par  certains  animaux ,  et  les  matières  animales  pu¬ 
tréfiées. 

Du  Gaz  acide  hydrosuf urique.  (  Hydrogène  sulfuré.  ) 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  a  été  produit  par  le  gaz  acide  bydrosulfurique.^ 

ipS.  Le  gaz  acide  bydrosulfurique  est  incolore,  trans¬ 
parent,  et  doué  d’une  odeur  fétide  semblable  à  celle 
des  œufs  pouris.  Il  brûle  avec  une  flamme  bleuâtre 
lorsqu’on  l’approcbe  d’une  bougie  allumée  ;  les  parois 
de  la  cloche  se  recouvrent  d’une  couche  de  soufre 
d’un  blanc  jaunâtre ,  à  mesure  que  la  combustion  du 
gaz  a  lieu.  Il  se  dissout  dans  l’eàu,  et  la  dissolution 
précipite  ea.  noir  les  sels  de  plomb,  de  cuivre,  de, 
bismuth  et  d’argent  ^  et  en  jaune-clair  la  dissolution 
d’oxyde  d^arsenic. 

Si  l’acide  bydrosulfurique  était  combiné  avec  l’am¬ 
moniaque,  et  mêlé  à -l’air  atmosphérique ,  comme  cela 


(  3o3  ) 

a  souvent  lieu  dans  les  fosses  d’aisance,  on  le  recon¬ 
naîtrait  aux  caractères  qui  seront  indiqués ,  §  ao j. 

Action  du  gaz  acide  hydromlf urique  sur  V économie 
animale.  1°  Il  suffit  de  laisser  pendant  quelques  se-r 
Gbndes  un  animal  quelconque  dans  une  atmosphère 
de/  ce  gaz  pour  déterminer  sa  mort  ;  il  tarde  un 
peu  plus  à  périr,  si  au  lieu  de  gaz  acide  hydrosulfu¬ 
rique  pur  on  lui  fait  respirer  un  mélange  de  ce  gaz 
et  d’une  très-grande  quantité  xl’air  atmosphérique  ; 
Taction  de  ce  poison  est  moins  énergique  lorsq^u’on 
l’introduit  dans  la  plèvre  ou  dans  la  veine  jugulaire  ; 
elle  1  est  encore  moins  quand  il  est  injecté  dans  le  tissu 
cellulah’e,  dans  1  estomac  ou  dans  les  intestins  ;  enfin 
elle  est  encore  moins  rapide  lorsqu’on  l’applique  sur 
la  surface  de  la  peau  :  néanmoins  elle  est  assez  éner¬ 
gique  dans  ce  dernier  cas  pour  faire  périr  en  quel¬ 
ques  minutes  les  lapins,  les  canards,  les  jeunes  ca- 
Liais  ,  dont  tout  le  corps,  excepté  la  tête,  plonge 
dans  des  vessies  remplies  de  ce  gaz;  2°  les  effets  délé¬ 
tères  qu’il  produit  lorsqu’il  est  appliqué  sur  la  peau 
sont  d’autant  plus  marqués  que  les  animaux  sont 
plus  petits;  aussi  l’homme  peut-il  se  soumettre  sans 
inconvénient  à  l’usage  des  bains  hydrosulfurés ,  pourvu 
qu  il  n  y  reste  pas  trop  long-temps  ,  et  que  le  gaz  qu’ils 
laissent  dégager  n’entre  pa^dans  les  poumons;  3*^  on 
peut  injecter  une  petite  dose  de  gaz  acide  hydrosul¬ 
furique  dans  la  veine  Jhgulaire  des  animaux  sans  que 
l’on  détermine  des  aécidens  fâcheux  :  si  la  dose  in-^ 
jectée  est  plus  forte ,  l’animal  périt ,  e,t  la  mort  ne 
saurait  etre  attribuée  à  la  distension  du  cœur  pulmo- 
aaire  par  de  gaz puisque  celui-ci  est  très-soluble  dans 


(  3o4  ) 

le  saiig  ;  l’eau  saturée  de  gaz  acide  hydrosulfurique 
tue  i-apidement  les  lapins ,  les  grenouilles  et  les  chiens  ’ 
lorsqu’elle  est  injectée  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cu¬ 
tané  ,  dans  les  intestins  ou  dans  l’estomac  ;  5°  si  les  ani¬ 
maux  soumis  à  l’influence  de  ce  gaz  ou  de  l’eau  hy- 
drosulfurée ,  ne  périssent  pas  instantanément,  iis 
éprouvent  une  vive  agitation ,  et  poussent  des  cris 
aigus;  leurs  membres  se  roidissent  et  offrent  des' 
mouvemens  convulsifs  ;  l’urine  est  rendue  involon¬ 
tairement  ;  6®  à  l’ouverture  des  cadavres  on  trouve  les 
vaisseaux  sanguins  ,  et  particulièrement  ceux  qui  ayoi-^ 
sinent  la  partie  sur  laquelle  le  gaz  a  été  appliqué, 
remplis  de  sang  épais ,  brunâtre  ou  verdâtre  ;  l’organe 
qui  a  été  en  contact  avec  le  gaz  est  mou,  se  déchire 
avec  la  plus  grande  facilité,  offre  une  couleur  bru¬ 
nâtre,  et  passe  très-promptement  à  la  putréfaction  ; 
assez  souvent  ce  changement  de  couleur  et  de  consis- 
^tance  s’étend  aux  différens  viscères  et  aux  muscles 
qui  ne  jouissent  plus  de  l’irritabilité.  Lorsque  la  mort 
est  le  résultat  de  l’inspiration  de  ce  gaz ,  les  bronches 
et  les  fosses  nasales  sont  en  outre  enduites  d’une' 
mucosité  visqueuse  et  brunâtre. 

VINGT-CINQUIÈME  LEÇON. 

Des  Animaux  'venimeux. 

Les  animaux  venimeux  peuvent  être  rangés  en  deux 
sections;  ceux  qui  renferment  un  réservoir  à  venin , 
et  dont  la  morsure  donne  lieu  à  des  accidens  fâcheux  ,, 
suivis  quelquefois  de  la  mort  :  tels,  sont  les  vipères , 
les  serpens  à  sonnettes ,  et  plusieurs  insectes  ;  2®  ceux 


(  3o5  ) 

dont  les  liquides  ont  été  tellement  pervertis  par  des 
maladies  antécédentes,  que  leur  contact  détermine 
des  affections  graves,  comme  la  pustule  maligne ,  la 
rage,  etc.  Nous  ne  nous  occuperons  ici  que  des  ani¬ 
maux  offrant  un  réservoir  à  venin  ,  la  pustule,  maligne 
et  la  rage  ayant  été  parfaitement  décrites  dans  plu¬ 
sieurs  des  ouvrages  élémentaires  qui  traitent  de  la 
médecine. 

De  la  J^ipere  commune.  fVipera  berus,  coluber 
laevxis  de  Linnœus.) 

Gomment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  est  le  résultat  de  la  morsure  de  la  vipère  com¬ 
mune? 

194.  Caractères  dit  genre  Vipère.  Reptile  de  l’ordre 
des  ophidiens ,  offrant  des  plaques  transversales  sous  le 
ventre,  deux  rangs  de  demi-plaques  sous  la- queue,  et 
dont  la  tête  est  triangulaire,  aplatie ,  large  postérieu- 
rer&ent ,  terminée  en  forme  de  museau  à  bords  saillaiis. 
Crochets  a  venin  à  l’extrémité  antérieure  de  la  mâchoire 
supérieure.' ( pi.  20,  fig. 

Vipère  commune.  Sa  longueur  totale  est  ordinaire¬ 
ment  de  deux  pieds,  rarement  de  vingt-six  à  trente 
pouces;  celle  de  la  queue  est  de  trois  à  quatre  pouces. 
Sa  grosseur  dans  le  milieu  du  corps  est  d’environ  un 
pouce;  elle  est  beaucoup  moindre  du  côté  de  la  queue  ; 
celle-ci  est  communément  plus  longue  et  plus  grosse 
dans  le  male  que  dans  la  femelle.  Sa  couleur  est  d’un 
cendré  olivâtre ,  verdâtre  ou  grisâtre ,  plus  intense 
sur  le  dos  que  sur  les  flancs.  Depuis  la  nuque  jusqu’à 
1  extrémité  de  la  queue,  le  long  du  dos,  on  remarque 


20 


(  3o6  ) 

une  bande  noirâtre  composée  de  taches  de  la  miême  cou- 
leurj^de  forme  irrégulière,  qui,  en  se  réunissant  en 
plusieurs  endroits  les  unes  aux  autres ,  représentent 
assez  bien  une  chaîne  dentelée  en  zig-zag.  On  voit  sur 
chaque  côté  du  corps  une  rangée  de  petites  taches  noi, 
râtres,  symétriquement  espacées,  dont  chacune  cor¬ 
respond  à  l’angle  rentrant  de  la  bande  en  zig-zag.  Un 
nombre  infini  d’écailles  carénées  (  vaj,  planche  20 
fig.  2)  couvrent  la  tête  et  le  dos;  la  couleur  de  ces 
écailles  varie  suivant;  quelles  répondent  aux  taches 
noirâtres  dont  nous  avons  parlé ,  ou  aux  autres  parties 
du  dos.  Le  ventre  et  le  dessous  de  la  queue  sont  garnis 
de  plaques  transversales  d’une  couleur  d’acier  poli  :  les 
plaques  abdominales  sont  simples,  et  au  nombre  de 
•cent  cinquante-cinq  ;  les  plaques  caudales ,  plus  petites , 
d’unuoir  bleuâtre  ,  avec  le  bord  plus  pâle ,  sont  dispo¬ 
sées  sur  deux  rangs,  et  au  nombre  de  trente-neuf  paires. 
La  tête  est  en  cosur,  plus  large  postérieurement,  plus 
plate  et  moins  longiiè  que  celle  des  couleuvres  ;  quoique 
sa  largeur  soit  un  peu  plus  considérable  que  celle  du 
corps,  elle  est  encore  susceptible  de  s’élargir  dans  la 
colère;  parmi  les  écailles  qui  la  recouvrent,  celles  qui 
sont  au-dessus  des  yeux  sont  un  peu  plus  larges  ;  le 
bout  du  museau,  comme  tronqué,  forme  un  rebord 
saillant,  retroussé  comme  le  boutoir  des  cochons,  sm* 
lequel  on  voit  une  grande  écaille  trapézadoïle  tachetée 
de  blanc  et  de  noir.  Le  sommet  de  la  tête  présente 
deux  lignes  noires,  divergentes  d’avant  en  arrière,  très- 
écartées ,  de  manière  à  représenter  la  lettre  V  ;  ces 
lignes  sont  séparées  par  une  tache  noirâtre  en  forme 
,de  fer  de  lance.  Les  yeux  sont  très- vifs ,  étincelans  , 


(  3^7  ) 

l'iris  rouge  et  la  prunelle  noire  ;  bn  voit  dëiTière 
chaque  fèil  une  bah.de  noire  large  qui  sè  prolonge 
jusqu’à  la  quinzième  plaque  abdominale.  Le  bord  dè 
la  mâchoire  supérieure  est  blanc ,  tacheté  de  noir  f 
celui  de  l’os  maxillaire  inférieur  est  hoir.  La  langUè 
est  fourchue  ,  grise,  susceptible  de  s’allonger,  molle 
et  incapable  de  blesser  ;  l’animal  la  darde  souvent 
lorsqu’il  est  en  repos.  La  queue  ,  plus  courte  que 
celle  des  couleuvres,  est  un  peu  obtuse.  La  vipère 
commune  ne  se  trouve  qu’eh  Europe  (i). 


i^-L)  Appat-eil  venimeux  i^vQy.  pl.  20,  fig.  3).  Le  vemn  de  la 
vipère  est  secrété  par  deux  glandes  a  situées  une  de  chaque 
côté  de  la  tête  ,  derrière  le  globe  de  l’eeilsous  le  muscle  cro- 
taphyte  (  témporo-maxillaire)  ;  ces  glandes  présentènt  un  ca¬ 
nal  excréteur  h.  La  mâchoire  supérieure  ùlfte  une  ou  plus 
communément  deux  dents  très-différéntès  del  autres ,  con¬ 
nues  sous  le  nom  dé  crochets  à  venin  à,  éjLvitôiinëes  jus¬ 
qu’aux  deux  tiers  d’une  poche  membraneuse  c  ihobilè  d’a¬ 
vant  en  arrière  ,  sur  là  cohvéxité  desqméllès  oh  aperçoit  une 
petite  cannelure  qui  conduit  à  un  canal  dont  l’intérieur  de  la 
dent  est  creusé.  D’autres  dents,  beaucoup  plus  petites  que 
îes  précédentes  ,  et  destinées  à  les  remplacer  iorsquelles  sont 
rcassées  se  trouvent  également  attachées  à  f  os  maxillaire  su¬ 
périeur.  Lorsque  l’animal  veut  mordre,  il  ouvre  sa  bouche; 
le  muscle  élévateur  de  la  mâchoire  supérieure,  en  se  con¬ 
tractant,  presse  la  glande  et  facilite  la  sécrétion  du  venin: 
eelui-ci  sort  du  canal  excréteur ,  arrivé  à  la  base  de  la  dent , 
traverse  la  gaine  qui  l’ enveloppe  et  entre  dans  sa  cavité  par 
le  trou  qui  se  trouve  à  cette  hase;  alors  il  ccûlè  le  long  de 
la  rainuré  dés  dents  ét'sôft  par  le  trou  qpi  est  près  dé  leur 
pointe  pour  pénétrer  dans  la  blessure.. 


(  3o8  ) 

195.  Symptômes  qui  se  manifestent  apres  la  morsure 
de  la  'vipere  commune.  On  éprouve  une  douleur  aigüe 
lancinante  dans  la  partie  blessée  ,  qui  augmente  par 
la  pression  5  qui  ne  tarde  pas  à  se  répandre  dans 
tout  le  membre,  et  qui  se  propage  même  jusqu’aux 
organes  internes  ;  l’enflure  se  manifeste  ;  la  tumeur 
est  d’abord  ferme  et  pâle,  puis  rougeâtre  ,  livide 
comine  gangréneuse  et  d’une  dureté  excessive  ;  elle 
augmente  et  gagne  peu  à  peu  les  parties  voisines  ;  les 
défaillances,  les  vomissemens  bilieux  et.  les  mouve- 
mens  convulsifs  surviennent  ,  et  sont  quelquefois 
suivis  de  jaunisse  ;  la  sensibilité  de  l’estomac  est  telle¬ 
ment  exaltée,  qu’il  ne  peut  rien  garder;  le  malade 
éprouve  quelquefois  des  douleurs  dans  la  région  om¬ 
bilicale;  le  pouls  est  fréquent,  petit,  concentré,  irré¬ 
gulier  ;  la  respiration  difficile  ;  le  corps  se  couvre 
d’une  sueur  froide;  la  vue  et  les  facultés  intellec¬ 
tuelles  sont  troublées.  Le  sang  qui  s’écoule  d’abord 
par  la  plaie  est  souvent  noirâtre  ;  quelque  temps  après 
il  en  sort  une  humeur  fétide  ;  mais  lorsque  l’enflure 
est  bien  prononcée,  les  petits  vaisseaux  ne  permet¬ 
tent  plus  au  sang  de  circuler,  la  peau  qui  les  recouvre 
se  refroidit  et  le  pouls  est  à  peine  sensible.  Ces  di-, 
vers  symptômes  acquièrent  plus  d’intensité  ,  et  la 
mort  arrive. 

Action  du  venin  de  la  vipere  suf  T  économie  animale. 
I®  La  morsure  de  la  vipère  ,  abandonnée  à  elle-même, 
est  toujours  suivie  d’accidens  graves  ;  elle  peut  déter¬ 
miner  la  mort  surtout  chez  les  personnes  faibles  et  sus¬ 
ceptibles  de  s’effrayer  facilement;  2°  lorsque -la  vipère 
estprise  depuis  peu,  sa  morsure  est  plus  délétère  que  dans 


(  3o9  ) 

le  cas  où  on  l’a  gardée  long  -  temps;  cependant  elle  ne 
perd  pas  entièrement  ses  qualités  vénéneuses,  lors  même 
qu’on  l’a  tenu  enfermée  sans  lui  donner  de  là  nourriture; 
3®  si  lavipère  mord  plusieurs  fois  dansla  même  journée, 
la  première  morsure  est  la  plus  délétère  tout  étant 
égal  d’ailleurs  ;  4®  les  animaux  meurent  plus  promp¬ 
tement  s’ils  sont  mordus  un  égal  nombre  de  fois  dans 
deux  parties,  que  s’ils  ne  le  sont  que  dans  une 
seule  ;  5°  la  partie  qui  a  reçu  seule  autant  de  mor¬ 
sures  que  les  autres  ensemble  est  sujette  à  une  ma¬ 
ladie  externe  beaucoup  plus  grave  ;  6®  le  danger  que 
courent  les  animaux  qui  ont  été  mordus  est  en  raison 
dé  l’intensité  des  symptômes  et  de  la  promptitude 
avec  laquelle  ils  se  manifestent  ;  'f  les  climats,  les 
saisons/,  le  tempérament  influent  singulièrement  sirr 
la  nature  et  la  marche  plus  ou  moins  rapide  des 
symptômes  occasionés  par  la  morsure  de  ces  ani¬ 
maux;  8°  en  général  l’action  du  venin  de  la  vipère 
n’est  pas  instantanée  ;  l’invasion  des  symptômes  a 
lieu  le  plus  ordinairement  au  bout  de  trois ,  dix  , 
vingt-cinq  ou  quarante  minutes  ;  9®  ce  venin  peut 
être  appliqué  impunément  «ur  les  nerfs  ;  10°  il  ne 
produit  aucun  changement  sensible  sur  |es  parties 
qui  viennent  d’être  détachées  d’un  animal,  et  qui  par 
conséquent  palpitent  encore;  11°  il  conserve  toute 
son  énergie  dans  une  tête  de  vipère  qui  a  été  coupée 
depuis  long  -  temps  ,  ou  simplement  lorsqu’on  l'a 
laisse  dans  la  cavité  de  la  dent  qui  a  été  séparée  de 
1  alvéole;  12®  il  est  beaucoup  moins  sûr  de  déve¬ 
lopper  les  symptômes  en  appliquant  le  venin  sur  une 
partie  incisée ,  qu’en  la  faisant  mordre  par  la  vipère  ; 


(  310  ) 

mais  dans  le  eàs  où  ils  se  manifestent ,  ils  sont  iden¬ 
tiques  et  aussi  funestes  pour  les  petits  animaux;  1 3® 
venin  dont  il  s’agit  peut  être  introduit  impunément 
dans  l’estomac;  i4®  les  acGidens  qu’il  détermine  parais¬ 
sent  dépe^idre  de  son  absorption,  de  son  transport  dans 
le  torrent  de  la  çireulation,  et  de  l’action  qu’il  exerce 
sur  le  sang  qu’il  coagule  en  partie ,  et  sur  l’irritabi¬ 
lité  nerveuse  qu’il  détruit;  iS®  desséché  depuis  vingt- 
six  mois  et  conservé  avec  soin  ^  il  agit  encore  avec  la 
plus  grande  iniensitéo 

Il  existe  plusieurs  autres  espèces  de  vipère  dont  la 
morsure  produit  des  effets  analogues  à  ceux  que  nous 
venons  d’indiquer,  et  que  par  cela  ipême  nous  pouvons 
nous  dispenser  de  faire  connaître  en  détail  :  telles  sont 
la  vipère  naja  {colvher  naja  de  L.  chinta  nàgoo  des  In¬ 
diens,  cobra  de  capello);  la  vipère  élégante  de,  Daudin 
{coluber  russelianus  ,  katuka  rekidapoda  des  Indiens)} 
le  rodroo  para  des  Indiens  {coluber gramineus  deShaw); 

g€4i paragoodoo  des  Indiens  (  boa  de  Russe!)  ;  le 
bungarum  pamak  des  Indiens  et  sakeene  du  Rengal 
(  boa  de  Russel  ),  (  Vop.  notre  Toxicologie  générale  ,• 
T.  2 ,  pag.  474,  deuxième  édition.  ) 

Des  Serpens  a  sonnettes. 

Comment  peut- on  reconnaître  que  rempoisonne-^ 
ment  est  le  résultat  de  la  morsure  des  serpens  à  son-- 
nettes? 

ïpè.  Les  serpens  à  sonnettes  font  tous  partie  du 
genre  Crotahis^  dont  voici  les  caractères  :  il  appartient  à 
1  ordre  des  ophidiens  et  à  la  famille  des  hétéroder- 
ïnes;  il  offre  des  plaques  transversales  simples  sous  le 


(  ) 

corps  et  sous  la  queue;,  rextrémité  de  celle-ei  est  garnie'^ 
de  plusieurs  grelots  éçqilleux^  emboîtés  lâchement  les  uns 
dans  les  autres ,  et  se  mouvant  en  résonnant  légèrement 
quand  l’animal  rampe;  il  est  muni  de  crochets  à  venin. 

«  Les  os  maxillaires  supérieurs  sont  fort  petits ,  portés 
sur  un  long  pédicule  analogue  à  l’apophyse  ptérigoïde 
externe  du  sphénoïde,  et  très-mobile;  il  s’y  fixe  une 
dent  aiguë  ,  percée  d’un  petit  canal  qui  donne  issue 
à  une  liqueur  empoisonnée,  sécrétée  par  une  glande 
considérable  située  sous  l’œil.  G’est  cette  liqueur  qui, 
versée  dans  la  plaie  par  la  dent,  porte  le  ravage  dans 
le  corps,  des.  animaux.  Cette  dent  se  cache  dans  un 
repli  de  la  gencive  quand  le  serpent  ne  veut  pas  s’en 
servir,  et  il  y  a  derrière  elle  plusieurs  germes  desti¬ 
nés  à  la  remplacer  si  elle  vient  à  se  casser.  Ce  venin 
est  d  une  qouleur  verte  »  ^  Dictionnaire  des  sciences 
naturelles  ). 

La  morsure  des  serpens  à  sonnettes  est  très-dan¬ 
gereuse;  elle  donne  lieu  à  dès  aceidens  serablables  à; 
ceux  que  produit  la  vipère.  (  Vo^.  §  i^S.  ) 

Insectes  venimeux. 

Bu  Scorpion  d’Europe.. 

*97'  Caractères  du  genre  Scorpion,  Genre  d’arach¬ 
nides,  ordre  des  pulmonaires ,  famille  des  pédipalpes 
de  Latreille  (  vop.  pl.  ai,  Êtg.  3  ).  Abdomen  intime¬ 
ment  uni  au  tronc  par  toute  sa  largeur,  offrant  a  sa 
hase  inférieure  deux  lames  mobiles  en  forme  de  pei¬ 
gnes  ;  dessus  du  tronc, recouvert  de  trois  plaques  dont, 
la  première  très- grande  ,  en  forme  de  corselet ,  porte 


(  3i.  ) 

six  à  huit  yeux;  deux  de  ces  yeux  sont  situés  au  milieu 

du  dos  rapprochés,  et  plus  grands ,  les  autres  sont  placés 
près  des  bords  latéraux  et  antérieurs;  trois  ou  deux  de 
chaque  côté  ;  mandibules  en  pince.  Corps  allongé  et 
terminé  brusquement  par  une  queue  longue,  compo- 
séè  de  six  nœuds  dont  le  dernier,  plus  ou  moins  ovoïde 
finit  en  une  pointe  arquée  et  très-aiguë  ,  sorte  de  dard 
sous  l’extrémité  duquel  sont  deux  petits  trous  servant 
d’issue  à  une  liqueur  vénéneuse  contenue tians  un  ré¬ 
servoir  intérieur.  Les  pieds  palpes  sont  très-grands ,  en 
forme  de  serres ,  avec  une  pince  au  bout ,  imitant ,  par 
sa  figure,  une  main  didactyle  ou  à  deux  doigts,  dont 
un  mobile.  Tous  les  tarses  sont  semblables,  de  trois 
articles,  avec  deux  crochets  au  bout  du  dernier.  - 
Scorpion  d’Europe  (  Scorpio  europæus  ).  Il  a  envi¬ 
ron  un  pouce  de  longueur  ;  son  corps  est  d’un  brun 
très-foncé,  noirâtre;  ses  bras  sont  anguleux,  avec  la 
main  presque  en  cœur,  et  l’article  qui  la  précède  est 
iinidenté;  la  queue  est  plus  courte  que  le  corps, 
menue;  le  cinquième  nœud  est  allongé;  le  dernier 
est  simple  ,  d’un  brun  jaunâtre  ainsi  que  les  pâtes  ;  les 
peignes  ont  chacun  neuf  dents.  On  le  trouve  en  Lan¬ 
guedoc  ,  en  Provence,  et  en  général  dans  l’Europe  mé¬ 
ridionale,  sous  les  pierres  et  dans  l’intérieur  des  habita¬ 
tions. 

,  La  piqûre  du  scorpion  détermine ,  chez  l’homme, 
une  marque  rouge  qui  s’agrandit  un  peu,  noircit  lé¬ 
gèrement  vers  le  milieu,  ,et  est  ordinairement  suivie 
de  douleur,  d’inflammation,  d’enflure,  et  quelquefois 
de  pustules;  dans  certaines  circonstances ,  les  malades 
éprouvent  de  la  fièvre,  des  frissons,  de  l’engourdisse- 


(3i3), 

ment',  des  vomissemens ,  le  hoquet,  un  tremblement 
général,  etc.  Les  symptômes,  qui  sont  le  résultat  de 
la  piqûre  du  scorpion ,  varient  suivant  la  grosseur  de 
l’animai ,  et  le  climat  auquel  il  appartient  ;  en  général 
ils  sont  plus  graves  dans  les  pays  méridionaux  que  dans 
les  autres. 

De  la  Tarentule  (  Lycosa  Tarentula,  Latreille ,  voyez 

pl.  21,  fig.  I.) 

198.  Càr acier  es  de  la  Tarentule.  Insecte  de  l’ordre 
des  pulmonaires ,  famille  des  afanéïdes ,  tribu  des 
citrigrades ,  du  genre  lycosa.  (Latreille).  Longueur  du 
corps  environ  trois  centimètres  ;  palpes  safcanés  avec 
l’extrémité  noire  ;  mandibules  noires  avec  la  base  su¬ 
périeure  safranée  ;  bord  antérieur  du  tronc  et  contour 
des  yeux  de  la  seconde  ligne  de  cette  couleur;  yéux 
rougeâtres  ;  dessus  du  tronc  noirâtre ,  avec  une  bande 
longitudinale  dans  le  milieu  de  sa  longueur  ;  une  autre 
tout  autour  des  bords  et  des  lignes  en  rayon,  partant 
de  la  bande  du  milieu ,  d’un  gris  cendré  ;  une^^ ligne  noi¬ 
râtre  longitudinale  de  chaque  côté,  sur  la  bande  de  la 
circonférence  ;  dessus  de  l’abdomen ,  noirâtre  ,  ponc¬ 
tué  de  gris-cendré  ;  une  suite  de  taches  presque  noires , 
plus  foncées  au  bord  postérieur  dans  le  milieu  de  sa 
longueur;  les  deux  supérieures,  la  première  surtout, 
allongées  en  fer  de  flèche ,  bordées  tout  autour  de  gris- 
roussatre  ;  les  suivantes,  transverses;  en  forme  de  cœur 
élargi,  bordées  postérieurement  de  gris -cendré,  ou 
séparées  par  des  lignes  chevronnées  dé  cette  couleur; 
ventre  safrané  avec  une  bande  très-noire ,  transverse 
au  milieu;  poitrine  et  origine  des  pâtes  très -noires; 


(  3i4;  ) 

pâtes  d’un  gris  cendré  en  dessus ,  grises  en  dessous 
avec  deux  taches  aux  cuisses  et  aux  jambes ,  et  les  tarses 
noirs;  dessous  des  cuisses  et  des  jambes  antérieures 
ayant  une  teinte  roussâtre.  On  la  trouve  dans  l’Italie 
méridionale  ,  particulièrement  en.  Galabre  et  aux  en¬ 
virons  de  Naples. 

Piqûre  de  la  Tarentule.  {Foy.  Araignée  des  caves.) 

De  r Araignée  des  caves  (  Segestria  Gellaria  ^ 
pl.  21  5  fig.  2.) 

199.  Caractères  du  Segestria.  Genre  d’araeh-; 
nides  ,  de  l’ordre  des  pulmonaires,  de  la  famille  des 
aranéides,  tribu  des  tubitèles.  Mâchoires  élargies  au 
coté  extérieur  près  de  leur  base  ;  droites  ;  six  yeux,  dont 
quatre ,  plus  antérieurs ,  formen  t  une  ligne  transverse, 
et  les  deux  autres  situés,  un  de chaqtje  côté,  derrière 
les  latéraux  précédens;  la  premièfe  paire  de  pâtes,  et 
la  seconde  ensuite,  les  plus  larges  de  toutes;  la  troi¬ 
sième  la  plus  courte. 

Araignée  dés.  caves.  Gorps  long  d’environ  deux  cen¬ 
timètres,  velu,  d’un  noir  tirant  sur  le  gris  de  souris ^ 
avec  les  mândibules  vertes  ou  d’un  bleu  d’acier,  et  une 
suite  de  taches  triangulaires ,  noires  le  long  du  milieu 
du  dos  et  de  1  abdomen.  On  la  trouve  en  France  et  en 
Italie  (  Latreille.  ) 

Il  se  développe ,  autour  de  la  partie  qui  a  été  piquée 
par  cette  araignée  et  par  tarentule.,  une  enflure  de 
couleur  livide,  quelquefois  avec  phlyctènes  ;  dans  cer¬ 
taines  circonstances ,  on  observe  aussi  des  symptômes 
analogues  à  ceux  dont  nous  avons  parlé  à  l’article  scor¬ 
pion  ;  néanmoins  nous  pensons  qu’on  a  beaucoup  exa- 


(  3i5  ) 

géré  les  dangers  de  la  piqûre  faite  par  ces  animaijx  ;  on 
devrait  vouer  à  l’oubli  cette  multitude  de  récits  fabu¬ 
leux  relatifs  à  la  tarentule,  et  qui  étaient  é'V'idemment 
enfantés  par  l’ignoranee  et  par  la  superstition. 

De  rAheille  domestique  (  Apis  mellifica,  vaj,  pl.  21  , 
fig.  8).  Insecte  de  l’ordre  des  hyménoptères  ,  famille 
des  apiaires. 

200.  Caractères  du  genre.  Languette  filiforme  com¬ 
posant,  avec  les  mâchoires ,  une  sorte  de  trompe  cou¬ 
dée  et  fléchie  en  dessous;  premier  article  des  tarses 
postérieurs  grands,  très-comprimé  en  palette  carrée; 
point  d’épine  à  l’extrémité  des  deux  dernières  jambes. 

Abeille  domestique. noirâtre  comme  le  coiv 
selet  ;  abdomen  de  la  même  couleur,  avec  une  bande 
transversale  et  grisâtre  formée  par  un  duvet  à  la  base' 
du  troisième  anneau  et  des  suivans.  La  longueur  du 
eorps  de  l’abeille  domeshque  ouvrière  est  de  o  “  or  2; 
celle  du  mâle  et  de  la  femelle  est  de  o  ^  oiS.  Qn  la 
trouve  dans  toute  l’Europe,  en  Barbarie,  etc.  (  La- 
treille.  ) 

La  piqûre  de  rabeille  occasionne  souvent  une  vive 
douleur  et  une  tuméfaction  érysipélateuse  fort  dure 
dans  so^  milieu,  qui  blanchit  et  persiste  amant  que 
l^iguiUûu  reste  dans  la  plaie;  dans  Gertaines  çircons-, 
tape^  en  a  YU  cette  piqûre  déterminer  la  gangrène, 
et  la  mort.  , 

Du  Bourdon  ((^'voy. 

aoi.  Caractères,  du  genre..,  In&ecle  de  l’ordre  des 
nyménoptères,  section  des  porte -aiguillons,  famille 


(  3i6  ) 

des  mellifères.  Lés  femelles  et  les  mulets  offrent  à  la 
face  extérieure  de  la  jambe  des  pieds  postérieurs , 
un  enfoncément  lisse  pour  recevoir  le  pollen  dés 
fleurs ,  et  une  brosse  soyeuse  sur  le  côté  interne  du 
premier  article  de  leurs  tarses  ;  deux  épines  au  bout 
de  ces  jambes  ;  labre  transversal;  fausse  trompe  sensi¬ 
blement  plus  courte  que  le  corps. 

Bourdon  des  pierres  (Bombus  lapidarius  de  Latr., 
Apis  lapidaria  de  L.  )  Il  est  tout  noir,  à  l’exception  de 
l’anus  qui  est  d’un  jaune  rougeâtre.  Il  a  été  désigné 
ainsi  parce  qu’il  fait  son  nid  dans  la  terre,  entre  les 
pierres,  au  bas  des  murs ,  etc.  Les  effets  de  la  piqûre 
du  bourdon  ressemblent  beaucoup  à  ceux  que  nous 
venons  de  décrire  eiï  parlant  de  l’abeille. 

'  De  la  Guêpe. 

Insecte  de  l’ordre  des  hyménoptères,  section  des 
porte-aiguillons ,  famille  des  diploptères ,  tribu  des 
guêpiaires.  Latr. 

202.  Caractères  de  la  Guêpe-frêlon  (Vespra  crabro, 
■voy.  pl.  21 ,  fig.  7.)  Longueur  d’un  pouce  au  moins; 
antennes  obscures  avec  la  base  ferrugineuse;  tête  fer¬ 
rugineuse  ,  pubescente;  lèvre  supérieure  jaune;  man¬ 
dibules  jaunes  à  la  base,  noires  à  l’extrémité;' corselet 
noir  ,  pubescent,  avec  sa  partie  antérieure  et  souvent  l’é¬ 
cusson  d’un  brun  ferrugineux  ;  le  premier  anneau  de,  l’ab 
domen  noir,  avec  la  base  ferrugineuse  et  les  bords  jau¬ 
nâtres  ;  les  autres  anneaux  noirs  à  la  base,  jaunes  à  l’ex¬ 
trémité,  avec  un  petit  point  noir  latéral  sur  chaque  ;  les 
pâtes  d’un  brun  ferrugineux;  les  ailes  ont  une  légère 
teinte  roussâtre.  On  la  trouve  dans  toute  l’Europe.  (Lat.) 


(  3i7  .) 

2o3.  Caractères  delà  Gitêpe  commune  (Vespa  vulgarîs; 
voyez  planche  21,  fig.  6).  Longueur,  huit  à  neuf  ligfaes; 
antennes  èt  tête  noires;  contour  des  yeux  et  lèvre 
supérieure  d’un  jaune  obscur  ;  mandibules  jaunes,, 
noires  à  l’extrémité  ;  corselet  noir ,  légèrement  pubes- 
cent ,  avec  une  tache  au  devant  des  ailes ,  un  point 
calleux  à  leur  origine,  une  tache  au  dessous  et  quatre 
sur  l’écusson,  jaunes;  l’abdomen  jaune,  avec  la  base 
des  anneaux  noire  et  un  point  noir  distinct  de  chaque 
côté  ;  le  premier  anneau  a  une  teche  noire  en  losange 
au  milieu;  les  autres  ont  une  tache  presque  triangu¬ 
laire,  contiguë  au  noir  de  la  base;  les  pâtes  sont  d’un 
jaune  fauve  avec  la  base  des  cuisses  noire.  On  la  trouve 
dans  toute  l’Europe.  (Latr.) 

La  piqûre  de  la  guêpe  commune  et  du  frêlon  est 
suivie  d  accidens  semblables  à  ceux  que  détermine  la 
piqûre  des  abeilles  ;  elle  est  plus  ou  moins  dangereuse , 
suivant  la  nature  de  la  partie  piquée ,  le  climat ,  la 
saison,  la  quantité  de  venin,  etc.;  les  accidens  sont 
plus  gravés  dans  le  cas  où  l’aiguillon  reste  dans  la 
plaie,  ou  lorsque  les  insectes  ont  sucé  des^plantes  yé- 
néneuses,  des  matières  animales  en  putréfaction ,  ou 
des  cadavres  d’animaux  morts  de  maladies  pestilen¬ 
tielles.  , 

Des  matières  animales  décomposées. 

On  a.  déjà  observ e  plusieurs  fois  que  l’usage  prolongé 
d  alimens  corrompus ,  déterminait  chez  l’homme  des 
accidens  plus  ou  moins  graves,  tels  que  des  vomisse- 
tnens,  la  syncope,  la  gangrène  sèche  des  extrémités, 
le  scorbut  ,  etc.  Il  est  également  prouvé ,  par  des  ex- 


périences  que  nous  at'ons  tentées  sur  les  chiens  ,  qug 
l’application  sur  le  tissu  cellulaire  de  sang ,  dé  bile 
et  de  matière  cérébrale  pouris,  est  suivie  de  vcœis. 
semens ,  de  fièvre ,  de  cris  plaintifs  et  d’un  abattement 
extrême.  La.  mort  arrivé  ordinairement  dans  les  vingt* 
quatre  heures  ;  êt  à  l’ouverture  des  cadavres  on  dé¬ 
couvre  une  inflammation  très-vive  des  parties  sur  les¬ 
quelles  les  matières  pouries  ont  été  appliquées  èt  de 
celles  qui  les  entourent. 

Le  docteur  Kerner,  médecin  à  Weihsberg,  vient  de 
publier  en  allemand  un  travail  qui  nons  semble  se 
rattacher  à  ce  sujet ,  et  dont  nous  allons  donner  un 
extrait  détaillé ,  pàrCe  qu’il  est  entièrement  neuf  et 
qu  il  peut  intéresser  la  médecine  légale  (i). 

Plusieurs  personnes  ont  éprouvé  des  accidens  graves 
qui  ont  été  quelquefois  suivis  de  la  mort  pour  avoir 
mangé  des  boudins  que  l’on  ayait  exposés  à  l’action  de 
la  fumée  aussitôt  après  leur  confection ,  et  que  Ion  t 
avait  laissés  quelquefois  pendant  des  mois  entiers.  Les 
accidens  dont  il  s’agit  ont  paru  tellement  fréquens,  qüè 
M.  Kerner  n’hésite  pas  à  comparer  les  ravages  de  ce 
poison  à  ceux  qu’exerce  le  venin  des  serpens  dans  les 
régions  voisines  des  tropiques.  Les  boudins  blancs  ont 
paru  plus  actifs  que  les  noirs ,  et  leurs  effets  délétères 
ont  semblé  proportionnés  à  la  quantité  employée. 

Les  phénomènes  de  l’empoisonnement  se  dévelop- 


(i^  Nouvelles  observations  sur  les  empoisonnemens  mor¬ 
tels  qui  arrivent  si  souvent  dans  le  l?V^urteniberg ,  par  l’usage 
des  boudins  fumés  i  parle  docteur  Kerner  ;  Tubingue,  1820. 
Brochure  in- 12. 


(  3i9  ) 

pent  communément  vingt -quatre  heures  après  Tin- 
gestion  de  cet  aliment ,  rarement  plus  tôt ,  quelquefois 
plus  tard.  Une  douleur  vivé  et  brûlante  se  fait  alors 
sentir  dans  la  région  épigastrique ,  et  il  survient  en 
même  temps  des  vomissemens  de  matières  sanguino¬ 
lentes  ;  bientôt  les  yeux  deviennent  fixes ,  les  pau¬ 
pières  immobiles ,  les  pupilles  se  dilatent  et  restent 
insensibles  à  l’action  de  la  lumière  ;  le  malade  voit 
double  ;  la  voix  est  altérée  ;  souvent  il  y  a  aphonie 
plus  ou  moins  complète;  la  respiration  est  gênée; 
on  ne  sent  plus  les  battemens  du  cœur  ;  syncopes  fré¬ 
quentes  j  pouls  plus  faible  que  dans  l’état  naturel  ; 
veines  du  cou  dilatées  et  saillantes  ;  la  déglutition  est 
d’une  difficulté  extrême  ;  les  boissons  tombent  dans 
/l’estomac  comme  dans  un  vase  inerte  ;  les- alimens 
solides  s’arrêtent  dans  l’œsophage;  toutes  les  sécré¬ 
tions  paraissent  suspendues  ;  constipation  opiniâtre  ou 
bien  les  matières  excrétées  Sont  sèches  et  dures, 
comme  terreuses,  la  bile  ne  les  colore  point;  les 
facultés  mtellectuelles  se  conservent  intactes ,  "  seule¬ 
ment  dans  beaucoup  de  cas  le  caractère  devient  iras¬ 
cible;  il  y  a  rarement  insomnie  ;  appétit  souvent  con¬ 
servé  ;  soif  très-grande  ;  les  tégumens  perdent  de  leur 
sensibilité  ;  le  malade  perçoit  à  peine  les  impressions 
du  chaud  et  du  froid  ;  paume  des  mains  dure  et  cc- 
riace  ;  il  en  est  de  même  de  la  plante  des  pieds  qui 
semble  tapissée  par  une  lame  cornée  ,  absolument  in¬ 
sensible  ;  la  peau  en  général  est  froide  et  sèche; 
rien  ne  peut  râppeller  la  transpiration  dont  elle  était 
le  siégé  ;  urines  tres-abondantes ,  leur  excrétion  est 
difficile;  mouvemens  lents  à  cause  des  syncopes 


(  320  ) 

dont  le  malade  est  menacé  au  moindre  effort  ;  cepen¬ 
dant  nulle  fatigue  dans  les  muscles  du  dos  ni  des 
ylombes.  La  mort,  quand  elle  a  lieu,  arrive  du  troi¬ 
sième  au  huitième  jour  ;  la  respiration  s’embarrasse 
la  voix  se  perd  entièrement ,  le  pouls  tombe  et  la 
vie  s’éteint,  quelquefois  après  de  légers  mouvemens 
convulsifs,  le  malade  ayant  conservé  jusqu’au  dernier 
instant  sa  pleine  connaissance.  Dans  le  cas  de  gué- 
rison  ,  la  convalescence  est  extrêmement  longue;  ü 
se  fait  souvent  une  sorte  d’exfoliation  à  la  surface  des 
membranes  muqueuses.  Le  malade  reste  long-temps 
exposé  à  des  syncopes  ;  les  battemens  du  cœur  ne  re¬ 
paraissent  que  fort  tard.  Ces  symptômes  présentent 
quelques  variétés  dans  les  différens  cas  ;  on  peut  ne 
pas  les  observer  tous  chez  le  même  individu  ,  et 
quelquefois  on  en  remarque  un  certain  nombre  dont 
nous  n’avons  pas  parlé  ;  tels  sont  la  diarrhée  ,  l’hydro- 
phobie  ,  un  délire  furieux ,  des  vertiges,  l’atrophie  des 
testicules  ,  etc.  ' 

A  l’ouverture  des  cadavres  ,  on  trouve  ,  les  mus¬ 
cles  très-contractés  ,  les  membres  roides  et  inflexibles , 
le  ventre  dur  et  tendu;  2°  souvent  des  traces  d’in¬ 
flammation  dans  le  pharynx  et  dans  l’œsophage  :  quel¬ 
quefois  seulement  à  la  surface  externe  de  ce  dernier 
et  à  sa  partie  inférieure  ;  3®  une  ou  plusieurs  plaques 
inflammatoires  ,  gangréneuses  ,  dans  quelques  cas  de 
la  largeur  de  la  main ,  occupant  la  surface  interne 
de  l’estomac  aux  environs  du  cardia  ;  quelquefois  la 
membrane  interne  de  ce  viscère  se  détache  aisément  ; 
4  les  intestins  enflammés  en  divers  endroits ,  ou 
même  en  partie  gangrenés  ;  5°  le  foie  sain  dans  la 


.  (  321  )  , 

plupart  des  cas ,  quelquefois  seulement  il  est  pénétré 
de  sang  noir  j  la  vésicule  considérablement  distendue, 
dans  certains  cas  enflammée  et  alors  remplie  d’un 
fluide  sanguinolent  ;  6®  la  rate  saine  de  même  que  les 
reins  et  le  pancréas ,  qui  pourtant  offraient  une  in¬ 
flammation  manifeste  dans  deux  cas  de  ce  genre  ; 
7°  la  vessie  pleine  ou  vide,  saine  ou  enflammée  ; 
8°  la  trachée-artère  souvent  enflammée  et  remplie 
d’un  mucus  sanguinolent  ;  les  poumons  parsemés  de 
taches  nuirâtres  ou  bien  hépatisés  ;  9®  le  cœur  flasque 
et  affaissé  sur  lui-même  ,  quelquefois  enflammé  dans 
ses  cavités  :  l’aorte ,  dans  un  cas  ,  était  très-rouge  et 
comme  maroquinée  à  l’intérieur.  L’auteur  dit  aussi 
avbir  observé  que  les  cadavres  de  ces  individus  ne 
répandent  aucune  espèce  d’odeur  ,  même  dans  leurs 
cavités  intérieures.  - 

■  M.  Kerner  pense  que  le  poison  ,  contenu  dans  les 
boudins  ,  agit  particulièrement  en  paralysant  tout  le 
système  nerveux  des  ganglions  et  les  nerfs  cérébraux 
qui  ne  sont  point  exclusivement  destinés  aux  organes 
des  sens.  Suivant  lui ,  le  cerveau ,  la  moelle  et  les 
nerfs  qui  lui  appartiennent  en  propre  ,  ne  se  ressentent 
nullement  de  ce  genre  de  lésion.  Il  regarde  les  in¬ 
flammations  locales  comme  une  suite  de  la  lésion  du 
système  nerveux  ;  et  il  fait  remarquer  que  dans  un  cas 
de  ce  genre  l’inflammation  s’était  propagée  le  long 
de  1  œsophage,  non  à  sa  surface  interne  qui  était 
parfaitement  saine ,  mais  à  sa  surface  externe  en 
s\xï\axit  \Q  trajet  des  nerfs  -vagues. 

Mais  quel  peut  être  le  principe  vénéneux  contenu 
dans  ces  boudins  ?  pi.  Rerner  assure  qu’il  a  été  im- 


ni 


(  322  ) 

|)Qssible  jusqu’à  présent  d’y  démontrer  la  présefle^ 
d’aucune  substance  vénéneuse ,  minérale  ou  végétale  : 
il  rejette  l’opinion  de  ceux  qui  ont  pensé  que  ce 
principe  pouvait  être  l’acide  prussique,  et  il  croit 
devoir  attribuer  l’empoisonnement  à  un  commence¬ 
ment  de  décomposition  putride^  éprouvée  par  les  bou¬ 
dins  pendant  le  temps  qu’on  les  laisse  exposés  à  l’ac-, 
tion  de  la  fumée.  Voici  les  raisons  qui  lui  font  adopter 
cette  manière  de^voir  :  les  accidens  sont  plus 

fréquens  au  mois  d’avril,  et  après  que  les  boudins  ont 
gelé  et  dégelé  plusieurs  fois  de  suite;  or,  rien  n’est 
plus  propre  à  hâter  la  putréfaction  ^des  matières  ani¬ 
males  ;  2®  les  boudins  qui  ont  produit  des  accidens 
avaient  une  saveur  et  une  odeur  putrides  ;  on  y  re¬ 
marquait  des  masses  graisseuses,  molles  et  plus  ou 
moins  semblables  au  gras  des  cadavres  ;  3®  il  y  a  beau¬ 
coup  d’analogie  entre  les  phénomènes  observés  éé 
ceux  qui  dépendent  des  exhalaisons  putrides  (i). 


(i)  M.  Cadet  dé  Gassicourt  annonce,  en  rendant  un 
compte  sommaire  des  travaux  de  M.  Kerner ,  dans  le  Journal 
de  Pharmacie ,  qu’il  a  été  appelé  quelquefois:  pour  analyser 
des  mets  qui  avaient  occasioné  des  empoisonnémens ,  et  qui 
avaient  été  achetés  chez  des  charcutiers  de  Paris  ;  et  il  lui  aété 
impossible  de  découvrir  la  moindre  trace  de  poison  minéral 
soit  dans  les  alimens  ,  soit  à  la  surface  des  vases  métalliques 
dans  lèsquels  ils  avaiens  été  cuits.  Nous  avons  également  été 
invités  deux  fois  par  l’autorité ,  pour  des  cas  de  ce  genre  ,  et 
nos  résultats  ont  été  conforihes  à  ceux  qui  ont  été  obtenus 
par  M.  Cadet.  La  cause  des  accidens  observés  à  Paris  serait- 
elle  la  même  que  celle  qui  â  produit  les  effets  décrits  par 


■  (  323  ) 

VIÎÏGT-SIXIÈME  LEÇOK. 

De  V  Empoisonnement  par  les  substances  gazeuses  intro* 
duites  dans  les  voies  aériennes. 

La  plupart  des  gaz  permanens  peuvent  donner  lieu 
à  des  accidens  fâcheux,  et  même  déterminer  une  mort 
prompte,  lorsqu’ils  sont  introduits  dans  les  voies  aérien¬ 
nes  ,  seuls  ou  mêlés,  en  quantité  suffisante,  à  de  l’air  at¬ 
mosphérique.  L’empoisonnement  qu’ils  déterminent  a 
été  désigné  sous  le  nom  àéasphjæie  par  les  gaz.  Nous 
ne  pensons  pas  devoir  retracer  en  détail  les  effets  ré- 
Sultans  de  l’inspiration  de  toutes  lés  substances  gazeuses, 
plusieurs  d’entre  elles  étant  le  produit  de  l’art,  et  ne  se 
trouvant  qu’aceidentellement  dans  l’atniosphère  :  nous 
nous  attacherons  particulièrement  à  faire  connaître  les 
divers  cas  d’empoisonnement  de  ce  genre  qui  peuvent 
être  l’objet  d’uU  rapport  judiciaire.  Il  aurait  été  peut- 
être  plus  rationnel  de  ranger  les  substances  dont  nous 
parlons  dans  l’une  ou  l’autre  des  classes  de  poisons  que 
nous  avons  établies,  que  de  les  rassembler  dans  un  ar¬ 
ticle  séparé;  néanmoins  nous  avons  cru  ne  pas  devoir 
le  faire  ,  parce  qu’il  nous  a  semblé  difficile  d’indiquer, 
d’une  manière  exacte,  la  place  que  chacune  d’elles  de¬ 
vait  occuper. 

Du  Gaz  acide  carbonique. 

Comment  peut  -  cm  reconnaître  que  l’empoisonne- 

M.  Kerncr?  Nous  ne  le  pensons  pas,  car  les  mets  que  nous 
avons  analysés,  loin  d’être  pouris,  étaient  parfaitement  con¬ 
servés. 


(  3â4  ) 

ment  est  le  résultat  de  l’inspiration  du  gaz  acide  car¬ 
bonique  ? 

204.  Le  gaz  acide  carbonique  se  trouve  dans  cer¬ 
taines  grottes  des  pays  volcaniques  ;  il  est  mêlé  à  l’air 
atmosphérique  dans  les  celliers ,  au-dessus  des  cuves  en 
fermentation ,  et  dans  les  fours  à  chaux.  Lorsqu’il  s’agit 
de  constater  sa  présence ,  on  vide  un  flacon  plein  de 
sable  parfaitement  sec,  dans  l’atmosphère  dont  nous 
parlons,  puis  on  le  bouche;  par: ce  moyen  le  vase  se 
trouve  rempli  du  gaz  faisant  partie  de  l’atmosphère 
suspecte  :  on  le  place  dans  une  cuve  ou  dans  une  ter¬ 
rine  pleine  d’eau,  et  mieux  encore  de  mercure ,  de  ma¬ 
nière  à  ce  que  le  goulot  soit  en  bas  ;  on  le  débouche  et 
on  transvase  le  gaz  dans  plusieurs  petites  cloches  rem¬ 
plies  de  mercure  ou  d’eau,  et  dont  l’extrémité  ouverte 
plonge  dans  le  liquide  contenu  dans  la  cuve  ou  dans 
la  terrine  :  on  constate  alors  les  propriétés  suivantes  : 
I®  le  gaz  acide  carbonique  est  incolore  ;  2®  il  rougit 
faiblement  l’eau  de  tournesol ,  surtout  lorsque  après 
avoir  fermé ,  avec  la  main  ou  avec  un  obturateur, 
l’extrémité  ouverte  de  la  cloche,  on  agite  le  liquide 
pendant  quelques  instans;  3p‘il  éteint  les  corps  en  com¬ 
bustion  ;  4^  il  se  dissout  dans  l’eau  ;  5°  il  précipite  l’eau 
de  chaux  en  blanc  ;  le  sous-carbonate  précipité  se  dis¬ 
sout  dans  un  excès  d’acide  carbonique,  ou  dans  quel¬ 
ques  gouttes  d’acide  nitrique. 

Si  l’on  veut  s’assurer  que  le  gaz ,  soumis  à  l’examen , 
contient  de  l’air  atmosphérique ,  on  en  prend  une  nou¬ 
velle  portion ,  on  la  mêle  avec  de  l’eau  et  de  la  potasse 
caustique,  et  on  agite  pendant  sept  à  huit  minutes; 
par  ce  moyen  l’acide  carbonique  s’unit  à  la  potasse  et 


(  325  ) 

à  l’eau,  et  il  ne  reste  plus  que  l’air  atmosphérique 
dont  on  peut  constater  les  caractères.  Il  est  inutile 
d’indiquer  que  ces  diverses  opérations  doivent  etre 
faites  sous  l’eau,  pour  empêcher  que  le  gaz  ne  se 
répande  dans  l’atmosphère. 

Symptômes  et  lésions  de  tissu  que  détermine  V cLcide 
carbonique  seul  ou  mêlé  a  l’ air ^  lorsqu’il  à  été  introduit 
dans  les  voies  aériennes.  - 

Il  résulte  des  expériences  faites  par  Nysten  sur  les 
chiens  :  i”  que  le  gaz  acide  carbonique  peut  être  in¬ 
jecté  en  assez  grande  quantité  dans  le  système  vei¬ 
neux,  sans  arrêter  la  circulation,  ce  qui  dépend  de 
la  facilité  avec  laquelle  il  est  dissous  par  le.  sang  ; 
2®  que  dans  le  cas  où  la  quantité  injectée  est  trop 
forte ,  pour  pouvoir  être  dissoute  par  le  sang ,  il 
détermine  la  distension  du  cœur  pulmonaire,  et  la 
mort;  3°  qu’il  n’agit  pas  primitivement  sur  le  cerveau  ; 
4°  qu’il  n’occasionne  qu’une  faiblesse  musculaire ,  qui 
cesse  au  bout  de  quelques  jours,  lorsqu’il  est  injecté  avec 
précaution  ;  5®  qu’il  peut  être  injecté  à  plus  forte  dose  , 
sans  déterminer  aucune  lésion  pulmonaire  ;  6®  qu’il  n’est 
point  délétère  par  lui-même,  et  qu’il  ne  déterniine  la 
mort  que  parce  qu’il  ne  contient  point  d’oxygène  libre. 

Le  cadavre  conserve  sa  chaleur  pendant  long-temps; 
les  muscles  jouissent  de  leur  irritabilité ,.  même  vingt- 
quatre  heures  après  la  mort;  les  vaisseaux  sanguins,  et 
notamment  ceux  du  poxmion,  sont  gorgés  de  sang 
d’une  couleur  foncée.. 


(  326  ) 

De  la- vapeur  du  charbon  (  Gaz  provenant  de  la  coin, 
bustion  du  charbon  à  l’air  libre.  ) 

Comment  peut -on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  est  le  résultat  de  l’inspiration  de  la  vapeur  du 
charbon 

2o5.  Les  gaz  qui  se  forment  lorsque  le  charbon  corn- 
mence  a  brûler^  contiennent  sur  cent  quatre-vingt-huit 
parties  en  volume ,  vingt-six  parties  de  gaz  acide  carbo¬ 
nique,  trente-huit  parties  d’air  atmosphérique,  quatre- 
vingt-dix-huit  parties  de  gaz  azote,  et  vingt-six  de  gaz' 
hydrogène  carboné  ;  tandis  que  les  gaz  produitspendant 
la  combustion  du  charbon  parfaitement  enflammé  y 
renferment,  sur  cent  soixante-quatorze  parties,  environ 
vingt  d’acide  carbonique,  quatre-vingt-un  d’air  atmo¬ 
sphérique  et  soixante-treize  d’azote.  On  se  procurera  un 
flacon  de  ce  gaz ,  en  agissant  comme  il  a  été  dit  §  204 , 
et  on  verra  qu’il  jouit  dés  propriétés  suivantes^  :  i»  il 
est  incolore  et  transparent;  2®  il  éteint  les-  corps  en, 
combustion  ;  3®  il  précipité  l’eau  de  chaux  en  blanc  ; 
le  précipité  est  du  sous-carbonate  de  chaùx  solubio 
dans  l’acide  nitrique  ;  4»  il  rougit  sensiblement  l’eau 
de  tournesol.  ^ 

Sjmptômés  et  Usions  de  tissu  déterminés  par  la  va¬ 
peur  du  charbon.  Les  symptômes  qu’éprouvent  les  in¬ 
dividus  soumis  à  l’action  delà  Vapeur  du  charboii  sont  : 
une  grande  pesanteur  de  tete,  suivie,  le  plus  ordinai¬ 
rement  ,  d’une  vive  céphalalgie  ;  un  sentiment  de  com¬ 
pression  à  la  région  des  tempes  ;  une  grande  propension 
au  sommeil;  des  vertiges;  le  trouble  de  la  vue;  un 
bourdonnement  d’oreilles  et  la  diminution  des  forces. 


(  ^27  ') 

La  respiration  devient  très  -  difficile  et  stertoreusej 
les  battemens  du  cœur  sont  fréquens  et  violens  ;  bien¬ 
tôt  après  la  respiration,  la  circulation  et  les  mouve- 
mens  volontaires  sont  suspendus.  Il  en  est  de  même 
des  fonctions  des  organes  des  sens;  la  vue  se  perd' 
entièrement  ;  le  coma  est  profond ,  et  le  malade  est 
dans  un  état  de  mort  apparente  ;  néanmoins  le  corps 
ne  se  refroidit  point;  il  conserve  pendant  long-temps 
la  même  température  qu’il  avait  avant  l’accident  ;  les 
membres  sont  le  plus  souvent  flexibles  ;  quelquefois 
cependant  ils  se  roidissent  et  se  contournent  ;  la  face 
est  tantôt  rouge  ou  livide  par  suite  de  l’engorgement 
des  vaisseaux  sanguins  ;  tantôt  elle  est  pâle  et  plom¬ 
bée  ;  l’urine  et  les  excrémen|  sont  quelquefois  rendus 
involontairement,  ce  qui  tient  au  relâchement  des 
sphincters.  Certains  individus  sont  tourmentés  de  nau¬ 
sées  dès  le  commencement  de  la  maladie.  Enfin  il  en 
est  d  autres  qui  paraissent  éprouver  une  vive  sensation 
de  plaisir. 

Après  la  mort  on  remarque  que  la  chaleur  se  con¬ 
serve  pendant  long-temps,  et  que  la  rigidité  cadavéri- 
■que,  qui  ne  se  manifeste  qu’après  le  refroidissement 
du  cadavre,  tarde  beaucoup  à  s’emparer  des  muscles; 
tout  le  corps  est  légèrement  tuméfié,  et  présente  le 
plus  souvent  des  .taches  violettes;  le  visage,  plus  gon¬ 
flé  qu  aucune  autre  partie  ,  est  plus  rouge  qu’à  l’ordi- 
nairè;  les  yeux  sont  vifs  et  luisans;  les  lèvres  sont  ver¬ 
meilles;  le  système  veineux  contient  beaucoup  de  sang 
noir  et  très-coulant ,  surtout  dans  les  poumons  et  dans 
le  cerveau ,  tandis  qu’il  y  en  a  peu  ou  presque  pas  dans 
le  système  artériel  ;  la  langue  est  tuméfiée  ;  l’épiglotte 


(  328  ) 

toujours  relevée,  et  les  poumons  emphysémateux  ;  les 
membranes  muqueuses,  et  notamment  celle  de  l’esto¬ 
mac  et  des  intestins ,  sont  rougeâtres ,  et  parsemées 
quelquefois  de  taches  noires  qui  sont  de  véritables 
ecchymoses. 

Dé  VAir  non  renouvelé.  ' 

,  Comment  peut-on  reconnaître  que  l’empoisonne¬ 
ment  est  le  résultat  de  l’inspiration  de  l’air  non  re¬ 
nouvelé  ?  ^ 

206.  L’air  non  renouvelé  ,  qui  a  été  respiré  pendant 
long-temps  par  un  ou  par  plusieurs  individus ,  contient 
à  peuprès  autant  d’azote  que  l’air  atmosphérique,  mais 
il  renferme  beaucoup  nipins  d’oxygène  et  beaucoup 
plus  d’acide  carbonique  et  de  vapeur  pulmonaire.  Si 
après  en  avoir  rempli  un  flacon  par  les  moyens  que  nous 
avons  indiqués  §  204,  on  cherche  à  constater  ses  pro¬ 
priétés  ,  on  voit  qu’il  jouit  des  caractères  suivans  : 
1°  il  est  incolore  et  transparent;  2®  il  éteint  le  plus 
souvent  les  corps  en  combustion  ;  3®  il  rougit  faible¬ 
ment  la  teinture  de  tournesol;  4®  il  précipite  abon¬ 
damment  l’eau  de  chaux  en  blanc.  Si  on  l’agite  pen¬ 
dant  quelque  temps  avec  de  l’eau  et  de  la  potasse 
caustique  pour  en  absorber  l’acide  carbonique  comme 
nous  lavons  dit  §  204,  et  qu’on  en  sépare  ensuite 
l’oxygène  au  moyen  du  phosphore ,  il  ne  reste  plus 
que  de  l’azote ,  dont  nous  ferons  bientôt  connaître  les 
caractères.  ( page  333). 

Symptômes  déterminés  par  Vair  non  renouvelé.  Lors<- 
qu  on  place  des  animaux  sous  une  cloche  contenant 
de  l  air  atmosphérique  qui  n’est  point  renouvelé  ,  on 


(  3^9  ) 

voit  qu’ils  ne  tardent  pas  à  être  inquiets ,  la  respira¬ 
tion  et  la  circulation  sont  accélérées  ;  bientôt  après 
la  première  de  ces  fonctions  se  ralentit, l’animal  tombe 
dans  la  stupeur  et  meurt.  Les  détails  suîvans ,  extraits 
de  l’histoire  des  guerres  des  Anglais  dans  l’Indostan  , 
peuvent  donner  une  idée  des  effets  produits  par  l’air 
non  renouvelé  sur  l’homme.  «  Cent  quarante-six  per¬ 
sonnes  furent  renfermées  dans  une  chambre  de  vingt 
pieds  carrés,  qui  n’avait  d’autre  ouverture  que  deux 
petites  fenêtres  donnant  sur  une  galerie  ;  le  premier 
effet  qu’éprouvèrent  ces  malheureux  prisonniers  fut 
une  sueur  abondante  et  continuelle  ;  une  soif  insup- 
portaWe.  en  fut  hientôt  la  suite  :  à  cette  soif  succé¬ 
dèrent  de  grandes  douleurs  de  poitrine  et  une  diffi¬ 
culté  de  respirer  approchant  •  de  la  suffocation.  Ils 
essayèrent  divers  moyens  pour  être  moins  à  l’étroit 
et  se  procurer  de  l’air  :  ils  ôtèrent  leurs  habits ,  agi¬ 
tèrent  l’air  avec  leurs  chapeaux ,  et  prirent  enfin  le 
parti  de  se  mettre  à  genoux  tous  ensemble  et  de  se 
relever  simultanément  au  bout  de  quelques  instans  j 
ils  eurent  recours  trois  fois  dans  une  heure  à  cet  ex¬ 
pédient,  et  chaque  fois  plusieurs  d’entre  eux,  man¬ 
quant  de  force,  tombèrent  et  furent  foulés  aux  pieds 
par  leurs  compagnons.-  Ils  demandèrent  de  l’eau,  on 
leur  en  donna;  mais  se  disputant  pour  s’en  procu¬ 
rer  ,  les  plus  faibles  furent  renversés  et  succombèrent 
bientôt  après  :  l’eau  n’apaisa  pas  la  soif  de  ceux  qui 
purent  en  boire,  et  encore  moins  leurs  autres  souf¬ 
frances  ;  ils  étaient  tous  dévorés  d’une  fièvre  qui  re¬ 
doublait  à  tous  momens.  Avant  minuit ,  c’est-à-dire 
durant  là  quatrième  heure  de  leur  réclusion,  tous 


(  33o  ) 

ceux  qui  restaient  encore  en  vie,  et  qui  nWaient  poinj 
respiré  aux  fenêtres  un  air  moins  infect  ,  étaient 
tombés  dans  une  stupidité  léthargique  ou  dans  ua 
affreux  délire  :  on  se  bâtit  de  nouveau  pour  avoir 
accès  aux  fenêtres.  A  deux  heures  du  matin ,  il  n’y 
avait  plus  que  cinquante  vivans  ;  mais  ce  nombre 
étant'encore  trop  grand  pour  que  tous^.pussent  rece¬ 
voir  de  l’air  frais,  le  combat  se  continua  jusqu’à  la 
pointe  du  jour.  Le  chef  lui-même ,  après  .avoir  ré¬ 
sisté  long-temps ,  était  tombé  asphyxié  :  on  le  releva, 
on  l’approcha  4e  la  fenêtre  et  on  lui  donna  des  secours  ; 
bientôt  après  la  prison  fut  ouverte  :  de  cent  quarante- 
six  hommes  qui  y  étaient  entres  il  n  en  sortit  que  vingt» 
trois  vivans  ;  ils  étaient  dans  le  plus  déplorable  état 
-qu’on  puisse  imaginer,  portant  peinte  dans  tous  leurs 
traits  la  mort  ,  à  laquelle  ils  venaient  d’échapper.  » 
{Dictionnaire  des  Sciences  médicales^) 

Lorsqu’on  ouvre  les  cadavres  d’individus  morts 
pour  avoir  respiré  de  l’air  non  renouvelé,  on  voit  que 
les  cavités  du  cœur  et  les  vaisseaux  sanguins  contien¬ 
nent  du  sang  noir  5  il  y  en  a  beaucoup  plus  dans 
1  oreillette  et  le  ventricule  du  côté  droit  et  dans  le 
système  veineux  que  dans  les  autres  parties.  . 

Du  Gaz  qui  se  dégage  des  fosses'  d’’ aisance. 

207.  Ce  gaz,  connu  vulgairement  sous  le  nom  de 
plomb  est  le  plus  souvent  formé  de  beaucoup  d'air 
atmosphérique  et  d’une  certaine  cpi^ntitéà'hjydrosulfate 
d'ammoniaque  (composé  de  gaz  acide  hydrosulfu- 
riqueet  de  gaz  amihoniac)  ,  qui  est  fourni  par  l’eau 
de  la  fosse  :  en  effet  il  résulte  des  expériences  de 


(33i) 

M.  Thénard  que  l’eau  dont  il  s’agit  contient  quelque¬ 
fois  jusqu’à  un  tiers  de  son  volume  de  cet  hydrosul¬ 
fate.  Quelquefois  a;ussi ,  mais  plus  rarement ,  lè  gaz  des 
fosses  d’aisance ,  loin  d’être  composé  comme  le  pré¬ 
cédent  ,  est  formé  d’environ  quatre-vingt-quatorze  par¬ 
ties  de  gaz  azote,  de  deux  parties  de  gaz  oxygène,  et 
de  quatre  d’acide  carbonique  ou  de  carbonate  d’ammo¬ 
niaque.  On  peut  aisément  se  procurer  l’une  ou  l’autre 
de  ces  variétés  de  gaz  en  suivant  le  procédé  décrit  S  204. 

Caracferés  du  gaz  composé  d’air  atmosphérique  et 
d’hjdrosulfate  d’ammoniaque.  Il  a  une  odeur  très- 
marquée  d’œufs  pouris  et  d’alcalj  volatil 5  il  irrite  forte¬ 
ment  les  yeux;  il  n’éteint  point  les  corps  en  combus¬ 
tion  ;  il  précipite  à  l’état  de  sulfure  noir  les  dissolu¬ 
tions  de  nitrate  d’argent  et  d’acétate  de  plomb;  enfin 
il  produit ,  par  son  mélange  avec  le^gaz  acide  hydro- 
chlorique,  un  nuage  blanc  très-épâis  ,  formé  d’acide 
hydrochlorique  et  d’ammoniaque. 

Caractères  du  gaz  composé  de  beaucoup  dé  azote  j  d’un 
atome  d’ oxygène  et  d’un  peu  d’acide  carbonique.  Il 
est  incolore  et  transparent,  il  éteint  les  corps  en  com¬ 
bustion;  il  rougit  faiblement  l’eau  de  tournesol  et  il 
piécipite  1  eau  de  chaux  en  blanc.  Lorsqu’on  eii  sépare 
1  acide  carbonique  au  moyen  de  la  potâsse  caustiqTie , 
comme  nous  1  avons  indiqué  §  204,  on  voit  que  lerésidu, 
qui  est  presque  entièrement  formé  d’azote  ,  éteint  en¬ 
core  les  corps  en  combustion ,  mais  il  ne  rougit  plus 
1  eau  de  tournesol  et  il  ne  précipite  plus  l’eàu  de  chaux. 
Si  le  gaz  dont  il  s’agit  contient  du  sous -carbonate 
d  ammoniaque  au  lieu  d’acide  carbonique ,  il  offre 
nne  odeur,  d’alcali  volatil ,  verdit  le  sirop  de  violettes , 


(  332  )  - 

et  donne  naissance  à  des  vapeurs  blanches  plus  ou 
moins  épaisses  lorsqu’on  le  mêle  avec  du  gaz  acide 
hydrochlorique  ;  du  reste  il  agit  sur  les  corps  en  com* 
bustion  ,  sur  l’eau  de  chaux  et  sur  la  potasse  caus¬ 
tique  ,  comme  s’il  était  simplement  formé  d’azote 
d’oxygène  et  d’acide  carbonique. 

Symptômes  et  Usions  de  tissu  déterminés  par  le  gkz 
qui  se  dégage  des  fosses  d'aisance.  Ces  symptômes  va¬ 
rient  suivant  qu’ils  sont  le  résultat  de  l’inspiration  de 
l’une  ou  l’autre  des  variétés  de  gaz  dont  nous  venons 
de  parler.  A.  Si  le  gaz  inspiré  est  composé  d’air  atmos¬ 
phérique  et  d’hydrosulfate  d’ammoniaque,  il  déter¬ 
mine  des  maux  de  tête,  des  nausées ,  des  défaillances, 
des  douleurs  vives  à  l’estomac  et  dans  les  articulations  , 
un  resserrement  au  gosier,  des  cris  involontaires,  quel¬ 
quefois  modulés  et  le  plus  souvent  semblables  aux 
mugissemens  d’un  taureau ,  le  délire ,  le  rire  sard^oni- 
que ,  des  contractions  violentes  de  peu  de  durée,  mais 
qui  sont  remplacées  par  des  mouvemens  convulsifs 
avec  courbure  du  tronc  en  arrière.  La  face  est  pâle,  la 
pupille  dilatée  et  immobile ,  la  bouche  remplie  d’écume 
blanche  ou  sanglante,  la  respiration  convulsive ,  les 
mouvemens  du  cœur  désordonnés,  et  la  peau  froide.  A 
ces  symptômes  succèdent  ordinairement  l’asphyxie  et 
la  mort.  On  les  observe  plus  particulièrement  chez  les 
individus  qui  n’ont  été  affectés,  que  plus  ou  moins  de 
temps  après  leur  entrée  dans  la  fosse.  Quelquefois  la 
mort  arrive  tout  à  coup  ;  c’est  ce  qui  a  le  plus  souvent 
lieu  lorsque  les  accidens.se  manifestent  en  entrant 
dans  la  fosse.  A  l’ouverture  des  cadavres  des  individus 
qui  ont  succombé  à  l’action  de  ce  gaz ,  on  découvre 


(  333  ) 

des  altérations  analogues  à  celles  dont  nous  ayons  fait 
mention  en  parlant  de  l’acide  hydrosulfurique  (  Doyez 
§193.) 

B.  Si  le  gaz  inspiré  est  composé  d’azote ,  d’un 
atome  d’oxygène  et  d’un  peu  d’acide  carbonique  ou  de 
carbonate  d  ammoniaque ,  l’individu  éprouve  de  la 
gêne  dans  la  respiration ,  qui  devient  grande  ,  élevée 
et  plus  rapide  que  de  coutume  ;  un  affaiblissement 
progressif  sans  aucune  lésion  des  fonctions  nerveuses; 
ICI  la  mort  n’a  lieu  que  par  défaut  d’air  respirable, 
aussi  le  plus  souvent  les  malades  reviennent-ils  à  leur 
premier  état,  sans  se  ressentir  aucunement  de  ce  qu’ils 
ont  éprouvé,  dès  l’instant  où  ils  sont  exposés  à  l’air 
libre.  A  l’ouverture  des  cadavres,  on  trouve  que  le 
système  artériel  est  rempli  de  sang  noir. 

208.  Après  avoir  fait  connaître  en  détail  lès  gaz  qui  dé¬ 
terminent  le  plus  souvent  l’asphyxie,  et  dont  rhistoirê 
intéresse  par  conséquent  le  médecin  chargé  de  faire  des 
rapports  en  justice,  nous  devons  exposer  succincte¬ 
ment  les  caractères  distinctifs  de  quelques  autres  sub¬ 
stances  gazeuses  qui  peuvent  se  trouver  accidentelle¬ 
ment  dans  l’atmosphère  et  donner  lieu  à  des  symptômes 
fâcheux. 

Gaz  ammoniac.  Il  est  incolore,  transparent,  élas¬ 
tique,  doué  d’une  odeur  forte,  piquante,  d’alcali  vo¬ 
latil;  il  est  très-soluble  dans  l’eau  et  verdit  le  sirop  de 
violettes. 

Gaz  azote.  Il  est  incolore,  transparent,  élastique, 
insoluble  dans  l’eau  et  sans  action  sur  la  teinture  de 
tournesol  ;  il  éteint  les  corps  en  combustion  et  né  pré- 
cipite  point  l’eau  de  chaux. 


(  334  ) 

Gaz  chlore.  Il  est  jaune  verdâtre ,  transparent ,  doué 
d’une  odeur  forte  qui  lui  est  particulière;  il  -détruit  la, 
couleur  du  tournesol  et  lui  communique  une  teinte 
jaune;  il  attaque  le  mercure  sur-le->champ  ;  il  né  détonne 
point  lorsqu’on  le  chauffe. 

,  Gaz  hydrogène.  Il  est  incolore ,  transparent ,  beau¬ 
coup  plus  léger  que  l’air,  insoluble  dans  l’eau,  et  s’en¬ 
flamme  par  l’approche  d’une  bougie  allumée;  il  ne  se 
forme  que  de  l’eau  pendant  cette  combustion  :  aussi  ne 
se  dépose-t-il  aucun  corps  sur  les  parois  de  la  cloche 
dans  laquelle  on  le  fait  brider ,  et  l’eau  de  chaux  n’est- 
elle  point  troublée  lorsqu’on  la  verse  dans  cette  même 
cloche  après  la  combustion. 

Gaz  hydrogène  arsénié.  Il  est  incolore  ,  transpa¬ 
rent,  doué  d’une  odeur  fétide,  alliacée;  il  s’enflamme 
lorsqu’on  le  met  en  contact  avec  une  bougie  allumée , 
et  donne  naissance  à  de  l’eau  et  à  une  matière  bru¬ 
nâtre  que  l’on  croit  être  de  l’hydrure  d’arsenic,  et  qui 
tapisse  les  parois  de  la  cloche  dans  laquelle  s’opère  la 
combustion. 

Gaz  hydrogéné  carhoné.  Il  est  incolore  ,  transpa¬ 
rent  ,  doué  d  une  odeur  désagréable  ,  susceptible  de 
s  enflammer  lorsqu’on  l’approche  d’une  bougie  allü- 
mée  ,  et  de  donner  naissance  à  de  Y  eau  et  à^de  l’acide 
carbonique  :  aussi  remarque-t-on  qu’il  ne  se  forme 
aucun  dépôt  sur  les  parois  de  la  cloche  dans  laquelle 
on  l’enflamme;  mais  le  ^az  produit  pendant  la  com¬ 
bustion  précipite  l’eau  de  chaux  en  blanc. 

;  Gaz  hydrogène  sulfuré.  ^J^oy.  §193.) 

Gaz  acide  nWreiix  (  vapeur  d’acide  nitreux  ).  Il  est 
jaune-orangé,  rougeâtre  ou  d’un  rouge  foncé;  son 


(  335  ) 

odeur  est  insupportable  ;  il  se  dissout  rapidement  dans 
l’eau;  il  rougit  la  teinture  de  tournesol,  et  attaque 
rapidement  le  mercure. 

Gaz  protoæjde  d’azote.  Il  est  incolore ,  transparent  ; 
il  fait  brûler  avec  éclat  une  bougie  qui  né  présente 
qu’un  point  en  ignitioh  ;  il  se  dissout  dans  Feau  à 
laquelle  il  communique  une  saveur  légèrement  sucrée. 

Gaz  acide  sulfureux.  Il  est  incolore ,  transparent , 
doué  d’une  odeur  vive ,  pénétrante,  semblable  à  celle 
du  soufre  qui  brûle  il  est  rapidement  dissous  par 
l’eau  ;  il  rougit  d’abord  et  décolore  ensuite  la  tein¬ 
ture  de  tournesol. 

VIHGT-SEPTIÈME  LEÇON- 

SECTION  TROISIÈME. 

De  r Empoisonnement  considéré  d’une  manière 
générale. 

Après  avoir  indiqué,  dans  les  histoires  particulières, 
les  caractères  et  le  mode  d’action  de  chacun  des  poi¬ 
sons  ,  nous  devons  nous  élever  à  des  considérations  gé¬ 
nérales  ,  et  chercher  à  résoudre  les  deux  problèmes  sui- 
vans  :  Comment  peut  -  on  reconnaître  qu’il  y  a  eu 
empoisonnement;  2°  quelle  est-la  substance  vénéneuse 
qui  a  occasioné  les  accidens. 

A  R  T I  c  n  E  I  —  Premier  prohteme. 

Comment  peut-on  reconnaître  qu’il  y  a  eu  empoi- 

sonneraent.3  ( S  2i5). 

Avant  de  résoudre  cette  question,  nous  croyons 
devoir  examiner  successivement  ; 


(  336  ) 

Les  phénomènes  que  l’on  observe  généralement 
avant  la  niort  des  individüs  soumis  à  l’influence  des 
poisons  ; 

2®  Les  altérations  dé^  tissu  produites  par  les  sub- 
tances  vénéneuses,  et  que  l’on  constate  après  la  mort. 

3°  Les  maladies  qui  simulent  l’empoisonnement 
soit  à  cause  de  leurs  symptômes ,  soit  à  raison  des  lé¬ 
sions  qu’elles  déterminent  dans  les  organes. 

§  —  Phénomènes  que  Von  obserye  généra^ 

lement  avant  la  mort  des  individus  soumis  à 
Vinfluence  des  poisons. 

2og.  Lorsqu’un  individu  avale,  par  mégarde  ou  dans 
l’intention  de  se  suicider,  une  substance  vénéneuse 
“douée  de  propriétés  énergiques ,  il  ne  tarde  pas  à 
éprouver  un  certain  nombre  des  symptômes  suivans: 
odeur  nauséabonde  et  infecte  ;  saveur  variable ,  acide, 
alcaline,  âcre,  styptique  ou  amère;  chaleur  âcre  au 
gosier  et  dans  l’estomac;  sécheresse  dans  toutes  les 
parties  de  la  bouche,  qui  est  quelquefois  écumeuse; 
sentiment  de  constriction  dans  la  gorge;  langue  et 
gencives  quelquefois  livides  ,  d’un  jaune  citrin ,  blan¬ 
ches,  rouges  ou  noires  ;  douleur  plus  ou  moins  aiguë, 
augmentant  par  la  pression,  et  ayant  son  siège  dans 
toute  l’étendue  du  canal  digestif,  ou  plus  particuliè¬ 
rement  dans  la  gorge,  dans  la  région  épigastrique, 
et  dans  quelques  autres  parties  de  l’abdomen  :  cette 
douleur  est  souvent  très-mobile,  et  se  fait  sentir  suc¬ 
cessivement  dans  toutes  les  parties  du  canal  intesti¬ 
nal,  et  même  dans  la  poitrine  ;  fétidité  de  l’haleine; 
rapports  fréquens;  nausées;  vomissemens  douloureux, 


(  337  ) 

muqueux ,  bilieux  ou  sanguinolens ,  d’une  couleur 
blanche ,  jaune  ,  verte ,  bleue ,  rouge  ou  brunâtre , 
produisant  dans  la  bouche  une  sensation  variable  , 
bouillonnant  quelquefois  sur  le  carreau,  et  dans  ce 
cas  rougissant  l’eau  de  tournesol,  ou  bien  n’exerçant 
aucune  action  sur  le  carreau,  et  alors  pouvant  verdir 
le  sirop  de  violettes;  hoquet;  constipation  ou  déjec¬ 
tions  alvines  plus  ou  moins  abondantes ,  avec  ou  sans 
ténésmè  de  couleur  et  de  nature  différentes' ,  comme 
la  matière  des  vomissemens  ;  difficulté  de  respirer, 
angoisses  ;  toux  plus  ou  moins  fatigante  ;  pouls  fré¬ 
quent,  petit,  serré,  irrégulier,  souvent  imperceptible , 
Ou  fort  et  régulier;  soif  ardente;  les  boissons  augmén- 
.  teiit  quelquefois  les  douleurs  et  ne  tardent  pas  à  être 
Vôrnies  ;  frissons  de  témps  à  autre  ;  là  peau  et  les  mehi- 
bres  inférieurs  sont  comme  glacés;  quelquefois  cepen¬ 
dant  il  y  a  chaleur  intense  ;  émptiori  doiüoùreuse  à  la 
peau;  suèurs  froides  et  gluantes;  dysurie;  strarigüriè; 
îschurie;  physionomie  peu  altérée  d’abord;  bientôt 
après  le  teint  devient  pale  et  plombé  ;  pèrfé  de  la  vue 
et  dé  l’ouïe;  quelquefois  yeux  rouges,  saillâns,  hors 
des  orbites ,  dilatation  de  la  pupille.  Agitation ,  cris 
aigus;  impossibilité  de  garder  la  même  position;  dé¬ 
lire  furieux  ou  gai  ;  mouvémens  convulsifs  des  mus¬ 
cles  de  la  face,  dés  mâchoires  et  des  extrémités;  rire 
sardonique;  trismüs;  contorsions  horribles;  tête  sou¬ 
vent  renversée  sur  le  dos;  roidêür  extrême  dès  mem¬ 
bres  ,  accompagnée  d’une  contraction  générale  des 
muscles  du  thorax,  qui  détermine  l’immobilité  de  ses 
parois  ;  quelquefois  stupeur,  engourdissement,  pesan¬ 
teur  de  tête,  envies  de  dormir,  légères  d’abord,  puis 


•  (338  ) 

insurmontables 5  vertiges;  paralysie  ou  grande  faiblesse 
des  membres  abdominaux  ;  état  comme  apoplectique* 
prostration  extrême  des  forces  ;  altération  de  la  voix  • 
priapisme  opiniâtre  et  très-douloureux. 

Le  plus  souvent.,  lorsque  le  malade  n’est  point  se¬ 
couru,  les  symptômes  dont  nous  venons  de  parler 
augmentent  d’intensité  depuis  le  moment  de  leur  ap¬ 
parition  jusqu’à  la  mort  ;  il  existe  cependant  des  cas 
ou  les  accidens  cessent  complètement ,  et  ne  reparais¬ 
sent  qu’au  bout  d’un  eertain  temps  ;  il  y  a  évidemment 
un  intervalle  lucide  ;  on  dirait  que  l’empoisonnement 
est  intermittent. 

Si  on  ajoute,  à  ce  qui  vient  d’être  dit ,  tout  ce  que 
nous  avons  rapporté  en  parlant  des  accidens  qui  ré¬ 
sultent  de  la  morsure  ou  de  la  piqûre  des  animaux 
venimeux ,  on  aura  une  idée  exacte  des  divers  phéno¬ 
mènes  que  l’on  peut  observer  pendant  la  vie  d’un  in¬ 
dividu  soumis  à  l’influence  d’une  substance  vénéneuse 
qui  aurait  été  introduite  dans  le  canal  digestif  ou  qui 
aurait  été  appliquée  sur  la  peau  ulcérée  ou  le  tissu  la- 
mineux  sous-cutané. 

^  210.  Il  arrive  cependant  quelquefois  que  la  mort, 
dans  le  cas  dont  il  s’agit  n’est  point  précédée  des  symp¬ 
tômes  que  1  on  observe  le  plus  ordinairement  ;  ainsi 
M.  Ghaussier  parle  d’un  homme  robuste  et  de  moyen 
âge  qui  avala  de  1  oxyde  blanc  d’arsenic  en  gros  frag- 
mens,  et  qui  mourut  sans  avoir  éprouvé  d’autres 
symptômes  que  de  légères  syncopes. 


(  339  ) 

§  II.  —  Altérations  de  tissu  produites  par  les 
substances  vénéneuses  ^  et  que  Von  constate 
après  la  mort. 

21 1.  A  1  ouverture  des  cadavres  d’individus  dont 
la  mort  doit  etre  attribuée  à  l’action  d’un  poison ,  on. 
découvre  quelques-unes  des  altérations  suivantes  :  la 
bouche ,  le  pharynx ,  l’œsophage ,  l’estomac  et  le  canal 
intestinal,  sont  le  siège  d’une  inflammation  pltis  ou 
moins  intense  ;  tantôt  la  membrane  muqueuse  seule 
offre  ,  dans  toute  son  étendue  ou  dans  quelques-unes 
de  ses  parties  une  couleur  rouge  de  feu  j  tantôt  cette 
couleur  est  d’un  rouge  cerise  ou  d’un  rouge  noir  ;  dans  v 
ce  cas  presque  toujours  les  autres  tuniques  qui  com¬ 
posent  le  canal  digestif  participent  à  l’inflammation ,  et 
l’on  découvre  une  quantité  plus  ou  moins  considérable 
d’ecchymoses  circulaires  ou  longitudinales,  formées 
par  du  sang  noir  extravasé,  entre  les  membranes  ou 
dans  le  chorion  dela  tunique  muqueuse  ;  quelquefois  on 
remarque  de  véritables  eschares  ,  des  ulcères  qui  peu¬ 
vent  intéresser  toutes  les  membranes;  alors  il  y  a  per¬ 
foration,  et  les  bords  de  la  partie  perforée  peuvent 
offrir  une  couleur  jaune ,  verte  ou  rouge.  Dans  cer¬ 
taines  circonstances  les  tissus  sont  épaissis;  dans  d’au¬ 
tres,  ils  sont  ramollis  et  comme  réduits  en  bouillie, 
dont  la  couleur  diffère;  en  sorte  que  la  membrane 
muqueuse  se  détache  facilement  de  la  tunique  mus¬ 
culeuse.  Quelquefois ,  au  lieu  de  la  rougeur  générale 
dont  nous  ayons  parlé,  le  canal  digestif  présente  des 
alterations  d’un  autre  genre;  la  bouche,  rœsophage, 
la  couronne  des  dents,  la  membrane  interne  del’esto^ 


(34-0) 

maCj  du  cWodéîium  et  du  jéjunum  offrent  une  teinte 
blanchâtre,  grisâtre,  et  le  plus  souvent  jaunâtre;  il 
est  des  cas  où  l’on  observe  ça  et  là,  sur  le  canal  di¬ 
gestif,  les  nuances  dont  nous  parlons  ;  tandis  que  les 
autres  parties  de  ce  canal  sont  d’une  couleur  rouge 
plus  ou  moins  vive,  ou  ne  s’éloignent  point  de  l’état 
naturel.  Dans  certaines  circonstances,  la  bouche,  le 
pharynx ,  l’œsophage,  l’estomac  et  les  intestins  ne  pré¬ 
sentent  aucune  altération.  On  observe  quelquefois  une 
constriction  marquée  des  intestins. 

Les  poumons  peuvent  offrir  une  couleur  violette 
ou. d’un  rouge  foncé;  alors  leur  tissu  est  serré ,  dense, 
gorgé  de  sang  et  moins  crépitant;  ce  que  l’on  doit 
attribuer  tantôt  à  l’action  qu’exerce  la  substance  vé¬ 
néneuse  sur  ces  organes,  tantôt  à  des  efforts  répétés 
et,  infructueux  de  vomissement.  Les  diverses  cavités 
du  cœur  sont  plus  ou  moins  distendues  par  du  sang 
rouge  ou  noir,  fluide  ou  coagulé  suivant  l’époque  où 
l’on  fait  l’ouverture  du  corps  ;  la  membrane-  qui  revêt 
la  face  interne  des  ventricules  du  cœur  et  des  oreil¬ 
lettes  ,  les  pelotons  graisseux  qui  se  trouvent  dans  ces 
cavités  ,  sont  quelquefois  -enflammés,  scarifiés  ou  ùL 
cérés.  La  membrane  interne  de  la  vessie,  présente  dans 
certains  cas  des  traces  manifestes  d’inflammation. 

On  trouve  quelquefois  les  vaisseaux  veineux  qui 
rampent  à  la  surface  du  cerveau  et  des  méninges  gor¬ 
gés  de  sang  noir;  dans  certaines  circonstances  le  cer¬ 
veau,  le  foie  ,  les  muscles  et  plusieurs  autres  organes 
offrent  une  teinte  verdâtre.  Enfin,  il  est  des  cas  où 
la  peau  se  recouvre  de  taches  noires  comme  gangré¬ 
neuses. 


C  3^11  )' 

212.  Après  avoir  indiqué  les  altérations  de  tissu  que 
produisent  le  plus  ordinairement  les  poisons  des  di¬ 
verses  classes ,  nous  devons  remarquer,  qu’il  n’ar¬ 
rive  jamais  que  l’on  observe  sur  le  même  individu 
l’ensemble  des  lésions  dont  nous  venons  de  parler; 
qP  que  tel  poison  qui  aurait  déterminé  une  vive  inflam¬ 
mation  d’un  ou  de  plusieurs  organes ,  s’il  avait  agi 
pendant  quelques  heures,  se  bornera  quelquefois  à 
exciter  une  légère  rougeur  ,  et  même  pourra  ne  point 
altérer  les  tissus ,  parce  que  la  mort  de  rindividu  aura 
suivi  de  près  son  ingestion;  3®  que  dans  certaines 
circonstances  ,  et  par  des  causes  qui  nous  sont  incon¬ 
nues  ,  des  substances  vénéneuses  qui  auraient  dû  occa- 
sioner  une.  inflammation  plus  bu  moins  intense  des 
tissus  du  canal  digestif,  ne  l’ont  point  déterminée  ; 
c’est  ainsi  que  dans  le  fait  rapporté  parM.  Gliaussier, 
et  dont  nous  avons  fait  mention  S  2to,  il  fut  impos¬ 
sible  de  découvrir  la  pins  légère  apparence  (l’érosion 
ou  de  phlogose  dans  le  canal  digestif.  Étnvidler  rap- 
pc)rte  qu’une  jeune  fille  mourut  plusieurs  heures  après 
avoir  pris  de  l’arsenic,  et  qu’il  fut  impossible  de  dé¬ 
couvrir  la  moindre  trace  d’inflammation  dans  l’esto¬ 
mac  et  dans  les  intestins;  la  peau  seule  avait  une  teinte 
livide  et  bleuâtre;  cependant  l’arsenic  fut  trouvé  dans 
le  canal  digestif. 

Tl  ne  sera  pas  inutile ,  avant  de  quitter  ce  sujet , 
de  faire  remarquer  que  les  cadavres  éprouvent  des 
changemens  très  -  remarquables  à  mesure  qu’ils  se 
pourissent ,  et  que  le  médecin  doit  toujours  éviter 
d  attribuer  à  l’action  d’un  poison  ce  qui  est  simple- 
eient  l’effet  de  la  putréfaction.- Nous  indiquerons 


(342) 

ailleurs ,  en  parlant  de  la  mort  d’une  manière  générale 
les  principales  altérations  qui  sont  lé  résultat  de  la 
décomposition  putride. 

§  iii.  —  Des  maladies  qui  simulent  Vempoison- 
nement  aigu. 

21 3.  Il  existe  un  certain  nombre  de  maladies  qui 
se  terminent  quelquefois  par  la  mort ,  et  dont  l’in¬ 
vasion  et  les  symptômes  simulent  l’empoisonnement 
aigu;  à  l’ouverture  des  cadavres  des  individus  qui 
ont  succombe  a  ces  sortes  d affections,  on  découvre 
quelquefois  des  altérations  dans  les  tissus  semblables 
à  celles  qui  seraient  le  résultat  de  l’action  d*une 
substance  vénéneuse.  Cette  assertion  est  tellement 
prouvée,  qu’il  nous  paraît  inutile  d’invoquer  le  té¬ 
moignage  des  autorités  qui  l’ont  établie.  Les  maladies 
dont  nous  parlons  reconnaissent  pour  cause  une  lé¬ 
sion  du  canal  digestif,  des  poumons,  du  cœur,  du 
cerveau,  de  la  moelle  épinière  et  des  autres  parties 
du  système  nerveux  ;  ce  que  l’on  concevra  sans  peine 
en  se  rappelant  que ,  parmi  les  poisons  doués  d’une 
certaine  activité  ,  il  en  est  qui  irritent  et  enflamment 
les  tissus  du  canal  digestif ,  les  poumons  ou  le  cœur; 
d’autres  qui  agissent  comme  excitans  de  la  moelle 
épinière  ou  du  cerveau  ;  d’autres  enfin  qui  déter¬ 
minent  la  stupéfaction  du  dernier  de  ces  organes, 
ou  qui  attaquent  le  système  nerveux  de  manière  à 
occasioner  des  accideris  très-variés  et  ordinairement 
fort  graves.  Nous  sommes  pourtant  loin  de  prétendre* 
que  l’on  puisse  confondre  avec  l’empoisonnement 
aigu  les  nombreuses  affections  dont  nous  venons  de 


(  343  ) 

parler,  plusieurs  d’entre  elles,  présentant  dans  leur 
invasion,  leur  marche,  etc.,  des  earaetères  propres 
à  les  faire  distinguer  aisément  :  mais  nous  pensons 
qu’il  est  de  la  plus  haute  importance  de  fixer  l’atten¬ 
tion  du  lecteur  sur  quelques-unes  de  ces  maladies, 
afin  de  le  mettre  à  même  d’éviter  des  méprises  qui 
pourraient  avoir  des  résultats  fâcheux.  Ces  maladies 
sont  le  cholera-morbus ,  une  irritation,  des.  'voies  gastri¬ 
ques  qui  donne  lieu  à  des  perforations  de  l’estomac , 
la  gastrite  aigiü ,  Xiléus  nerveux ,  X iléus  symptoma¬ 
tique  d’un  étranglentent  interne^  la.  hernie  étranglée, 
la  péritonite,  l’hématémèse ,  etc. 

Le  médecin  doit  faire  tous  ses  efforts  pour  dis¬ 
tinguer  ces  affections  de  l’empoisonnement  aigu  j  il 
doit  chercher  des  caractères  distinctifs  dans  les  symp¬ 
tômes  qu’il  observe ,  dans  leur  invasion  ,  dans  les 
^gnes  commémoratifs  et  dans  les  lésions  de  tissu  qu’il 
découvre  après  la  môrt  des  individus.  Si  nous  croyions 
devoir  appuyer  cette  proposition  de  quelque  autorité 
célèbre ,  nous  imiterions  notre  collègue  M.  Chaussier, 
qui  dans  ces  derniers  temps  a  décrit  avec  le  plus 
grand  soin  les  perforations  de  l’estomac  ,  dites  spon- 
tai^ees  ^  ex  a  indiqué  des  caractères  pouvant  servir 
dans  la  plupart  des  cas  à  les  distinguer  de  celles  qui 
sont  le  résultat  de  l’ingestion  d’un  poison  irritant. 
Or,  ce  qui  a  été  entrepris  par  M.  Chaussier  relative¬ 
ment  a  cette  alteration  des  tissus  ,  peut  être  quelque¬ 
fois  tenté  avec  succès  pour  le  cholerarmorbus ,  la 
hernie  étranglée,  etc.  Que  penser  maintenant  de 
certaines  assertions  consignées  dans  îa  dissertation 
inaugurale  de  M.  Harmand  de  Montgarny,  et  que 
nous  allons  transcrire. 


(  344  ; 

.  «  I*  Ge  quils  (  les  auteurs  )  T\^omxsiQnt  empoisonne-, 
nient  aigu  n’est  autre  chose  qu’une  phlegmasie  ordi¬ 
nairement  très-violentè  d’une  portion  ou  de  la  totalité 
du  canal  alimentaire  produite  par  une  substance  'véné¬ 
neuse  j  2°  les  maladies  que  ces  auteurs  cherchent  à 
faire  distinguer  de  rempoisonnement  aigu  ne  sont 
elles-mêmes  que  des  irritations  plus  ou  moins  intenses 
du  canal  alimentaire ,  rnals  non  produites  par  une  subs¬ 
tance  toxique  ;  ainsi  donc  la  difficulté  n’est  point  de 
distinguer  des  affections  différentes ,  mais  bien  de 
déterminer ,  parmi  les  causes  nombreuses  pouvant 
produire  une  seule  et  même  affection,  quelle  est  celle 
qui  a  agi.  Or,  je  le  demande,  existe-t-il  je  ne  dirai 
pas  une  phlegmasie,  mais  un  état  morbide  quelconque 
du  corps  humain  dont  les  symptômes  seuls  soient  suffi- 
sans  pour  faire  reconnaître  d’une  manière  positive  3, 
quelle  cause  cet  état  morbide  est  dû?  »  (Page  yyin-S®.) 

Toutes  ces  assertions  peuvent  être  combattues  avec 
le  plus  grand  succès.  U  empoisonnement  aigu  est  loift 
d’être  \ regardé  par  les  auteurs  de  toxicologie  comme 
une  phlegmasie  ordinairement  très^violente  du  canal 
digestif  ;  car  il  est  dit  expressément,  dans  les  traités  de 
quelques-uns  d’entre  eux ,  que  les  poisons  narcotiques 
et  les  poisons  septiques  ne  déterminent  aucune  irrita¬ 
tion  du  canal  digestif,  et  que  dans  la  plupart  des  cas 
les  symptômes  de  l’empoisonnement  par  les  subs¬ 
tances  narcotico-âcres  sont  plutôt  le  résultat  de  leur 
action  sur  le  système  nerveux,  que  de  l’irritation 
quelles  produisent  sur  le  canal  dont  il  s’agit.  Les  ma¬ 
ladies  que  les  auteurs  de  toxicologie  cherchent  à  faire 
distinguer  de  l’empoisonnement  ne  sont  pas  toujours 


(  345  ) 

des  pJïlegmasies  d’une  portion  où  de  la  totalité  du 
canal  alimentaire,  comme  le  prétend  M.  de  Mont- 
garny.  L’arachnitiSy  là  péritonite  ^  V iléus  nerveux  essen^ 
tiel ,  Vhématémese ,  etc. ,  qui  simulent  quelquefois 
l’empoisonnement  par  les  substances  narcotiques  ou 
irritantes ,  sont  -  ils  des  inflammations  de  l’estomac  ? 
Et  depuis  quand  le  médecin  que  nous  combattons 
a-t-il  yu  que  tous  les  auteurs  de  toxicologie  aient 
voulu  faire  reconnaître  d’une  msjnèvQ  positive  ^  d’après 
les  symptômes  seuls ,  ^i  la  maladie  était  due  à  l’ac¬ 
tion  d’un  poison,  ou  si  elle  était  produite  par  une 
autre  cause  ?  Ignorait-il  par  hasard  que  nous-  avions 
dit  expressément  dans  notre  Traité  des  poisons  que 
les  symptômes  et  les  lésions  de  tissu  devaient  être  re-, 
gardés  comme  des  preuves  accessoires  en  matière  d’em-^ 
poisonnement?  Mais  aussi  nous  avons  cru,  et  nous 
persistons  à  croire  qu’il  ne  faut  point  rejeter  des 
moyens  d’éclairer  une  question  difficile ,  par  cela 
seul  que  ces  moyens  ne  suffisent  point  par  eux^mêmes 
pour  la  résoudre.  Or,  peut-on  tirer  parti  de  l’examen 
des  symptômes  et  des  lésions  de  tissu  ,  si  on  ne 
cherche  point  à  distinguer  ceux  qui  sont  véritable¬ 
ment  produits  par  une  substanee  vénéneuse ,  dé  ceux 
qui  caractérisent  une  des  maladies  dont  nous  par¬ 
lons?  Ces  considérations  doivent  suffire  pour  ren¬ 
verser  la  théorie  de  BI.  H.  de  Montgarny.  Entrons 
maintenant  dans  les  détails  nécessaires  pour  éclairer 
ce  sujet. 

Choleror-morhiis.  Les  symptômes  de  cette  maladie 
ont  le  plus  grand  rapport  avec  ceux  que  l’on  observe 
dans  l’empoisonnement  par  les  substances  irritantes 


(  346  ) 

il  en  est  de  inême  des  altérations  de  tissu  qu’elle  dé- 
termine  quelquefois  ;  nous  nous  dispenserons  de  les 
rapporter  parce  qu’ils  ont  été  décrits  dans  tous  les 
ouvrages  de  pathologié  interne,  mais  nous  croyons 
devoir  insister  sur  qtxelques  points  relatifs  à  l’histoire 
de  cette  affection  qui  nous  paraissent  propres  à  éclai¬ 
rer  le  diagnostic  que  nous  cherchons  à  établir  ;  i»  eu 
général  le  choiera  •‘morbus  ne  se  manifeste  dans  les 
pays  tempérés  que  dans  les  mois  les  plus  chauds  de 
l’annéè;  cependant  on  en  a  observé  un  très -petit 
nombre  dans  des  hivers  froids  :  dans  les  climats  bru- 
lans  au  contraire  ,  il  se  développe  dans  toutes  les 
saisons.  Les  jeunes  gens  et  les  adultes  en  sont  plus 
souvent  atteints  que  les  enfants  et  les  vieillards  ;  2°  les 
causes  qui  lé  déterminent  le  plus  ordinairement  sont 
des  écarts  de  régime,  l’usage  d’alimens  indigestes ,  tels 
que  des  oeufs  de  brochet,  de  barbeau ,  des  fèves  ,  des 
ognons,  des  fraises,  du  melon,  de  la  viande  de  porc., 
des  crabes ,  etc.  ;  les  boissons  glacées ,  lorsque  le  corps 
est  èn  sueur  ;  des  vomitifs  ou  des  purgatifs  adminis¬ 
trés  mal  à  propos;  une  émotion  forte  et  principalement 
un  violent  accès  de  colère  immédiatement  après  le 
repas;  3°  il  est  quelquefois  assez  commun  pour  qu’on 
puisse  le  regarder  comme  épidémique;  4®  il  est  le 
plus  ordinairement  sans  fièvre  ,  tandis  que  le  con¬ 
traire  a  lieu  dans  l’empoisonnement  par  les  irritans; 
5°  la  matière  des  vomissemens  dans  le  cholera-morhus 
est  d’abord  aqueuse,  muqueuse ,  puis  elle  semble  for¬ 
mée  de  bile  pure,  elle  n’est  jamais  sanguinolente  :  les 
poisons  irritans  déterminent  quelquefois  des  vomisse¬ 
mens  sanguinolens.  ' 


(  347  ) 

Irritation  des  'voies  gastriques  qui  donne  lieu  çl  des 
■perforations  de  V estomac  dites  spontanées.  M.  Laisné  à 
soutenu  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  le  2 5^ 
mai  1819,  une  dissertation  inaugurale  intitulée  Con¬ 
sidérations  médico-légales  sur  les  érosions  et  perfora¬ 
tions  spontanées  de  l’estomac^  dans  laquelle  se  trouve 
parfaitement  exposée  la  doctrine  de  M.  Chaussier  sur 
cette  altération  pathologique,  Nous  croyons  ne  pou¬ 
voir  mieux  faire,  pour  traiter  ce  sujet  d’une  manière 
convenable,  que  d^xtraire  les  résultats  principaux 
de  ce  travail. 

On  donne  le  nom  de  perforation  spontanée  de 
1  estomac  à  une  érosion  àe  ce  viscère  qui  survient  par 
une  cause  organique  et  interne ,  et  non  par  une  cause 
externe  et  par  suite  dune  influence  mécanique.  Ees 
causes  qui  déterminent  cette  érosion  peuvent  être  rap¬ 
portées  à  deux  chefs,  i®  la  dégénérescence  d’une  tu¬ 
meur  squirrheuse,  les  progrès  d’un  ulcère  cancéreux, 
2°  une  action  morbide  d’érosion,  d’ulcération  qui  a 
éclaté  spontanément  à  un  point  quelconque  de  la 
membrane  muqueuse  de  l’estomac.  Les  perforations 
du  premier  genre  ne  sont  point  rares,  mais  il  n’est 
guère  possible  de  les  confondre  avec  cèlles  qui  se¬ 
raient  le  résultat  de  1  action  d’une  substance  véné¬ 
neuse  caustique  ;  1  ancienneté  de  la  maladie,  caracté¬ 
risée  par  les  symptômes  du  squirrbe  de  l’estomac^  ses 
progrès  successifs  ;  l’état  de  squirrbosité  et  de  dégéné¬ 
rescence  cancéreuse  des  parties  qui  entourent  la  per¬ 
foration  établissent  suffisamment  le  diagnostic.  Lès 
perforations  du  seeond  genre  ,  celles  qui  sont  le  ré¬ 
sultat  d’une  action  morbide  d’érQsion ,  peuvent  être  dis- 


(  348  ) 

tîngüées  en  chroniques en  aigiies  ;  ces  dernières ,  plug 
rares ,  se  forment  quelquefois  dans  un  espace  de  temps' 
très-court.  M.  Ghaussier,  à  qui  nous  devons  une  suite 
de  recherches  importantes  sur  cet  objet ,  pense  que 
la  cause  première  de  ces  perforations  consiste  dans 
une  irritation  spéciale  des  solides,  mais  il  croit  aussi 
que  les  sucs  sécrétés  par  le  viscère  irrité  peuvent 
acquérir  consécutivement  une  faculté  dissolvante  qui 
contribue  à  augmenter  l'érosion.  Il  survient  d’abord 
un  développement  considérable  des  vaisseaux  capil¬ 
laires  de  la  membrane  muqueuse  de  l’estomac,  qui  ne 
tarde  pas  à  s’ulcérer  et  à  sécréter  un  fluide  icbQreux; 
la  tunique  musculeuse  participe  bientôt  à  l’affection  ; 
enfin  la  membrane  séreuse  est  envahie,  et  se  perce  en 
un  jour;  alors  la  perforation  est  complète,  et  la  mort 
très-prochaine.  Si  la  perforation  est  aiguë ,  le  malade 
ressent  constamment  une  douleur  vive  ;  si  elle  est  ebro^ 
nique,  ce  qui  arrive  le  plus  souvent ,  il  y  a  quelquefois 
absence  de  douleur.  Enfin  les  autres  symptômes  que 
1  on  peut  observer ,  tels  que  des  nausées ,  des  vornis- 
semens,  la  fièvre, l’état  grippé  de  la  face,  la  petitesse 
du  pouls ,  etc. ,  ressemblent  à  ceux  que  déterminent 
les  poisons  irritans.  (  Voy.  §  35.  ) 

Yoici  maintenant  les  caractères  de  ces  érosions  tels 
qu’ils  ont  été  donnes  par  M.  Chaussier  :  «  Les  ulcéra¬ 
tions  et  perforations  derestomac  varientpar  la  forme, 
la  situation ,  l’étendue  ;  elles  sont  ou  petites  et  circu¬ 
laires  ,  ou  assez  grandes  pour  qu’on  puisse  y  passer  la 
main.  Elles  peuvent  survenir  en  tout  point  quelconque 
de  l’estomac;  mais  c’est  particulièrement  à  la  base 
de  cet  organe ,  à  la  portion  qui  correspond  à  la  l’ate 


(  349  ) 

et  au  diaphragmé,  qu’on  les  observe.- Les  alimens 
alors  s’épanchent  quelquefois  dans  l’abdomen  ou  dans 
le  thorax,  si  le  diaphragme  est  percé;  mais  le  plus 
souvent  il  n’y  a  point  d’épanchement  ;  la  portion  de 
l’estomac  ulcéréç  s’est  accolée  aux  parties  voisines.  Si 
on  détruit  ces  adhérences ,  qui  sont  légères ,  il  s’é¬ 
coule  alors  de  l’estomac  un  liquide  visqueux  et  onc¬ 
tueux  au  toucher ,  sans  fétidité ,  ayant  quelquefois 
une  odeur  musquée ,  toujours  brunâtre  et  mélangé  de 
flocons  ou  molécules  noirâtres ,  comme  si  une  poudre 
de  charbon  très  -  fipe  était  délayée  dans  une  sérosité 
muqueuse.  Les  bords  sont  mous ,  frangés ,  quelquefois 
enduits  d’une  ligne  noirâtre  plus  ou  moins  marquée. 
Partout  ailleurs  l’estomac  conserve  sa  forme,  sa  con¬ 
sistance  ordinaire  ;  nulle  ^art  il  n'offre  de  trace  d’en¬ 
gorgement ,  d’inflammation  ;  seulement'les  réseaux  car 
pillaires  dé  sa  membrane  folliculaire  paraissent  être 
plus  développés,  surtout  dans  le  voisinage  de  la  perfora¬ 
tion;  quelquefois  cela  se  îovme  subitement  en  peu  d’heio- 
res  chez  des  personnes  saines  ;  le  plus  souvent  est  après 
quelques  jours  de  maladie,  et  lorsqu’on  ne  peut  aucune¬ 
ment  soupçonner  une  cause  de  violence  extérieure  ou 
d’empoisonnement. ..(Bulletin  des  sciences  médicales 
du  département  de  l’Eure,  n*^  53,  pag.  7  etsuiv.J 
Après  avoir  décrit  d’une  manière  succincte  tout  ce 
qui  est  relatif  aux  perforations  de  l’estomac ,  nous 
devons  indiquer  les  moyens  à  l’aide  desquels  le  mé¬ 
decin  parviendra  à  distinguer  si  les  symptômes  et 
les  lésions  de  tissu  qu’il  a  observés  sont  le  résultat  d’un 
empoisonnement  ou  d’une  érosion  de  l’estomac  pro¬ 
duite  par  une  cause  organique  et  interne,  i»  Il  aura 


J  (  S5o  ) 

égard  à  letaj  de  santé  de  l’individu,  à  son  âge.  à 
son  tempérament ,  à  la  nature  des  alimens  et  des 
boissons  dont  il  a  fait  usage  peu  de  temps  avant  le 
développement  des  accidens ,  aux  phénomènes  qui  ont 
précédé  la  mort;  souvent  il  apprendra  que  la  personne 
qui  fait  le  sujet  de  l’observation  était  depuis  long-temps 
en  proie  aux  symptômesd’un  squirrhe  de  l’estomac  dont 
la  dégénérescence  ulcéreuse  sera  facile  à  concevoir,  ou 
bien  quelle  a  fait  usage  d’alimens  suspects.  Ces  con¬ 
sidérations  ,  dont  nous  nous  bornons  à  faire  l’indica¬ 
tion,  sont  sans  doute  insuffisantes  pour  résoudré  la 
question  qui  nous  occupe  ;  néanmoins  on  aurait  tort 
de  lesnégliger,  car  elles  peuvent  servir  à  éclairer  le 
diagnostic. 

2®  La  perforation  elle  -  même  pourra  fournir  des 
caractères  distinctifs.  Lorsqu’elle  est  le  résultat  de  l’ac¬ 
tion  d’un  poison  irritant,  caustique,  ses  bords  offrent 
la  même  épaisseur  que  celle  de  l’organe  ;  quelquefois 
même  ils  sont  durs,  calleux  ;  dans  la  perforation  spon¬ 
tanée,  au  contraire,  les  bords  sont  amincis  et  formés 
seulement  par  la  membrane  péritonéale,  les  deux  au¬ 
tres  tuniques  de  l’estomac  ayant  été  détruites  dans  une 
plus  grande  étendue  que  la  membrane  séreuse.  Von-. 
verture,  dans  la  perforation  spontanée ,  n’est  pas  aussi 
irrégulièrement  découpée  que  dans  celle  qui  est  le  ré¬ 
sultat  de  l’ingestion  d’une  substance  corrosive.  Les 
contours'  de  la  perforation  produite  par  l’acide  nitri¬ 
que  concentré  sont  colorés  en  jaune,  ce  qui  dépend 
de  l’action  chimique  que  cet  acide  exerce  sur  les  tis¬ 
sus  de  l’estomac.  La  couleur  de  la  partie  qui  entoure 
la  perforation  est  noire,  si  celle-ci  a  été  déterminée 


(  35i  ) 

par  Tacide  sulfurique  concentré.  Presque  toujours 
dans  la  perforation  qui  est  le  résultat  de  1  empoison¬ 
nement,  les  portions  d’estomac  non  perforées  sont  le 
siège  d’une  inflammation  plus  ou  moins  vive,  dont 
on  observe  également  des  traces  dans  la  bouche,  da,ns 
le  pharynx,  et  dans  le  canal  intestinal  ;  tandis  que  le 
plus  souvent,  dans  la  perforation  spontanée ,  les  par¬ 
ties  Tzn»  perforées  ne  présentent  aucun  signe  d’en¬ 
gorgement  ni  d’inflammation.  Néanmoins  ce  dernier 
caractère  n’est  point  constant;  car  si,  d’une  part,  on 
vpit  rarement  à  la  vérité  des  perforations  détermi¬ 
nées  par  un  poison  corrosif  n’être  point  accompâ- 
nées  de  l’inflammation  des  portions  du  canal  diges¬ 
tif  non  perforées,  on  peut  également  observer  des. 
perforations  spontanées  dans  lesquelles  il  y  a  inflam-' 
mation  de  l’estomac  et  des  intestins. 

3®  On  cherchera  à  démontrer  la  présence  du  poison 
en  faisant  l’analyse  des  inatières  liquides  ou  solides 
contenues  dans  l’estomac  ou  épanchées  dans  l’abdo¬ 
men  ,  ou  celle  des  tissus  qui  composent  le  canal  diges¬ 
tif;  et  si  l’on  ne  découvre  point  la  substance  vénéneuse, 
lors  meme  que  les  circonstances  commémoratives  et  la 
nature  des  altérations  organiques  porteraient  à  croire 
quil  y  a  eu  empoisonnement,  on  n’affirmera  point; 
on  se  bornera  à  dire  au  magistrat  qu’il  y  a  des  pro-^ 
habilités  en  faveur  de  rempoisonnement.  Si ,  malgré' 
les  recherches  les  plus  scrupuleuses  il  est  impossible 
de  démontrer  1  existence  d’une  substance  vénéneuse , 
et  que  le  commémoratif,  les  symptômes,  et  surtout 
le  caractère  des  lésions  de  tissu,  indiquent  que  la 
aiort  a  été  le  résultat  d’une  perforation  spontanée, 


(-352) 

on  affirmera  qu’il  n’y  a  pas  eu  fempoisjonnement ,  et 
cela  d’autant  mieux  que  les  poisons  susceptibles  de 
perforer  l’estomac ,  appartiennent  presque  tous  au 

règne  minéral,  et  sont  par  conséquent  susceptibles 
d’être  décelés  par  les  réactifs  chimiques. 

Gastrite  aîgiœ.  Les  substances  vénéneuses  irritantes 
déterminent,  comme  nous  l’avons  déjà  dit,  une  gas¬ 
trite  aiguë  lorsqu’elles  sont  introduites  dans  l’estomac  * 
il  est  donc  difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible,  que 
l’homme  de  l’art  puisse  affirmer,  d’après  les  symptômes 
et  les  altérations  cadavériques ,  si  l’inflammation  de 
l’estomac  doit  être  attribuée  à  l’action  d’un  poison  ou 
à  une  autre  cause.  Mais  il  est  quelquefois  possible  de 
soupçonner,  pendant  la  vie,  que  les  symptômes  de  gas¬ 
trite  aiguë,  auxquels  le  malade  est  en  proie,  sont  le 
résultat  de  l’ingestion  d’un  poison  ;  ainsi  la  présence 
de  taches  jaunes  sur  les  lèvres,  sur  les  mains  ,  etc.,  an¬ 
nonce  presque  toujours  l’ingestion  de  l’acide  nitri¬ 
que;  la  matière  des  vomissemens  rougissant  fortement 
l’eau  de  tournesol,  et  bouillonnant  sur  le  carreau,  peut 
faire  préiMwzer  que  l’inflammation  de  l’estomac  recon¬ 
naît  pour  cause  l'introduction  d’un  acide  caustique 
dans  ce  viscère;  tandis  quelle  est  d’un  em¬ 

poisonnement  par  une  substance  alcaline ,  si  elle  ver¬ 
dit  le  sirop  de  violettes. 

D’une  autre  part ,  le  médecin  peut ,  dans  certaines 
circonstances ,  en  ayant  égard  aux  causes  qui  produi¬ 
sent  le  plus  ordinairement  la  gastrite ,  se  rendre  rai¬ 
son -des  phénomènes  qu’il  observe,  et  attribuer  la  ma¬ 
ladie  à  l’une  ou  à  l’autre  de  ces  causes  ;  par  exemple  ^ 
ne  pourra-t-il  point  soupçonner  avec  raison  que  la 


(  353  ) 

gastrite  n’est  point :1a  suite  d’un  empoisonnement} 
lorsqu’il  aura  appris  que  l’épigastre  a  été  fortement 
contus ,  que  l’individu  a  fait  usage  d’une  boisson  très- 
froide  ,  le  corps  étant  en  sueur,  ou  immédiatement 
après  un  emportement, de  colère,  qu’il  y,  a  eu  suppres¬ 
sion  de  la  goutte  dans  un  endroit  quelle  occupait, 
etc.  Certes  l’homme  de  l’art  qui,  tout  éh  reconnaissant 
une  gastrite  aiguë  ,  négligerait  de  s’éclairer  des  moyens 
que  nous  proposons  pour  déterminer  la  véritable  cause 
de  la  maladie,  serait  blâmable. 

Iléus  ou  colique  nerveuse  dite  miserere.  Cette  affec¬ 
tion,  que  nous  supposons  essentielle  et  exempte  de 
toute  complication,  peut  simuler  d’autant  mieux  l’em¬ 
poisonnement  par  les  substances  irritantes,  que  son 
invasion  est  presque  toujours  subite,  et  quelle  peut 
avoir  lieu  trois  ou  quatre  heures  après  le  repas.  Voici 
quelques  considérations  propres  à  éclairer  le  dia¬ 
gnostic  ;  I®  dans  l’iléus ,  la  douleur  est  le  plus  souvent 
bornée  aux  environs  de  l’ombilic  et  dans  le  trajet  du 
colon;  elle  est  tellement  aiguë,  que  les  malades  se 
coiu-bent  en  avant  et  se  roulent  en  tous  sens;  loin 
d  etre  continue ,  elle  cesse  complètement  pour  revenir 
à  des  intervalles  plus  ou  moins  rapprochés;  la  ma¬ 
tière  des  vomissemens,  formée  d’abord  par  du  mucus, 
des  alimens,  de  la  bile ,  renferme  bientôt  après  des  ma¬ 
tières  stercorales  et  les  liquides  injectés  sous  forme 
de  lavement,  particularité  qu’il  n’est  pas  commun  de 
remarquer  dans  l’empoisonnement  par  les  substances 
irritantes  ;  S^  dans  l’iléus  la  constipation  est  opiniâtre , 
tandis  qu’il  y  a  assez  souvent  diarrhée -dans  l’empoi¬ 
sonnement;  4®  si  l’individu  succombe  et  que  l’iléus  soit 

a3 


(  354  } 

t'éritabiement  nerveux  ,  l’absencfe  âe  4ësiôn  organiqiïe 
suffit  pour  lever  toute  difficulté  dans  la  plupart  de» 
cas. 

Hernie  étranglée.  Il  suffit  d’avoir  observé  quelques 
cas  de  bernie  étranglée,  pour  être  convaincu  de  l’ana^ 
logie  qui  existe  entre  les  symptômes  qui  la  caracté¬ 
risent  ,  et  ceux  que  déterminent  dans  certaines  cir¬ 
constances  les  poisons  irritans.  Les  considérations 
suivantes  pourront  cependant  servir  à  éclairer  le  diag¬ 
nostic  5  dans  la  hernie  intestinale  étranglée ,  la 
tumeur  qui  jusqu’alors  avait  été  indolente  devient 
douloureuse;  la  douleur  se  propage  de  la  portion 
étranglée,  qui  est  la  plus  sensible,  aux  autres  parties 
de  la  tumeur  et  à  l’abdomen  ;  elle  augmente  par  la 
toux,  l’éternuement  et  les  autres  secousses  du  corps 
assez  souvent  aussi  le  malade  éprouvé  un  sentiment 
de  constriction ,  semblable  à  celui  que  produirait  une 
corde  tirée  à  travers  la  partie  supérieure  du  ventre  ; 

il  y  a  vomissement  de  toutes  les  matières  conter 
nues  dans  la  longue  portion  du  canal  digestif  située 
au-dessus  de  l’étranglement  ;  3®  la  constipation  est  des 
plus  opiniâtres  ;  4®  la  gangrène ,  qui  termine  souvent 
la  maladie  dont  nous  parions commence  par  les  par¬ 
ties  contenues  dans  la  hernie,  et  s’ étend/  de  là  aux 
parties  contenantes  et  aüx  environs.  / 

Iléus  symptomatique  dépendant  de  l’occlusion  du 
canal  intestinal,  ocdusion  qui  peut  être  produite  par 
UH  étranglement  interne  ,  par  un  corps  étranger  con¬ 
tenu  dans  l’intestin  ou  par  une  tumeur  située  dans 
son  voisinage.  Les  considérations  suivantes  pourront 
servir  à  caractériser  la  nature  de  l’affection  ;  datts 


(  35d  ) 

l’empoisonnement  aigu  on  n’observe  point  de  symp¬ 
tômes  précurseurs ,  tandis  qu’assez  souvent  dans 
i’iléus  symptomatique  on  remarque  que  les  malades 
sont  sujets  à  la  constipation  ou  à  la  diarrhée,  aux 
coliques  ,  aux  nausées ,  aux  borborygmes  ,  à  la  ten¬ 
sion  et  à  la  flatulence  du  ventre  ,  à  des  maladies  du 
foie  ,  à  l’ictère ,  etc.  ;  quelquefois  on  apprend  qu’ils  ont 
avalé  certains  corps  pouvant  former  le  noyau  de  con¬ 
crétions  auxquelles  il  est  permis  d’attribuer  l’occlu¬ 
sion  du  canal  intestinal  ;  dans  d’autres  circonstances , 
on  reconnaît  par  le  toucher  la  présence  d’un  corps, 
étranger  dans  le  j  a®  l’invasion ‘est  toujours  su¬ 

bite  dans  1  empoisonnement  aigu  5  elle  a  ordinairement 
lieu  peu  de  temps  \après  l’ingestion  du  poison  j  dans 
l’iléus  symptomatique  elle  peut  être  suhite  ou  lente: 
dans  le  premier  cas  elle  arrive  souvent  après  un  grand 
mouvement,  un  effort  violent  accompagné  d’un  sen¬ 
timent  de  craquement,  de  déchirement,  de  pesan¬ 
teur,  de  gêne  dans  une  des  parties  de  l’abdomen,  ou 
après  un  repas  copieux,  des  excès  de  table  :  lorsque 
l’invasion  est  lente ^  graduée,  il  est  impossible  de  con¬ 
fondre  l’iléus  symptomatique  avec  l’empoisonnement 
aigu  ;  3®  dans  celui-ci  la  matière  des  vomissemens 
est  muqueuse ,  bilieuse  ,  sanguinolente ,  rarement 
stercor^le  •  dans  l’iléus  symptomatique  assez  souvent 
la  matière  des  vomissemens,  formée  d’abord  d’alimens 
à  demi  digérés,  de  mucus  et  de  bile,  contient  ensuite 
une  plus  ou  moins  grande  quantité  de  matières  ster- 
corales;!  4°  dans  l’empoisonnement  aigu  il  y  a  assez 
souvent  diarrhée,  tandis  que  dans  l’iléus  dont  nous 
parions  ,  la  constipation  est  opiniâtre;  quelquefois  on 


(  356  ) 

observe  une  ou  deux  selles ,  puis  la  constipation  est 
tellement  prononcée,  que  les  clystères  les  plus  irritans 
ne  déterminent  aucune  évacuation  ;  5*^  la  douleur, 
dans  l’empoisonnement  produit  par  les  poisons  cor¬ 
rosifs  ,  se  manifeste  particulièrement  à  l’épigastre  qui 
est  gonflé  et  très  -  sensible^  au  toucher;  dans  l’iléus 
symptomatique  le  siège  de  la  douleur  varie  suivant  la 
partie  de  l’intestin  obstruée ,  et  peut  occuper  tous  les 
points  de  l’abdomen  ;  cette  douleur  et  la  tension  vont 
en  irradiant  du  point  où  l’occlusion  existe  vers  les 
autres  ;  6°  lors  qu’on  palpe  l’abdomen  dans  un  cas 
d’empoisonnement  aigu,  on  ne  découvre  point  de 
tumeur ,  tandis  qu’il  est  permis ,  dans  l’iléus  sympto¬ 
matique,  de  sentir  quelquefois  dans  une  ou  plusieurs 
parties  de  l’abdomen  une  tuméfaction  plus  ou  moins 
manifeste. 

Il  est  évident  qu’il  n’est  guère  possible ,  en  ayant 
^gard  à  la  nature  de  l’affection  dont  nous  nous  oc¬ 
cupons,  de  la  confondre  avec  l’empoisonnement  si 
4’on  fait  l’ouverture  du  cadavre,  l’iléus  symptomatique 
-étant  toujours  le  résultat  d’une  cause  qu’il  est  facüe 
d’apprécier  après  la  mort. 

Péritonite.  L’inflammation  du  péritoine  débute  quel¬ 
quefois  d’une  manière  si  violente,  et  marche  avec  une 
rapidité  telle ,  qu’on  pourrait  au  premier  abord  être 
tenté  de  la  confondre  avec  l’empoisonnement  produit 
par  les  substances  corrosives.  Les  considérations  sui¬ 
vantes  pourront  servir.à  éclairer  le  praticien,  i°  la  pé¬ 
ritonite  dont  nous  parlons  attaque  plus  particulière¬ 
ment  les  jeunes  gens  et  les  femmes  nouvellement 
accouchées;  elle  est  plus  fréquente  dans  les  saisons 


(  357  ) 

froides  ;  2®  la  douleur  du  véntre  est  précédée  par  des 
horripilations  vagues  ou  par  un  frisson  général,  qui 
dure  quelquefois  un,  deux  ou  meme  trois  jours j 
3°  la  douleur ,  bornée  à  un  seul  point  de  l’abdomen 
ou  étendue  sur  une  grande  partie  du  bas-ventre,  est 
pongitive,  excessivement  aiguë  ,  et  devient  le  plus 
souvent  intolérable  par  la  plus  légère  pression  ;  4°  1© 
malade  atteint  de  péritonite  est  ordinairement  couché 
sur  le  dos  et  ne  peut  exécuter  le  plus  léger  mouve¬ 
ment  sans  que  les  douleurs  augmentent  considérable¬ 
ment  ;  5°  la  constipation  est  dn  symptôme  ordinaire  de 
l’inflammation  du  péritoine  ;  6°  la  tension  des  parois  at^ 
dominales  par  des  gaz  accompagne  presque  toujours  la 
péritonite  peu  de  temps  après  son  invasion;  quelque 
temps  après  la  tuméfaction  du  ventre  augmente  en¬ 
core,  et  sa  sonoréité  diminue  par  l’accumulation  d’un 
liquide  dans  la  cavité  du  péritoine  ;  7®  lorsque  la  péri¬ 
tonite  se  termine  par  la  mort,  il  existe  une  lésion  par¬ 
ticulière  du  péritoine,  et  le  plus  souvent  on  trouve  dans 
sa  cavité  un  épanchement  de  liquide  séro  -  purulent 
mêlé  de  flocons  albumineux,  de  débris  de  fausses  mem¬ 
branes;  du  reste  le  péritoine  n’offre  aucune  trace  d’ul-  1 
cération  ni  d’érosion. 

Evacuations  abondantes  par  haut  et  par  bas  d’une  ma¬ 
tière  noire  ou  sanguinolente.  Un  individu  éprouve  tout 
â  coup  quelques-uns  des  symptômes  que  déterminent 
ordinairement  les  poisons  corrosifs;  il  rend  par  la 
bouche  ou  par  l’anus,  et  quelquefois  par  l’une  et  l’autre 
de  ces  ouvertures,  une  quantité  plus  ou  moins  consi¬ 
dérable  d’une  matière  noire  ou  de  sang  rouge -brun. 
Au  premier  abprd  cette  affection  décrite  par  les  au- 


(  358  ) 

teurs  sous  les  noms  Shèmatémese  et  de  melæna,  pour^ 
rait  être  regardée  comme  étant  la  suite  d’un  empok 
sonnement  ;  il  importe  donc  d’établir  les,  moyens  de 
connaître  jusqu^a  un  certain  -point  si  elle  est  réelle¬ 
ment  due  à  l’introduction  d’une  substance  vénéneuse 
irritante  dans  l’estomac;  s’il  est  vrai  que  dans  l’Aé- 
maténûse  le  vomissement  a  quelquefois  lieu  avec  effort 
souvent  aussi  s’opère-t-il  sans  difficulté  ;  le  sang  mêle 
avec  la  matière  des  vomissemens  est  ordinairement 
d’un  rouge  brun  ou  noirâtre ,  il  est  assez  abondant 
et  peut  être  liquide  ou  coagulé;  tandis  que  dans  l’em-. 
poisonneraent  par  les  irritans,  ce  n’est  le  plus  ordi¬ 
nairement,  qu’après  de  grands  efforts  de  vomissement 
que  les  matières  rejetées  contiennent  du  sang ,  qui  du 
reste  est  peu  abondant,  d’un  rouge  vif  et  presque  tou-. 
jours  liquide^  a®  dans  Yhématémese  le  vomissement 
est  suivi  d’un  calme  d’autant  plus  grand  qtfe  les  dou¬ 
leurs  qui  l’avaient  précédé  étaient  plus  aiguës,  ce  qui 
n’arrive  presque  jamais  dans  l’empoisonnement;  3®  le 
plus  souvent  rbématémèse  est  sans  fièvre;  4°  assez 
ordinairement  les  évacuations  dont  nous  parlons  sont 
symptomatiques  d’une  affection  squirrheuse  du  canal 
digestif,  et  les  signes  commérnoratifs  suffisent  pour 
éclairer  le  diagnostic;  5®  en  exprimant  la  membrane 
muqueuse  de  1  estomac  des  personnes  qui  ont  suc¬ 
combé  à  rbématémèse  odfait  suinter  une  matière  brune 
ou  noirâtre  semblable  à  celle  qui  est  rendue  par  le  vo¬ 
missement  ,  ce  que  l’on  n’observe  point  dans  l’empoi¬ 
sonnement  par  les  substances  irritantes. 

ni 4.  Nous  pourrions  encore  faire  mention  de  quel¬ 
ques  autres  inaladies  qui  peuvent  simuler  jusqu’à  un 


(  359  ) 

certain  point  l’empoisonnement  aigu  produit  par  les 
substances  vénéneuses  narcotiques  ou  narcotico-âcresj 
telles  sonfl’ÆracAuzVw,  la  fièvre  dite  ataxique^  certaines 
affections  nerveuses^  etc.;  mais  nous  pensons  qu’il  suf¬ 
fit  d’éveiller  l’attention  du  médecin  sur  ce  point ,  per¬ 
suadé  qu’il  trouvera,  dans  l’invasion,  les  symptômes 
et  la  marche  de  ces  maladies ,  ainsi  que  dans  les  ré¬ 
sultats  fournis  par  l’ouverture  des  corps,  des  caractères 
propres  à  lai  faire  éviter  des  méprises  qui  pourraient 
devenir  funestes.  Nous  croyons  également  inutile  de 
faire  remarquer  que  dans  certaines  circonstances  des 
malveiîlans,  ou  des  personnes  peu  instruites  ,  ont 
cherché  à  faire  confondre  avec  l’empoisonnement  une 
foule  de  maladies  qui  se  terminent  par  la  mort  au  mo¬ 
ment  où  l’on  s’y  attend  le  moins  ;  telles  sont  les  hé¬ 
morrhagies  internes ,  la  rupture  de  certains  organes , 
les  congestions  sanguines  dans  l’un  des  principaux  vis¬ 
cères  ,  les  abcès  intérieurs ,  certains  anévrismes ,  etc. 
Ici  l’ouverture  du  cadavre  dissipe  tellement  les  doutes , 
que  nous  nous  bornerons  à  ce  simple  énOncé.  Si  la 
mort  subite  était  le  résultat  d’une  passion  vive,  telle 
qu’un  excès  de  douleur  ou  de  plaisir,  l’homme  de  l’art 
baserait  son  jugement  sur  l’absence  des  signes  qui  ca¬ 
ractérisent  rempoisonnement  ,  et  surtout  sur  l’irnpos- 
sibilité  dans  laquelle  il  serait  de  découvrir  le  poison. 

21 5.  Maintenant  que  nous  avons  examiné  en  détail 
les  phénomènes  que  l’on  observe  généralement  avant 
la  mort  des  individus  soumis  à  l’influence  des  poi¬ 
sons,  les  altérations  de  tissu  produites  par  les  subs¬ 
tances  vénéneuses,  et  les  diverses  maladies  qui  simu¬ 
lent  l’empoisonnement,  nous  pouvons  nous  occuper 


(  36o  ) 

de  la  solution  du  problème  énonce  pag,  335,  savoir  ^ 
Comment  peut- on  reconnaître  qu’il  y  a  eu  empois 
sonnement? 

Le  médecin  ne  peut  donner  qu’un  individu,  chez 
lequel  on  a  observé  des  symptômes  et  des  lésions  de  tissu 
semblables  à  ceux  que  déterminent  les  substances  véné-  ' 
neuses ,  a  été  empoisonné ,  qu  autant  qu  il  est  parvenu 
à  démontrer  l’existence  du  poison.  S’il  est  appelé 
à  prononcer  dans  un  cas  de  mort  subite  que  l’on  croit 
être  la  suite  d’un  empoisonnement,  il  peut  également 
que  ïmdividu  a  été  empoisonné,  s’il  a  pu 
découvrir  le  poison,  quand  memé  on  n’ aurait  observé 
que  quelques  symptômes  d’ empoisonnement ,  et  des  lé¬ 
sions  de  tissu  peu  marquées  :  en  effet,  nous  avons  éta^ 
bli,  §  210  et  212  ,  qu’il  était  arrivé  quelquefois  que  la 
mort  produite  par  des  substances  vénéneuses  n’avait 
point  été  précédée  des  phénomènes  qui  caractérisent 
ordinairement  l’empoisonnement ,  et  qu’à  l’ouverture 
des  cadavres  on  n’avait  point  trouvé  les  tissus  du  ca* 
nal  digestif  sensiblement  enflammés.  Toutefois,  avant 
de  tirer  une  pareille  conclusion,  l’homme  de  l’art  de¬ 
vrait  s’assurer  que  le  poison  n’a  pas  été  introduit  dans 
l’estomac  ou  dans  le  rectum  après  la  mort  de  l’indi¬ 
vidu.  les  articles  Sublimé  corrosif.  Oxyde  d’ar¬ 

senic,  Yert-de-gris ,  Acides  nitrique  et  sulfurique.  ) 

Le  médecin  serait  blâmable  s’il  affirmait  qu’il  y  a 
eu  empoisonnement,  en  n’ayant  égard  qu’aux  symp^ 
tomes  qu’il  a  pu  observer  pendant  la  vie,  et  lésions 

de  tissu  dont  il  a  constaté  l’existence  après  la  mort  ; 
car  la  plupart  des  symptômes  et  des  altérations  de 
tissu  déterminés  par  lespoisons  ,  peuvent  se  remarquer 


dans  une  multitude-  de  maladies  que  'nous  aTons  eu 
soin  de  signaler  :  telles  sont  le  cholera-morbus  ^  la  gas^ 
trite  y  etc. 

Cependant  l’examen  attentif  des  symptômes  et  des 
lésions  de  tissu  peut ,  dans  certaines  circonstances , 
porter  l’homme  de  l’art  à  établir  \ai  probabilité  de  Vem- 
poisorinement ,  lors  même  qu’il  a  été  impossible  de 
découvrir  le  poison.  En  effet,  supposons' pour  un  ins¬ 
tant  qu’un  individu  ait  été  en  proie  à  la  plupart  des 
symptômes  que  produisent  les  poisons  irritans;  toutes 
les  recherches  chimiques  sont  infructueuses  pour  dé¬ 
montrer  la  présence  d’une  substance  vénéneuse;  néan¬ 
moins  la  bouche ,  le  pharynx ,  l’œsophage ,  et  surtout 
l’estomac  et  les  intestins,  sont  le  siège  d’une  inflamma¬ 
tion  manifeste.  Certes  le  médecin  qui  oserait  affirmer 
que  l’empoisonnement  n  a  pas  eulieu,  parce  qu  illui  a  été 
impossible  de  découvrir  le  poison  ,  serait  blâmable,  car 
il  a  pu  se  faire  que  la  substance  vénéneuse  ait  échappé 
aux  recherches  les  plus  scrupuleuses.  Il  serait  encore 
plus  coupable  s’il  attestait  que  l’individu  est  mort  em¬ 
poisonné  ,  cette  conclusion  ne  pouvant  être  tirée  que 
dans  le  cas  où  la  substance  vénéneuse  a  été  trouvée. 
Tout  porte  à  croire  cependant  que  la  mort  doit  être 
attribuée  à  1  action  d  un  poison;l’inflammation  de  pres¬ 
que  toutes  les  parties  du  canal  digestif  ,  à  la  suite  d’une 
maladie  de  peu  de  durée  ,  est  un  phénomène  fort  rare 
hors  le  cas  d’empoisonnement.  Il  faut  donc  établir  qu’il 
e&t  probable  que  la  personne  est  morte  empoisonnée. 

Cette  conclusion ,  contre  laquelle  pourront  s’éle¬ 
ver  des  auteurs  justement  estimés  ,  qui  veulent  que 
1  on  se  borne  en  pareille  matière  à  prononcer  affirma- 


(  362  ')  ■ 

tivement  ou  négativement ,  doit  paraître  extrêmement 
juste,  lorsqu’on  rédécliit  à  l’impossibilité  dans  laquelle 
on  est  quelquefois  de  démontrer  jusqu’à  l’évidence  la 
présence  du  poison  :  i®  parce  qu’il  a  été  entièrement 
absorbé  ;  2®  parce  qu’il  a  été  délayé  et  rejeté  par  haut 
ou  par  bas ,  et  que  la  matière  des  évacuations  a  été 
perdue;  3o  parce  qu’il  a  été  tellement  dénaturé  par 
les  organes  de  la  digestion,  qu’il  est  impossible  de  le 
reconnaître  à  ses  propriétés  physiques ,  et  que  la  chi¬ 
mie  ne  fournit  aucun  moyen  de  démontrer  sa  présence,; 
comme  cela  a  lieu  pour  la  phipart  des  poisons  végétaux; 
4®  parce  qu’ayant  été  pris  en  petite  quantité  il  s’est 
intimement  combiné  avec  les  tissus  du  canal  digestif, 
et  qu’il  a  subi  une  altération  qui  ne  perniet  plus  de 
le  découvrir  ;  5°  parce  que  les  recherches  chimiques  , 
auxquelles  on  est  quelquefois  obligé  de  se  livrer,  sont; 
assez  délicates  et  exigent  un  assez  grand  nombre  de 
réactifs ,  pour  qu’il  soit  possible  que  le  médecin 
chargé  de  faire  l’analyse  ne  parvienne  pas  à  démon¬ 
trer  l’existence  du  poison ,  lorsqu’il  pourrait  être  dé¬ 
couvert  par  un  autre  médecin  qui  serait  placé  dans 
des  circonstances  plus  favorables^ 

L’homme  de  l’art,  appelépour  prononcer  sur  la  cause 
d’une  mort  subite  précédée  de  quelques-uns  des  phé¬ 
nomènes  qui  caractérisent  l’empoisonnement ,  aurait 
tort  de  çonclur.e  que  l’individu  n’a  pas  été  empoisonné',; 
par  cela  seul  qu’il  n’a  point  découvert  la  substance  vé¬ 
néneuse  et  que  les  tissus  des  principaux  organes  ne 
sont  point  altérés  :  en  effet,  la  mort  peut  dépendre 
de  l’introduction  dans  l’estomac ,  ou  de  l’application 
à  l’extérieur,  d’une  substance  narcotique  qui  échappe 


'  (  363  ) 

gourent  aux  reclierclies  cliimiques,  et  qui  n’enflamme 
point  les  tissus  avec  lesquels  on  la  met  en  contact.  Il 
doit  se  borner  alors  à  faire  sentir  au  magistrat  que  les 
^ccidens  peuvent  être  V^et  d  un  empoisonnement  sans 
qu’il  lui  soit  permis  d’affirmer  qu’il  a  eu  lieu.  Cette 
conclusion ,  qui  ne  doit  être  tirée  que  dans  le,cas  où 
le  médecin  ne  parvient  pas  à  démontrer  que  la  mort 
dépend  d’une  autre  cause  que  d’un  empoisonnement , 
suffit  pour  éveiller  l’attention  de  la  justice ,  et  lui  faire 
chercher  ailleurs  des  preuves  que  les  sciences  médicales  . 
ne  peuvent  point  fournir.  , 

dixpériçnces  sur  les  ajiimauæ  'vivans. 

216.  Il  résulte  de  ce  qui  précède  que  le  médecin, 
chargé  de  faire  lin  rapport  sur  un  cas  d’empoisonne¬ 
ment,  est  quelquefois  embarrassé  parce  qu’il  lui  est 
impossible  de  démontrer  l’existence  du  poison  à  l’aide 
des  moyens  fournis  par  la  chimie  et  par  l’histoire  na¬ 
turelle.  Dans  ces  cas ,  il  doit  chercher  à  s’éclairer  des 
expériencW  faites  sur  les  animaux  vivansj  il  doit  in¬ 
troduire  dans  1  estomac  d’un  chien  les  matières  conte-, 
nues  dans  le  canal  digestif  de  l’individu  qued’on  soup¬ 
çonne  avoir  été  empoisonné,  et  celles  qu’il  aurait  pu 
vomir*  et  après  avoir  attentivement  observé  les  phéno¬ 
mènes  que  présente  l’animal  soumis  à  l’expérience  ,  U 
doit  en  tirer  parti  pour  confirmer  ou  infirmer  le  juge-^ 
ment  qu  il  aurait  porté  d’abord.  Mais  comme  les  expé¬ 
riences  de  ce  genre  n’ont  pas ,  à  beaucoup  près ,  autant 
de  valeur  que  le  pensent  plusieurs  médecins,  il  importe 
que  nous  entrions  dans  quelques  détails  afin  de  mettre 
iê  lecteur  à  même  d’éviter  des  méprises  qui  pour^ 


(  364  ) 

raient  devenir  funestes.  Nous  allons  examiner  successi¬ 
vement  i®le  procédé  qu’il  convient  de  suivre  de' pré¬ 
férence  dans  ces  sortes  d’expériences  ;  a®  jgg 
mènes  que  l’on  peut  observer  lorsqu’on  introduit  dans 
l’estomac  des  chiens  des  matières  que  nous  appellerons 
suspectes  ,  et  les  conclusions  qu’il  est  permis  de  tirer  de 
l’observation  de  ces  phénomènes. 

Procédé.  On  détache  l’œsophage  d’un  petit  chien 
robuste  et  à  jeun;  on  le  perce  d’un  petit  trou;  on  in¬ 
troduit  un  entonnoir  de  verre  dans  l’ouverture,  et  on 
verse  dans  cet  entonnoir  toute  la  portion  liquide  de  la 
matière  suspecte;  les  parties  solides  préalablement  ex¬ 
primées  sont  placées  dans  autant  de  petits  cornets  qu’il 
en  faut  pour  les  contenir  :  puis  elles  sont  poussées  jus¬ 
qu  a  1  estomac  par  1  ouverture  pratiquée  à  l’œsophage  ; 
cela  étant  fait,  on  lie  ce  conduit musculo-membraneus 
au-dessous  de  la  fente.  Ce  procédé  n’est  pas  exempt 
d’inconvéniens,  comme  nous  Je  dirons  tout  à  l’heure; 
mais  il  en  présente  beaucoup  moins  que  les  autres  et 
doit  par  conséquent  leur  être  préféré  ;  il  offre  surtout 
l’avantage  inappréciable  de  s’opposer  à  l’expulsion  de 
la  matière  suspecte  par  le  vomissement. 

Quelques  auteurs  ont  conseillé  de  forcer  l’animal  a 
avaler  les  substances  dont  il  s’agit ,  soit  dans  leur  état 
naturel,  soit  apres  les  avoir  mêlées  avec  des  alimens; 
mais  il  est  urgent  de  renoncer  à  ce  procédé,  parce  qu’il 
arrive  constamment  que  la  majeure  partie  de  ces  ma¬ 
tières  est  perdue  par  suite  de  la  résistance  que  l’animal 
oppose,  parce  que  la  petite  partie  que  l’on  est  parvenu 
a  introduire  dans  l’estomac  est  le  plus  souvent  réjetée 
par  le  vomissement ,  parce  que  six  fois  sur  dix  au  moins 


(  365  ) 

il  arrive  qu’une  portion  de  ces  matières  reflue  par  le 
larynx  jusqu’aux  poumons  ,  et  l’animal  périt  asphyxié, 
enfin  parce  que  les  alimens  avec  lesquels^  on  mêle  ces 
substances  peuvent  les  décomposer  et  les  rendre  inertes 
lorsqu’elles  étaient  vénéneuses-  On  pourrait  croire  au 
premier  abord  que  l’on  obvierait  en  partie  à  ces  in- 
conveniens  en  injectant  les  matières  suspectes  dans 
l estomac  au  moyen  d’une  seringue,  à  laquelle  on 
adapterait  une  sonde  de  gomme  élastique;  mais  plusieurs 
fois  les  chiens  mordent  la  sonde,  la  percent  de  trous, 
et  le  liquide  s’écoule  hors  de  la  bouche;  d’ailleurs  com¬ 
ment  parviendrait-on  par  ce  moyen  à  introduire  dans 
1  estomac  les  substances  solides,  et  n*arriverait-il' pas 
aussi  dans  certaines  circonstances  que  le  métal  avec 
lequel  la  seringue  est  formée  décomposerait  certaines 
substances  vénéneuses  ? 

B.  Phénomènes  produits  par  les  matières  suspectes 
introduites  dans  l’estomac  des  chiens.  Ces  phénomè¬ 
nes  peuvent  être  réduits  aux  suivans  :  i.«  l’animal  périt 
au  bout  de  quelques  heures,  après  avoir  éprouvé  la 
plupart  des  symptômes  qui  caractérisent  l’empoison¬ 
nement  ;  2°  il  ne  se  manifeste  chez  lui  aucun,  accident 
dans  les  quarante-huit  heures  qui  suivent  le  moment 
où  l’expérience  a  été  commencée;  3°  il  a  des  nausées 
dans  les  premières  vingt -quatre  heures;  il  fait  des 
efforts  pour  vomir,  et  présente  d’autres  signes  d’em¬ 
poisonnement  qui  se  dissipent  au  bout  de  deux  ou  trois 
jours;  40  il  éprouve  quelques  symptômes  d’empoi- 
sonnement  trois  ou  quatre  joürs  après  que-la  ligature 
de  1  œsophage  a  été  pratiquée.  Examinons  chacun  d® 
ees  cas  en  particulier. 


(  M&  ) 

1°  L^animat périt  au  bout  dé  quelques  heures  apres 
avoir  éprouvé  la  plupart,  des  symptômes  qui  caracté¬ 
risent  r empoisonnement.  Ce  résultat  prouve  évidem¬ 
ment  que  la  matière  introduite  dans  l’estomac  de 
l’animal  est  vénéneuse  pour  lui  ;  car  il  est  impossible 
de  regarder  la  ligature  de  V œsophage  comme  étant  la 
cause  de  ces  accidens  ;  mais  il  est  loin  de  prouver 
que  l’individu  dans  l’estomac  duquel  on  - a  trouvé  la 
matière  suspecte  ait  péri  empoisonné  :  en  effet  là 
mort  de  cet  individu  peut  être  la  suite  d’une  de 
ces  maladies  dites  spontanées  dans  lesquelles  les 
fluides  animaux  et  particulièrement  la  bile  ont  pu 
être  altérés ,  et  avoir-  contracté  des  qualités  délétères 
capables  de  produire  tous  les  symptômes  dé  l’empoi- 
sonnement.  Il  faut  donc  avant  tout  s’assurer  que  l’in- 
^  dividu  dont  il  s’agit  n’a  point  succombé  à  une  de  ces 
affections  ;  alors  seulement ,  ^e  médecin  peut  pro¬ 
noncer  qu’il  y  a  des  probabilités  en  faveur  de.  l’em¬ 
poisonnement.  ‘ 

îl  ne  'se  manifeste  chez  V animal  aucun  aéciderit 
dans  les  quarante-huit  hejires  qui  suivent  le  moment 
oii  V expérience  a  été  leommeneée  ;  d’où  il  suit  que  là 
matière  sur  laquelle  on  agit  n’est  point  Vénéneuse  pour 
lui  ou  qu’elle  l’est  à  peine  5  mais  on  aurait  tort  de  con¬ 
clure  que  l’individu  dans  l’estomâc  duquel  on  a  trouvé 
cette  matière  n’a  point  été  empoisonné  ;  en  effet  plu¬ 
sieurs  circonstances  peuvent  faire  que  les  liquides  et  les 
solides  contenus  dans  le  canal  digestif  d’une  personne 
qui  a  véritablement  succombé  à  l’action  d’un  poison 
ne  soient  pas  vénéneuses.  ^ ^  Un  assez  grand  nombre 
de  poisons  tirés  du  règne  minéral  peuvent  déter- 


(  367  ) 

miner  la  mort  de  l’homme  ,  puis  être  décomposés  par 
les  substances  alimentaires  contenues  dans  l’estomac 
qui  les  transforment  en  une  matière  insoluble  sans 
action  nuisible  sur  les  animaux  sur  lesquels  on  expé¬ 
rimente.  B.  La  personne  empoisonnée  peut  avoir 
éprouvé  des  évacuations  tellement  abondantes,  que 
tout  le  poison  ait  été  perdu  avec  la  raâtière  des  vo- 
missemens  et  des  déjections  alvines ,  en  sorte  qu’il 
ne  reste  plus  dans  l’estomac  que  de  la  bile  et  des  mu¬ 
cosités,  liquides  incapables  de  déterminer  le  moindre 
symptôme  d’empoisonnement  chez  les  animaux  sou¬ 
mis  aux  expériences.  C.  Enfin  ne  peut-il  pas  arriver 
que  l’empoisonnement  ait  réellement  eü  lieu,  qu’il 
ait  été  produit  par  une  de  ces  substances  dont  l’ab¬ 
sorption  est  extrêmement  facile ,  et  qu  alors  la  ma¬ 
tière  contenue  dans  le  canal  digestif ,  et  que  l’on  a 
introduite  dans  l’estomac  du  chien,  n’ait  déterminé 
aucun  symptôme  d’empoisonnement.  Ces  diverses  con^ 
sidérations  doivent  forcer  le  médecin  qui  se  trouve¬ 
rait  dans  le  cas  dont  il  s’agit  à  regarder  les'  expé¬ 
riences  de  ce  genre  comme  insuffisantes  pour  influer 
sur  le  jugement  qu’il  aurait  pû  porter  d’abord.  ' 

3°  L’animal  éprouve  des  nausées  dans  les. premières 
'Vingt-quatre  heures  ;  il  fait  des  efforts  pour  ^omir, 
et  présente  d’autres  signes  d’empoisonnement  qui  se 
dissipent  au  bout  de  deux  ou  trois  jours.  Les  médecins 
qui  voudront  se  donner  la  peine  d’observer  les  effets 
que  produit  la  simple  ligature  de  l’Gesopbage  sur  les 
chiens,  ne  tarderont  pas  à  être  convaincus  que  cette 
opération  ne  détermine  jamais  pendant  les  premières 


;(  368  ) 

quarante-huit  heures  qu’un  léger  abattement;  donc  elle 
n’est  point  la  cause  des  phénomènes  que  l’on  observe 
dans  le  cas  dont  il  s’agit  ces  symptômes  dépendent 
évidemment  de  la  nocuité  des  matières  introduites 
dans  l’estomac  :  mais  ces  matières  peuvent  devoir 
leurs  qualités  délétères  à  une  altération  éprouvée  par 
les  fluides  animaux  dans  une  de  ces  maladies  ditei 
spontanées,  aussi -bien  qu’à  leur  mélange  avec  un 
poison.  D’où  il  suit  que  le  médecin  ne  saurait  affirmer 
<ju’il  y  a  eu  empoisonnement,  sans  s’exposer  à  com¬ 
mettre  une  erreur  grave  ;  il  pourrait  tout  au  plus 
établir  quelques. en  faveur  de  ce  genre  de 
mort. 

U  animal  présente  quelques  sjmptomes  d  empoi¬ 
sonnement  ,  trois  ou  quatre  jours  apres  que  la  ligaturé 
de  r oesophage  a  été  pratiquée.  Le  médecin  ne  doit 
tenir  aucun  compte  des  résultats  de  cette  expérience , 
parce  qu’il  arrive  quelquefois  que  les  chiens  qui 
n’ont  pas  été  soumis  à  l’influence  d’une  substance  vé¬ 
néneuse  et  dont  l’œsophage  a  été  lié  éprouvent  des 
nausées,  des  vertiges ,  etc. ,  à  l’époque  dont  nous  par¬ 
lons. 

YINGT-HUITIÈME  LEÇOIST. 

Deuxieme  probTeme.  '  . 

Quelle  est  la  substance  vénéneuse  qui  a  occasioné 
les  accidens  (  page  335)? 

217.  Les  moyens  que  l’on  doit  employer  pour  par¬ 
venir  à  connaître  la  substance  vénéneuse  qui  a  déter¬ 
miné  l’empoisonnement  sont  de  trois  ordres  :  1°  les^ 


(  369.  ) 

uns  sont  entièrement  du  ressort  de  la  chimie  et  de 
\ histoire  naturelle  \  2®  il  en  est  qui  appartiennent  à  la 
pathologie^  ex.  qui  ont  pour  objet  les  symptômes'^  3®  en¬ 
fin  les  derniers  constituent  une.  partie  de  V anatomie 
pathologique^  et  -nous  font  connaître  les  altérations 
éprouvées  par  les  tissus.  . Ceux,  du  premier  ordre  doi¬ 
vent  être  regardés  comme  essentiels-^  les  autres  ne  sont 
(px  accessoires  :  en  effet ,  les  caractères  tires  des  synjp- 
tômes  et  des  lésions  de  tissu  ne  fournissent  jamais  que 
des  indices  d’empoisonnement ,  puisque  nous  avons 
établi  page  36o  que  le  seul  signe  certain  de  l’empoi¬ 
sonnement  était  la  présence  du  poison.  .  . 

§  Il&s  moyens  fournis  par  la  Chimie  et 

par  r Histoire  naturelle  .,  et  qui  sont  prùpres  à 
faire,  connaître  la  nature  de  la  substance  vé¬ 
néneuse. 

Dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances ,  la  cbimie 
fournit  les  moyens  de"^  connaître  tous  les  poisons  mi¬ 
néraux  et  un  certain  nombre,  de  poisons  végétaux  5 -il 

n  en  est  pas  dé  même  des  poisons  animaux  et  de  la 
plupart  de  ceux  qui  sont  tirés  du  règne  végétal.  Nous 
nous  bornerons  à  exposer  ici  la  marche  qu’il  faut  suivre 
pour  déterminer  la  nature  des  poisons  minéraux ,  et  de 
ceux  des  poisons  végétaux  accessibles  aux  moyens  chi¬ 
miques.  Quant  aux  autres  qui  ue  peuvent  être  recon¬ 
nus  qu  à  l’aide  des  caractères  fournis  par  l’histoire  na- 
relle  (botanique  et  zoologie),  nous  renverrons  à  ce  qui 
a  été  dit  en  faisant  leurs  histoires  particulières. 

Les  expériences  chimiques  dont  nous  devons  parler 
dans  cet  article  sont  extrêmement  variées,  et  souvent 

24 


(  370  ) 

asse2  difficiles;  nous  croyons  devoir  distinguer  lo  celles 
qu’il  faut  faire  lorsque  le  poison  n’a  pas  été  avalé  en 
entier,  et  que  le  médecin  peut  agir  sur  une  pcirtion  que 
Fon  suppose  sans  mélange  -^  2®  celles  que  l’on  doit 
tenter  dans  le  cas  ou  la  substance  vénéneuse  est  mêlée 
avec  du  thé,  du  vin,  etc.,  ou  bien  lorsqu  elle  fait  par¬ 
tie  des  matières  vomies  ou  de  celles  que  l’on  trouve 
dans  le  canal  digestif  après  la  mort.  Mais  avant  d’en^ 
trer  dans  les  détails  relatifs  à  ces  opérations ,  il^  im¬ 
porte  d’établir  quelques  préceptes  généraux. 

I®  Les  recherches  propres  à  constater  s’il  y  a  eu 
empoisonnement  ne  doivent  être  faites  qu’en  présence 
du  commissaire  délégué  pour  cet  objet  ;  et  s’il  est  né¬ 
cessaire  de  consacrer  plusieurs  séances,  à  la  fin  de 
chacune  d’elles,  le  magistrat  doit  enfermer  et  sceller 
les  pièces  d’èxamen.  Les  recherches  ultérieures  ne  se¬ 
ront  commencées  qu’après  avoir  reconnu  l’intégrité  du 
scellé. 

n®  Le  médecin  requis  par  les  tribunaux  doit  noter 
et  écrire  soigneusement  ce  qu’il  observe ,  afin  d’a? 
voir  à  sa  disposition  toutes  les  données  nécessaires 
pour  rédiger  convenablement  le  rapport;  il  serait  filâ^ 
mable  s’il  négligeait  de  prendre  des  notes  à  mesure 
que  les  faits  se  présentent,  ceux-ci  pouvant  être  nom¬ 
breux  et  difficiles  à  retenir. 

■  3®  Pendant  le  cours  de  ses  recherches ,  il  doit 

s’abstenir  de  communiquer  au  magistrat ,  .  et  à  plus 
forte  raison  à  toute  autre  personne  ,  le  jugement  pré?- 
mature  qu’il  aurait  pu  porter  sur  l’affaire  pour  laquelle 
il  est  appelé,  ce  jugement  pouvant  être  singulièrement 
modifié  par  la  suites 


(370 

4®  Avant  de  comiiiencer  l’examen  physique  et 
chimique  des  matières  suspectes  qüi  ont  été  trouvées 
dans  les  poches  de  l’individu,  dans  des  cüvettes ,  des 
fioles,  etc.,  il  doit  disposer  tous  les  instrumens  ddnt 
il  croit  avoir  bèsoin.  Il  importe  que  les  réactifs  soient 
purs^  et  que  leur  à  dissolutions,  qüi  doivent  toujours 
être  faites  dans  l’èau  distillée ,  soîknt  plutôt  concentrées 
qu* affaiblies.  Il  né  faut  employer  les  réactifs  liquidés 
que  goutte  à  goutte,  parce  qu’il  pourrait  arriver  qué 
les  précipités  que  l’on  cherche  à  obtenir  né  parussent 
point  si  on  agissait  autrement. 

5®  Lorsqu’on  est  obligé  de  faire  l’analÿse  des  ma- 
tières  contenues  dans  le  canal  digestif,  l’on  fait  à  la 
partie  supérieure  de  rœsdphàge  deux  fortes  ligatures 
bien  serrées  et  séparées  d’ environ  deux  décimètrès  : 
on  place  de  semblables  ligatures  sur  le  rectum  et  sur  le 
cordén  des  vaisseaux  èt  canaux  qui  se  trouvent  à  la  face 
intestinale  ou  concave  du  foie  ;  et,  après  avoir  coupé  en¬ 
tre  les  deux  ligatures  qu’on  a  faites,  on  détaché,  on  enlève 
avec  précaution  l’œsophage,  l’estomac  et  la  masse  in- 
tesffflàle ,  que  l’on  placë  sur  un  drap  proprè  et  plié  en 
plusieurs  doubles.  Alors  on  examine  de  nouveau  là 
surface  des  parties  ;  oh  l’asperge  avec  une  éponge  ;  on 
ouvre  dans  toute  sa  longueur  l’œsophàgè  èt  l’estomac  ; 
bn  recueille  dans  un  vase  de  verrè  ou  de  faïence  les 
liqueurs  ou  substances  qui  s’y  trouvent  ;  enfin ,  il 
convient  de  laver  la  cavité  de  ces  viscèrès  avec  de  l’eaU 
distillée,  pour  enlever  toutes  les  parties  solides  qui  s’y 
trouvent  ou  adhéraient  à  leur  surface ,  ètl’on  conservé 
cette  liqueur  séparément  deS  lotions,  pour  procéder 
ensuite  à  son  examen  par  les  moyens  convenables. 


(  . 

Mais  si,  comme  il  arrive  quelquefois,  les  parois  de 
l’estomac  ou  des  intestins  ont  été  gangrenées  ,  ron¬ 
gées,  perforées  ,  et  ont  laissé  ^échapper  dans  l’abdomen 
les  fluides  ou  substances  qu’ils  contenaient,  il  faut 
recueillir  avec  soin  ces  différentes  substances ,  les  ab¬ 
sorber  avec  une  éponge  que  l’on  exprime  dans  un  vase  • 
on  fait  ensuite  des  ligatures  au-dessus  et  au-dessous 
des  perforations,  puis  on  sépare,  on  enlève,  comme^il 
a  été  dit  ,  toute  la  masse  intestinale,  pour  procéder  plus 
exactement  à  un  examen  ultérieur.  (Chaussier.) 

6°  L’analyse  cliimique  des  matières  suspectes  doit 
être  faite  en  suivant  la  marche  que  nous  indiquerons 
page  374  et  suiv.;  mais  il  faut  savoir  dès  à  présent  que 
l’expert  ne=  doit  agir  que  sur  une  portion  de  ces  ma¬ 
tières,  afin  que  d’autres  experts,  qui  pourraient  être 
nommés  par  la  suite,  soient  à  même  de  confirmer  ou 
d’infirmer  les  résultats  qui  auraient  été  obtenus:  par 
le  premier;  et  si  les  matières  suspectes,  liquides  ou  so¬ 
lides^  étaient  de  nature  à  pouvoir  s’altérer ,  il  faudrait 
garder  dans  de  l’alcohol  très-pur  la  portion  que  l’on 
désirerait  conserver  :  une  partie  du  même  alcohol  serait 
déposée  dans -un  flacon  séparé,  afin  de  pouvoir  com¬ 
parer  plus  tard  ses  propriétés  avec  celles  du  liquide 
alcoholique  qui  a  été  mêlé  avec  la  matière  suspecte. 

70  La  portion  de  matière  sur  laqueUe  on  agira  ne 
devra  pas  être  entièrement  employée  dans  une  pre¬ 
mière  expérience,  la  plupart  des  substances  véné-- 
neuses  du  règne  minéral  ne  pouvant  être  reconnues 
qu’à  l’aide  d’un  certain  nombre  de  caractères  ,  et  le 
médecin  étant  par  conséquent  obligé  de  faire  plu¬ 
sieurs  essais.  . 


C573)- 

^8®  Si  ies  liquides  paraissent  beaucoup  trop  étendus 
pour  que  le  poison  qui  peut  y  être  dissous  ne  soit  point 
décelé  par  les  réactifs  ,  on  les  fera  évaporer  à  une  douce 
chaleur ,  dans  une  capsule  de  platine  ou  de  porcelaine. 

90  Plusieurs  auteurs  conseillent ,  lorsque  les  pre¬ 
mières  expériences  ont  fourni  quelques  indices  sur  la! 
nature  du  poison ,  de  préparer  une'  liqueur  an^dogue , 
et  de  faire,,  comparativement  et  simultanément,,  les 
mêmes  expériences  sur  l’une  et  sur  l’autre.  Cette 
contre-épreuve  est  évidemment  inutile  lorsque  la  li¬ 
gueur  suspecte  se  comporte  avec  les  réactifs  de  mà- 
nîèré  à  cé  que  l’expert ,  que  nous  supposons  versé  dans 
l’étude  de  la  chimie ,  puisse  en  déterminer  facilement 
la  nature  ;  mais  elle  peut  être  fort  utile  dans  certains 
cas ,  surtout  si  le  médecin  chargé  de  faire  les  recher¬ 
chés'  a  négligé  l’étude  de  la  toxicologie.  Quoi  qp’il 
en  soit,  il  peut  arriver  que  des  expériences  dont  nous 
parlons  ne  fournissent  point  de&  résultats  absolument 
semblables,  lors  même  que  la  ligueur  que  l’on  a  pré¬ 
parée  contient  le  meme  poison  que  celle  qui  à  produit 
Pempoisonnement;  en  effet,  cette  dernière  peut  être 
beaucoup  plus  affaiblie  que  l’autre,  et  présenter,  avec 
les  réactifs ,  des  phénomènes  différons  ;  il  peut  y  avoir 
dans  le  liquide  suspect,  outre  le  poison  dont  on  crdit 
àv^oir  reconnula nature,  quelques  substances  étrangères, 
qm  modifient  nécessairement  les  résultats,  etc.  Nous 
avons  cru  devoir  signaler  cette  source  d’erreur,  pour 
que  le  médecin  n’attache  pas  à  ces  expériences  compa¬ 
ratives  plus  d’importance  qu’elles  n’en  méritent. 


(  374  ) 


Expériences  chimiques  propres  a  faire  connaître  les 
poisons  minérauæ  et  quelques  poisons  'végétaux  qui 
Tl’ ont  pas  été  avalés  en  entier^  en  sorte  que  Von 
peut  agir  sur  une  portion  que  Von  suppose  sans 
mélange.  * 

Les  poisons  dont  nous  devons  nous  occuper  dans  ce 
paragraphe  peuvent  être  solides,  liquides  ou  gazeux. 

Poisons  solides. 

21 8.  Les  poisons  solides  peuvent  être  facilement  divi¬ 
sés  en  deux  sections  :  les  uns  sonttirés  du  règne  minéral, 
les  autres  sont  des  principes  immédiats  des  végétaux  ou 
contiennent  un  de  ces  principes.  Ces  derniers  seront 
reconnus  en  les  mettant  sur  des  charbot&s  ardens  :  en 
effet  ils  seront  décomposés ,  et  répandront  une  fumée 
dont  l’odeur  sera  analogue  à  celle  du  caramel ,  du  vi¬ 
naigre  ,  etc.  5  la  plupart  laisseront  pour  résidu  du  chàr- 
Lon  J  quelques-uns  d’entre  eux  fourniront  en  outre  le 
métal  ou  l’oxyde  qui  entre  dans  leur  composition  (i). 

Les  poisons  tirés  du  règne  minéral,  mis  sur  les 
charbons  ardens,  n’éprouveront  aucune  altération, 


(i)  Le  camphre  et  l’acide  oxalique  ,  que  nous  rangeons 
parmi  les  poisons,  végétaux,  présentent  quelques  phénomènes 
particuliers  lorsqu’on  les  met  sur  les  charbons  ardens.  Le 
camphre  brûle  avec  une  très-belle  flamme  jl’açide  oxaliqn? 
se  volatilise  presque  en  entier,  répand  une  fumée  d’une  odeur 
piquante  et  laisse  à  peine  du  charbon,  en  sorte  qn’on  pour¬ 
rait  être  tenté  de  le  confondre  avec  quelques  poisons  volatils 
du  règne  minéral. 


(373) 

ou  bien  se  volatiliseront  en  répandant  une  fumée 
d’une  odeur  piquante  ;  mais  dans  aucune  circons¬ 
tance  ils  ne  laisseront  du.  charbon  pour  résidu. 


Poisons  solides  tin 

Phosphore. 

Iode. 

Acide  phosphoyique . 
Potasse  à  l’alcohol. 
idem  à  la  chaux. 

Soude  à  ralcohul. 

Foie  de  soufre- 
Sous-carbonate  de  potasse 
pur. 

idem  du  commerce. 
Mitràte  de  potasse. 

Chaux. 

Baryte. 

Strontiane., 

Sous-carbonate  de  baryte. 
Hydrochlprate  de  baryte. 
Sous-carbonate  d’ammo¬ 
niaque. 

Hydrochlorate  d’ammo¬ 
niaque. 

Sublimé  corrosif. 
Deutoxyde  de  mercure. 
Protoxyde  de  mercure. 
Sulfure  de  mercure. 
Proto-sulfate  de  mercure. 
Deuto-sulfate  de  mercure. 
Proto-nitrate  de  mercure. 
Deuto-nitrate  de  mercure. 
Turbith  minéral. 

Turbith  nitreux. 

Oxydes  d’étain. 

Prqto  -hydrochlorate  d’é¬ 
tain  pur. 


du,  régné  minerai, 

idem  du  commerce. 
Deuto-hydrochlorate  d’é¬ 
tain. 

Oxyde  blanc  d’arsenic. 
Oxyde  noir. 

Poudre  aux  mouches. 
Sulfure  jaune  d’arsenic  ar¬ 
tificiel. 

Orpiment  natif. 

Réalgar  natif. 

Acide  arsénique. 
Arséniates  solubles. 
Arsénites  solubles. 

Oxydes  de  cuivre. 
Sous-deuto-carbonate  de 
cuivre.  . 

Sulfate  de  cuivre. 

Nitrate  de  cuivre. 
Chlorure  de  cuivre. 
Nitrate  d’argent  non  fon¬ 
du. 

idem  fondu  (  pierre  infèC- 
hale). 

Kermès! 

Soufre  doré. 

Oxydes  d’antimoine. 

Verre  d’antimoine. 

Beurre  d’antimoine. 
Nitrate  de  bismuth. 

Sous  -  nitrate  de  bismuth 
(blanc  de  fard). 

Nitrate  de  plomb, 

Céruse. 


(  376  ) 

Suite  des  poisons  solides  tirés  du  .  régne  miner àL 

Litharge. 

Hydrochlorate  d’or.- 

Massicot. 

Oxyde  de  zinc. 

Minium. 

Sulfate  de  zinc. 

Tritoxyde  de  plomb. 
Oxyde  d’or.  ^ 

Sulfate  de  fer.  ^ 

Poisons  solides  qui  sont  des  principes  immédiats  des  végé. 

taux  ou  qui  contiennent 
page  374 

un  de  ces  principes.  (Voyez 

Morphine. 

Acide  citrique. 

Strychnine. 

Acide  oxalique.  . 

Brucine. 

/  Acide  tartarique. 

Emétine.  ' 

Acétate  de  cuivre.  ' 

Delphine. 

Vert-de-gris  artificiel.  . 

Vératrine. 

Tartrate  acide  de  potassé 

Picrotoxine. 

et  d’antimoine. 

Sel  de  Derosne. 

Acétate  de  plomb. 

Camphre. 

Poudre  de  B.ousselot. 

Poisons  solides  tirés  du  régne  minéral.  {Voy.  page  SyS}. 

219.  Les  poisons  solides  tirés  du  règne' minéral 
peuvent  être  blancs  ou  autrement  colorés  (i). 

Poisons  solides  blancs,  gris. 

Poisons  solides  colorés  en 

ou  d^ un  blanc  tirant  lé¬ 

jaune ,  en  vert,  en  rouge. 

gèrement  sur  le  gris  ou 
sur  le  jaune^ 

en  hleu  ou  en  noir. 

Phosphore  pur  et  récem¬ 

Phosphore,jaune  ourou- 

ment  préparé. 

(i)  Il  importe  d’observer 

que  nous  supposons  agir  sur 

les  poisons  solides  sans  mélange ,  tels  qu’on  les  trouve  dans 

les  pharmacies. 

(  377  ) 


Acide  phospîîorique. 
Potasse  à  l’alcoiioi. 
idem  à  la  chaux ,  blanc-gri¬ 
sâtre. 

Soude  à  l’alcohol. 
Sous-carbonate  de  potasse 
pur. 

idem  du  commercé. 
Nitrate  de  potasse. 

Chaux  vive,  blanc-grisâtre. 
Chaux  hydratée. 

Baryte  grise. 

Baryte  hydratée. 
Strontiane  grise. 
idem  hydratée. 
Sous-carbonate  de  baryte. 
Hydrochlorate  de  baryte. 
Sous-carbonate  d’ammo¬ 
niaque. 

Hydrochlorate  -  d’ammo¬ 
niaque. 

Sublimé  corrosif. 
Proto-sulfate  de  mercure. 
Deuto-sulfate  idem. 
Proto-nitrate  idem. 
Deuto-nitrate  idem. 
Oxydes  d’étain  hydratés. 
Proto-hydrochlorate  d’é¬ 
tain  pur. 

idem  du  commerce. 
Deuto-hydrochlorate  d’é¬ 
tain,  blanc-jaunâtre. 
Oxyde  d’arsenic,  blanc. 
Acide  arsénique. 
Arséniates  solubles. 
Arsénites  solubles. 

Nitrate  d’argent  non  fondu. 
Oxydes  d’antimoine  hy¬ 
dratés. 

Bem’re  d’antimoine. 


Iode,  bleu-noirâtre. 

Foie’ de  soufre,  jaune,  ver¬ 
dâtre  ou  brunâtre. 
Deutoxyde  de  mercure, 
rouge. 

Protoxyde  de  mercure , 
noir. 

Sidfure  de  mercure,  rou- 

.• 

Turbith  minéral ,  jaune. 

T  urbith  nitreux ,  jaune. 
Oxyde  noir  d’arsenic. 
Poudre  aux  mouches , 
noire.  " 

Sulfure  d’arsenic  artificiel, 
jaune. 

Orpiment  natif,-  jaune. 
Réalgar  natif,  rouge. 
Oxyde  de  cuivre,  jaune, 
rouge ,  bleu  ou  vert. 
Sous-deuto-carbonate  de 
cuivre,  vert. 

Sulfate  de  cuivre ,  bleu. 
Nitrate  de  cuivre,  bleu. 
Chlorure  de  cuivre,  vert. 
Nitrate  d’argent  fondu, 
(  pierre  infernale  ) ,  brun. 
Kermès  rouge -brun.  " 
Soufre  doré,  jaune  orangé. 
Verre  d’antimoine,  jaune 
ou  rouge-hyacinthe. 
Protoxyde  d’étain  dessé¬ 
ché,  d’un  gris  jaunâtre 
ou  bleuâtre. 

Litharge,  d’un  jaune  rou¬ 
geâtre. 

Massicot  jaune. 

Minium  rouge. 

Oxyde  d’or  d’un  brun  noi¬ 
râtre. 


('378  ) 


Poisons  solides  blancs,  gris f  Poisons  solides  colores  en 
ou  d^un  blanc  tirant  lé-  jaune,  en  vert,  en  rouge 
gerement  sur  le  gris  ou  en  bleu  ou  en  noir,  ’ 
sur  le  jaune. 

Sous-hydroclilorate  d’an-  Hydrochlorate  d’or  d’un 
timoine.  jaune  foncé. 

Nitrate  de  bismuth.  Sulfate  de  fer,  vert. 

Sous-nitrate  (blanc  de  fard) . 

Nitrate  de  plomb. 

Céruse. 

Protoxyde  de,  plomb  hy¬ 
draté. 

Oxyde  de  zinc. 

Sulfate  de  zinc. 

Poisons  solides  blancs ,  gris ,  ou  d’un  blanc  tirant  légè¬ 
rement  sur  le  gris  ou  sur  le  jaune. 

220.  Parmi  les  poisons  solides  blancs  il  en  est  (jui  sont 
solubles  en  totalité  ou  en  partie  dans  l’eau  distillée; 
il  en  est  au  contraire  d’insolubles  dans  ce  liquide.  On 
introduira  une  petite  portion  du  poison  dans  une  fiole> 
on  ajoutera  de  l’eau  distillée ,  et  on  agitera  pendant 
quelques  minutes  ;  si  le  poison  n’est  pas  dissous ,  on 
fera  bouillir  le  mélange  pendant  12  à  i5  minutes  :  on 
retirera  la  fiole  du  feu ,  et  après  l’avoir  laissé  refroidir 
on  filtrera  le  liquide  quelle  contient  :  il  est  évident 
que  si  le  poison  est  très -soluble  dans  l’eau,  et  que 
celle-ci  ait  été  employée  en  suffisante  quantité, il  sera 
entièrement  dissôus  ;  au  contraire  il  en  restera  une 
portion  à  l’état  solide ,  s’il  n’est  pas  soluble  en  totalité, 
pu  si  l’on  n’a  pas  employé  une  suffisante  quantité  d’eau 
distillée  ;  supposons  quepar  l’une  ou  l’autre  de  ces  causes 


(379) 

iî  reste  sur  le  filtre  une  portion  de  matière  solide,  on 
s’assurera  qu’une  partie  du  poison  est  en  dissolution,  par 
la  saveur  marquée  du  liquide  filtré  (i).  Il  serait  impor¬ 
tant  de  pouvoir  indiquer  la  quantité  d’eau  distillée  qu’il 
faut  employer  pour  faire  la  dissolution  :  mais  on  ne 
saurait  donner  rien  de  précis  à  cet  égard ,  la  substance 
vénéneuse  qui  est  à  la  disposition  du  médecin  pou¬ 
vant  être  plus  ou  moins  abondante  :  nous  dirons  seu¬ 
lement  qu’il  faut  eii  général  employer  le  moins  d’eau 
possible,  afin  d’avoir  des  dissolutions  plus  concentrées. 

Poisons  solides  bl(^s\^  gris 
ou  hlancs-grisâtresy  inso-  ' 
lubies  dans  (Yoy. 

S  âip.) 

Phosphore. 

Sous-carbonate  de  baryte. 
Oxydés  d’étain  hydratés. 
Oxydes  d’antimoine,  id. 
Sous-hydrochlorate  d’anti¬ 
moine.  " 

Sous  -  nitrate  de  bismuth 
(blanc  de  fard  ). 

Çéruse. 

Oxyde  de  zinc  (i). 


(i)  D  ne  faut  pas  croire  cependant  qu’une  substance  puisse 
etre  regardée  comme  étant  insoluble  dans  l’eau  parce  qu’elle 
n’a  point  communiqué  de  saveur  à  ce  liquide,  car  l’expé^ 
rience  prouve  le  contraire  :  nous  voulons  dire  seulement  que 
pour  faciliter  la  résolution  du  problème  qui  nous  occupe, 
nous  ne  considérerons  comme  solubles  dans  l’eau  que  les 
corps  qui  communiquent  à  ce  liquide  une  saveur  marquée. 


Poisons  solides  blancs,  gris 
ou  blancs  -  grisâtres ,  sof^ 
lubies  dans  teau  en  to¬ 
talité  ou  en  partie. 

Acide  phosphorique. 

Potasse  à  l’alcohol. 

Potasse  à  la  chaux. 

Soude  à  l’alcohol. 

Sous-carbonate  de  potasse 
pur. 

Idemàu  commerce. 

Nitrate  de  potasse. 

Chaux. 

Baryte. 


(  38o  ) 

Strontiane,  Protoxyde  de  plomb  hv- 

Hydroehlorate  de  bai’yte.  draté.  (i)  ^ 

Sous-carbonate  d’ammo¬ 
niaque. 

Hydrochlorate  d’ammo¬ 
niaque. 

Sublimé  corrosif. 

Proto-sulfate  de  mercure. 

Deuto-sulfate  de  mercure. 

Proto-nitrate  idem. 

Deuto-nitrate  idem. 

Proîo- hydrochlorate  d’é¬ 
tain  pur. 

Idem  du  commerce. 

Deuto-hydrochlorate  d’é*- 
tain. 

Oxyde  blanc  d’arsenic. 

Acide  arsénique. 

Arsénites  solubles. 

Arséniate  de  potasse  et  de 
soude. 

Nitrate  d’argent  non  fondu. 

Nitrate  de  bismuth.. 

Nitrate  de  plomb. 

Sulfate  de  zinc.  ' 

Examen  des  substances  solahles. 


221.  Parmi  les  poisons  solides  blancs  solublès  dans 
1  eau  en  totalité  ou  en  partie,  les  uns  précipitent  par 


(i)  Il  est  légèrement  soluble  dans  l’eau ,  mais  il  ne  la  rend 
pas  sensiblement  sapide.  (^Vojez  la.  note  de  la  page  379.) 


Nous  avons  omis  à  dessein  de  faire  entrer  le  beurre 
d’antimoine  dans  le  tableau  relatif  à  la  solubilité  on  à  l’iriso-^ 
lubilité  des  poisons  solides  blancs  ,  parce  qu’il  est  facile  à 
reconnaître  à  sa  consistance  graisseuse  et  aux  autres  carac¬ 
tères  indiqués  §  77. 


(38i)  ' 

Yhydrosulfate  sulfuré  de  potasse ,  les  autres  ne  se  sont 
point  troublés  par  ce  réactif. 

Dissolutions  des poisons  so-  Dissolutions  des  poisons  so~ 
lides  blancs  qui  précipitent  lides  blancs  qui  ne précipi- 

par  Vhjdrosufate  sulfuré  tent  point  par  Vhydrosul- 

de  potasse.  ,  fate  sufuré  de  potasse. 


Acide  phosphorique  ,  en  Potasse  à  l’alcohol. 

blanc.  à  la  chaux. 

Sublimé  corro-\  Soude  à  l’alcohol. 

sif,  en-noir.  j  >  _  Sous-carbonate  de  potasse 
Proto-sulfate  de  |  .  pur. 

mercure,  idem.  S  Idem  du  commerce. 

Deuto-sulfatedè  !  as  IN^itrate  de  potasse. 

mercure,  idem,  f Eau  de  chaux.  - 

Proto-nitrate  de  j  »  .  .  Eau  de  strontiane. 

mercure,  R, Eau  de  baryte. 
Deuto-nitrate  de  )  Hydrochlorate  de  baryte, 

mercure,  Sous  -  carbonate  d’ammo- 

Proto-hydrochlorate  d’é-  niaque. 

tain  pur ,  en  chocolat.  Hydrochlorate  d’ammo- 

Idem  du  commerce  ,  en  niaque. 

^oir.  Oxyde  blanc  d’arsenic. 

Acide  arsénique,  en  blanc-  ^Arséniates  solubles, 
jaunâtre  ou  en  jaune.  Arsénites  de  potasse  et  de 
Nitrate  d’argent  non  fondu,  soude. 

en  brun  noirâtre. 

Nitrate  de  bismuth,  en 
noir.  , 

Nitrate  de  plomb , 

Sulfate  de  zinc  pur,  en 
blanc-jaunâtré. 

Idem  du  commerce ,  en 
brun-foncé. 


222.  Parmi  les  dissolutions  aqueuses  des  poisons  so- 
hdesblancs  qui  précipitent  par  l’hydrosulfate  sulfuré  de 
potasse,  il  en  est  qui  précipitent  par  la  potasse  caus- 


(  382  ) 

tique  à  l’alcohol ,  et  d’autres  qiii  rie  sont  point  troti. 
blés  par  ce  réactif. 

Dissolutions  précipitées  par  Dissolutions  qui précipîiént 
Vhydrosulfàte  sulfuré  de  par  le  même  hjf>osvi- 
potasse,  et  qui  précipitent  fate,  et  qui  né  précîpüékt 
par  une  petite  quantité  de  point  par  la  potàssedVal. 

potasse  a  Valcohol.  cohol. 

Sublinaé  corro-\  Acide  phosphoriquë  4.: 

sif.  I  .  Acidearsénique(i)-i- 

Beuto*sulfatede(e^J»yi»e.  a  ^  y -r 

mercure.  /  serin.  -  distinguérâ  aisé- 
Deuto  -  nitrate  ,  1  ment  cès  deux  acides  ;  fâ- 

idem.  J  eide  phosphorique,  uni  àla 

Proto-sulfate  de  V  soude ,  précipite  le  nitrate 

mercure.  d’argent  en  j aune-serin \ 

Proto  -  nitrate ,  |  *  tandis  que  l’àcide  ârsé- 

idem.  )  nique ,  uni  au  même  aî- 

Proto -hydroehlorate  d’é-  cali,  fournit  avec  le  ni- 
tain  pu,r,  en  blanc.  trate  d’argent  ün  précipité 

Ideni  du  commerce,  en  rouge-brique, 
blanc. 

Deuto  -  bydrochlorate  d’é- 
tairi ,  en  blanc. 

Nitrate  d’argent  non  fon¬ 
du,  en  olive.  * 

Nitrate  de  bismuth,  en 
blanc. 

Nitrate  de  plomb,  en  blanc. 

Sulfate  de  zinc  pur,  en 
blanc.  '  ' 

Idem  du  commerce ,  en . 
blanc-jaunâtre. 


(i)  Le  signe  +  dont  nous  faisons  souvent  usage  indique 
que  le  poison  est  reconnu.  Néanmoins  il  est  du  devoir  du 
médecin  chargé  de  fairè  l’ainalyse  de  la  substance  vériériéusé 


(  383  ) 

223.  Parmi  les  dissoluions  précipitées  par  Thydro- 
sulfate  sulfuré  dépotasse,  et  qui  précipitent  par  la  po¬ 
tasse,  il  en  est  qui  fortrnissent  un  précipité  blanc, 
d’autres  qui  donnent  un  précipité  jaune,  noir  ou  olive. 

Dissolutions  qui  précipitent  Dissolutions  qui  fournissent 
en  blanc ,  en  blanc-jaunà-  ,  avec  la  potasse  h  Valeohol 
tre  ou  en  blanc -'vérdâtre  un  précipité  qüi  n’est  pas 
par  la  potasse  a  l’alcoh  ’  ” 

Proto  -  hydrochlorate  d 
tain  pur. 

Idèm  du  commerce. 

Deuto- hydrochlorate  d 
tain. 

Nitrate  de  bismuth,  < 

Nitrate  de  plomb. 

Sulfate  de  zinc  pur. 
idem  du  commerce. 


Les  dissolutions  qui  précipitent  en  blanc,  en  bïane- 
jaunatre  ou  èri  blanc-verdâtre  par  la  potasse,  ne  se  com¬ 
portent  pas  toutes  de  la  même  manière  avec  l’aeide  hy- 
drochlorique. 


de  vérifier,  avant  de  prononcer  sur  l’èxistence  du  poison, 
si  la  substance  marquée  par  le  signe  -+ jouit  dés  propriétés 
énoncées  dans  la  première  section  Se  ce  livre  ,  où  elle  a  été 
décrite. 


jaune- 


Sublimé  corro¬ 
sif -f-.  . 

Deuto-sulfate  de  * 
mercure  +.  ,  . 

Deuto  -  nitrate  ,  I  ç 

idem j  ^ 

Proto-Sulfate  dè  \ 
mereurè  -p-.  j  ,  .  ,  " 

Proto  -  nitrate ,  j  noir. 

idem  +.  ) 

Nitrate  d’argent  noîi  fon¬ 
du,  en  olive  -f-. 

Pour  distinguer  les  sul¬ 
fates  des  nitrates  de  mer¬ 
cure  et  du  sublimé  corro¬ 
sif,  'vofez  S  45. 


(  384  ) 

Dissolutions  qui  ne  sont  Dissolutions  qui  précipitent 
point  précipitées  par  Va-  par  V acide  hjdrocklo^ 
eide  hydrochlorique.  rique.  ' 

Proto-iiydrochlorate  cl’é-  Nitrate  de  plomb ,  en 

tain  pur.  blanc  -j- . 

Idem  àvL  commerce.  ‘ 

Deuto-hydrochloràte  d  e- 
tain. 

Nitrate  de  bismuth. 

Sulfate  de  zinc  pur. 

Idem  du  commerce. 

Parmi  les  dissolutions  qui  ne  s^ont  point  précipitées 
pari  acide  hydrocblorique,  celle  du  proto-hy drochiorate 
d  etain  pur  précipité  chocolat  par  l’hydrosulfate  sul¬ 
furé  de  potasse -f-;  celle  de  deuto-hydrochlorate  d’étain 
fournit  avec  le  même  réactif  un  précipité  jaune-}-;  celle 
de  sulfate  de  zinc  pur  donne  un  précipité  blanc-jau- 
natre  -j-,  d  ou  il  suit  qu’il  sera  très-facile  de  distinguer 
ces  trois  dissolutions.  Quant  aux  trois  autres,  savoir  :  le 
proto-hydrochlorate  d’étain  du  commerce,  le  nitrate 
de  bismuth ,  et  le  sulfate  de  zinc  du  commerce ,  elles 
précipitent  en  noir  ou  en  hrun~foncé  par  l’hydrosulfate- 
suifuré  de  potasse  :  on  distinguera  le  proto-hydrochlo¬ 
rate  d’étain  du  commerce  des  deux  autres ,  par  la 
propriété  qu’il  a  de  précipiter  en  brun-noirâtre  par  l’hy- 
drochlorate  d’or  +  ;  le  nitrate  de  bismuth  sera  distingué 
du  sulfate  de  zinc  du  commerce  parce  qu’il  fournit 
par  la  potasse  un  oxyde  blanc  qui  devient  jaune  lors¬ 
qu’on  le  dessèche  4-  ,  tandis  que  le  sulfate  de  zinc  donne 
avec  ’la  potasse  un  oxyde  bla:nc-verddtre  qui  ne  change 
point  de  couleur  par  la  dessiccation  -}-. 

224.  Après  avoir  terminé  tout  ce  qui  est  relatif  aiis. 


(  385'  ^ 

poisons  solides  dissous  dans  l’eau  qui  précipitent  par 
l’hydrosulfate  sulfuré  de  potasse,  nous  devons  parler 
de  ceux  qui  ne  précipitent  point  par  ce  réactif.  ( 
§,221.)  Or  ces  derniers  se  distinguent  en  ceux  qui  ver¬ 
dissent  le  sirop  de  violettes,  et  ceux  qui  ne  jouissent 
point  de  cette  propriété. 

Poisons  dissous  ne précipL-  Poisons  dissous  ne  précipi-^ 
tant point  par  V hydros  al-  tant point  par  le  même  hy- 
J^ate  sulfuré  de  potasse^  drosulfàteetne-verdi0arit 
et  ojerdissant  le  sirdp  de  .  point,  le  sirop  de  •violettes^ 
'violettes.  (  pag.  38 1 .) 

Potasse  à  l’alcoliol.  Nitrate  de  potasse. 

Potasse  à  la  cliaux.  Hydrochlorate  de  baryte. 

Soude  à  l’alcohol.  Hydrochiorate  d’ammo- 

Sous-carbonate  de  potasse  niaque. 

purf  Arséniates  solubles. 

du  commerce.  Oyxde  blanc  d’arsenic  (i). 

Eau  de  chaux. 

Eau  de  baryte. 

Eau  de,  strontiàne. 

Sous  -  carbonate  d’ammo- 
niaque.  , 

Oxyde  blanc  d’arsenic. 

Arsénites  de  potasse  et  de  ' 

sonde. 


225.  Parmi  les  poisons  qui  jouissent  de  la  propriété 


(ï)  L’oxyde  blanc  d’arsenic  doit  être  rangé  parmi  les 
poisons  qui  verdissent  le  sirop  de^violettes  ;  néanmoins  nous 
le  plaçons  également  parmi  ceux  qui  ne  le  verdissent  point  : 
en  effet  il  arrive  souvent  que  le  changément  de  couleur  du 
sirop  est  si  peu  marqué,  qu’il  est  très -difficile  de  pronon¬ 
cer  s’il  a  eu  lieu. 

aS  ■ 


.(  386  ) 

de  verdir  le  sirop  de  violettes  ,  il  en  est  un  qui  répand 
l’odeur  d’alcali  volatil;  c’est  le  sous-carhonate  d’ammor- 
niaque-\-'.\es  autres  sont  inodores,  et  peuvent  être  par¬ 
tagés  en  deux  séries. 

Ceux  qui  précipitent  par  le  Ceux  qui  ne  précipitent 
sous-carbonatedepotasse.  point  par  le  sous-carbonate 

de  potasse. 

Potasse  à  l’alcohol. 

Id.  à  la  chaux. 

Soude  à  l’alcohol. 
Sous-carbonate  de  potasse 
pur. 

Id.  du  commerce. 

Oxyde  blanc  d’arsenic. 
Arsénites  de  potasse  et  de 
soude.  • 

226.  On  distinguera  facilement  les  eaux  de  chaux, 
de  baryte  et  de  strontiane;  car  l’acide  sulfurique  ne 
trouble  point  l’eau  de  chaux ,  et  précipite  en  blanc  les 
eaux  de  baryte  et  de  strOntiane:  si  on  transforme  ces 
deux  alcalis  en  nitrates ,  et  qu’on  les  traite  par  l’al- 
cobol ,  on  verra  que  l’alcohol  strontiane  brûle  avec 
une  belle  flamme  pourpre,  tandis  que  l’autre  brûle 
comme  s’il  était  seul. 

Parmi  les  poisons  qui  ne  précipitent  point  parle  sous- 
carbonate  de  potasse  {vof.  %  226) ,  il  n’en  est  qu’un  qui 
précipite  par  l’acide  bydrosulfurique  (hydrogène  sub 
furé);  cestV oxjde  blanc  d’arsenic'',  on  le  reconnaîtra 
donc  au  précipité  jaune  qu’il  fournira  +.  En  outre , 
un  de  ceux  qiTr  ne  précipitent  point  par  l’acide  hy¬ 
drosulfurique ,  précipite  en  jaune  lorsqu’on  emploie 


Eau  de  chaux  +. 
Eau  de  strontiane  +, 
Eau  de  baryte  -f-. 


(%) 

cet  acide  et  quelques  gouttes  d’acide  nitrique  :  c’est 
Xarsénite  de  potasse  ou  de  soude  +.  Quant  aux  autres  5 
on  peut  les  partager  en  deux  séries. 

Poisons  qui  précipitent  en  Poisons  qui  ne  précipitent 
jaune -serin  par  Vhjdro-  point  par  Vhfdrochlorate 
chlorate  de  platine.  de  platine. 

Potasse  à  l’alcoïiol.  Soude  à  l’alcôliol  -p. 

Potasse  à  la  chaux. 

Sous-carbonate  de  potasse 
pur. 

Id.  du  commerce. 

L’acide  nitrique  versé  sur  ces  quatre  variétés  de  po¬ 
tasse  servira  à  les  distinguer  :  les  deux  sous-carbonates 
produiront  une  vive  effervescence  due  au  dégagement 
du  gaz  acide  carbonique,  tandis  que  la  potasse  àl’al- 
cobol  et  la  potàsse  a  la  chaux  ne  subiront  aucune 
altération,  ou  tout  au  plus  laisseront  dégager  un  péU 
d’acide  carbonique  qu’elles  avaient  absorbé  à  l’air. 
(  V Jjr.  S  19  et  §  24  pour  les,  différences  qu’il  y  a  entre 
la  potasse  à  l’alcobol  et  la  potasse  à  la  chaux,  et  entre 
le  sous-carbonate  de  potasse  pur  et  celui  du  commeree.) 

227.  Revenons  maintenant  aux  poisons  dissous  qui 
n’-ont  point  précipité  par  l’hydrosulfate  sulfuré  de  po¬ 
tasse,  et  qui  ne  verdissent  point  le  sirop  de  violettes. 
{Fojr.  pag.  385.  )  Il  n’en  est  qu’un  qui  précipite  par 
l’acide  hydrôsulfurique;.  c’est  Xoocpde  blanc  d’ arse¬ 
nic Les  autres  peuvent  être  partagés  en  deux  séries. 


(388) 

■Çeux  qui  ne  ^  précipitent  Ceux  qui  précipitent  par  U 
point  par  le  sousrçarbo-  sous-carhonate  d^amrno^ 

note  d’ ammoniaqite.  riiaque.  ‘ 

Nitrate  de  potasse,  ,  Hydrochlorate  de  bary- 
Hydrochlorate  d’ammo-  te.+ 
niaque. 

Arséniates  solubles. 

Uhjdrochlorate  d^ ammoniaque  sera  reconnu  à  la 
propriété  qu’il  a  de  dégager  de  l’ammoniaque  re¬ 
connaissable  à  son  odeur,  lorsqu’on  le  triture  aTec  de 
la  chaux  vive  +  ;  Les  arséniates  solubles  fournissent 
un  précipité  rouge  -  brique  avec  le  nitrate  d’argent 
dissous -f-.  Enfin  le  nitrate  de  potasse  serai  celui  des 
trois  sels  dont  nous  parlons  qui  ne.se  comportera  pas 
avec  la  chaux  et  avec  le  nitrate  d’argent  comme  nous; 
venons  dè  le  dire  ;  d’ailleurs  on  examinera  s’il  jouit 
des  propriétés  indiquées  §  a5 ,  en  faisant  son  histoire. 

VINGT-NEUVIÈME  LEÇON. 

228.  Après  avoir  exposé  tout  ce  qui  est  relatif  aux 
poisons  solides  blancs-gris ,  ou  d’un  blanc  légèrement 
jaunâtre,  solubles  en  totalité  ou  enpartie  dans  Veau  dis- 
■  tillée,  nous  allons  parler  des  poisons  solides  blancs  in¬ 
solubles  dans  l’eau.  (  Voy.  §  220.) 

229.  Parmi  ces  poisons  il  n’en  est  qu’un,  le  phosphore, 

qui  étant  en  contact  avec  l’air  répande  une  fumée  d  une 
odeur  d’ail.  Les  autres  seront  divisés  en  deux  séries 
par  l’acide  nitrique  pur.  • 


(38g) 

Poisons  solides  blancs  so-  Poisons  solides  blancs  ne  se 
lubies  en  totalité  dans  Va-  dissolirant  point  ou  né  se 
eide  nitrique  pur  a  la  tem-  dissolvant  qu  ’en  partie 

pérature  ordinaire.  dans  F  acide  nitrique  pur  a 

la  température  ordiriaire. 
Fof  .  pag.  379,}  .  ^ 

Protoxyde  de  \  Protoxyde  de- \' 

plomb  hydraté.  I  sans  tain.  '  j  . 

Oxyde  de  zinc,  l  efferves-  Deutoxyde  d’é-f 
Sons -nitrate  de  1  cence.  tain.  >  hydratés 

bismuth.  J  Protoxyde  d’an-| 

Sous -carbonate]  timoine.  | 

de  bary  te.  f  ^  avec  DeutOxydé  id.  J  ' 

Idem  de  plomb  j  efferves-  Sous-hydrochlorate  d’açi- 
(céruse).  J  cence.  timoine. 

Si  le  poison  est  entièrement  dissous  par  l’acide 
nitrique  effervescence  ,  on  versera  deux  ou  trois, 
gouttes  d’acide  sulfurique  dans  la  dissolution  du  nitrate, 
il  se  produira:  un  précipité  blanc  si  c’est' du 
de  plomb  hydraté  -f-  .-  au  contraire  il  n’y  aura  point  de 
précipité  si  c’est  de  l’oxyde  de  zinc  ou  du  sous-nitrate 
de  bismuth;  pour  distinguer  ces  deux  corps,  on  trai¬ 
tera  la,  dissolution  nitrique,  par  l’eau;  ïe  nitraJe  de 
zz«ç  ne. ;sera  point  précipité  +;  tandis  que  \q  nitrate 
de  bismuth  fournira  un  précipité  blanc  +.  Supposons 
maintenant  que  la  dissolution  du  poison  dans  l’acide 
nitrique  ait  eu  lieu  avec  effervescence,  on  y.  versera 
de  1  acide  hydrosuifurique  qui  précipitera  en  noir  la 
dissolution  de  céruse  4-,  et  qiiî  ne  troublera  point  celle 
du  sous-carbonate  de  baryte  -p. 

aSo.  Les  poisons  solides  blancs  insolubles  dans 
leau  et  dans  l’acide  nitrique  pur,  savoir  :  les  oxydes 
d  étain  et  d’antinioine ,  et  le  sous-hydrochlorate  d’an- 


(  390  ) 

timolne  (  vojez  §  aap  )  ,  seront  traités  à  froid  ou  à 
température  de  l’ébullition  par  l’acide  hydrochlorique 
pur  étendu  d’eau,  qui  les  dissoudra  en  totalité  ou  en 
partie  :  on  filtrera  la  liqueur;  Fhydrochlorate  formé 
précipitera  différemment  avec  les  hydrosulfates  ;  celui 
de  protoxyde  d’étain  fournira  un  précipité  chocolat +; 
l’hydrochlorate  de  deutoxyde  du  même  métal  précipi¬ 
tera  en  jaune  +  ;  enfin  les  hydrochlorates  d’oxyde  d’an¬ 
timoine  donneront  un  précipité  orangé  plus  ou  moins 
rougeâtre  -p. 

23 1  .  Après  avoir  indiqué  tout  ce  qui  est  relatif  aux 
poisons  solides  blancs ,  ou  d’un  blanc  légèrement  jau¬ 
nâtre  ,  nous  allons  nous  occuper  de  ceux  qui  sont  co¬ 
lorés  en  jaune,  en  vert,  en  rouge,  en  blemou  en  noir. 
(  y^ojez  S  219  ).  On  traitera  ces  poisons  par  l’eau  di^ 
tillée  comme  nous  l’avons  dit  §  220. 

P  oisons  colores  solubles  en  Poisons  colorés  insolubles 
totalité  oii  en  partie  dans  daris  Veau  distillée.  (  F. 
l  eau  distillée.  3yd). 

Foie  de  soufre.  Phosphorejaune  ou  rouge. 

Sulfate  de  cuivre  bleu.  Protoxyde  de  mercure, 
Nitrate  de  cuivre  bleu.  Deutoxyde  fi/e/re  jaune  ou 
Chlorure  de  cuivre  vert.  rouge. 

Nitrate  d’argent  fondu  Cinnabre. 

(  pierre  infernale.  )  Turbith  minéral. 

Hydrochlorate  d’or  jaune.  Turbith  nitreux. 

Sulfate  de  fer  vert  oujaune.  Oxyde  noir  d’arsenic. 

, rougeâtre.  Poudre  aux  mouches. 

Deutoxyde  de  mercure  Sulfure  d’arsénic  artificiel, 
jaune  ou  rouge  (i).  Orpiment. 

(i)  Le  deutoxyde  de  mercure  est  assez  soluble  dans  l’eau 
pour  lui  communiquer  !  une  saveur  métallique  :  néanmoins 
nous  croyons  devoir  prévenir  le  lecteur  qu’il  reste  presqu’en 
entier  dans  la  fiole  dans  laquelle  on  le  fait  bouillir ,  en  sorte 


(  391) 

Réalgar. 

Oxydes  de  cuivre. 

Sous- deuto- carbonate  de 
cuivre.  ; 

Kermès. 

Soufre  doré. 

Verre  d’antimoine. 
Protoxyde  d’étain  dessé»- 
cRé. 

Litharge  (i). 

Massicot.  I 
Minium. 

Oxyde  d’or. 

Iode  (2). 

282.  Parmi  les  poisons  colorés  solubles  en  totalité 
ou  en  partie  dans  l’eau^,  il  en  est  qui  précipitent  par 
l’hydrosulfate  sulfuré  de  potasse ,  et  d’autres  qui  ne 
précipitent  point. 


Poisons  colorés  dissous  pré¬ 
cipitant  par  Vhydrosid- 
fate  sulfuré  de  potasse. 

Sulfate  de  cui-V 
vre.  1 

Nitrate  de  cui-f 
vre.  I  noir. 

Chloruré  de  cui- 1 
vre,  1 


Poisqns  colorés  dissous  ne 
précipitant  point  par  cet 
hjdrosulfate. 

Foie  de  soufre.  + 

Le  foie  de  soufre  dissous 
dans  l’eau,  rais  en  contact 
'  avec  l’acide  suif  urique  lais¬ 
se  précipiter  du  soufre ,  et 


que  1  on  serait  tenté  de  croire  qu’il  n’y  en  a  pas  eu  de  dis¬ 
sous  :  c  est  ce  qui  nous  engage  à  le  ranger  à  la  fois  parmi  les 
poisons  solubles  et  parmi  ceux  qui  ne  le  sont  point. 

(1)  La  litharge  est  légèrement  soluble  dans  l’eau,  mais 
sans  lui  communiquer  de  saveur  marquée.  {Voy.  la  note  de 
la  page  37p.) 

(2)  L’iode  est  à  peine  soluble  dans  l’eau néanmoins  il 
communique  à  ce  liquide  une  légère  teinte  jaune  d’ambre. 


(  %  2  ). 

Nitrate  d’argent  fondu  Où  dégage  du  gaz  acide  hydro. 

pierre  infernale,  en  noir,  sulfuritjue. 

Hydrochlorate  d’or,  en  ; 
noir. 

Sulfate  dé  fer,  en  noir. 

Deutoxyde  de  mercure, 
en  noir.. 

Parmi  les  substances  colorées  dissoutes  précipitant 
par  les  hydrosulfates,  le  deutoxyde  de  mercure  est 
jaune-serin  ou  rouge  -p.  Les  autres  peuvent  être  dis¬ 
tinguées  au  moyen  de  la  potasse  à  l’alcohol,  qui  pré¬ 
cipite  le  nitrate  d’argent  en  olive  +  ;  le  sulfate  de  fer 
en  ziêrf  ou  en  jaune-rougeâtre  suivant  qu’il  est  plus  ou 
moins  oxydé  +  ;  le  sulfate,,  le  nitrate  ou  le  chlorure 
de  cuivre  en  hleu  -p  ,*  enfin  l’hydrochlorate  d’or  n’est 
point  précipité  par  la  potasse  à  froid  +.  (  Voyez  § 
65  et  67  pour  les  caràctères  qui  distinguent  le  sul¬ 
fate  du  nitrate  de  cuivre.  ) 

'233".  Les  poisons  colorés  insolubles  dans  l’eau  distillée 
jvoyez  pag.  390)  peuvent  être  partagés  en  trois  séries: 


Poisons  d  ’un jau~ 
ne  chÔT  ou  dhme 
"couleur  verte 
hleue ,.  brune  ou 
noire.. 


Poisons  d’une 
couleur  rouge 
intense.'  N Qj. 
pag.  390). 


Poisons  autre¬ 
ment  colorés'. 
{Noj.pag.Z^o) 


Phosphore  jau¬ 
ne. 

Deutoxyde  de 
mercure  hydra¬ 
té,  jaune. 

Turbith  miné- 
fal,  jaune. 

T  urbith  nitreux, 
jaune. 


Phosphore  rou¬ 
ge.  : 

Deutoxyde  de 
mercure  sec. 
Cinnabre  (  sul- 
.  fure  de  mer¬ 
cure). 

Réalgar  (  sulfure 
d’arsenic.  ) 


Sulfure  d’arsenic  ’ 
artificiel  d5m 
jaune  orangé. 
Protoxyde  de 
■  cuivre  hydraté 
d’un  jaune  rou¬ 
geâtre. 

Soufre  doré  d’an-  ' 
timbine ,  oran- 


Orpiment,]  aune. 

(393) 

Kermès. 

gé-rougeâtre. 

Massicot ,  jaune. 

Minium. 

Litharge  ,  d’un 

Sous-deuto- car¬ 

Protoxyde  de 

jaune  rougeâ-' 

bonate  de  cui¬ 

cuivre  sec. 

tre, 

vre,  vert. 

Protoxyde  d’é¬ 

Iode,  bleuâtre. 

tain  desséché , 

Deuxtoxyde  de 

d’un  gris  tirant 

cuivre  hydraté, 

sur  le  jaune. 

bleu. 

Verre  d’antimoi¬ 

Protoxyde  de 

ne  en  fragmens 

mercme,  noir. 

couleur  d’hya¬ 

Oxyde  noir  d’ar¬ 

cinthe. 

senic. 

Tritoxyde  de 

Poudre  aux  mou¬ 

plomb  puce. 

ches,  noire. 
Deutoxyde  de 

- 

cuivre  sec,  brun. 
Oxy  de  d’or,  brun . 
Verre  d’antimoi¬ 
ne ,  pulvérisé , 

jaune-paille. 

234.  Parmiles  poisons  solides  de  la  première  série  jil 
en  est  un  qu  il  èsfe  aisé  de  reconnaître  à  l’odeur  alliacée 
qüil  exhale  j  c’est  le  phosphore Les  autres  peuvent 
être  distingués  en 

Poisons  d’un  Poisons  bruns  ou  Poisons  verts  ou 
jaune  clair.  noirs.  (N .  pag.~  bleus.  /  Voyez  . 

39a. 


Deutoxyde  de’ 
mercure  hydra-- 
té.  ^ 

Turbith  miné¬ 
ral. 

Turbith  nitreux. 

Orpiment. 

Massicot. 

Verre  d’antimoi¬ 
ne  pulvérisé. 


Oxyde  d’ôr  brun. 
Oxyde  noir  d’ar¬ 
senic.  ; 
Poudre  auxmbu- 
ches,  noire. 
Deutoxyde  de 
cuivre  sec,  brun. 
Protoxyde  de 
mercure,  noir. 


Sous  -  déuto-car- 
;  bonate  de  cui¬ 
vre  vert. 
Deutoxyde  de 
cuivre  hydraté, 
bleu. 

Iode  d’un  bleu 
foncé. 


(  394  ) 

Pour  déterminer  la  nature  du  poison  d’un  jaune 
clair ^  on  le  fait  chauffer  dans  un  tul:)e  de  verre  étroit  ‘ 
long  de  vingt -cinq  à  vingt -huit  centimètres,  et  l’on 
observe,  au  bout  de  trois  ou  quatre  minutes  d’une 
chaleur  rouge,  que  l’orpiment,  le  massicot  et  le  verre 
d’antimoine  ne  sont  point  décomposés,  tandis  que  les 
trois  autres  fournissent  du  mercure  métallique.  On  re¬ 
connaîtra  le  deutoxyde  de  mercure,  le turbith minéral 
et  le  turbith  nitreux,  en  les  faisant  bouillir  pendant 
quelques  minutes  avec  de  la  potasse  à  l’alcohol  et 
de  l’eau  distipée  :  le  turbith  minéral  (  sous-sulfate  de 
mercure)  donnera  naissance  à  du  sulfate  de  potasse -+■; 
le  turbith  nitreux  (sous-nitrate  de  mercure)  fournira  du 
nitrate  de  potasse +;  le  deutoxyde  de  mercure  pur  ne 
formera  point  de  sel  avéc  la  potasse  §  46 

et  20  pour  la  manière  de  constater  s’il  se  forme  du  sul¬ 
fate  ou  du  nitrate  de  potasse).  Quant  à  Y  orpiment  ^a.\x 
massicot  et  au  verre  d’çmtimoine  qui  n’ont  point  été  dé¬ 
composés  dans  le  tube  de  verre ,  il  est  aisé  de  les  dis¬ 
tinguer  :  en  effet  l’orpiment  (sulfure  d’arsenic),  chauffé 
dans  un  petit  tube  de  verre  avec  de  la  potasse,  se  dé¬ 
compose  et  fournit  de  l\arsenio  métallique  dont  les  ca¬ 
ractères  pnt  été  exposés  page  88 +  ;  le  massicot  se  dis¬ 
sout  dans  l’acide  nitrique  à  l’aide  d’une  légère  chaleur 
et  donne  du  nitrate  de  plomb  qui  précipite,  comme 
l’acétate,  par  les  réactifs  indiqués  §  83  -f-;  le  verre  d’an¬ 
timoine  se  dissout  en  totalité  ou  en  partie  dans  l’acide 
hydrochlorique,  et  fournit  un  hydrochlorate  qui  pré¬ 
cipite  en  blanc  par  l’eau ,  et  en  orangé-rougeâtre  par 
les  hydrosulfates  -f-. 

Parmi  les  poisons  bruns  ou  noirs  {Voy,  §  234)  ?  il 
est  trois  qu’il  est  aisé  de  distinguer  à  l’aide  des  charbons 


(  395  ) 

ardens  ;  l’osydè  d’or  se  décompose  en  oxygène  et  en  or 
métallique  qui  reste  appliqué  sur  les  charbons  -q-  ; 
l’oxyde  noir  d’arsenic  et  la  poudre  aux  mouches  se 
transforment  en  oxyde  blanc  d’arsenic  volatil  qui 
répand  .une  fumée  blanche  d’une  odeur  alliacée  +, 
Quant  au  deutoxyde  de  cuivre  sec  d’une  couleur 
brune  ,  on  le  dissoudra  dans  l'acide  sulfurique  étendu , 
et  on. obtiendra  du  deuto-sulfate  dé  cuivré  bleu,  dont 
les  caractères  ont  été  exposés  §  65  -+-•  be  protoxyde  de 
mercure  noir  se  dissout  dans  l’acide  nitrique  affaibli, 
ét  produit  un  nitrate  facile  à  reconnaître  -p.  (  Voyez 

§45.)  .  ’ 

Parmi  les  poisons  verts  otx  Meus  (  Voy.  §  284),  il  en 
en  est  un ,  l’iode ,  qui ,  étant  mis  sur,  une  plaque  de  fer 
chauffée ,  se  volatilise  et  répand  des  vapetus  d’un  très- 
beau  violet +;  le  sous- deuto- carbonate  de  cuivre 
vert,  et  le  dèutoxyde  de  cuivre  bleu  hydraté  qui  ne, 
se  comportent  pas  ainsi  sur  la  plaque  de  fer ,  seront 
mis  en  contact  avec  l’acide  sulfurique  étendu;  le  sous- 
carbonàte  sera  dissous  avec  ejfervespence  dissolu¬ 
tion  de  deutoxyde  se  fera  sans  ejf  'ervescence ;  l’un  et 
1  autre  fourniront  du  deuto-sulfate  de  cuivre.  (  Vorez 
§65). 

235.  Si  le  poison  appartenait  à  la  2®  série  (^voyèz 
pag.  392)  qu  il  fut  d  une  couleur  rouge  intense  et  qu5i 
répandit  une  odeur  alliacée,  ce  serait  du  phosphore 
plus  ou  moins  oxydé  -p;  s’il  n’en  était  pas  ,  on  exa¬ 
minerait  s  il  est  soluble  dans  l’acide,  hydrochlori que 
pur. 


.(396) 

Poisons  d’unrougeintense,  Poisons  d'aune  couleur  rou- 

solubles  en  totalité  ou  en  .  ge  intense,  non  dissous  ou  ' 
partie  dans  V  acide  hjr-  décomposés  pari’ acide  hj- 

drochldriqué  pur  d  une  drochlorique  pur  d  une 
température  peu  élevée.'  températuré  peu  élevée. 

Deutoxyde  de  mercure  sec.  Cinabre.  '  _ 

Kermès.  Réalgar. 

Protoxyde  de  cuivre.  Minium. 

La  dissolution  du  deutoxyde  du  mercure  dans  l’acide 
by drochlorique  précipite  en  jaune-serin  par  un  excès 
de  potasse  +  :  celle  du  kermès  précipite  en  blanc  ou  en- 
orangé  par  l’eau,  suivant  la  manière  dont  elle  a  été  ^ 
faite,  et  les  hydrosulfates  y  font  naître  un  précipité 
orangé,  tirant  plus  ou  moins  sur  le  rouge +  ;  l’hydro- 
cblorate  de  cuivre  précipite  en  jaune-orangé  par  la'  po¬ 
tasse,  et  devient  bleu  par  l’addition  de  l’ammoniaque. 

Si  le  poison  d’une  couleur  rouge  n’était  point  dis-' 
sous  par  l’acide  hydrochlorique ,  et  qu’il  eût  été  trans¬ 
formé  par  cet  acide  en  une  poudre  blanche,  ce  serait 
du  minium (ï) d’ailleurs  on  s’en  assurerait  en  le  - 
faisant  chauffer  avec  de  l’acide  nitrique  {'v.  §  89  ).  Quant 
au  cinahre  et  Auréalgar,-  ou  les  distinguera  facilement 
en  les  mêlant  avec  de  la  potasse ,  et  en  faisant  rougir  le 
nàélange  pendant  quelques  minutes  dans  un  petit  tube 
de  verre;  le  réalgar  (sulfure  d’arsenic)  fournira  de 
1  arsenic  métallique -f-  (^'voy.  §.  54)  J  le  cinnabre  (sul¬ 
fure  de  mercure)  donnera  des  globules  de  mercure-f- 
C^ojr:§44).  .  ■  . 


(i)  Gette  poudre  est  du  chlorure  de  plomb. 


(  397  ) 

-  Si  le  poison  soliHe  est  autrement  co/c?re  ['v.  pag.  Spa), 
on  commencera  par  examiner  si  c’est  dd  tritoxyde  de 
plomb  :  il  est  très-pesant,  dè  couleur  puce,  et  passe 
à  l’état  de  massicot  jaune  lorsqu’on  le  calcine  dans  ùn 
creuset  +.  Si  le  poison  n’est  pas  du  tritoxyde  de  plomb, 
on  le  fera  bouillir  pendant  quelques  minutes  avec  de 
l’acide  hydrochlorique  pur  et  concentré;  on  laissera 
refroidir  le  mélange  ,  et  on  filtrera;  le  d’ar¬ 
senic  d’un  jaune  orangé  restera  sur  le  filtre,  et 

l’on  reconnaîtra  qu’il  n’y  en  a  point  eu  de  dissous,  en 
versant  dans  le  liquide  filtré  de  l’eau  et  de  l’hydrpsul- 
fate  de  potasse ,  réactifs  propres  à  déceler  la  pré¬ 
sence  de  l’bydrochlorate  d’arsenic  concentré  +.  Les 
autres  poisons  colorés  dont  nous  nous  occupons,  tels 
que  les  protoxydes  de  cuivre  et  d’étaiti ,  le  soufre  doré 
et  le  verre  d’ antimoine^  ainsi  que  la  litharge,  auront 
été  dissous  en  totalité  ou  en  partie  V &c\àe  hydro- 
clilorique,  comme  on  pourra  s’en  assurer  en  examinant 
le  liquide  filtré,  qui  jouira  des  propriétés  des  bydrochlo- 
rates  de  ces  métaux.  Parmi  ces  hydrochlorates ,  il  en  est 
un  qui  précipite  en  jaune-orangé  par  la  potasse,  c’est 
celui  de  protoxyde  de  cuivre -y les  autres  précipitent 
en  blanc  par  cet  alcali.  L’hydrochlorate  fourni  p^r  le  pro¬ 
toxyde  d  étain  précipité  en  pourpre-noirâtre  par  l’hydrc- 
chlorate  d’or  -H;  celui  qui  contient  de  la  litharge  four¬ 
nit  un  précipité  rao/r  avec  l’hydrosulfate  de  potasse  +, 
tandis  que  ce  réactif  précipite  en  orangé-rougâtre  l’hy- 
drochlprate  d’antimoine  obtenu  avec  le  soufre  doré  + 
et  avec  le  vèrfe  d’antimoine  H-.  On  distinguera  facile¬ 
ment  ces  deux  .corps  l’un  de  l’autre,  en  ayant  égard 
aux  caractères  exposés  §  74  et  76.  '  ;  . 


Poisons  solides  qui  sont  des  principes  immédiats  de 
•végétaux ^  ou  qui  contiennent  un  de  ces  principes, 
(roj.  pag.  376.) 

236.  Parmi  ces  poisons,  il  en  est  un  facile  à  recon¬ 
naître  à  son  odeur,  c’est  le  +;  les  autres 

peuvent  être  distingués  en  , 

Poisons  blancs  ou  d'un  Poisons  autrement  colorés, 
blanc  jaunâtre  (i). 

Acide  citrique.  Acétate  de  cuivre,  bleu 

— —  oxalique.  foncé,  -h 

- ^  tartarique.  V  ert-de-gris  artificiel ,  d’un 

Tartràte ,  acide  de  potasse  vert  bleuâtre.  + 
et  d’antimoine  (  éméti-  Poudre  de  Rousselot^  roU' 
que).  ge.  -h 

Acétate  de  plomb. 

Sousracétate  de  plomb. 

Brucine. 

Morphine. 

Strychnine.  . 

Emétine. 

Delphine. 

Vératrine. 

Picrotoxine. 

Sel  de  Derosne. 


(i)  Nous  croyons  devoir  rappeler  eneore  au  lecteur  que 
nous  supposons  agir  sur  les  poisons  débarrassés  des  matières 
qui  les  altèrent  :  cette  remarque  est  très-importante‘surtout 
pour  ce  qui  concerne  la  brucine  ,  la  morpbiné,  la  strych¬ 
nine  ,  Fémétine ,  la  delphine  ,  la  vératrine ,  la  picrotoxine  et 
le  sel  de  Derosne,  substances  que  l’on  n’obtient  blanches 
qu’autant  qu’elles  ont  été  parfaitement  purifiées. 


(  399  ) 

237-  Nous  né  nous  occuperons  point  des  poisons  co¬ 
lorés  en  yert,  en  bleu  ou  en  rouge ,  parce  qu’ils  sont  dis¬ 
tingués  les  uns  des  autres  par  leur  couleur  ;  néanmoins 
nous  rappellerons  au  médecin  chargé  de  faire  ces  re¬ 
cherches  ,  qu’il  devra,  pour  prononcer  a,vec  plus  de  cer¬ 
titude,  chercher  à  constater  les  propriétés  qui  ont  été 
décrites  en  faisant  les  histoires  de  ces  substances.  Quant 
aux  poisons  blancs,  on  les  réduira  én  poudré,  et  on 
les  triturera  avec  Féau  de  tournesol. 

Poisons quiroicgîssentr eau  Poisons  qui  ne  rougissent, 
de  tournesol.  point  Veau  de  tournesol. 


Acide  citrique. 

—  — -  oxalique. 

- tartarique'. 

Emétique. 

Acétate  de  plomb  (i). 


Sous-acétate  de  plomb. 
Brucine. 

Morphine. 

Strychnine. 

Émétine. 

Delphine. 

‘  Vératrine. 

Picrotoxine. 

Sel  de  Derosne. 


Les  poisons  qui  rougissent  l’eau  de  tournesol  seront 
dissous  dans  1  eau  distillée  en  suivant  les  principes  éta¬ 
blis  pâg.  378;  on  filtrera  le  liquide,  et  on  le  miettra  en 
contact  avee  quelques  gouttes  d’acide  sulfurique,  qui 
ne  précipite  que  X émétique  qiX acétate  de  plomb  :  or, 
î  émétique  fournit  avec  les  hydrosulfates  un  précipité 
orangé-rougeâtre  -f- ,  tandis  que  l’acétate  de  plomb 
donne  avec  ce  réactif  un  précipité  noir  -h.  Quant  aux 


(i)  L  acétate  de  plomb  (  sel  de  Saturne)  que  nous  avons 
dit  verdir  le  sirop  de  violettes ,  rougit  également  l’eau  de 
tournesol. 


,  (  4oo  ) 

.acides  citrique,  oxalique  tartarique ,  on  les  traitera 
par  un  excès  d’eau  de  chaux  ;  l’acide  citrique  ne  pré¬ 
cipitera  point  à  la  température  ordinaire ,  tandis  (jui[ 
fournira  un  précipité  blanc  si  on  fait  bouillir  le  mé- 
.lange  pendant  quelque  temps  ;  l’acide  oxalique  pré^ 
cipitera  en  blanc  à  la  température  ordinaire,  mais  le 
précipité  ne  sera  point  dissous  par  un  excès  d’acide  -p. 
L’acide  précipitera  l’eau  de  chaux  comme 

l’acide  oxalique,  mais  il  suffira  d’ajouter  quelques 
gouttes  d’acide  pour  dissoudre  le  précipité  +. 

Les poisons  qui  ne  rougissent  point  Veau  de  tournesol 
peuvent  être  distingués  en  deux  séries  pag.  899)  : 


Poisons  qui  -  deviennent 
rouges  lorsqu’on  les  met 
'en  contact  avec  une  ou 
deux  gouttes  d’acide  ni¬ 
trique  concentré. 

Brucine. 

Strychnine* 

Morphine. 


Poisons  qui  rie  rougissent 
point  par  Vadditiori  de 
r acide  nitrique. 

Sous-acétate  de  plomb. 
Emétine. 

Delphine.  ^  . 

Vératrine. 

Picrotoxine, 

Sel  de  Defosne. 


Parmi  les  poisons  qui  rougissent  par  l’acide  nitrique , 
la  hrucine  n’exige  que  5oo  parties  d’eau  bouiltante  pour 
être  dissoute  ;  d’ailleurs  elle  peut  être  fondue  sans  .se 
décomposer;  et  alors  elle  se  congèle  comme  dé- la  cire 
par  le  refroidissement  +.  La  strychnine  ne  se  dissout 
que  dans  environ  3,ooo  parties  d’eau  bouillante  j  ,  et  ue 
peut  être  fondue  sans  se  décomposer^ +.  La  morphine 
.exige  5,000 parties  d’eau  bouillante  pour  se  dissoudre; 
elle  sé  fond  aisément ,  ressemble  au  soufre  fondu ,  et 
peut  crystalliser  par  refroidissement  +.  .  •  '  , 


(  4oi  ) 

Parmi  les  poisons  qui  ne  rougissent  point  par  l’acide 
nitrique ,  il  en  est  un  ,  le  sous-acétate  de  plomb ,  qu’il 
est  aisé  de  distinguer  à  la  saveur  à  la^fois  douce,  as¬ 
tringente  et  styptique  dont  il  jouit d’ailleurs 
ses  propriétés,  §  88.)  Quant  aux  autres,  on  en  fait 
bouillir  une  petite  quantité  dans  l’alcohol  :  la  dissolu¬ 
tion  alcobolique  du  sel  de  Derosne  est  la  seule  qui  né 
rétablisse  pas  la  couleur  du  papier  de  tournesol  rougi 
par  un  acide  +.  Pour  distinguer  la  picrotoxine,  V émé¬ 
tine  ,  la  delphine  et  \ÿL.mératrine ,  on  en  prend  un  grain 
que  l’on  fait  bouülir  avec  4»  grains  d’eau  distillée  j  là jpz- 
crotoocine  est  la  seule  qui  soit  entièrement  dissoute  ,  les 
autres  exigeant  pour  cela  plusieurs  centaines  de  fois 
leur  poids  d’eau  bouillante  -{-.Quant  à  Y  émétine,  la  del¬ 
phine  et  la  'vératrine,  6n  les  fera  dissoudre  dans  l’acide 
bydrochlorique  5  l’hydrochlorate  dé  émétine  est  le  seul 
qui  précipite  des  flocons  d’un  blanc  sale  par  la  noix  dé 
galle  +.  (  ^ -yy-ez  §  io4  et  145  pour  les  caractères  qui 
distinguent  là  de  la  ) 

TRENTIÈME  LEÇON. 

Poisons  liquides. 

a38.  Nous  comprenons  sous  ce  titre  les  poisons  qui 
sont  toujours  liquides,  et  ceux  dont  l’état  naturel  est 
1  état  solide  ou  gazeux ,  mais  qui  ont  été  dissous  dans 
Veau.  Plusieurs  d’entre  eux  peuvent  être  facilement  dis¬ 
tingués  :  Y Kciàe  sulfureux  vé^axià  l’odeur  de  soufre  qui 
brtile +j  d’acide  sent  les  œufs  pou- 

ris-f-5 1  acide  aeétique  a  l’odeur  du  vinaigre  -f-.  Le  chlore 
et  r  eau  de  javelle  d’une  odeur  particulière  ; 

a6 


C  4q2  ) 

d’ailleurs  ils  détruisent  ;et  colorent  en  jaune  l’emde 
tournesol +  ;  Y  ammoniaque  et  le  sous-cqrhonate  d’a%- 
maniaque  ont  l’odeur  d’alcali  volatil +  ;  l’acide 
phtorique  corrode  tellement  le  verre ,  que  l’on  est  obligé 
de  le  conserver  dans  des  vases  métalliques -4-.  L’ether  et 
l’alcohol  ont  une  odeur  qui  les  caractérisé  ;  ils  ne  ra¬ 
mènent  pas  au  bleu  la  couleur  du  papier  de  tournesol 
rougi  par  un  acide ,  et  ne  précipitent  point  par  l’eau -p, 
Ualcohol  tenant  en  dissolution  de  la  morphine  ^  de  la 
strychnine ,  de  la  delphine ,  de  la  'vératririe ,  de  ia-picro^ 
toxine  y  V émétine  ou  de  la  hrucine,  sera  facilement 

reconnu  à  son  odeur  d’esprit  de  vin  ;  2\  à  la  pro¬ 
priété  qu’il  a  de  ramener  au  bleu  la  couleur  du  papier 
de  tournesol  rougi  par  un  acide.  Pour  savoir  quel  est 
l’alcali  végétal  tenu  eu  dissolution  par  le  liquide,  on 
fera  évaporer  celui-ci  jusqu’à  ce  que  tout  l’alcobol 
soit  dégagé ,  et  on  agira  sur  l’alcali  solide  comme  nous 
,  l’avons  dit  page  4^0. 

Les  autres  poisons  peuvent  être  distingués  i®  en 
poisons  liquides  rougissant  l’eau  de  tournesol  et  ne 
précipitant  point  par  l’ammoniaque  pure';  2°  en  poisons 
liquides  rougissant  ou  ne  rougissant  point  l’eau  de 
tournesol,  et  précipitant  par  l’ammoniaque  pure;  3°  en 
poisons  liquides  verdissant  le  sirop  de  violettes ,  ou  ré¬ 
tablissant  la  couleur  bleue  du  papier  de  tournesol 
rougi  par  un  acide ,  et  ne  précipitant  point  par  l’am¬ 
moniaque  pure;  4^  enfin  en  poisons  liquides  ne  rou¬ 
gissant  point  l’eau  de  tournesol,  ne  verdissant  point 
le  sirop  de  violettes ,  et  ne  précipitant  point  par  l’am¬ 
moniaque  pure. 

Nous  disons  expressément  que  l’on  doit  employer 


(  4o3  ) 

de  l’ammoniaque  pure;  en  effet,  si  on  faisait  usào’e 
d’ammoniaque  contenant  une  quantité  sensible  d’acide 
carbonique,  plusieurs  des  poisons  rangés  dans  la  3®  et 
dans  la  4®  colonne  le  tableau  de  la  page  sui¬ 

vante)  seraient  précipités;  tels , seraient  par  exemple 
les  eaux  de  chaux,  de  baïyte  et  de  stronfiane,  l’hydro- 
chlorate  de  baryte,  etc.;  ce  qui  rendrait  nécessaire¬ 
ment  défectueuses  les  sections  que  nous  avons  établies. 
Il  importe  donc  d’employer  de  l’ammoniaque  pure  qui 
n’ait  pas  été  en  contact  avec  l’air;  il  faut  même  éviter 
autant  que  possible  que  le  mélange  du  poison  dont  on 
cherche  à  déterminer  la  nature  et  de  rammoniaquej  ne 
reste  pas  long-temps  en  contact  avec  l’atmosphère,  car 
il  en  absorberait  l’acide  carbonique ,  et  finirait  par  être 
précipité. 

L  ammoniaque  doit  être  employée  goutte  à  goutte 
jusqu’à  ce  que  la  liqueur  soit  saturée ,  si  elle  est  acide  ; 
et  lorsque  le  précipité  a  paru,  on  ne  doit  plus  en  ajou¬ 
ter  ,  parce  que  l’excès  d’alcali  pourrait  le  dissoudre  , 
ce  qui  compliquerait  nécessairement  les  résultats. 


(  4o4  ) 

P  oisons  liquides  rougissant  Poisons  liquides  rougissant 
l’eau  de  tournesol  et  ne  ou  ne  rougissant  point 
précipitant pointparV am^  Veau  de  tournesol,  etpré- 

moniaque  pure.  cipitant  par  l’ammonia¬ 

que  pure. 


Acide  sulfurique 

-  nitrique. 

- -  nitreux. 

— • —  hydrochlorique. 
Eau  régale. 
Acidephosphorique. 

- -  phosphatique. 

- citrique. 

- -  tartarique  (i). 

^ -  oxalique. 

-  arsénique. 

Arséniates  acides  de  po¬ 
tasse  et  de  soude., 

Nitrate  acide  d’argent. 
Hydrochlorate  d’ammo¬ 
niaque. 


Dans  l’eàu. 
— l’alcohol. 
"l’éther. 
Proto-sulfate  de  mercure. 
Deuto-sulfate  de  mercure. 
Proto-nitrate  de  mercure. 
Deuto-nitrate  de  mqrcüfè. 
Proto-hydrochlorate  d’é¬ 
tain  pur. 

Idem  du  commerce. 
Deuto-hydrochlorate  d’é¬ 
tain.  .  , 

Nitrate  de  bismuth. 

N itrate  et  acétate  de  plomb. 
Sulfate  de  zinc  pur.  ' 

Idem  du  commerce. 
Sulfate  de  cuivre. 

Nitrate  de  cuivre. 

Acétate  de  cuivre. 
Hydrochlorate  de  cuivre 
provenant  du  chlorure 
issous  dans  l’eau  ), 
Hydrochlorate  d’or. 
Sulfate  de  fer. 
Hydrochlorate  d’anti¬ 
moine. 

Tartrate  acide  de  potasse 
et  d’antimoine  (  éméti¬ 
que.  ) 


Sublimé  cor¬ 
rosif. 


(i)  Les  acides  tartarique  et  citrique  du  commerce  con¬ 
tiennent  quelquefois  du  tartrate  ou  du  citrate  de  chaux  en 
dissolution ,  et  fournissent  un  précipité  blanc  par  l’ammo¬ 
niaque  ;  mais  il  faut  pour  cela  que  cet  alcali  soit  employé 
en  assez  grande  quantité  pour  saturer  tout  l’acide  libre,. 


(  4o5  ) 

Poisons  liq  itides  'verdissant  Poisons  ne  rougissant  point 
le  sirop  de  'violettes  ou  ré-  Veau  de  tournesol ,  ne 
tahlissantlaeouleur  bleue  'verdissant  point  le  sirop 
du  papier  de  tournesol-  de  'violettes -et  neprecipi- 
rougi par  un  acide,  et  ne  tant  point  par  l  ammo- 
pr écipitant point  par  Vam-  niaque  pure, 

maniaque  pure.  , 

Potasse  à  l’alcohol  ou  à  la  Nitrate  d’argent  neutre, 
ciiâtix,  INiti’S.tc  de  potâsse» 

Soude, Hydrochlorate  de  baryte. 

Sous-carbonate  de  potasse  Oxyde  blanc  d  arsenic  (2). 

Alcobol  contenant  du  prin- 

Jdem  du  commerce.  crystallisable  de  De- 

Eau  de  cbaux.  rosne. 

Idem  de  baryte. 

de  strontiane. 

Oxyde  blanc  d’arsenic  (i).  / 

Sous-arséniates  de  potasse  - 

et  d’ammoniaque. 

Arsénites  de  potasse  et  de 
soude. 

Hydrosulfate  sulfuré  de  po- 
tasse(provenantdu  foie  de 
soTifre  dissous  dans  l’eau) . 

Sulfate  de  cuivre  ammq-  : 

niacal. 

Cuivre  ammoniacal. 


(i);'L’oxyde  blanc  d’arsenic  se  trouve  dans  cette  série  parce 
qu’il  verdit  légèrement  le  sir^p  de  violettes  et  qu’il  ne  préci¬ 
pite  point  par  l’ammoniaque  :  néanmoins  nous  le  placerons 
aussi  dans  la  série  suivante ,  afin  que  le  lecteur  ne  soit  pas 
induit  en  erreur. 

^2)  Nous  rangeons  l’oxyde  blanc  d’arsenic  dans' cette  série , 
quoique  la  plupart  des  auteurs  aient  dit  qu’il  rougit  l’eau  de 
tournesol  :  en  effet  son  action  sur  cette  couleur  est  tellement 
feible ,  qu’il  n’est  guère  possible  de  l’apprécier ,  à  moins 
d’être  babitué  aux  expériences  de  ce  genre. 


.  (  4o6  ) 

2.3g.  Poisons  liquides  rougissant  Veau  de  tôurnesoï 
et  ne  précipitant  point  par  é  ammoniaque  pure. Ou  peut 
les  partager  en  deux  séries.  , 

Poisons  ^ui  précipitent  par  Poisons  qui  ne  précipitent 
un  eocces  d’eau  de  chaux,  point  Veau  de  chaux  a  la 
a  la  température  ordi-  température  ordinaire, 
navre. 

Acide  phosphoriqiie.  Acide  sulfurique. 

— —  phosphatique.  - r-  nitrique.  - 

- -  tartarique.  -  nitreux. 

■  oxalique.  — . —  hydrochlorique. 

- arsénique.  Eau  régale. 

Arséniates  acides  de  po-  Acide  citrique. 

tasse  et  de  soude.  Hydrochlorate  d’ammo- 

Nitrate  acide  d’argent.  niaqu^ 

Parmi  les  poisons  liquides  qui  précipitent  l’eau  de 
chaux,  le  nitrate  acide  d’argent  est  le  seul  qui  four¬ 
nisse  un  précipité  colord  (olive -clair  ou  foncé,  sui¬ 
vant  que  l’eau  de  chaux  contient  ou  ne  contient  point 
d’hydrochlorates)  +.  Les  acides  tartarique  et  oxa¬ 
lique,  dont  nous  supposons  les  dissolutions  concentréeSj 
se  troublent  et  fournissent  un  précipité  blanc  lorsqu’on 
les  agite  avec  une  petite  quantité  de  dissolution  con¬ 
centrée  de  potasse  :  les  autres  conservent  leur  traris- 
parencé  :  on  distinguera  l’acide  tartarique  à  la  rapidité 
avec  laquelle  il  dissoudra  le  précipité  qu’il  forme  dans 
l’eau  de  chaux  ;  l’acide  oxalique  ne  dissout  point  le 
précipité  qu’il  fait  naître  dans  la  dissolution  de  cet 
alcali  q-.  Les  acides  phosphorique  et  arsénique  com¬ 
binés  avec  la  potasse  précipiteront  le  nitrate  d’argent, 
savoir  le  premier  en  jaune  +,  et  le  second  en  rouge- 
brique +.  L’acide  phosphatique  s’enflammera  lorsqu  on 


(  4o7  ) 

le  fera  bouillir  pendant  quelques  minutes  dans  une 
fiole  +.  Quant  aux  arséniates  acides  de  potasse  et  de 
soude,  ils  précipitent  également  le  nitrate  d’argent  en 
rouge -brique,  et  on  peut  les  distinguer  de  l’acide  ar-?, 
sénique,  en  ce  que  celui-ci  ne  précipite  le  sulfate  de 
cuivre  qu’au  bout  d’un  certain  temps,  tandis  qu’ils  y 
font  naître  sur-le-cbamp  un  précipité  d’uii  bleu  clair -f-. 

240.  Les  poisons  liquides  qui  ne  précipitent  point 
l’eau  dè  chaux  àla  température  ordinaire ( 2) ojr.  S 
peuvent  être  divisés  en 

Poisons  qui  sont ,  rapide-  Poisons  qui  ne  sont  pqint 
ment  décomposés  par  le  décomposés  parle  cuivre  a 

cuivre  à  froid.  la  température  ordinaire-. 

Acide  nitrique.  Acide  sulfurique. 

- — ^ —  nitreux.  - — ^ —  hydroehlûrique. 

Èau  régale.  __  citrique. 

Hydroehlorate  d’ammor 
4  niaque. 

Les  acides  nitrique ,  nitreux ,  et  l’eau  régale,  sont 
décomposés  avec  effervescence  et  dégagement  de  va¬ 
peurs  jaunes  orangées  (gaz  acide  nitreux);  l’acide  ni¬ 
trique  est  blanc ,  ou  d’un  blanc  légèrement  jaunâtre-p; 
1  acide  nitreux  est  constamment  coloré  en  orangé,  en 
vert  ou  en  bleu  -f-;  l’eau  régale  fournit  avec  le  nitrate 
d argent  un  précipité  blanc  de  chlorure  d’argent,  dont 
nous  avons  exposé  les  caractères  %  12  -p. 

Les  acides  sulfurique,  hydrochlorique  et  citrique 
pourront  être  facilement  reconnus.  Ce  dernier  est  le 
seul  qui  se  solidifie  lorsqu’on  l’évapore  -+-.  (  Vojez  les 
caractères  de  l’acide  citrique  solide,  §  17.)  L’acide 
sulfurique  précipite  abondamment  en  blanc  l’eau  de 
baryte,  lors  même  qu’elle  est  très-étendue  •+%*  L%eide 


(  4o8  ) 

hydrocWorique  et  l’hydrochlorate  d’ammoniaque  ne 
la  troublent  point  :  tous  les  deux  précipitent  en  blanc 
le  nitrate  d’argent,  mais  l’hydrochlorate  d’ammoniaque 
dégage  de  l’ammoniaque  lorsqu’on  le  triture  avec  de 
la  chaux  vive  +. 

241.  Poisons  liquides  rougissant  ou  ne  rougissant  point 
Veau  de  tournesol et  précipitant  par  V ammoniaque 
pag.  4o4.  ) 

On  peut  les  diviser  en  ' 

Dissolutions  qui  précipitent  Dissolutions  quifournissent 
en  blanc  ou  en  blanc  ver^  un  précipité  coloré  par  la 
âatre  par  tapotasse.  potasse  ou  qui  ne  préci~ 

pitentpointafroid.\Voy. 
pag.  404.  ) 

Proto-bydrocblorate  d’é-  Sublimé  corro- 
tainpur.  sif. 

Idem  du  commerce.  Deuto-sulfate  de 

Deuto-hydrocblorate  d’é-  mercure. 

tain.  Deuto-nitratede 

Nitrate  de  bismuth.  ,  mercure. 

Nitrate  et  acétate  de  Proto-sulfate  de 
■  plomb.  mercure. 

Sulfate  de  zinc  pur.  Proto-nitrate  de 

Idem  du  commerce.  mercure. 

Hjdrochlorate  d’antimoi-  Sulfate  de  cui- 
ne.  vre. 

.Tartrate  acide  de  potasse  Nitrate,  idem. 
et  d’antimoine  (éniéti-  Acétate,  idem. 
que).  Hydrochlorate 

idem. 

Hydrochlorate  c 
de  précipité. 

Proto- sulfate  de  fer  ,  en 
vert. 

Parmi  les  poisons  qui  précipitent  en  blanc  ou  en 


En 

jaune- 

serin. 


En 

noir. 


En 

bleu. 


l’or,  point 


(  4o9  ) 

blànc-verdâtre  par  la  potasse,  le  proto-hydro chlorate 
d’étain  pur  précipite  par  les  hydrosulfates  en  cho¬ 
colat -f-;  le  deiito -hydrochlorate  du  même  métal  en 
jaune  -f-;  le  sulfate  de  zinc  pur  en  blanc-^jaunatre+; 
rhydroclorate  d’antimoine  et  l’émétique  en  orangé  ti¬ 
rant  sur  le  rouge  (i).  Tous  les  autres  poisons  de  cette 
série  précipitent  en  noir  par  les  hydrosulfates  ;  mais  on 
reconnaîtra  le  nitrate  et  Vacétate  de-  plomb  au  préci¬ 
pité  blanc  qu’ils  fourniront  avec  l’acide,  sulfurique 
le  protohydrochlorate  d’étain  du  commerce  au  préci¬ 
pité  pourpre  tirant  plus  ou  moins  sur  le  brun  qu’il 
donnera  avec  l’hydrochlorate  d’or  -p;  le  nitrate  de  bis¬ 
muth,  à  ce  que  l’oxyde  blanc  précipité  par  la  potasse 
passera  au  jaune  à  jnesure  qu’on  le  desséchera  en¬ 
fin  le  sulfate  de  zinc  du  commerce  sera  reconnu  parce 
qu’il  ne  jouira  d’aucun  des  caractères  dont  nous  ve¬ 
nons  de  parler;  d’ailleurs  l’oxyde  de  zinc  qu’on  en  retire 
par  là  potasse ,  étant  fortement  chauffé  avec  du  char¬ 
bon,  fournit  du  zinc  métallique.  . 

Nous  nous  bornons  dans  la  résolution  de  ce  problème 
à  déterminer  la  nature  de  l’oxyde  combiné  avec  l’acide  ; 
peu  importe  que  ce  dernier  soit  l’acide  nitrique ,  sul¬ 
furique  ,  etc.  ;  car  les  propriétés  vénéneuses  du  sel  dé¬ 
pendent  entièrement  de  la  présence  de  l’oxyde  :  néan¬ 
moins  on  trouvera  dans  l’histoire  particulière  de  ces 
poisons  les  caractères  à  l’aide  desquels  on  peut  juger 
quel  est  l’acide  qui  entre  dans  leur  composition. 


(i)  b’hydrocHorate  d’antimoine  précipite  en  blanc  par 
i  eau  distillée -f-,  l’émétique  n’est  point  troublé  par  ce  li¬ 
quide 


(  4io  ) 

242.  Parmi  les  dissolutions  qui  fournissent  un  préci- 
pité  coloré  par  la  potasse,  ou  qui  ne  sont  point  troublées 
par  cet  alcali  {'voj-.  pag.  4o8)  l’hydrochlorate  d’or  sera 
facilement  reconnu ,  parce  qu’il  ne  précipite  point  à 
froid  par  la  potasse ,  et  qu’il  donne  un  précipité  jaune 
par  l’ammoniaque  -j-.  Le  sublimé  corrosif  et  les  autres 
sels  dedeutoxyde  de  mercure  précipitent  en  blanc  par 
l’alcali  volatil  q-.  Les  sels  de  protoxyde  de  mercure 
précipitent  en  blanc  par  l’acide  hydrocblorique  q-.  Les 
sels  de  cuivre  donnent  avec  un  excès  d’ammoniaque 
un  liquide  d’un  bleu  intense,  q-  Le  protosulfate  de  fer 
fournit  dù  bleu  de  Prusse  avec  l’hydrocyanate  de  po¬ 
tasse  et  de  fer  (prussiate)  q-  (x). 

2.43.  Poisons  liquides  •verdissant  le  sirop  de  violettes 
ne  précipitant  point  par  V ammoniaque.  (  Voy.  pag.  4q5.) 
On  peut  diviser  ces  liquides  en 

Poisons  qui  précipitent  par  Poisons  qui  ne  précipitent 
V acide  hydrosu^urique  point  par  Vacide  hydvo'- 
dissous  dans  Veaii.  su^urique  dissous  ^dyns 

Veau. 

Oxyde  blanc  d’arsenic,  en  Potasse  à  l’alcohol.  ;  . 
jaune,  q-  Idem  à  la  chaux. 

Cuivre  ammoniacal ,  eii  Soude  à  l’aicohol.  :  . 

noir.  Sous-carbonate  de  potasse 

Sulfate  de  cuivre  animo-  pur. 
niacal ,  en  noir.  Idem,  du  commerce. 


(i)  Si  l’on  était  curieux  de  connaître  la  nature  de  l’acide 
qui  entre  dans  la  composition  des  sels  de  mercure  et  de 
cuivre  on  consulterait  ce  qui  a  été  dit  en  faisant  la  descrip¬ 
tion  de  chacun  de  ces  sels. 


C4xi)' 

Eau  de  chaux. 

Eau  de  strontiane. 

Eau  de  baryte. 

Sous-arséniates  de  potasse 
et  d’ammoniaque. 

-  Arsénites  de  potasse  et  de 

soude. 

Hydrosulfate  sulfure  dè 

>  ,  .  potasse  (  provenant  du 

foie  de  soufre  dissous 
dans  l’eau). 

Les  poisons  qui  précipitent  en  noir  par  l’acide  hy¬ 
drosulfurique  seront  distingués  de  la  manière  suivante  : 
le  sulfate  de  cuivre  ammoniacal  précipite  l’eau  de  ba¬ 
ryte ,  et  le  précipité  n’est  jamais  complètement  soluble 
dans  l’acide  nitrique  +;  le  cuivre  ammoniacal  ne  doit 
point  troubler  cet  alcali  ;  et.,  dans  le  cas  où  il  le  pré¬ 
cipiterait,  le  dépôt  serait  dissous  par  l’acide  nitrique 
pur.  {Voyez  §  68.) 

244-  Les  poisons  qui  verdissent  le  sirop  de  violettes 
{voyez  §  343),  et  qui  ne-précipitent  point  par  l’acide 
hydro sulfurique,  peuvent  être  partagés  en 

Poisons  qui  précipitent  par  Poisons  qui  ne  précipitent  - 
r acide  carbonique  dissous  point  par  V acide  carbo- 

dans  Veau.  nique. 

Eau  de  chaux,  -f-  Potasse  à  l’alcohol. 

Eau  de  baryte,  -f-  Potasse  à  la  chaux. 

Eau  de  strontiane.  +  Soude  à  l’alcohol. 

Le  premier  de  ces  alcalis  Sous-carbonate  de  potasse 
ne  précipite  point  par  pur. 

1  acide  sulfurique  ,  tan-  /«c/ew  du  commerce, 
dis  que  les  deux  autres  Sous  -arséniates  de  potasse 
se  transforment  en  sul-  et  d’ ammoniaque, 
fates  blancs  insolubles  Arsénites  de  potasse  et  de 
dans  l’eau  et  dans  l’acide  ,  soude.  - 


(  4i^  ) 

nitrique.  (  Fbjr.  pag.  386  Hydrosuifate  sulfure  de 
pour  les  moyens  de  les  potasse, 
distinguer.) 

Parmi  les  poisons  qui  ne  sont  point  troublés  par  l’a¬ 
cide  carbonique  il  en  est  qui  ne  précipitent  point  par 
l’eau  de  chaux  : 

Poisons  qui  ne  précipitent  Poisons  qui  précipitent 
point  par  Veau  de  chaux',  par  Veau  de  chaux. 

Potasse  à  l’alcohol.  Sous-carbonate  de  potasse 

Potasse  à  la  chaux.  pur. 

Soude  à  l’alcobdl.  Idem  du  commerce. 

Hydrosulfate  sulfuré  de  Sous-arséniates  de  potasse 
potasse.  et  d’ammoniaque.  ■  ■ 

Arsénites  de  potasse  et  de 
soude. 

La  potasse  à  l’alcohol  et  la  potasse  à  la  chaux  pré¬ 
cipitent  en  jaune  -  serin  l’hydrochlorate  de  platine 
(  ijoyez  §  19  pour  les  différences  qu’il  y  a  entre  ces  deux 
corps)  -+-5  la  soude  ne  précipite  point  l’hydiochlo- 
rate  de  platine  +  ;  l’hydrosulfate  sulfuré  de  potasse  a 
une  légère  odeur  d’œufs  pouris ,  et  précipite  du  soufre, 
d’un  blanc  jaunâtre  par  l’addition  de  quelques  gouttes 
d’acide  nitrique  +. 

Si  le  poison  a  précipité  par  l’eau. de  chaux,  on  le 
traitera  par  l’acide  nitrique;  il  y  aura  effervescence 
si  c’est  du  sous-carbonate  de  potasse  pur  ou  du  com¬ 
merce  +  ;  il  n’y  aura  point  d’effervescence  si  c’est  un 
sous-arséniate  où  un  arsénite.  On  distinguera  le  sous- 
arséniate  à  ce  qu’il  ne  sera  point  troublé  par  l’acide 
hydrochlorique  +;  l’arsénite,  traité  par  cet  acide, 
sera  décomposé,  et  laissera  précipiter  de  l’oxyde  blanc 


(4i3} 

d’arsénic  (  acide  arsénieux  ) ,  à  moins  qu’il  ne  soit  af¬ 
faibli  ,  dans  lequel  cas  on  le  concentrera  par  l’évapo¬ 
ration.'  .  - 

245.  Parmi  lés  poisons  liquides  qui  ne  rougissent 
point  Veau  de,  tournesol^  qui  ne  verdissent  point  le  si¬ 
rop  de  violettes ,  et  qui  ne  précipitent  point  par  V am¬ 
moniaque  pure  (  voy.  pag,  4o5) ,  le  principe  de  ‘De- 
rosne  dissous  dans  l’alcoholpeut  être  reconnu  à  l’odeur 
alcoholique  du  liquide  -f-  ;  d’ailleurs  on  l’obtient  à  l’état 
solide  par  1  évaporation.  (JT.  §  122  pour  ses  propriétés.) 
Les  autres  poisons  peuvent  être  séparés  en  deux  séries  ^ 

Ceux^  qui  précipitent  par  Ceux  qui  ne  précipitent 
ïacidehjdrosu^urique.  point  par  V acide  hydro- 
sulfurique.  . 

Nitrate  d’argent  neutre.  Nitrate  de  potasse. 

Oxyde  blanc  d’arsenic.  Hydrochlorate  de  baryte. 

On  distinguera  le  nitrate  d’argent  neutre  de  l’oxyde 
blanc  d’arsenic ,  parce  qu’il  fournit  un  précipité  noir 
avec  l’acide  hydrosulfurique  +,•  tandis  que  l’oxyde 
d’arsenic  est  précipité  en  jaune  +. 

Le  nitrate  de  potasse  et  l’hydrochlorate  de  baryte, 
qui  ne  précipitent  point  par  l’acide  hydrosulfurique , 
seront distingués  par  l’acide  sulfurique  concentré,  qui 
précipité  le  sel  de  baryte  en  blanc  ,  et  qui  ne  trouble 
point  la  dissolution  du  nitrate  de  potasse  +. 

Poisons  gazeux. 

Le  médecin  peut  être  appelé  dans  quelques  circons-, 
tances  pour  déterminer  la  nature  de  certains  gaz  aux¬ 
quels  on  croit  devoir  attribuer  les  accidens  fâcheux 


(4i4) 

queFon  a  observés  chez  l’homme  ou  chez  les  animaux 
Les  gaz  délétères,  quil  importe  surtout  de  connaître 
sont  le  chlore,  le  gaz  ammoniac,  les  acides  nitreux 
sulfureul ,  hydrosulfurique ,  carbouique  ;  l’azote ,  les 
oxydes  de  carbone  et  d’azote.  On  peut  les  diviser  en 

y  .  Gaz  colorés,^  Gaz  incolores. 

Chlore.  Gaz  ammoniac. 

Acide  nitreux.  —  acide  hÿdrpsulfurique, 

— acide  sulfuretxx. 

Le  chlore  est  d’un  jaune-  —acide  carbonique, 
verdâtre  +  ;  le  gaz  acide  Oxyde  de  carbone, 
nitreux  est  orangé  +.  Protoxyde  d’azote. 

Azote. 

Parmi  les  gaz  incolores ,  il  en  est  trois  doués  d’une 
odeur  vive  particulière  qui  les  caractérise  :  le  gaz  am¬ 
moniac  a  l’odeur  d’alcali  volatil  -j-  ;  le  gaz  acide  hy¬ 
drosulfurique  sent  les  œufs  pouris  +  ;  l’acide  sulfu¬ 
reux  a  l’odeirr  de  soufre  qui  brûle  ■+.  ' 

Les  autres  peuvent  être  facilement  distingués  au 
moyen  d’une  bougie  allumée.  Le  gaz  oxyde  de  car¬ 
bone  s’enflamme ,  brûle  avec  une  flamme  d’un  blanc- 
bleuâtre,  et  passe  à  l’état  d’acide  carbonique,*  aussi 
l’eau  de  chaux,  que  l’on  verse  dans  l’éprouvette  qui 
a  servi  à  faire  l’expérience ,  est  -  elle  précipitée  en 
blanc  +  ;  le  gaz  protoxyde  d’azote  fait  brûler  la  bou¬ 
gie  avec  beaucoup  plus  d’éclat  l’azote  et  l’acide 
carbonique  l’éteignent  ,  mais  le  premier  ne' précipite 
point  l’eau  de  chaux  -f-;  tandis  que  l’acide  carboni¬ 
que  se  combine  avec  cet  alcali,  et  forme  du  s'ous-car- 
bonate  de  chaux  blanc  insoluble  dans  l’eau,  et  solu¬ 
ble  dans  l’acide  nitrique  +. 


(4.5) 

TRETfTE-üKIÊME  LEÇON. 

Expériences  chimiques  propres  h  découvrir  les  poisons 
minéraux  qui  ont  été  mêlés  avec  du  thé ^  du  café ,  du 
'  vin^  etc. y  ou  qui  font  partie  dés  matières  'vomies,  ou 
de  celles -que  Von  trouve  dans  le  canal  digestif  apres 
la  mort. 

Le  médecin  chargé  de  découvrir  un  poison  miné¬ 
ral  dans  du  vin ,  dans  un  infusum  de  thé ,  un  decoc- 
tiim  de  café ,  dans  la  matière  des  vomissemens  pu 
dans  les  substances  contenues  dans  le  canal  digestif 
après  la  mort ,  doit  savoir  que  le  poison  qu’il  re¬ 
cherche  peut  s’y  trouver  dans  des  états  différons  ,  que 
nous  allons  indiquer  en  même  temps  que  nous  ferons 
connaître  les  expériences  propres  à  le  découvrir  etl’ordte 
dans  lequel  elles  doivent  être  faites. 

xl.  Il  peut  y  exister  a  1  etat  solide  sans  avoir  éprouvé 
la  moindre  décomposition,  soit  parce  qu’il  n’a  pas  été 
sensiblement  dissous  ,  soit  parce  que  l’ayant  été  à  une 
température  élevée  il  s’est  précipité  en  grande  partie 
à  mesure  que  le  liquide  dissolvant  s’est  refroidi;  dans 
ce  cas  d  faut  ramasser  les  diverses  parties  qui  se 
trouvent  ordinairement  au  fond  du  liquide  j  et  agir 
sur  elles  comme  nous  l’avons  dit  page  374. 

B.  Il  peut  se  trouver  en  dans  un  liquide 

incolore  ou  légèrement  coloré,  sans  avoir  été  décom¬ 
pose  ;  alors  on  passe  la  liqueur  à  travers  un  linge  fin , 
et  on  en  essaye  une  portion  parles  réactifs  dont  nous 
-avons  parlé  à  l’articledes  poisons  liquides  (v.  pag.  4o4); 
Si  les  résultats  que  l’on  obtient  ne  sont  pas  de  nature 


.  (  4i6  ) 

à  faire  connaître  la  substance  vénéneuse,  on  introduit 
la  dissolution  dans  une  cornue  à  laquelle  on  adapte 
un  récipient,  et  on  chauffe'  lentement;  par  ce  moyen 
non-seulement  on  obtient  dans  le  ballon  les  subs¬ 
tances  volatiles  qui  pourraient,  en  faire  partie,  et  qui 
sont  l’ammoniaque ,  le  sous-carbonate  d’ammoniaque 
les  acides  nitrique,  hydrochlorique  et  sulfureux ,  mais 
encore  on  concentre  la  liqueur  et  on  la  rend  propre 
à  être  précipitée  par  les  réactifs  qui:  n’avaient  point 
agi  sur  elle  d’abord,  parce  qu’elle  était  dissoute  dans 
une  trop  grande  quantité  de  véhicule  ;  il  peut  même 
arriver  qu’après  le  refroidissement  du  liquide  ainsi 
chauffé,  une  partie  du  poison  se  dépose  sous  forme 
de  poudre  ou  de  crystaux.  Si  malgré  cette  opération  la 
liqueur  reste  transparente  et  sans  action  sensible  sur 
les  réactifs ,  il  faut  la  verser  dans  une  capsule  de  por¬ 
celaine  et  la  faire  évaporer  jusqu’en  consistance  presque 
syrupeuse,  afin  d’obtenir  le  poison  à  l’état  solide  et 
l’examiner  comme  nous  l’avons  dit  pag.  3y4- Enfin,  si 
tous  les  essais  dont  nous  parlons  sont  infructueux  pour 
‘mettre  l’existence  de  la  substance  vénéneuse  hors  de 
doute,  on  agira  comme  nous  l’indiquerons  plus  bas(E)’. 

C.  Le  poison  peut  se  trouver  en  dissolution  dans 
un  liquide  coloré  sans  avoir  été  décomposé  :  dans  ce 
cas  on  passe  le  liquide  à  travers  un  linge  fin ,  et  on 
s’assure  par  les  moyens  indiqués  §  6g  et  70  qu’il  ne 
renferme  ni  un  sel  d’antimoine  ni  du  nitrate  d’argent- 
alors  on  le  décolore  en  y  versant  une  suffisante  quan¬ 
tité  de  chlore  liquide  et  concentré  ;  on  laisse  déposer 
les  flocons  de  matière  rougeâti-e  qui  se  forment  par  l’ac¬ 
tion  du  chlore, sur  les  matières  végétales  et  animales; 


(  4i7  ) 

on  filtre  et  oii  agit  sur  la  dissolution  comme  nous 
venons  de  le  dire  (  B  ).-Il  importe  de  s’assurer ,  avant 
d’employer  le  chlore,  que  la  liqueur  colorée  ne'  ren¬ 
ferme  ni  un  sél  d’antimoine  ni  du  nitrate  d’argent, 
parce  que  ces  dissolutions  salines  seraient  précipitées 
par  le  chlore ,  et  qu’il  sèrait  impossible  dé  les  décou¬ 
vrir  dans  la  liqueur, 

D.  Le  poison  peut ,  sans  avoir  été  découiposé ,  sè 
trouver  en  partie  à  l’état  solide ,  en  partie  dissous 
uans  un  liquide  coloré  ou  incolore.  Gë  Cas  rentre  dans 
un  de  ceux  que  nous  vénons  d’examineri 

E.  i?ar  suite  de  1  action  chiniiqué  que  les  différentes 
substances  végétales  et  animales  exercent  sur  certains 
poisons,  ceux-ci  peuvent  s’être  combinés  avec  elles 
Cu  avoir  été  décomposés  et  transformés  eh  xm  pro¬ 
duit  presque  toujours  insoluble,  qui  fait  partie  des 
mélanges  dont  on  ebercbe  à  constater  la  nocuité  5 
les  liquides  qui  entrent  dans  là  composition  dé  ces 
mélanges  ne  fournissent  pour  l’ordinaire  aucune  trace 
dé  poison  lorsqu’on  les  traite  par  les  réactifs  ;  néan¬ 
moins  il  serait  imprudent  dé  les  rejeter,  car  iis  peu¬ 
vent  en  contenir  une  petite  quantité.  Voici  le  procédé 
qu’il  convient  de  suivre  pour  mettre  l’existence  de  la 
substance  vénéneuse  hors  de  doute.  On  évapore  les 
portions  liquides  jusqu  a  siccité  ;  on  dessèche  les  ma¬ 
tières  solides,  et  on  calcine  séparément,  dans  un  petit 
tube  de  verre,  une  partie  de  ces  produits  avec  un  mé¬ 
lange  de  charbon  et  de  sous-cafbonate  de  potasse  sec. 
Si  le  poison  minéral  que  l’on  cherche  est  à  base  de 
mercure  ou  d’arsenic  (métaux  volatils),  on  obtient,  sur 
les  parois  de  la  partie  moyenne  du  tube,  des  globules 

.27' 


(4x8.) 

mercuriels  ou  des  lames  brillantes  semblables  à  de 
4  acier ,  qui  ne  sont  autre  chose  que  de  l’arsenic  mé- 
taH^ue. 

Si  par  le  moyen  que  nous  indiquons  on  ne  découvre^ 
point  sur  la  surface  interne  du  tube  des  particules  mé¬ 
talliques  ,  on  peut  affirmer  que  ni  le  mercure  ni  l’ar¬ 
senic  ne  font  partie  du  poison  que  l’on  cherche  ;  et  dès 
lors  on  peut  soupçonner  que  celui-ci  a  pour  base  l’an¬ 
timoine,  le  cuivre,  l’étain ,  le  bismuth ,  le  zinc,  l’ar¬ 
gent  ,  l’or  ou  le  plomb.  Pour  s’en  assurer ,  on  calcine  de  ' 
nouveau  le  mélange  dans  un  petit  creuset  que  l’oii 
fait  rougir,  et  que  l’on  maintient  à"'cette  température 
pendant  quinze  ou  vingt  minutes  :  on  obtient  au 
fond  du  creuset  une  des  huit  substances  métalliques 
énümérées  :  on  la  traite  par  l’eau  pour  la  séparer  du 
charbon  avec  lequel  elle  est  mêlée,  puis  on  la  fait 
chauffer  avec  de  l’acide  nitrique  pur  :  Y  or  ne  subit 
aucune  altération  de  la  part  de  l’acide  nitrique  ;  l’étain 
et  l’antimoine  sont  transformés  en  oxydes  blancs  par 
cét  acide,  tandis  que  le  cuivre,  le  zinc  ,  l’argent, 
le  bismuth  et  le  plomb  sont  dissous. 

•  \  ■  -  '  .  .  -  , 


(  4i9  ) 


Nitrates  formés  par  le  mé~  Oxydes  formes  par  le  mé^ 

toi  et  VcLcide  nitrique.  tal  et  ï oxygène  de  V acide 

nitrique. 

Nitrate  de  cuivre  bleu.  Peroxyde  d’antimoine. 
Nitrate  de  zinc.x  Idem  d’étain, 

Nitrate  d’ar-  j  incolo-  '  ^ 

gcnt.  I.res  ou 

Nitrate  de  bis- 1  légère- 
muth.  I  ment  co^ 

Nitrate  dejlorés, 
plomb.  j 

Le  nitrate  de  cuivre  peut  être  reconnu  à  sa  couleur 
bleue  ou  verte +  ;  celui  de  bismuth  est  le  seul  qui 
précipite  en  blanc  par  l’eau  distillée-+-  ;  celui  de  plomb 
précipite  en  blanc  par  l’acide  sulfurique +;  le  nitrate 
d’argent  fournit  un  précipité  olive  avec  la  potasse  -j-, 
tandis  que  celui  de  zinc  précipite  en  blanc  ou  eu  blanc- 
verdâtre  par  cet  alcali  -p. 

_  Pour  distinguer  l’oxyde  d’étain  de  l’oxyde  d’anti¬ 
moine,  on  les  fait  dissoudre  séparément  et  à  l’aide  de¬ 
là  chaleur  dans. l’acide  hydrocMorique  ;  l’hydrochlo- 
rate  d’étain  précipite  en  jaune  par  les  hydrosulfates, 
et  nest  point  troublé  par  l’eau  distillée  q-  ;  tandis  que 
celui  d’antimoine  précipite  en  blanc  par  ce  liquide ,  et 
en  orangé-rougeâtre  par  les  hydrosulfates. 

Avant  de  quitter  ce  sujet,  nous  croyons  devoir  ob-^ 
server  qu  il  faudrait  agir  sur  les  tissus  du  canal  digestif 
comme  nous  venons  de  le  dire ,  si  les  recherches  fai-? 
tes  jusqu  alors  avaient  été  infructueuses. 


(  420  ) 


§11.  —  Des  symptômes  considérés  comme  des 

moyens  propres  à  faire  reconnaître  la  nature 

de  la  substance  vénéneuse. 

Nous  avons  établi,  pag.  36o,  en  parlant  des  moyens 
propres-à  constater  que  rempoisoniiement  a  eu  lieu 
qu’il  était  impossible  de  regarder  les  symptômes  éprou¬ 
vés  par  les  malades  autrement  que  comme  des  preuve 
accessoires,  mais  fort  utiles,  et  nous  avons  développé 
les  motifs  qui  nous  forçaient  à  adopter  cette  opinion. 
Il  est  donc  évident  que  l’étude  la  plus  attentive  des 
symptômes  ne  saurait  conàaiïe  d’une  maniéré  certaim. 
à  la  découverte  du  poison  qui  les  a  oçcasionés  ;  néaO'^ 
moins  elle  peut  guider  le  médecin  dans  la  résolution 
de  ce  problème  important,  et  nous  semble  devoir  être 
prise  en  considération.  Refusera-t-on  d’admettre,  par 
exemple,  que  dans  un  très-grand  nombre  de  cas,  les 
poisons  rangés  dans,  la  classe  des  irritons,  des  nar¬ 
cotiques  ou  des  narcotico-âcres  ,  déterminent  une  sé¬ 
rie  de  phénomènes  qui  ne  se  ressemblent  pas,  «ît  qui 
sont  par  conséquent  propres  a  indiquer  à  l’obseivateur 
le  choix  des  moyens  dont  il  doit  faire  usage  pour  ré¬ 
soudre  la  question  ?  Certes  ,  ici  il  ne  s’agit  point  d’affir¬ 
mer,  mais  bien  de  présumer  que  la  substance  véné¬ 
neuse,  appartient  à  une  des  trois  classes  dont  nous  par- 
Içns  :  or  le  médecin  serait  blâmable  s’il  négligeait  au¬ 
cune  des  considérations  propres  à  éclairer  un  problème 
aussi  difficile. 

Phénorrienes  qui  peuvent  faire  soupçonner  que 


(  421  ) 

poison  ingéré  appartient  a  la  classe  des  irritans.  Les 
substances  vénéneuses  irritantes ,  déterminant  presque 
toujours  une  vive  inflammation  de  l’estomac  et  des  in¬ 
testins  ,  occasionnent  la  plupart  des  symptômes  qui  ca¬ 
ractérisent  cette  affection ,  tels  que  des  douleurs  vives 
à  l’épigastre  et  dans  quelques  autres  parties  de  l’abdo¬ 
men  ,  des  nausées ,  des  vomissémens  violens,  quelque¬ 
fois  sanguinoléns  ^  des  déjections  alvines ,  etc.  Indépen¬ 
damment  dé  ces  symptômes,  les  malades  se  plaignent 
d’avoir  ressenti  une  saveur  âcre,  chaude  j  brûlante;  ils 
éprouvent  une  constrictiôn  à  la  gorge  et  une  grande 
sécheresse  dans  la  bouche  et  dans  l’œsophage.  Rare¬ 
ment  observe-t-oh  des  vertiges  :  ou  la  paralysie  des 
membres  abdominaux,  à  moins  que  ce  ne  soit  vers  la 
fin  de  la  maladie,  ét  lorsque  la  dose  du  poison  employé 
a  été  très-considérable  i 

Phénonienes  qui  peuvent  faire  soupçonner  que  lepoi~ 
son  ingéré  appartient  a  laclasse  des  narcotiques.  La  plu¬ 
part  de  ces  poisons  déterminent  d’abord  des  vertiges, 
raffaiblissement  et  même  la  paralysie  des  membres 
abdominaux,  la  dilatation  de  la  pupille,  la  stupetn, 
quelquefois  le  eoma ,  enfin  des  mouvemens  convulsifs 
légers  ou  forts.  Les  malades  ne  se  plaignent  point  d’a¬ 
voir  éprouvé  une  sav^eur  eaustique;  la  bouche,  lè  pha¬ 
rynx  et  1  œsophage  ne  paraissent  etre  le  siège  d’aucune 
altération  :  les  vomissemens  et  les  déjections  àlvines , 
lorsqu  ils  ont  lieu  (  ce  qui  ^t  assez  rare  ),  sont  loin 
d  etre  aussi  opiniâtres  que  dans  l’empoisonnement  par 
les  substances  irritantes;  la  douleur  dévéloppée  par 
ces  poisons  n’a  jamais  lieu  peu  de  temps  après  leur  in¬ 
gestion  ;  eUe  est  ordinairement  légère  ;  quel  quefois 


(  422  ) 

Cependant  elle  ést  excessivement  aiguë ,  mais  àlors  loiü 
d’avoir  exclusivement  son  siège  dans  l’abdomen  elle 
sè  fait  sentir  dans  différentes  parties  du  corps. 

Phénomènes  qui  peuvent faire  soupçonner  que  lepoU 
son  ingéré  appartient  a  la  classe  des  narcotico-âcres.  Lès 
poisons  narcotico  -  âcres  peuvent  être  rangés  en  deux 
sections  par  rapport  à  leurs  effets j  les  uns,  comme 
le  cainphre,  la  coque  du  Levant.  la  picrotoxine,  la 
strychnine  ,  la  noix  vomique ,  la  brucine  et  l’écorce  qui 
la  fournit,  etc.,  donnent  lieu  à  des  accidens  nerveux 
ordinairement  fort  graves  qui  cessent  tout  a  coup  pour 
reparaître  quelque  temps  apres.  La  durée  des  accès  et 
des  intervalles  lucides  peut  varier  à  l’infini.  Pendant 
l’attaque,  les  membres  se  roidissent  et  sont  agités  en 
tous  sens  par  des  mouvemens  convulsifs  effrayans;  lès 
yeux  sont  saillans ,  hors  des  orbites ,  le  thorax  immo¬ 
bile,  ce  qui  amène  la  suspension  de  la  respiration  ;  la 
langue,  les  gencives  et  la  bouche  sont  livides  comme 
dans  l’asphyxie;  la  lésion  des  facultés  intellectuelles 
n’est  point  constante;  le  vomissement  est  fort  rare  ;  le 
malade  éprouve  une  saveur  amère  insupportable,  ^ès 
poisons  rangés  dans  l’autre  section  agissent,  comme  les 
narcotiques,  d’une  manière  continue,  c’est-à-dire  que 
l’on  n’observe  aucune  intermittence  dans  les  symp¬ 
tômes  qu’ils  déterminent  :  ces  symptômes  ressemblent 
en  partie  à  ceux  que  produisent  les  poisons  narco¬ 
tiques  ,  excepté  qu’ils  sont  précédés ,  dans  la  plupart 
des  cas,  de  plusieurs  phénomènes  qui  indiquent  un© 
vive  excitation. 


(  423  ) 


^  Des  lésions  de  tissu  considérées  comme  des 
moyens  propres  à  faire  connaître  la  nature  de 
la  substance  vénéneuse. 

■  Il  en  est  de  même  des  lésions  de  tissu  que  des  symp^ 
tomes  produits  par  les  poisons;  on  ne  doit  les- consi¬ 
dérer  que  comme  des  moyens  secondaires  propres  à 
jeter  quelque  jour  sur  la  question  qui  nous  occupe; 
elles  peuvent  porter  le  médecin  à  croire  que  l’empoi¬ 
sonnement  est  le  résultat  d’une  substance  irritante, 
narcotique  où  narcotico  -  âcre ,  mais  elles  sont  loin  de 
pouvoir  le  convaincre  qu’il  en  est  réellement  ainsi,  ' 
Lésions  de:  tissu-  tendant  a  établir,  "que  l’empoisôn^ 
nement  a  été  produit  par  une  substance  irritante.'^']!  est 
démontré  que  dans  certaines  circonstances  les  poisbns 
irritans  ont  occasioné  la  mort  sans  laisser  sur  les 
organes  avec  lesquels  ils  avaient  été  mis  en  contact 
la  moindre  trace  de  leur  action,  il  est  également 
vrai  qu’ils  déterminent  presque  toujours  une  phlo- 
gose ,  ordinairement  très-intense  dans  les  parties  qu’ils' 
touchent  :  cette,  inflammation  produit  dans  les  tissus 
une  altération  dont  le  degré  varie,  et  que  mous  avons 
fait  connaître  en  détail  §  6.  ' 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  substances  narco¬ 
tiques.  Nous  ne  pensons  pas,  comme  la  plupart  dès 
auteurs  qui  ont  écrit  sur  ce  sujet,  qu’il  soit  possible 
de  déterminer,  à  l’inspection  du  cadavre,  que  la  mort 
est  le.  résultat  de  l’empoisonnement  par  une  substance 
narcotique.  En  effet  les  poisons  de  cette  classe  n’en- = 
flam ment  point ,  comme  on  l’a  prétendu  ,  les  tissus 


(  M  ) 

avec  lesquels  on  les  met  en  contact  ;  et  si  djans  quel 
ques  circonstances  on  a  observé  la  phlogose  du 
canal  digestif  à  la  suite  de  rempoisonnement  par  les 
narcotiques,  cette  altération  dépendait  évidemment 
des  liquides  irritans  que  l’on  ,avait  administrés  pour 
faire  vomir  ou  pour  s’opposer  aux  effets  du  poison. 
La  liquidité  du  sang,  la  flexibilité  des  membres  la 
promptitude  avec  laquelle  le  cadavre  se  putréfie 
l’apparition  de  plaques  rouges,  violettes,  etc.,  à  la 
peau,  l’entr’ouvrement  des  yeux,  la  distension  de  l’es, 
tomac  et  des  intestins ,  etc. ,  sont  autant  de  caractères 
que  l’on  a  indiqués  comme  étant  propres  à  faire  dis. 
tinguer  l’empoisonnement  par  les  narcotiques  ;  mais 
quelques-uns  de  ces  caractères  sont,  loin. d’être vcons- 
tans,  et  il  en  est  d’autres  que  l’on  observe  égalentent 
dans  l’empoisonnement  produit  par  les  substances 
irritantes  et  narcotico-âcres.  . 

En  général  les  poumons  des  individus  qui  ont 
succombé  à  l’empoisonnement  par  les  narcotiques 
offrent,  des  taches  livides  et  même  noires  ;  leur:  tissu 
est  plus  dense  et  moins  crépitant  •  mais  on  retrouve 
souvent  cette  altération  dans  l’empoisonnement  par 
les  narcotico-âcres  et  par  les  iriitans. 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  poisons  narçotieo^: 
âcres.  Parmi  les  substances  vénéneuses  de  cette  classe, 
il  en  est  un  certain  nombre  qui,  en  .  général,  n’en- 
flamment  point  les  tissus  avec  lesquels  on  les  met  en 
contact  J  la  mort  qu  elles  occasionnent  est  précédée; 
dun  ou  de  plusieurs  accès  que  l’on  pourrait  appeler 
tétaniques  y  et  à  l’ouverture  du  cadavre  on  découwè 
des  altérations  semblables  à  celles  que  produit 


(425) 

phyxie.  ( pag.  33o  .)  Il  en  est  d’autres  qui,  à 
l’instar  des  poisons  irritans,  déterminent  le 
(/g«?une inflammation  plus  ou  moins  vive,  l’uleération 
ou  la  gangrène  des  parties  sûr  lesquelles  on  les  a  ap¬ 
pliquées;  toutefois  les  symptômes  qui  ont  précédé  la 
mort  peuvent  servir  dans  beaucoup  de  cas  à  faire 
présumer  que  l’inflanamation  est  plutôt  le  résultat  de 
l’action  d’un  poison  irritant  que  d’un  narcotico-âcre. 

De  V époque  a  laquelle  doivent  être  faîtes  les  recherches 
pouvant  servir  a  déterminer  s^ il  y  a  eu  empoîsonne- 
'  rnenf,  et  a  faire  connaître  la  nature  de  la  substance 
■vénéneuse. 

Dans  la  plupart  des  cas,  le  médecin  chargé  de  cons¬ 
tater  la- cause  d’une  mort  subite  est  appelé  avant  que 
l’inbumation  du  cadavre  ait  eu  lieu  ;  mais  il  peut  sè 
faire  qu’il  ne  soit  consulté  que  plusieurs  joiirs,  et 
même  plusieurs  mois  après.  Noüsindiquerons  ailleurs, 
en  faisant  rhistoire  de  la  mort  >  les  divers  changernens 
qu’éprouvent  successivement  les  cadasues,  suivant  les 
circonstances  dans  lesquelles  ils  sont  placés,  et  nous 
insisterons  particulièrement  sur  les  différences  qui 
existent  entre  les  altérations  des  organes  produites  ' 
par: la  putréfaction  et  celles  qui  sont  le  résultat  d’un 
corps  yulnérant,  d’un  poison,  ou  de  toute  autre  cause 
de  maladie  :  nous  devons  nous  borner  aujourd’hui  à 
recherchert  s’il  est  permis  de  découvrir  la  présence 
d  une  substance  véîiéneuse  en  analysant  les.  matières 
trouvées  dans  le  canal  digestif  d’un  cadavre  inhumé 
depuis  long-temps.  Kidée  de  traiter  ùn  pareil  sujet 
nous  a  été  suggérée  par  un  des  magistrats  les  plus  re- 


(426) 

.Comraandables  de  eette  ville  ^  qui  ,  il  y  a  environ  un 
an ,  demanda  notre  avis  sur  la  question  suivante  :  Est 
il  possible  de  déterminer  que  le  sieur  X /mort  depuis 
deux  mois,  d  succombe  a  un  empoisonnement? 
répondîmes  qu’il  était  sans  doute  plus  difficile  de  ré¬ 
soudre  ce  problème  dans  le  moment  actuél,  qu’il  ne 
l’eût  été  deux  mois  auparavant;  mais  qu’il  n’était 
point  prouvé  que  l’on  ne  parvînt  encore  à  découvrir 
la  présence  matérielle  d’un  certain  nombre  de  poisons 
et  qu’il  fallait  par  conséquent  tenter  les  recherches. 

Voici  quelques  considérations  propres  à  éclairer 
cette  question. 

1°  11  est  difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible,  de 
reconnaître  les  poisons  végétaux  retirés  de  l’estomac 
d’un  cadavre  inhumé  depuis  long-temps,  ces  poisons 
étant  susceptibles  de  se  décomposer  et  de  donner  nais¬ 
sance  à  un  certain  nombre  de  produits  dans  lesquels 
on  ne  retrouve  plus  les  propriétés  qui  les  caractéri¬ 
saient.  Il  pourrait  arriver  cependant  que  la  décom¬ 
position  dont  il  s’agit  n’eût  atteint  que  les  parties 
extérieures  de  certains  poisons  végétaux,  et  qu’il  fût 
possible  de  constater  encore  leurs  propriétés  physiques 
‘dans  les  parties  non  décomposées.  "  ,  -  : 

■  n®  Les  substances  vénéneuses  tirées  du  règne  mi¬ 
néral  peuvent  être  reconnues,  pour  la  plupart,  avec 
plus  de  facilité.  Les  unes  conservent  leur  état  solide 
^u  milieu  des  organes  que  la  putréfaction  tend  à  dé¬ 
truire;  elles  peuvent  ne  pas  avoir  subi  la'  moindre 
altération  ,  et  doivent  être  analysées  comme  nous 
l’avons  indiqué,  page  374.  Les  autres  sont  décompo¬ 
sées  et' transformées  en  un  produit  insoluble  par  les 


.  (  4^7  ) 

substances  contenues  dans  l’estomac  ou  par  les  tissus 
qui  composent  ce  viscère  ;  on  doit  les  rechercher 
dans  les  matières  solides  où  dans  les  tissus  ;  tandis 
qu’on  aurait  pu  les  découvrir  vingt -quatre  heures 
après  la  mort  en  examinant  les  liquides  dans  lesquels 
elles  avaient  été  d’abord  dissoutes*  (Fbjr.  S  238).  Il  en 
est  qui,  sans  avoir  éprouvé  la  moindre  altération  dans 
leur, composition,  se  sont  combinées  avec  l’estomac  ou 
avec  les  matières  alimentaires;  en  sorte  qu’il  est  im^ 
possible  de  constater  leur  présence,  à  moins -de  faire 
l’analyse  de  ces  matières.  Un  certain  nombre  d’entre 
elles ,  enfin ,  qui  n’ont  point  été  décomposées  ,  se  sont 
combinées  avec  quelques-uns  des  produits  de  la  putré¬ 
faction,  ont  formé  des  corps  nouveaux,  et  ne  sau¬ 
raient  être  décelées  qu’en  employant  des  moyens  sou¬ 
vent  difficiles. 

Il  résulte  de  ce  qui  précède ,  qu’il  est  permis  de  dé¬ 
montrer,  dans  un  assez  grand  nombre  de  circonstances, 
la  présence  d’un  poison  du  règne  minéral,  lors  même 
que  les  recherches  sont  faites  plusieurs  jours  après  la 
mort.  Le  médecin  serait. par  conséquent  blâmable ,  si, 
dans  un  cas  de  ce  genre,  il  refusait  d’éclairer  la  jus¬ 
tice  ,  sous  le  prétexte  qu’il  lui  serait  impossible  d’obte¬ 
nir  constamment  des  résultats  satisfaisans. 

ARTicLÉ  II.  —  De  quelques  autres  questions  relatives 
a  l  empoisonnement^  considéré  sous  le  rapport  de  la 
médecine  légale. 

Lorsqu  à  l’aide  de  nombreuses  recherches  on  est 
déjà  parvenu  à  prouver  qu’une  personne  est  morte  em¬ 
poisonnée  ,  on  peut  encore  être  consulté  pour  résoudre 


(  428  )  , 

les  deux  questions  suivantes  :  !«  Cette  personne  est- 
elle  empoisonnée  elle-tnême  ?  a»  Comment  se  fait  . n 
qu’ayant  été  empoisonnée' dans  un  repas  oit  il  y  avait 
plusieurs  personnes,  elle  seule  soit  morte,  tandis  que 
parmi  les  autres,  en  est  qui  n’ont  rien  éprouvé,  et 
d’autres  qui  ont  été  a  peine  atteintes  par  la  substance 
ueneneüse?  La  solution  de  la  première  de  ces  questions 
repose  entièrement  sur  des  considérations  morales  qui 
sont  plutôt  du  ressort  des  magistrats  que  de  l’homme 
de  1  art  :  aussi  1  abandonnons-nous ,  pour  nous  occuper 
de  l’autre. 

Pour  résoudre  celle-ci  il  faut  rechercher  attenti¬ 
vement  :  i“  quel  est  le  mets  qui  a  été  empoisonné; 
car  il  est  possible  que  l’on  découvre  que  c’est  préci* 
sèment  de  celui-là  que  la  personne  qui  a  succombé 
avait  particulièrement  mangé;  a»  quelle  est  la  nature 
de  la  substance  vénéneuse ,  et  comment  elle  se  trouve 
dans  le  mets ,  c’est-à-dire  si  elle  y  est  tenue  en  dis¬ 
solution  ,  en  suspension ,  ou  bien  si  elle  est  inégalement 
répartie,  telle  portion  en  pouvant  recéler  une  grande 
quantité,  tandis  quil  n’y  en  a  point,  ou  qu’il  y  en  à 
à  peine  dans  telle  autre  partie;  3®  jusqu’à  quel  point 
1  estomac  des  différons  convives  pouvait  se  trouver 
rempli  de  substances  solides  ou  liquides  au  momérit 
où  le  met  empoisonné  a  été  mangé;  en  effet,  tout 
étant  égal  d’ailleurs ,  les  ravages  du  poison  doivent 
être  beaucoup  moins  considérables  si  l’estomac  est 
plein,  que  dans  le  cas  où  il  est  vide;  ce  viscère  se 
trouvant  en  quelque  sorte  à  l’abri  de  la  substance  vé¬ 
néneuse  par  les  alimens,  qui  l’enveloppent  ou  la 
divisent  au  point  d’affaiblir  singulièrement  son  action  ; 


(  4=9  ) 

4®  quels  sont  les  indiridus  qui  ont  été  en  proie  à  des 
vomissemens  et  à  des  déjections  alvines  ;  combien 
de  temps  ,  après  avoir  mangé  du  mets  empoisonné, 
ces  évacuations  se  sont-elles  manifestées?  Il  est  évi-. 
dent  que,  de  trois  individus  ayant  avalé  la  même 
quantité  de  substance  vénéneuse,  en  supposant  qxxe 
toutes  les  autres  circonstances  soient  égales,  celui  qui 
aura  éprouvé  des  évacuations  abondantes  peu  de  temps 
après,  sera  moins  atteint  par  le  poison  que  celui  qui 
na  évacué  que  très-tard 5  et,  à  plus  forte  raison,  que 
celui  qui  n’a  point  vomi  ou  qui  n’a  pas  eu  de  dé¬ 
jections  alvines. 

ARTICLE  m. — De  r Êmpoisonnement  lent. 

Les  poisons  les  plus  actifs  .peuvent  être  introduits 
dans  l’estomac  à  une  dose  assez  faible  pour  n’occasio- 
ner  d  abord  que  de  légères  incommodités  j  cependant  si 
1  emploi  d  une  pareille  dose  de  ces  substances  véné¬ 
neuses  est  souvent  réitéré,  s’il  a  lieu,  par  exemple, 
pendant  plusieurs  jours  de  suite,  il  peut  arriver  et  il 
arrive  fréquemment  que  les  fonctions  éprouvent  un  dé- 
langement  notable  dans  leur  exercice;  les  individus 
sont  en  proie  à  des  symptômes  fâcheux,  ils  peuvent 
meme  succomber.  C’est  à  l’ensemble  de  ces  effets  que 
I  on  a  donné  le  nom  dl empoisonnement  lent. 

«  Il  peut  se  faire,  dit  M.  Chaussier',  qu’un  homme  ait 
pris  une  dose  d’un  poison  irritant  trop  peu  considérable 
pour  le  faire  périr  en  peu  d’heures ,  mais  que  cette  dose, 
répétée  à  des  intervalles  plus  ou  moins  rapprochés ,  en¬ 
tretienne  un  état  presque  continuel  d’anxiétés,  de  dou¬ 
leurs  plus  ou  moins  graves  à  l’estomac,  à  l’intestin» 


(  43o  ) 

produise  par  intervalles  des  vomissemens^  des  déjec- 
tîôns  alvines  de  matières  muqueuses ,  sanguinolentes 
et  amène  l’extinction  de  la  vie  dans  l’espace  de  dis  ■ 
quinze  ou  vingt  jours,  et  même  plus.»  (Notice  sur  les 
moyens  de  reconnaître  le  sublime  corrosif,  pag.  154.^ 

Les  expériences  que  nous  avons  faites  surles  animaux 
dans  le  dessein  d’éclairer  cette  question  difficile ,  nous 
ont  prouvé  que  les  accidens  déterminés  par  de  très-pe¬ 
tites  doses  d’une  substance  vénéneuse  énergique,  ont 
l«.plus  grand  rapport  avec  ceux  que  produit  le  même 
poison  administré  en  assez  grande  quantité  pour  don¬ 
ner  lieu  à  Fempoisonnement  aigu. 

Le  médecin  chargé  par  les  tribunaux  de  donner  son 
avis  sur  un  cas  de  ce  genre,  doit  examiner  attentive¬ 
ment  les  symptômes,  l’époque  de  leur  invasion,  leur 
progression  successive ,  la  constitution  et  les  habitudes 
de  l’individu,  les  circonstances  physiques  et  morales 
dans  lesquelles  il  a  pu  être  placé ,  etc.  ;  par  ce  moyen  il 
découvrira  quelquefois  que  la  maladie  dépend  d’une 
affection  organique  héréditaire,  de  l’abus  de  médica- 
mens  purgatifs  ou  autres,  d’écarts  dans  le  régime,  etc. 
Quelle  que  soit  son  opinion  sur  la  cause  des  accidens 
qu  il  a  observés ,  il  ne  prononcera  affirmativement  qu’il 
y  a  eu  empoisonnement,  qu’autant  qu’il  aura  trouvé 
la  substance  vénéneuse ,  en  agissant  comme  nous 
vons  prescrit  page  874. 


(  43i  ) 

TRENTE-DEUXIÈME  LEÇON.  .. 

RAPPORTS  SUR  L’EMPOISONNEMENT. 

Les  rapports  sur  l’empoisonnement  doivent  être  ré¬ 
digés  d’après  des  principes  généraux  que  nous  nous  pro¬ 
posons  de  faire  connaître  ailleurs  :  il  nous  suffira  main¬ 
tenant  d’indiquer  qu’ils  doivent  se  composer  de  trois - 
parties ,  le  protocole  ou  la formule ,  ayant  pour  objet 
défaire  connaître  les  titres,  noms  et  qualités  du  rap¬ 
porteur,  l’autorité  qui  a  ordonné  la  visite,  le  magistrat 
en  présence  duquel  elle  a  été  faite ,  le  lieu  où  l’on  s’est 
transporté,  avec  l’indication  du  jour  et  de  l’heure ,  l’atti¬ 
tude  du  sujet ,  5on  âge ,  sa  grandeur ,  les  objets  qui  l’en¬ 
tourent,  etc.  ;  2°  la  description  des  faits  que  l’on  a  ob¬ 
servés  ;  3°  les  conclusions  que  l’on  a  cru  devoir  tirer. 

Premier  rapport. 

Première  partie.  Nous  soussigné  docteur  en  méde¬ 
cine  de  la  faculté  de  Paris ,  habitant  de  la  ville  de  Melun , 
dépai“tement  de  Seine  et  Marne ,  sur  la  réquisition  de 
M.  lé  procureui’  du  roi,  nous  sommes  transporté  au¬ 
jourd’hui  25  février  1821  à  deux  heures  de  l’après- 
midi,  accompagné  de  MM.  L.  L.  étudians  en  méde¬ 
cine,  chez  le  sieur  Philippe ,  demeurant  dans  la  maison 
n ,  1,0 ,  sise  rue  de  . . .  au  troisième  étage,  chambre  sur  le 
devant,  pour  constater  la  cause  de  la  mort  du  nommé 
X. ,  neveu  du  sieur  Philippe.  Arrivé  dans  ladite  cham¬ 
bre  avec  le  procureur  du  roi,  nous  avons  trouvé  étendu 
sur  un  lit  le  cadavre  d’un  homme  que  l’on  nous  a  dit 
être  âgé  de  trente  ans  j^l  conservait  à  peiue^un  reste  de 


(  432  ) 

chaleur  ;  son  attitude  ne  présentait  rien  de  remarqua 
ble.  Les  draps  et  le  parquet  étaient  salis  par  des  matières 
molles ,  verdâtres ,  mêlées  de  sang ,  d’une  odeur  aigre 
désagréable ,  semblables  à  celles  que  l’on  voyait  dans  le 
vase  de  iiuit  qui  était  au  milieu  de  la  chambre;  il  y 
avait  sur  la  cheminée  un  flacon  sans  étiquette ^  bouché 
à  l’émeril,  contenant  environ  deux  gros  d’un  liquide 
transparent,  d’une  saveur  âcre,  corrosive  ;  du  reste bh 
ne  découvrait  aucune  trace  d’instrunient  vülnérant 
contondant,  etc.  Interrogé  sur  les  accidens  qui  avaient 
précédé  la  mort,  le  sieur  Philippe  nous  a  dit  que  la 
veille  son  neveu  paraissait  encore  jouir  dé  la  santé  la 
plus  florissante  ,  qu’il  l’avait  vu  rentrer  dans  sa  cham¬ 
bre  à  onze  heures  du  soir ,  ayant  nn  flacon  à  la  main  ; 
qu’il  s’était  enfermé  comme  il  le  faisait  ordinairement; 
mais  voyant  qu’il  n’était  point  descendu  ce  matin  a 
huit  heures ,  contre  son  habitude,  il  avait  frappé  à  la 
porte  pour  l’éveiller ,  et  enfin  il  s’était  décidé  à  la  faire 
ouvrir  de  forcé;  que  du  reste,  jamais  le  sieur  X.me 
s’était  plaint  d’aucune  incommodité.  -  ' 

Deuxienm  partie.  Après  avoir  recueilli  ces  renseignè- 
mens,  nous  avons  procédé  â  l’examen  du  cadavre.  Il 
n’y  avait’ à  l’extérieur  aucune  trace  d’ecchymose  ni  dé 
blessure  faite  par  un  instrument  vülnérant  ;  les  mem¬ 
bres  thoraciques  et  abdominaux,  ayant  été  profon¬ 
dément  incisés,  nous  ont  paru  dans  l’état  naturel  f  oii 
voyait  çà  et  là  sur  le  dos  des  taches  rougeâtres'  qui 
n’étaient  que  des  lividités  cadavériques ,  ce  dont  nUüS 
nous  sommes  assuré  en  incisant  la  peau.  Les  lèvret 
étaient  enduites  d’une  matière  semblable  par  sâ  cou¬ 
leur  à  celle  qui  avait  été  trouvée  sur  le  parquet.  Là 


('4Î3) 

bouche ,  le  pharynx  et  Fœsophage  h  étaient  le  siège 
d’aucune  altération  marquée.  L’estomac  était  vide  ;  sa 
membrane  interne,  d’un  rouge  foncé  dans  presque 
toute  son  étendue,  offrait  çà  et  là  des  tafches  noires 
lenticulaires ,  formées  par  du  sang  extravasé  entre  les 
tuniques  muqueuse  et  musculeuse  ,  ainsi  que  nous  nous 
en  sommes  assuré  en  les  incisant  et  en  les  lavant  avec 
deJ’eauj  la  membrane  musculeuse  était  d’un  rouge 
clair.  Les  intestins,  le  péritoine  et  les  divers  organes  ren¬ 
fermés  dans  l’abdomen  ,  dans  le  thorax  et  dans  la' cavité 
du  crâne  ,  paraissaient  être  dans  l’état  naturel. 

„  La  liqueur  contenuu-dans  le  flacon  dont  nous  avons 
parlé  présentait  les  caractères  suivans  ■:  elle  était  lim¬ 
pide,  incolore ,  inodore ,  d’une  saveur  âcre ,  caustique  , 
et  rougissait  à  peine  l’eau  de  tournesol;  l’ammoniaque 
la  précipitait  en  blanc,  la  potasse  en  jaune -serin,  l’hy- 
drosulfate  de  potasse  en  noir ,  le  nitrate'  d’argent  én 
blanc  :  une  lame  de  cuivre  décapé ,  plongée  dans  cette 
liqueur ,  devenait  brune  sur-le-champ  et  acquérait  une 
couleur  blanche  brillante,  argentine,  parle  frottement. 
La  matière  verte  sanguinolente  trouvée  dans  le  vase 
de  nuit  était  en  partie- solide ,  en  partie  liquide  :  on  l’a 
exprimée  dans  un  linge  fin ,  et  l’on  s’est  assuré  que  la 
portion  liquide  était  légèrement  trouble ,  et  quelle  ne 
subissait  aucune  altération  de  la  part  de  l’eau  de  tour¬ 
nesol ,.  de  l’ammoniaque  et  des  hydrosulfates  :  elle  n’a 
été  précipitée  par  aucun  de  ces  réactifs ,  mêmè  après 
avoir  été  réduite  au  tiers  de  son  volume  par  une  éva¬ 
poration  lente.  La  portion  solide,  examinée  avec  soin  , 
na  offert  aucune  trace  poudre  blanche  :  on  l’a  fait 
bouillir  pendant  un  quart  d’heure  avec  de  l’eau  dis- 

28 


(4M) 

tillée  :  la  dissolution ,  d’une  couleur  jaunâtre,  n’a  subi 
aucun  changement  notable  de  la  part  de  la  teinture  de 
tournesol ,  de  l’ammoniaque ,  de  l’eau  de  chaux ,  de  la 
potasse,  ni  de  l’hydro-sulfate  de  potasse.  Le  résidu 
c’est-à-dire  la  matière  solide  qui  restait  après  avoir  fait 
bouillir,  a  été  mêlé  avec  de  la  potasse  caustique,  et 
desséché  dans  une  capsule  de  porcelaine  ,  à  une  douce 
chaleur  ;  on  l’a  ensuite  chauffé  jusqu’au  rouge  dans  un 
tube  de  verre  étroit  et  long  de  huit  à  dix  pouces  ;  au 
bout  de  trois  ou  quatre  minutes  d’une  chaleur  rouge, 
il  s’est  volatilbé  du  mercure  métallique^  qui  s’est  con¬ 
densé  sur  la  paroi  interne  du  tube,  et  que  l’on  a  ra¬ 
massé  sous  forme  de  petits  globules  très  -  brillans , 
excessivement  mobiles ,  d’un  blanc  bleuâtre  et  d’une 
pesanteur  spécifique  considérable. 

Troisième  partie.  Nous  croyons  pouvoir  conclure  de 
ce  qui  précède  i®  que  la  liqueur  contenue  dans  le 
flacon  renferme  une  assez  forte  dose  de  sublimé  cor¬ 
rosif  dissous  dans  l’eau  ;  2®  que  la  matière  trouvée  dans 
le  vase  de  nuit ,  et  qui  paraît  avoir  été  vomie  par  le 
sieur  X. ,  contient  dans  sa  portion  solide  un  compose 
mercuriel  insoluble  dans  l’eau  ;  3°  que  ce  compose 
peut-être  le  résultat  de  la  décomposition  d’une  cer¬ 
taine  quantité  dé  sublimé  corrosif  par  des  niatières 
alimentaires  ,  muqueuses  ,  bilieuses ,  etc.  ;  4° 
l’introduction  dans  l’estomac  d’une  partie  de  la  li¬ 
queur  contenue  dans  la  fiole  rend  parfaitement  raison 
de  la  promptitude  avec  laquèlle  la  mort  a  eu  lieu,  et 
de  l’inflammation  de  l’estomac  ;  5®  qu’il  est  excessive¬ 
ment  probable  que  le  sieiir  X.  est  mort  empoisonné  (ij* 

(1)  U  est  excessivement  probable  mais  il  n’est,  pas  hors  êe 


(  435^  ) 

Deuxième  j'apport. 

Première  partie. soussigné,  etc....,  nous  sommes 
transporté ,  etc.  {vof  .  pag.  43 1  )  pour  visiter  le  cadavre 
de  la  femme  L . ,  que  l’on  nous  a  dit  être  morte  de¬ 

puis  vingt-(juatre  heures.  Arrivé  dans  la  chambre ,  nous 
n’avôns  rien  découvert  qui  pût  faire  soupçonner  la  cause 
de  la  mort  ;  il  y  avait  sur  la  cheminée  une  fiole  à  mé¬ 
decine  vide  et  sans  étiquette  ;  on  ne  voyait  nulle  part 
des  traces  de  vomissement  ni  de  déjections  alvines.  La 
fille  de  la  femme  L....  nous  a  rapporté  qu’étant  habi¬ 
tuellement  souffrante  de  la  poitrine,  sa  mère  faisait 
continuellement  usage  de  ,  médicamens  qui  n’étaient 
pas  toujours  prescrits  par  des  hommes  de  Fart ,  et  que 
la  veille  de  sa  niort  elle  avait  pris  en  une  fois  environ 
huit  cuillerées  d’un  liquide  légèrement  jaunâtre,  qui, 
disait -elle,  devait  calmer  instantanément  ses  dou¬ 
leurs;  que  vingt  minutes  après  l’avoir  avalé  elle  avait 
éprouvé  des  douleurs  atroces  au  creux  de  l’estomac,  des 
convulsions,  et  d’autres  accidens  fâcheux  qui  l’avaient 
décidée  à  faire  venir  M.  D.,  docteur  en  médecine.  Ce¬ 
lui-ci  a  déclaré  s’être  rendu  auprès  de  la  malade  deux 
heures  après  l’ingestion  du  liquide,  l’avoir  jugée  empoi¬ 
sonnée  et  sur  le  point  d’expirer;  en  effet  elle  est  morte 
avant  de  pouvoir  etre  secourue.  Le  cadavre  était  roide, 
et  ne  présentait  aucune  trace  de  lésion  extérieure  ;  il 


doute  qu’il  y  ait  eu  empoisonnement  parce,  qu’il  n’est 
point  prouvé  que  le  sieur X.  ait  avalé  delà  liqueur  contenue 
dans  le  flacon;  parce  qu’il  est  impossible  d’affirmer  que  la 
matière  trouvée  dans  le  vase  de  nuit  ait  été  vomie  par  lui. 


(  436  ) 

était  couché  sur  le  dos.  (  /%*-.  pag.  432  le  premier  rap¬ 
port  pour  les  détails  dans  lesquels  il  faut  entrer  à  cet 
égard.) 

Deuxieme  partie.  La  bouche ,  le  pharynx  et  Tœso- 
phage  n’étaient  le  siège  d’aucune  altération  sensible- 
l’estomac  contenait  une  assez  grande  quantité  d’alimens 
à  demi  digérés,  et  environ  une  livre  d’un  liquide  jau¬ 
nâtre  et  trouble  :  sa  membrane  interne,  d’un  rouge 
fclair ,  offrait  çà  et  là  des  plaques  d’un  rouge  plus  foncé  • 
les  autres  tuniques  étaient  saines;  l’intérieur  du  duodé¬ 
num  et  du  commencement  du  jéjunum  présentait  une 
rougeur  manifeste,  d’autant  plus  intense  qu’on  s’appro¬ 
chait  davantage  de  l’estomac;  les  autres  organes  conte¬ 
nus  dans  l’abdomen  étaient  sains  :  il  en  était  de  même 
du  cœur  et  du  péricarde.  Le  tissu  des  poumons  était 
rouge,  dur,  semblable  par  sa  consistance  à  celui  du 
foie;  il  y  avait  une  certaine  quantité  de- liquide  sérô- 
purülent  épanché  dans  la  cavité  du  thorax.  L’encéphale 
paraissait  dans  l’état  naturel. 

Le  liquide  trouvé  dans-l’estomac ,  ayant  été  exprimé 
dans  un  linge  fin  et  filtré ,  conservait  toujours  une 
couleur  jaunâtre  ;  il  était  légèrement  trouble,  inodore 
et  doué  d’une  saveur  âcre.  Loin  de  rougir  l’eau  de 
tournesol,  il  'verdissait  fortement  le  sirop  de 'violettes  • 
il  ne  précipitait  point  par  l’ammoniaque  ;  les  hydro¬ 
sulfates  ne  le  troublaient  point  ;  mais  si  après  avoir 
ajouté  ce  réactif  on  versait  quelques  gouttes  d’acide 
nitrique  ou  hydrochlorique,  il  fournissait  un  précipite 
d’un  très-beau  jaune,  assez  abondant  ;  il  précipitait  en 
blanc  par  l’eau  de  chaux ,  en  vert  par  le  sulfate  .de 
cuivre  ammoniacal ,  et  en  j aune-serin l’hydrocblo- 


(  437  ) 

rate  de  platine.  Évaporé  jusqu’à  siccité  il  fournissait 
un  produit  solide  qui,  mis  sur  les  charbons  ardens , 
répandait  des  vapeurs  blanches  d’une  odeur  alliacée. 

Troisième  partie.  Nous  pouvons  affirmer  d’après  ce 
qui  précède  i®  que  la  liqueur  soumise  à  l’analyse  con¬ 
tient  une  assez  forte  dose  d’arsénite  de  potasse  ;  a®  que 
ce  sel  est  la  cause  des  accidens  éprouvés  subitement 
par  la  femme  L.  ;  3°  que  c’est  également  à  lui  qu’il  faut 
attribuer  l’inflammation  de  l’estomàc  et  la  mort;  4»  que 
l’affection  des  poumons  est  indépendante  de  l’empoi¬ 
sonnement,  et  peùt  expliquer  les  souffrances  auxquelles 
la  malade  était  habituellement  en  proie. 

Troisième  rapport. 

Première  partie.  Nous  soussigné,  etc....,  nous  sommes- 
transporté,  etc....,  pour  constater  la  cause  de  la  mort 
de  F.,  etc.  {pojezpdi^.  43 1).  Arrivé, dans  la  chambre, 
nous  avons  trouvé  étendu  sur  un  lit  le  cadavre  d’un 
homme  d’environ  Sô  ans,  bien  vêtu,  qui  habitait  la 
maison  depuis  la  veille  seulement,  et  dont  on  ignorait 
le  nom  :  on  voyait  sur  une  des  chaises  de  la  chambre 
deux  pistolets  et  un  poignard  ;  le  parquet  était  sali  par 
des  matières  alimentaires  molles ,  à  demi  digérées ,  de 
couleur  verdâtre  ;  il  n  y  avàit  aucun  autre  objet  digne 
de  fixer  notre  attention.  Interrogés  sur  les  accidens  qui 
avaient  précédé  sa  mort ,  les  voisins  et  les  assistans  se 
sont  bornés  à  déclarer  que  le  sieur  F.  avait  loué  une 
chambre  dans  la  maison  la  veille,  et  qu’il  paraissait 
bien  portant.  Le  cadavre  était  froid  et  roide  ;  il  était 
couché  sur  le  dos,  la  tête  légèrement  penchée  sur-le 
côté  droit. 


(  438  ) 

Deuxieme  partie.  Le  cadavre,  dépouillé  des  vête- 
mens  qui  le  couvraient,  a  été  examiné  attentivement. 
Il  n’y  avait  à  l’extérieur  aucune  trace  de  blessure^ 
{Voj.  le  premier  rapport  pour  les  détails  dans  lesquels 
il  faut  entrer  à  cet  égard ,  pag.  432.)  On  voyait  sur  la 
face  dorsale  de  la  main  droite  une  tache  jaune  .^  sQxa.- 
blable  à  celles  que  produit  l’acide  nitrique  en  agis¬ 
sant  sur  la  peau  ;  le  bord  libre  des  lèvres  offrait  une 
couleur  orangée ,  et  il  était  aisé  d’en  détacher  l’épi¬ 
derme,  qui  paraissait  brûlé  ;  la  membrane  interne  de  la 
bouche  était  d’une  couleur  citrine  ;  le  pharynx  ne  pa- 
raissait  être  le  siège  d’aucune  altération  :  toute  la  sur¬ 
face  interne  de  l’œsophage  était  enduite  d’une  matière 
jaune,  grasse  au  toucher,  sillonnée  par  des  plis  verti¬ 
caux  et  facile  à  détacher.  L’estomac  était  vide,  réduit 
à  un  très-petit  volume,  et  d’une  couleur  jaune  à  l’éxté- 
rieur;  sa  membrane  muqueuse  était  rouge-cerise;  il  of¬ 
frait  près  de  sa  portion  pylorique  deux  ouvertures  de 
la  grandemr  d’un  centime ,  voisines  l’une  de  l’autre,  à 
bords  fort  amincis  ,  usés,  ou  plutôt  dissous.  L’intérieur 
du  duodénum  et  du  jéjunum  étaient  tachés  en  jaune, 
sans  présenter  de  traces  d’inflammation.  Les  gros  in¬ 
testins  étaient  remplis  de  matières  fécales  très-dures , 
moulées  ;  du  reste  ils  paraissaient  dans  letat  naturel. 
Le  péritoine,  manifestement  épaissi,  était  d’un  rouge 
sale  dans  plusieurs  points ,  et  recouvert  de  couches 
albumineuses  dans  d’autres.  Tous  les  viscères  abdomi¬ 
naux  ne  formaient  qu’une  masse  au  moyen  des  adhé¬ 
rences  produites  entre  eux  par  l’inflammation  du  péri¬ 
toine  et  l’interposition  des  couches  albumineuses.  On 
voyait  cà  et  là  des  plaques  jaunes  sur  le  mésentère ,  1® 


(  439  ) 

foie,  la  rate  et  les  reins;  du  reste  il  n’y  avait  aucun  li¬ 
quide  épanché  dans  l’abdomen.  Le  lobe  inférieur  du 
poumon  gauche  était  enflammé ,  et  avait  contracté  des 
adhérences  avec  le  diaphragme.  Le  cœur,  le  cerveau, 
le  cervelet  et  la  moelle  épinière  étaient  sains. 

Les  matières  répandues  sur  le  parquet,  ayant  été 
traitées  par  l’eau  distilltée  bouillante,  ont  fourni  ime  dis¬ 
solution  d’un  jaune  Terdâtre  qui  rougissait  faiblement 
la  teinture  de  tournesol ,  mais  qui  ne  subissait  aucune 
altération  de  la  part  de  l’eau  de  baryte,  de  la  potasse, 
de  l’eau  de  chaux,  dès  bydrosulfates  ni  du  prussiate 
de  potasse.  On  les  a  fait  bouillir  avec  de  la  potasse 
caustique ,  et  il  a  été  impossible  d’en  obtenir  du  nitrate 
de  potasse  ni  de  démontrer  l’existence  d’aucun  autre 
poison  du  règne  minéral.  On  a  fait  les  mêmes  re¬ 
cherches  sur  les  tissus  du  canal  digestif,  elles  résultats 
ont  été  les  mêmes.  (On  doit  décrire  exactement  toutes 
les  opérations  chimiques,  lors  même  qu’on  n’est  point 
parvenu  à  découvrir  la  substance  vénéneuse.) 

Nous  croyons  pouvoir  conclure  de 
ce  qui  précède  i®  qu’il  est  difficile  d’attribuer  la  mort  du 
sieur  F.  et  les  altérations  cadavériques  dont  nous  avons 
parle  à  une  autre  cause  qu’à  un  empoisonnement; 
2®  que  parmi  les  substances  vénéneuses  connues ,  les 
acides  nitrique  et  nitreux  et  Y emi  régale  sont  les  seules 
capables  de  produire  l’  ensemble  de  phénomènes  qui  ont 
été  observés  ;  3®  qu’il  est  néanmoins  impossible  dlcffr- 
mer  que  le  sieur, F.  ait  été  empoisonné  par  un  de  ces 
acides,  puisqu’on  n’est  point  parvenu  à  en  démontrer 
la  présence  ,  mais  qu’il  est  excessivement  probable  que 
la  mort  est  le  résultat  de  l’introduction  d’un  de  ces 
poisons  dans  l’estomac. 


(  44o  ) 

Quatrième  rapport. 

Fremtere  paj'tie.  Nous  soussigné ,  etc. ,  nous  sommes 
transporté  à  la  Morgue  etc. ,  pour  constater  la  cause 
de  la  mort  du  sieur  N...  ,  etc.  {'uojez  page  43r).  Ar¬ 
rivé  dans  la  chambre,  nous  avons  vu,  étendu  sur  une 
table,  le  cadavre  d’un  homme  robuste,  d’environ 
cinquante  ans ,  qui  paraissait  être  mort  dans  un  état  de 
spasme,  à  juger  du  moins  par  la  rougeur  de  la  face  et 
le  gonflement  des  veines  du  cou.  Le  cadavre  dont  il 
s’agit  avait  été  trouvé  deux  jours  auparavant  dans 
une  des  rues  de  Paris;  du  reste  il  était  inconnu,  et  on 
ne  put  fournir  aucun  renseignement  sur  les  accidens 
qui  avaient  précédé  la  mort. 

Deuxième  partie.  Il  était  roide,  et  n’offrait  aucune 
trace  de  lésion  extérieure....  (  Voyez  le  premier 
rapport  pour  les  détails  dans  lesquels  il  faut  entrer  à 
cet  égard.)  La  bouche,  le  pharynx  et  l’œsophage  étaient 
comme  dans  l’état  naturel  ;  l’estomac  était  vide  et  re-^ 
tiré  sur  lui -même  :  on  voyait  à  sa  face  antérieure, 
près  du  pylore,  une  ouverture  inégalement  arron¬ 
die,  d’environ  un  pouce  de  diamètre,  dont  les  bords 
étaient  très -minces,  irrégulièrement  denticulés  et 
formés  uniquement  par  la  tunique  péritonéale;  les 
membranes  musculeuse  et  muqueuse  étaient  détruites 
dans  un  plus  grand  espace.  Les  bords  de  cette  ouver¬ 
ture  étaient  recouverts  d’une  couche  molle ,  noirâtre 
comme  muqueuse,  et  circonscrits  par  une  auréole 
légèrement  saillante ,  grisâtre ,  d  un  tissu  compact  ; 
ils  étaient  simplement  formés  par  le  péritoine.  La  face 
postérieure  de  l’estomac  présentait,  à  la  partie  corres- 


_  (  44i  ) 

pondante  à  l’ouverture  dont  nous  avons  parlé ,  une 
eschare  molle ,  ronde ,  noire ,  qui  n’intéressait  que  la 
membrane  muqueuse.  Du  reste ,  on  n’observait  aucune 
trace  de  rougeur  dans  les  autres  parties  de  ce  viscère 
ni  dans  le  canal  intestinal.  Il  y  avait  dans  la  cavité  de 
1  abdomen  environ  une  chopine  d’un  liquide  épais  de 
couleur  jaunâtre;  le  péritoine  était  parsemé  de  points 
rouges.  Les  autres  organes  étaient  sains. 

Le  Hquide  recueilb  dans  l’abdemen  ,  soumis  à  Tana- 
lyse ,  ne  parut  contenir  aucune  substance  vénéneuse. 
(  On  décrit  exactement  les  essais  qui  furent  faits.  ) 

Troisième  partie.  Il  résulte  de,  ce  qui  précède , 
ï®  que  la  mort  du  sieur  N...  peut  être  attribuée  â  une 
de  ces  irritations  des  ■voies  gastriques  qui  se  terminent 
par  des  perforations  dites  spontanées;  2®  que  tout 
porte  a  croire  que  cet  individu  n’a  pas  été  empoi¬ 
sonné;  3®  que  lors  même  qu’il  serait  avéré  pai*  la  suite 
quil  avait  éprouvé  quelqi^s-uns  des  symptômes  pro¬ 
duits  par  lés  poisons  irritans  ,  on  ne  pourrait  pas  éta¬ 
blir  dune  manière  positive  qu’il  y  ait  eu  empoisonne¬ 
ment,  la  substance  vénéneuse  n’ayant  pas  été  décou¬ 
verte  et  les  altérations  trouvées  dans  le  canal  digestif 
n  offrant  point  le  caractère  que  l’on  remarque  ordinai¬ 
rement  lorsque  des  poisons' irritans  ont  déterminé  la 
mort. 

Cinquième  rapport. 

Premiérepartiè.  Nous  soussigné etc. ,  nous  sommes 
transporté  le  20  août  1820,  etc.,  pour  constater  la  cause 
de  la  mort  du  sieur  X.  Arrivé  dans  la  chambré  nous 
n  avons  rien  découvert  qui  pût  faire  soupçonner  la 


,  (  44â  ) 

cause  de  la  mort.  Le  docteur  B...,  médecin  de  la  mai 
son,  nous  a  rapporté  qu’ayant  été  appelé  la  veille  pour 
donner  des  soins  au  sieur  X. ,  il  l’avait  trouvé  dans 
un  état  alarmant;  qu’il  se  plaignait  d’éructations  acides 
et  de  douleurs  atroces  à  l’épigastre  et  dans  les  intes¬ 
tins;  qu’il  avait  des  vomissemens  et  des  déjections 
alvines  presque  continuels  de  matières  grises  et  noi- 
râtres;  que  l’abdomen  était  tendu,  le  pouls  petit,  ac¬ 
céléré  ,  les  extrémités  froides ,  la  prostration  des  forces 
extrême  ;  qu’à  ces  symptômes  s’étaient  joints  Bientôt 
après  le  hoquet ,  des  crampes  et  des  syncopes ,  et  qu’il 
était  mort'  quinze  heures  après  l’invasion  de  la  mala¬ 
die,  malgré  l’emploi  des  boissons  adoucissantes  et  des 
révulsifs.  Interrogé  sui'  les  habitudes  du  sieur  X.,  le 
doctem*  B.  nous  a  dit  qu’il  faisait  souvent  usage  d’a- 
limens  difficiles  à  digérer,  et  qu’il  était  sujet  aux  indi¬ 
gestions;  que  du  reste  il  l’avait  vu  peu  de  jours  avant, 
et  qu’il  lui  avait  paru  assez  bien  portant.  Le  cadavre 
était  froid  et  couché  sur  le  dos  ;  il  y  avait  au  pied  du 
lit  plusieurs  cuvettes  contenant  la  matière  des  vomis- 
sémens.  ; 

Deuæieme  partie.  Le  «adavre  ne  présentait  à  l’exté¬ 
rieur  aucune  trace  de  blessure.  (  Voyez  le  premier rap¬ 
port  pour  les  détails  dans  lesquels  il  faut  entrer  à  cet 
égard.)  L’estomac  était  vide;  sa  membrane  interne 
offrait  une  couleur  rouge  marquée  ;  les  autres  tuni¬ 
ques  étaient  saines;  le  duodénum  contenait  une  assez 
grande  quantité  de  bile  d’un  jaune  verdâtre  :  on  voyait 
près  de  l’ouverture  du  conduit  cholédoque  deux  es¬ 
chares  circulaires  de  la  grandeur  d’un  centime  ;  les 
autres  parties  du  canal  intestinal  étaient  à  peu  près 


(  443  )  , 

comme  dans  l’état  naturel.  La  vésicule  du  fiel  occu¬ 
pait  un  très-grand  volume ,  et  contenait  beaucoup  de 
bile  verte  d’une  odeur  désagréable.  Les  autres  organes 
étaient  sains. 

Les  matières  vomies  et  celles  qui  étaient  contenues 
dans  le  canal  intestinal ,  uyant  été  soumises  à  l’ac¬ 
tion  des  réactifs,. n’ont  fourni  aucune  trace  de  poi¬ 
son.  (  Ici  on  indique  .exactement  les  expériences  qui 
,  ont  été  faites. ,)  Une  grande  partie  du  liquide  vomi  a 
été  introduite  dans  l’estomac  d’un  chien  robuste  et 
de  moyenne  taille,  dont  l’oesophage  avait  été  préala¬ 
blement  détaché  et  percé  d’un  trou  ;  au  bout  de  dix  mi¬ 
nutes  l’animal  a  fait  des  efforts  pour  vomir,  il  a  eu 
des  déjections  alvines,  et  a  poussé  des  cris  plaintifs: 
deux  heui'es  après,  ces  symptômes  ont  cessé,  et  il  s’est 
manifesté  un  abattement  remarquable  qui  a  toujours 
augmenté  jusqu’au  moment  de  la  mort  (  dix  heures 
après  le  commencement  de  l’expérience).  A  l’ouverture 
du  cadavre ,  on  a  trouvé  l’estomac  enflammé  j  les  autres 
organes  ne  paraissaient  point  altérés. 

Troisième  partie.  Nous  croyons  pouvoir  conclure  de 
ce  qui  précède  que  prohablement  le  sieur  X.  a  été 
atteint  dü  cholera-morbus ,  maladie  qui  se  développe 
particulièrement  sous  l’influence  des  causes  auxquelles 
cet  individu  était  soumis;  2°  que  la  mort  peut  être 
le  résultat  de  cette  affection;  3®  qu’il  est  impossible 
&aff,riner  qu’il  y  ait  eu  empoisonnement,  parce  qu’on 
n’a  point  trouvé  le  poison  ,  et  que  d’ailleurs  les  résul¬ 
tats  de  l’expérience  faite  sur  le  chien  peuvent  s’expli¬ 
quer  en  admettant  que  les  liquides  avaient  contracté, 
pendant  la  maladie,  du  sieur  X.,  des  qualités  délétères. 


(  444  ) 

Dispositions  des  lois  relatives  à  V empoisonnement 

«  Est  qualifié  empoisonnement  tout  attentat  à  la  vie 
»  d’une  personne  par  l’effet  des  substances  qui  peu. 
»  vent  donner  la  mort  plus  ou  moins  prompteraetit 
de  quelque  manière  que  ces  substances  aient  été  em! 
»  ployées  ou  administrées,  et  quelles  qu’en  aient  été  les 
»  suites.  »  (  Gode  pénal ,  art.  3o i .  ) 

«  Tout  coupable  d’assassinat ,  de  parricide ,  d’infan- 
«  ticide  et  d  empoisonnement  sera  puni  de  mort.  »  (  Art 
3oa  du  code  pénal.  ) 

«  Toute  tentative  de  crime  qui  aura  été  manifestée 
»  par  des  actes  extérieurs  et  suivie  d’un  commencement 
»  d’exécution ,  si  elle  n’a  été  suspendue  ou  n’a  manqué 
»  son  effet  que  par  des  circonstances  fortuites  ou  in- 
»  dépendantes  de  la  volonté  de  l’auteur ,  est  considérée 
»  comme  le  crime  même.  »  (  Gode  pénal ,  art.  2.  ) 

»  Quiconque  aura  vendu  ou  débité  des  boissons  fal- 
«  sifiées ,  contenant  des  mixtions  nuisibles  à  la  santé  j 
»  sera  puni  dun  emprisonnement  de  six  jours  à  deux 
ans  et  d  unê  amende  de  seize  francs  à  cinq  cents  francs. 
»  Seront  saisies  èt  confisquées  les  boissons  falsifiées , 
35  trouvées  appartenir  au  vendeur  ou  débitant.  «  Gode 
(  pénal,  art.  3i6.  ) 


(  445  } 

TRENTE-TROISIÈME  LEÇ01S-. 

Des  Alimens  considérés  sous  le  rapport  de  la 
police  médicale. 

L  homme  de  l’art  est  quelquefois  requis  par  le  ma¬ 
gistrat  pour  examiner  certaines  substances  alimen¬ 
taires  qui  paraissent  avoir  été  altérées  ,  et  dont  l’usage 
pourrait  donner  lieu  à  des  accidens  plus  ou  moins 
fâcheux.  Il  importe  de  fixer',  pendant  quelques  ins- 
tans,  l’attention  du  lecteur-  sur  cet  objet,  d’autant 
plus  qu’il  se  rattache  essentiellement  à  la  matière  dont 
nous  avons  parlé  dans  les  leçons  précédentes. 

L  alteration  des  substances  alimentaires  reconnaît 
des  causes  très-variées  :  tantôt  elle  est  le  résultat  de 
l’action  de  l’air ,  de  l’humidité  ou  des  vases  dans  les¬ 
quels  elles  sont  conservées  ;  tantôt  elle  dépend  d’une 
ou  de  plusieurs  matières  plus  ou  moins  nuisibles  que 
1  on  a.  ajoutées  dans  le  dessein  de  masquer  leurs  mau¬ 
vaises  qualités ,  ou  de  rendre  leur  débit  plus  lucratif. 
Nous  ne  nous  occuperons  ici  que  des  altérations  des 
substances  alimentaires  solides  et  liquides  qîii  peu¬ 
vent  être  découvertes  par  des  moyens  chimiques. 

De  la  Farine  de  froment. 

Il  est  indispensable ,  avant  de  parler  des  altérations 
que  la  farine  peut  éprouver,  de  faire  connaître  les  subs¬ 
tances  qui  entrent  dans  sa  composition,  ainsi  que  les 
moyens  de  les  séparer  et  d’en  déterminer  les  quantités. 

La  farine  de  froment  desséchée  est  composée  de  fé¬ 
cule,  de  gluten,  de  sucre  gommeux,  d’albumine,  de 
phosphate  de  chaux,  et  d’une  certaine  quantité  de  son 


'  ,  .  (  446  ) 

que  Ton  trouve  même  dans  la  fleur  de  farine.  Voici 
comment  on  peut  en  faire  l’analyse  :  on  commence 
par  la  priver  de  son  humidité ,  en  la  faisant  chauffer 
pendantes  ou  20  minutes  à  la  température  de  35  à  40“ 
dans  une  capsule  de  porcelaine  ou  de  platine  et  en 
l’agitant  continuellement  avec  un  tube  de  verre  :  on 
connaît  qu’elle  est  sèche  lorsqu’elle  ne  se  pelotonne 
plus  et  quelle,  n’adhère  plus  au  tube.  Elle  perd 
dans  cette  expérience  depuis  8  jusqu’à  16  pour  cent 
de  son  poids.  Ainsi  desséchée,  onia  mêle  avec  la  quan¬ 
tité  d'eau  nécessaire  pour  en  faire  une  pâte  ductile 
que  l’on  abandonne  à  elle-même  pendant  deux  heures: 
alors  on  la  place  sur  un  tamis  de  crin  assez  serré,  préa¬ 
lablement  mouillé,  et  on  la  malaxe  sous  un  filet  d’eau; 
ce  liquide  dissout  l’albumine  et  le  sucre  gommeux, 
entraîné  la  fécule  et  le  son,  passe  à  travers  le  tamis, 
et  doit  être  recueilli  dans  un  vase  qui  est  placé  au- 
dessous;  il  est  laiteux.  Le  gluten  reste  entre  les  niains 
de  l’opérateur  ou  sur  le  tamis  (i);  on  reconnaît  qu’il 
èst  pur  lorsqu^l  ne  rend  point  laiteuse  l’eau  dans  la¬ 
quelle  on  le  malaxe  ;  dans  cet  état  on  le  comprime  pour 
lui  enlever  l’humidité  surabondante  et  on  le  pèse  :  il 
poi’te  le  nom  de  gluten  non  desséché  ;  en  effet  il  con- 

(i)  Si  la  farine  n’est  pas  de  bonne  qualité  et  que  le  gluten 
soit  peu  consistant ,  il  y  en  a  une  partie  qui  passe  à  tra¬ 
vers  le  tamis  :  plusieurs  chimistes  pensent  que  cela  a  lieu 
lors  même  que  l’on  agit  sur  la  farine  de  première  qualité, 
parce  que,  disent-ils,  le  liquide  qui  a  passé  à  travers  le 
tamis  de  crin,  dépose  une  couche  d’amidon  d’un  très-beau 
blanc  sur  laquelle  on  en  voit  une  autre  de  couleur  grise  qui 
leur  a  paru  être  du  gluten.  Cette  dernière  couche  nous  semhl® 
formée  par  le  son. 


(  447  ) 

tient  une  très-grande  quantité  d’eau.  Pour  le  dessé¬ 
cher  on  l’étend  et  on  le  laisse  pendant  12  ou  1 5  jours 
dans  une  étuve. 

Le  liquide  qui  a  passé  à  travers  le  tamis  de  crin,  et 
qui  tient  en.  suspension  la  fécule  et  le  son ,  est  passé  de 
nouveau  à  travep  un  tamis  de  soie  5  le  son  reste  sur  le 
tamis ,  la  fécule  passe  avec  le  liquide  ;  en  abandonnant 
celui-ci  à  lui-même,  à  une  température  de  quelques 
degres  au-dessus  de  zéro  (i),  il  dépose  au  bout  d’un 
certain  temps  la  fécule  d’un  blanc  éclatant. 

Le  liquide,  ainsi  débarrassé- de  fécule  et  de  son,  est 
demi  transparent;  on  le  filtre,  puis  on  l’évapore;  la 
matière  animale  que  nous  avons  dit  être  de  l’albumine, 
et  que  certains  chimistes  regardent  comme  du  gluten 
dissous,  se  coagule  pendant  l’évaporation;  on  la  sé¬ 
pare  au  moyen  du  filtre  et  on  continue  à  évaporer  le 
liquide  jusqu’à  ce  qu’il  ait  la  consistance  de  sirop  ;  on 
traite  le  produit  sirupeux  par  l’alcohol,  qui  dissout  le 
sucre;  lé  résidu  est  mis  en  contact  avec  l’eau  distillée 
froide,  qui  s’empare  de  la  gomme;  enfin  il  ne  reste 
plus  qu’un  mélange  d’albumine  coagulée  et  de  phos¬ 
phate  de  chaux. 

On  se  rendra  facilement  raison  de  ce  qui  se  passe 
dans  cette  opération,  en  considérant  la  farine  de  fro¬ 
ment  comme  essentiellement  composée  de  gluten  et 
de  fécule  très-divisés;10rsqu  on  ajoute  de  l’eau,  eèlle-ci 
est  absorbée  parle  sucre  gommeux  et  surtout  par  lé 
gluten,  dont  les  parties,  en  se  gonflant,  se  soudent  et 
forment  une  masse  élastique,  tandis  que  la  fécule  con¬ 
serve  son  état  grenu  :  il  est  donc  évident  que  l’eau  doit 

(i)  Il  pourrait  fermenter  si  la  température  était  de 
25°à3o» 


(  448  )  , 

détacher  les  grains  de  fécule  qui  sont  pour  ainsi  dire 
enchâssés  dans  le  gluten ,  et  dissoudre  le  sucre  gom 
meux  ainsi  que  l’albumine  végétale. 

Suivant  M.  Vauquelin,  cent  parties  de  fleur  de  fa¬ 
rine  desséchée  absorbent  (terme  moyen)  quarante-sept 
parties  d’eau  pour  se  transformer  en  une  pâte  ductile 
Cent  quarante-sept  parties  de  cette  pâte  fournissent  à 
l’analyse  (d’après  le  même  chimiste)  qùatre-vincn-dix 
parties  de  fécule,  trente-quatre  de  gluten  non  desséché 
(  composées  de  six  de  gluten  desséché  et  de  vingt-lfluit 
parties  d’eau),  dix-neuf  parties  d’eau  combinée  avec  les 
autres  principes  de  la  farine,  et  trois  à  quatre  parties 
de  sucre  gommeux.  On  peut  juger  jusqu’à  un  certain 
point  de  la  quantité  de  gluten  contenue  dans  une  farine, 
par  la  quantité  d’eau  que  cette  farine  absorbe  5  plus  il 
y  aura  de  gluten ,  plus  la  proportion  d’eau  absorbée 
sera  considérable. 

Il  résulte  de  plusieurs  analyses  de  fleur  de  farine  de 
froment  que  nous  avons  faites,  M.  Barruel  et  moi ,  que 
cent  parties  de  cette  farine  desséchée  contiennent 
(terme  moyen )  vingt-huit  parties  de  gluten  non  des¬ 
séché  et  5  4  de  gluten  desséché. 

Altérations  de  la  farine  i»  -par  V humidité.  La  farine 
attire  rapidement  l’humidité  de  l’air ,  se  pelotonne  et 
s’altère  dans  l’espace  de  quelques  jours.  Alors  élle  con¬ 
tient  moins  de  glutèn ,  et  celui-ci  est  moins  gluant. 

2®  Par  des  inseetesteXs  que  la  blatte,  le  charançon,  . 

qui  attaquent  la  farine  par  parties  et  qui  agissent  en 
détruisant  le  gluten  de  ces  parties.  On  peut  aisément 
déterminer  la  présence  de  ces  insectes  ou  de  leurs  lar¬ 
ves,  à  l’œil  nu  ou  armé  d’une  loupe. 

3°  Par  du  sable  des  meules  dont  la  friabi* 


(  449  ) 

îité  était  trop  considérabie.  Il  suffit  de  délayer  cette 
farine  dans  l’eau  froide  pour  que  le  sable  se  précipite 
au  fond  du  vase  avec  tous  les  caractères  propres  à  le 
faire  reconnaître. 

4*^  Par  du  plâtre  (sulfate  de  chaux)  qui  a  été  moulu 
aux,  mêmes  meules  que  la  farine  ou  que  l’on  a  mêlé  à 
dessein.  On  reconnaît  cette  altération  en  faisant  bouil¬ 
lir  pendant  deux  ou  trois  minutes ,  dans  une  livre  d’éau 
distillée ,  environ  deux  onces  de  farine  ;  celle  -  ci  est 
délayée  par  l’eau,  tandis  que  le  sulfate  de  chaux  se  pré¬ 
cipite  ;  on; décante ,  puis  on  fait  bouilhr  le  précipité  dans 
une  quantité  d’eau  distillée  suffisante  pour  le  dissoudre; 
la  dissolution  filtrée  fournit  avec  l’eau  de  baryte  un 
précipité  blanc  de  sulfate  de  baryte,  insoluble  dans 
l’eau  et  dans  l’acide  nitrique ,  et  par  l’oxalate  d’ammo¬ 
niaque  un  précipité  blanc  d’oxalate  de  chaux ,  soluble 
dans  l’acide  nitrique  et  donnant  de  la  chaux  vive  lors¬ 
qu  onle  décompose  dans  un  creuset  à  une  chaleur  rouge. 
Si  la  quantité  de  plâtre  était  trop  peu  considérable  pour 
pouvoir  être  décelée  par  le  procédé  que  nous  indiquons, 
il  faudrait  calciner  la  farine  dans  un  creuset,  pendant 
une  demi-heure,  pour  la  décomposer  et  la  transformer 
en  charbon  ;  celui-ci  ferait  passer  le  sulfate  de  chaux 
à  l’état  de  sulfure  que  l’on  reconnaîtrait  au  moyen  de 
l’acide  nitrique  :  en  effet  cet  acide  dégagerait  sur-le- 
champ  du  gaz  acide  hjdrosulfurique^  et  dissoudrait  la 
chaux;  le  nitrate  résultant  étant  filtré,  donnerait  un 
précipité  d’oxalate  de  chaux  par  l’addition  de  l’oxalate 
d’anamoniaque. 

5®  Par  le  carbonate  de  chaux  (craie)  qui  peut  avoir 
été  mêlé  â  dessein.  On  parvient  à  découvrir  cette  fraude 

29 


(  45o  ) 

en  délayant  la  farine  dans  l’eau  bouillante;  le  carho 
nate  de  chaux  se  précipite  ;  on  décante  pour  l’obtenit 
à  l’état  pulvérulent.  Il  est  solide  et  insipide  ;  il  se  dis 
sont  aveé  effervescence  dans  l’acide  nitrique  affaibli -  le 
nitrate  résultant  donne,  par  l’oxalate  d’ammoniaque 
un  précipité  blanc  d’dxalaté  de  chaux  soluble  dans 
l’acide  nitrique,  et  laissant  pour  résidu  de  la  chaux 
vive,  lorsqu’on  le  calcine  dans  un  creuset. 

6°  Par  la  céruse  (  sous -carbonate  de  plomb).  On 
délaye  la  farine  dans  l’eau  bouillante,  et  l’on  obtient  la 
céruse  à  l’état  pulvérulent  ;  elle  est  solide,  blanche 
insipide  et  soluble  dcvec  effervescence  dans  l’acide  ni¬ 
trique  :  le  nitrate  résultant  précipite  en  blanc  par  les 
alcalis  et  parles  acides  sulfurique  et  hydrochlorique, 
en  jaune  par  le  cbromate  de  pôtasse ,  et  en  noir  par 
les  hydrosulfates. 

f  Par  le  blanc  de  fard  (  sous-nitrate  de  bismuth  ). 
On  traite  la  farine  par  l’eau  bouillante  pour  en  sépa¬ 
rer  le  blanc  de  fard,  comme  nous  venons  de  le  dire 
eh  parlant  de  la  céruse  :  le  sous -nitrate  de  bismuth 
peut  être  reconnu  aux  caractères  indiqués  §  8o 

8®  Parle  soits-carhonate^  de  potasse^  dans  le  dessein 
de  favoriser  lelevàtion  de  la  pâte  et  la  cuisson  du 
pain.  On  agite  pendant  quelques  minutes  la  farine 
avec  de  1  eau  distillée  à  la  température  ordinaire  :  au 
hout  de  vingt-quatre  heures  on  décante  le  liquide  qui 
surnage  J  et  on  voit  qu’il  verdit  le  sirop  de  violettes, 
qu’il  fait  effervescence  avec  les  acides ,  et  qu’il  pre'ci- 
pite  en  jaune-serin  l’hydrochlorate  de  platine ,  s’il  con¬ 
tient  du  sous-carbonàte  de  potassé  ;  d’ailleurs  la  farine 
ainsi  frelatée  offre  uné  saveur  alcaline.  On  agirait  de 


(  4SI  ) 

ia  mênie  manière  pour  y  découvrir  ia  présence  dés 
cendres^  qvLÏ  iouvxà&sent^  étant  traitées  par  l’eau  froide, 
Une  dissolution  contenant  beaucoup  de  sous -carbo¬ 
nate  de  potassé.  , 

9®  Par  l’alun  ^  SL^xi  de  rendre  le  pain  plus  blanc  :  . 
On  mêle  une  partie  de  farine  avec  six  parties  d’eau 
distillée  ;  on  agite  de  temps  à  autre;  au  boutde  vingt- 
quatre  heures  on  filtre ,  et  on  voit  que  la  liqueur  a  une 
saveur  légèrement  astringente  ;  elle  précipite  en  blanc 
par  l’ammoniaque ,  le  sous  -  carbonate  de  potasse  et 
1  hydrochlorate  de  baryte  ;  le  précipité  fourni  par  ce 
dernier  réactif  est  du  sulfate  de  baryte  insoluble  dans 
l’eau  et  dans  l’acide  nitrique.  Si  l’on  évapore  la  liqueur 
dont  il  s’agit,  on  obtient  l’alün  crystallisé. 

Dans  le  cas  où  l’on  ajoute  de  la  poudre  de  jàlap  pour 
que  la  farine  frelatée  par  l’alun  ne  détermine  pas  la 
constipation ,  on  traite  la  farine  par  l’alcohol  à  36*^ , 
et  on  agite  de  temps  àautre  :  au  bout  de  trente  à  trênte- 
six  heures ,  on  décante  l’alcohol ,  qui  a  dissous  la  partie 
résineuse  du- jalap,  et  qui  n’a  point  touché^'à  l’alun  ; 
ou  filtre,  le  liquide  est  jaunâtre  et  précipite  en  blanc 
par  leau;  lorsqu’on  l’évapore  il  jaunit ,  et  finit  par 
donner  la  résine  de  jalap,  d’une  couleur  jaune  et  d’une 
saveur  amère.  On  démontre  la-présence  de  l’alun  dans 
cette  farine  au  moyen  de  l’eau  distillée,  comme  nous 
venons  de  le  dire.  {Foj.  9°.) 

10  Par  la  farine  de  haricot  et  de  'uèsce.  On  trouve 
à  1  article  comestible  du  Dictionnaire  des  Sciences 
médicales  ,  «  que  8  parties  de  farine  de  vesce  suffi¬ 
sent,  d  après  Galvani ,  pour  détruire  la  partie  gluti- 
neuse  ,  ou  du  moins  pour  enlever  au  gluten,  contenu 


(  4^2  ) 

dans  20  parties  de  farine  de  froment  sa  propriété 
élastique  ;  qu’il  suffit  pour  cela  de  transformer  ce  mé 
lange  en  une  pâte  molle ,  et  de  pétrir  celle-ci  pendant 
un  quart  d’heure  ;  que  c’est  à  la  dose  d’un  vingtième 
seulement  que  la  farine  de  vesce  devient  inactive;  que 
la  farine  de  haricot  hlanc  jouit  de  la  même  propriété 
mais  à  un  plus  haut  degré;  enfin,  qu’il  suffit  de  faire 
digérer  deux  drachmes  de  gluten  frais,  avec  une  dra¬ 
chme  de  farine  de  haricot ,  délayée  auparavant  dans 
une  once  d’eau ,  pour  qu’au  bout  de  quelques  heures 
la  moitié  du  gluten  soit  divisée,  et  passe  aisément 
avec  le  liquidé  par  le  tamis  *.  Ces  résultats  nous  ont 
paru  assez  intéressans  pour  mériter  d’être  confirmés 
par  l’expérience.  Voici  ce  que  nous  avons  observé, 
M.  Barruel  et  inoi  : 

A,  On  a  pétri  pendant  un  quart  d’heure  une  pâte 
molle  faite  avèc  20  parties  de  fleur  de  farine  de 
froment ,  et  8  parties  de  farine  de  vesce  de  seconde 
tamisation .,  c’est-à-dire  contenant  beaucoup  de  son. 
Cette  pâte  avait  une  couleur  grisâtre  et  était  parsemée 
de  petits  points  noirs elle  n’ adhérait  point  aux  mairts] 
sa  ténacité  était  moins  considérable  que  celle  de  la  pâte 
de  froment;  elle  exhalait  une  odeur  assez  forte  ayant 
de  V analogie  avec  Codeur  de  pois  (  caractères  pouvant 
servir  à  reconnaître  la  fraude  ),  On  en  a  obtenu  facile- 
ment  di\xt3LoX  de  gluten  qu’en  aurait  fourni  la  farine  de 
froment  seule. 

B.  La  même  expérience  a  été  répétée  avec  20-  par¬ 
ties  de  fleur  de  farine  de  froment  et  8  parties  de  fa-; 
rine  de  vesce  de  première  tamisation  :  la  pâte ,  sans 
mélange  de  points  noirs  ^  était  moins  colorrée  que  la  pre- 


(  453  ) 

eédente,  et  offrait  la  même  odeur.  Traitée  par  un  filet 
rl’eau ,  comme  Galoani  l’avait  annoncé ,  elle  n’â  point 
fourni  de  gluten.  Désirant  savoir  si  le  gluten  avait  été 
détruit  ou  simplement  divisé  par  la  farine  de  vesce,  on 
a  fait  l’analyse  de  la  matière  solide  qui  avait  passé  à 
travers  le  tamis  :  après  l’avoir  séparée  du  liquide  qui 
la  surnageait ,  on  l’a  traitée  à  froid  par  un  excès  d’acide 
hydrocliioriqué  affaibli,  qui  jouit  de  la  propriété  de  dis¬ 
soudre  la  fécule  sans  toucher  au  gluten,  et  en  effet  il  est 
resté  une  matière  en  tout  semblable  au  gluten  '.  celui-ci 
ri* avait  donc  éprouvé  qu’un  grand  degré  de  division. 
Pour  s’assurer  encore  davantage  qu’il  en  était  ainsi ,  on 
a  mélé  20  parties  de  fleur  de  farine  de  froment  avec  8 
parties  de  sous-carbonate  de  magnésie  très-finement  pul¬ 
vérisé  ,  et  dans  une  autre  expérience ,  avec  20  parties  dé 
craie  réduite  en  poudre  fine;  les  pâtes,  ayant  été  pétries 
pendant  un  quart  d’heure,  n’ont  point  laissé  de  gluten 
entre  les  mains  lorsqu’on  les  a  malaxées  sous  un  filet 
d’eau. 

Il  était  important  de  savoir  quelle  était  l’influence 
de  la  division  de  la  matière  glutineüse  sur  \3i  panifica¬ 
tion  .-on  a  fait  du  pain  avec  un  mélange  de  20  parties 
de  fleur  de  farine  de  froment  et  de  huit  parties  de  fa¬ 
rine  de  vesce  de  première  tamisation  :  le  pain  était  gri¬ 
sâtre,  doué  d’une  odeur  et  d’une  saveur  désagréables , 
«t  beaucoup  plus  compact  que  le  pain  de  froment;  il 
est  évident  que  le  gaz  acide  carbonique  formé  pendant 
la  fermentation  panaire  avait  à  peine  dilate  les  cel¬ 
lules  du  gluten  trop  divisé. 

C.  On  a  laissé  pendant  24  heures,  à  la  température 
de  35°,  un  mélange  de  deux  drachmes  4fr^luten  frais. 


(  454  ) 

et  d’une  dracîime  de  farine  de  vesce  délayée  aupàraTam 
dans  une  once  d’eau  ;  le  gluten  n’a  subi  aucune  altéra¬ 
tion  :  il  en  a  été  de  même  après  avoir  fait  chauffer  ce 
mélange,  pendant  plusieurs  heures,,  à  la  température 
de  70°  à  8o®'. 

D.  On  a  pétri  pendant  un  quart  d’héure  une  pâte  pré¬ 
parée  avec  20  parties  de  fleur  de  farine  de  froment  et  8 
parties  de  farine  de  haricot.  Cette  pâte  était  diin  hlqnc 
légèrement  jaunâtre  \  sa  ténacité  était  plus  grande  que 
celle  de  la  pâte  de  froment^  elle  avait  ime  odeur  très- 
sensihle  d^herhe  fraîche  écrasée  (  caractères  propres  à 
faire  connaître  fa  fraude).  On  l’a  malaxée  sous  hji  filet 
d’eau;  il  n’est  pas  resté  un  atome  de  gluten  entre  les 
mains  ;  mais  on  s’est  assuré ,  au  moyen  de  l’acide  hydro- 
chlorique  affaibli ,  que  la  matière  glutineuse  n’avait 
pas  été  détruite,  elle  avait  seulement  éprouvé  un  assez 
grand  degré' de  division  pour  passée  à  travers  le  tamis. 
{Voj.  pag.  453  Bâ).  Le  pain  fait  avec  cette  pâte  était 
aussi  bon  que  celui  de  froment  pur,  excepté  qu’il  était 
plus  mat. 

E.  Deux  drachmes  de  gluten  frais  ont  été  laissées  pen¬ 
dant  24  heures  ,  à  la  température  de  25°,  dans  un  mé¬ 
lange  d’une  once  d’eau  et  d’une  drachme  de  farine  de 
haricot  ;  le  gluten  a  conservé  toutes  ses  propriétés  et 
n’a  point  perdu  de  son  poids;  il  en  a  été  de  même 
après  avoir  fait  chauffer  le  mélange,  pendant  huit  heures, 
à  la  température  de  80°.  Ce  résultat  est  tout-à-fait  op¬ 
posé  à  celui  qu’avait  obtenu  Galvani. 

On  peut  conclure  de  ce  qui  précède,  i®  que  la  fletîr 
defarine'de  froment,  contenant  un  tiers  de  son  poids 
de  farine  de  haricot,  fournit  du  pain  mat  dont  on  peut 


'  (  455  )  : 

cèpendant  faire  usage  sans  inconvénient;  a®  quela  mêmé 
farine,  mêlée  avec  le  tiers  de  son  poids  de  farine  de 
vesce  de  première  tamisatiqn ,  donne  du  pain  mat , 
d’une  qdeur  et  d’une  saveur  assez  désagréables  pour 
qu’on  ne  puisse  pas  l’employer  dans  l’économie  domes¬ 
tique  ;  3“  que  dans  aucun  de  ces  cas  le  gluten  de  la 
farine  de  froment  n’est  détruit^  mais  qu’il  est  simple¬ 
ment  très-divisé. 

Du  Pain. 

L’altération  des  farines  par  une  des  causes  que  nous 
avons  enumérées  entraîne  nécessairement  celle  du  pain. 
Les  farines  sont-elles  humides  ou  rongées  par  des  in¬ 
sectes,  le  pain  quellj^  fourniront  contiendra  moins  de 
matière  glutineusO.  Si  elles  ont  été  mêlées  avec  du 
sable,  des  substances  salines  solubles  ouinsolubles,  etc., 
le  pain  renfermera  ces  substances ,  et  il  pourra  même 
se  faire  que  le  gluten  qui  entre  dans  sa  composition  ait 
éprouvé  un  très -  grand  degré  de  division  par  le  mé¬ 
lange  des  farines  avec  des  matières  finement  pulvéri¬ 
sées,  pag.  453  )Nous  allons  nous  occuper  de 

ce  dernier  genre  d’altération. 

Pain,  altéré,  par  du  sable,  du  plâtre,  du  carbonate  de 
chaux ,  de  la  oeruse ,  dublanc  de  fard,  du  sous-carbo~ 
jnate  de  potasse,  des  cendres  ou  de  l’alun.  La  tempéra¬ 
ture  à  laquelle  il  faut  soumettre  la  pâte  pour  cuire  le 
pain  n  étant  pas  assez  élevée  pour  décomposer  les 
substances  dont  nous  parlons ,  il  est  évident  qu’on  doit 
les  retrouver  dans  le  pain.  On  commencera  donc  par 
faire  macérer,  pendant  vingt -quatre  heures ,  la  mie  de 
pain  coupée  par  tranches,  dans  une  suffisante  quantité 


(-456  )  • 

d'eau  distillée  qui  dissoudra  1^  sulfate  de  cbaux  le 
sous-carbonate  de  potasse ,  les  sels  solubles  des  cen¬ 
dres  et  l’alun  :  on  filtrera  la  dissolution,  et  on  l’essayera 
parles  réactifs  dont  nous  avons  parlé  en  faisant  l’his¬ 
toire  des  farines  frelatées  par  ces  substances  salines. 
(  pag.  449  etsuiv.) 

Le  sable ,  le  carbonate  de  chaux,  la  céruse  et  le 
blanc  de  fard,  étant  insolubles  dans  l’eau,  se  sépare¬ 
ront  de  la  mie  de  pain  et  se  précipiteront  au  fond 
du  vase  ;  on  décantera  l’eau  terrant  la  mie  de  pain 
en  suspension.  Le  sable  sera  facilement  reconnu  à  ses 
propriétés  physiques.  Quelques  gouttes  d’acide  nitrique 
affaibli  serviront  à  distinguer  le  carbonate  de  chaux, 
la  céruse  et  le  blanc  dé  fard  ,  comme  nous  l’avons  éta¬ 
bli  en  parlant  des  farines.  (  Voy.  pag.  45o.) 

Si  le  pain  était  altéré  par  la  farine  de  'vesce,  on  le 
reconnaîtrait  aux  caractères  indiqués  pag.  45  z. 

Pain  contenant  un  sel  soluble  de  plomb  ou  de  cuivre. 
Lorsqu’on  se  sert,  pour  faire  le  pain,  d’un  levain  trop 
acide  qui  a  été  conservé  dans  des  vases  de  cuivre  ou 
de  plomb ,  ces  métaux  peuvent  être  oxydés  et  dissous 
par  1  acide  :  le  pain  dans  ce  cas  doit  être  mêlé  avec 
trois  fois  son  poids  d’un  mélange  d’eau  et  de  vinaigre 
distille;  on  filtre  la  dissolution  au  bout,  d’une  heures 
et  on  l’examine  parles  réactifs  propres  à  décefer  la  pré¬ 
sence  des  acétates  de  cuivre  et  de  plomb.  (  Voj.  §  63 
et83.) 

Pain  ergoté.  {  Voy.  §  190.) 

Du  Sel  commun  (Hydrochlorate  de  soude). 

Alterations  du  sel ,  1°  par  une  trop  grande  quantité 


(  457  ) 

de  sels  déliquescens ,  tels  que  les  hydrochlorates  de  ma¬ 
gnésie  et  de  chaux.  Dans  ce  cas  le  sel  attire  ràpider 
ment  l’humidité  de  l’air  ;  sa  dissolution  aqueuse  pré¬ 
cipite  en  blanc  par  la  potasse ,  l’ammoniaque ,  les  sous- 
carbonates  de  ces  hases ,  et  l’oxalate  d’ammoniaque , 
tandis  que  le  sel  de  cuisine  pur  n’est  point  troublé 
pas  ces  réactifs. 

2°  Par  du  sïi^ate  de  chaux.  En  traitant  le  sel  pat- 
une  petite  quantité  d’eau  froide,  le  sulfate  de  chaux 
n’est  point  dissous ,  et  peut  être  reconnu  comme  il  a 
été  dit  pag.  449*  Si  par  hasard  il  faisait  partie  de  la 
dissolution  ,  celle-ci  précipiterait  en  î)lanC  par  l’oxalate 
d’ammoniaque  et  par  l’ hydrochlorate  de  baryte  :1e 
premier  de  ces.  précipités  se  dissoudrait  dans  l’acide 
nitrique  ;  l’autre  serait  insoluble  dans  cet  acide. 

^  3°  Par  du  sulfate  de  soude.  Dans  ce  cas  le  sel  gris 
■peut  s’effleurir  à  l’air  ;  sa  dissolution  précipite  en  blanc 
l’hydrochlorate  de  baryte  ;  enfin  si  on  la  fait  évaporer, 
le  sulfate  de  soude  crystallisè  le  premier  lorsqu’on 
abandonne  à  elle  -  même  la  liqueur  moyennement 
concentrée. 

4®  P ar  de  V oxyde  de  fer.  La  dissolution  saline  est 
légèrement  colorée  et  précipite  en  noir  par  la  noix  de 
galle  et  en  bleu  par  le  prussiate  de  potasse. 

5  Par  de  Voxjrde  de  cuwre.  Le  sel  peut  être  d’une 
couleur  verdâtre  ;  sa  dissolution  précipite  en  brun 
marron  par  le  prussiate  de  potâssse ,  en  noir  par  lés 
bydrosulfates,  et  bleuit  par  l’addition  de  l’ammoniaque. 

d'*  Par  ï oxyde  de  plomb  ,  ce  qui  tient  à  la  nature 
des  vases  dans  lesquels  on  a  fait  évaporer  le  sel.  La 
dissolution  aqueuse  précipite  en  blanc  par  l’acide 


(458) 

sulfurique,  en  jaune  par  le  chromate  de  potasse  et 
en  noir  par  les  hydrosulfates  solubles. 

Du.  Chocolat. 

Le  chocolat  de  première  qualité  est  préparé  avec  du 
cacao ,  du  sucre  et  de  la  cannelle  ;  quelquefois  on  ajoute 
aussi  de  la  vanille  et  du  girofle.  Celui  que  l’on  débite 
dans  le  commerce  est  ^uvent  altéré  par  de  la  fécule. 
Le  bon  chocolat  ne  doit  présenter  dans  sa  cassure  rien 
de  graveleux;  il  doit  se  dissoudre  aisément  dans  la 
bouche,  et  produire  un  sentiment  de  fraîcheur;  lors¬ 
qu’on  le  fait  fondre  dans  l’eau  ou  dans  le  lait,  il  ne  doit 
communiquer  à  ces  liquides  qu’une  consistance  mé¬ 
diocre.  (Parmentier.) 

Altérations  du  chocolat.,  par  la  farine,  et  surtout 
par  celle  de  pois  et  de  lentilles,  qui  se  lient  mieux 
que  les  autres  espèces.  Le  chocolat  contient  une  ma¬ 
tière  farineuse ,  dit  Parmentier ,  toutes  les  fois  qu’il  ré¬ 
pand  dans  la  bouche  un  goût  pâteux  ;  qu’en  le  prépa¬ 
rant  il  exhale  au  premier  bouillon  une  odeur  de  colle, 
et  qu’après  son  entier  refroidissement  il  se  convertit 
en  une  espèce  de  gelée.  Ces  caractères  sont  assurément 
de  nature  à  devoir  être  pris  en  considération  lorsqu’il 
s’agit  de  prononcer  sur  la  fraude  dont  nous  parlons, 
mais  ils  nous  paraissent  insuffisans.  Voici  le  procédé 
qu’il  faut  mettre  en  usage  pour  découvrir  les  plus  pe¬ 
tites  quantités  de  ces  farines.  On  fait  bouillir  pendant  8 
à  lo  minutes  une  partie  de  chocolat  avec  6  à  7  par¬ 
ties  d’eau  distillée,  afin  de  dissoudre  la  fécule  fai¬ 
sant  partie  de  la  farine  ;  on  décolore  le  liquide  à 
l’aide  d’une  suffisante  quantité  de  chlore  concentré; 


(  459  ) 

ii  se  forme  un  précipité  jaunâtre  ;  dn  le  laissé  reposer 
et  on  filtre  ;  la  liqueur  ainsi  clarifiée  est  d’üne  cou¬ 
leur  jaunâtre  et  contient  la  fécule;  elle  devient  d’un 
très-beau  par  l’addition  d’une  ou  de  deux  gouttes 
de  teinture  alcoholique  Æiode  (iode  dissous  dans  l’al- 
cohol).  Le  chocolat  sans  mélange  de  farine,  traité  de 
la  même  manière,  fournit  un  liquide  jaunâtre  qui 
passe  au  biain  par  l’addition  de  la  teinture  d’iode. 

2®  Par  ï amidon  :  tout  ce  que  nous  venons  de  dire 
à  l’occasion  du  chocolat  frelaté  par  la  farine ,  s’applique 
à  celui  qui  contient  de  l’amidon. 

3°  Par  du  cacao  âcre,  amer,  nouvellement  récolté , 
trop, grillé  ou  avarié  :  le  chocolat  offre  alors  une  saveur 
amère  ,  marinée  ou  de  moisi. 

4°  Po-^  de  r huile  ou  des  graisses  animales ,  que  l’on 
ajoute  dans  le  dessein  de  remplacer  le  beurre  dont  on 
a  privé  le  cacao.  Le  chocolat  exhale  dans  ce  cas  une, 
odeur  de  fromage  (Parmentier). 

S’il  y  avait  lieu  de  soupçonner  que  poisons  mi¬ 
néraux  eussent  été  mêlés  avec  du  chocolat ,  on  devrait 
décolorer  celui-ci  au  moyen  du  chlore  concentré j 
laisser  reposer  le  précipité  qui  se  formerait ,  filtrer 
et  concentrer  le  liquide  en  l’évaporant  dans  une  cap¬ 
sule  ;  on  1  examinerait  ensuite  par  les  réactifs  dont  nous 
avons  parlé  en  faisant  l’histoire  de  chacun  des  poisons  ; 
en  effet  la  matière  colorante  du  chocolat  s’oppose  seule 
à  ce  que  les  menstrues  agissent  sur  les  substances  véné¬ 
neuses  qu’il  tient  en  dissolution ,  comme  ils  le  feraient 
si  elles  étaient  dissoutes  dans  un  liquide  incolore;  il 
s  agit  donc  tout  simplement  de  la  détruire. 

Mais  si  le  poison  dissous  dans  le  chocolat  avait  été 


(  4^0  ) 

décomposé  par  lui ,  et  transformé  en  un  produit  inso¬ 
luble,  ou  qu’il  fut  du  petit  nombre  de  ceux  que  le  chlore 
précipite  (i),  on  ne  devrait  plus  le  chercher  dans  la  li¬ 
queur;  il  faudrait  alors  agir  sur  le  précipité  que  nous 
avons  dit  se  former  quand  on  décolore  le  chocolat  par  le 
chlore. 

Du  Café, 

Le  café  est  souvent  altéré  par  la  racine  de  chicorée 
sauvage  torréfiée  ;  cette  fraude  est  même  tolérée  par  le 
gouvernement  qui  permet  le  débit  d’un  pareil  mélange. 
Voici  les  caractères  propres  à  distinguer  la  poudre  de 
café  d’une  poudre  composée  de  café  et  de  la  quantité 
de  chicorée  avec  laquelle  il  est  mêlé  dans  le  com¬ 
merce.  La  poudre  de  café  est  composée  de  particules 
beaucoup  plus  dures  que  l’autre,  ce  qu’il  est  aisé 
de  voir  en  les  triturant  comparativement ,  pendant 
quelque  temps,  entre  le  pouce  et  l’index;  lorsque 
ces  doigts  ont  été  mouillés,  et  que  la  compression  a  été 
assez  forte ,  le  mélange  de  café  et  de  chicorée  ne  tarde 
pas  à  s’agglomérer  et  à  former  un  petit  ovale ,  tandis 
que  le  café  reste  toujours  à  l’état  pulvérulent.  La  saveur 
du  café  pur  est  amère;  celle  du  café  chicorée  est  amère 
et  légèrement  acidulé.  ~ 

Café  a  Veau  mêlé  à  dessein  ou  accidentellement 
avec  des  poisons  minéraux.  On  détermine  aisément  la 
présence  des  poisons  minéraux  qui  sont  tenus  en  dis¬ 
solution  par  le  café ,  en  décolorant  celui-ci  à  l’aide  du 
chlore  concentré,  en  laissant  déposer  le  précipité  qui  se 
forme,  en  filtrant  la  liqueur,  en  la  concentrant  par  l’éva- 


(i)  Comme  l’émétique  et  le  nitrate  d’argent. 


(  46i  ) 

poration  si  on  la  juge  trop  étendue,  et  en  la  mettant 
en  contact  ave^;  les  réactifs  susceptibles  de  déceler  les 
poisons.  (  F^oy.  mon  Mémoire  sur  un  nouveau  procédé 
propre  à  faire  découvrir  les  poisons.  Nouveau  Journal 
juillet  1820). 

Si  lés  substances  vénéneuses  ontété  décomposées  par 
le  café  ou  par  le  chlore,  et  transformées  èn  une  matière 
insoluble  {voyez  chocolat,  pag.  4do),  on  agit  sur  les 
précipités  comme  nous  l’avons  dit  en  parlant  de  ces 
substances  en  particulier. 

Café  au  lait  et  Eau  de  Javelle.  Lorsque  nous  fîmes 
imprimer  l’article  Eau- de  Javelle  à  la  page  34  de  cet 
ouvrage ,  nous  étions  loin  de  prévoir  que  nous  sérions 
incessamment  requis  par  l’autorité  pour  décider  si  ce 
liquide  avait  été  mêlé  à  du  café  au  lait  avec  le¬ 
quel  on  avait  le  dessein  d’empoisonner  un  individu  5 
en  effet  l’eau  de  javelle  n’est  pas  un  poison  énergique, 
surtout  lorsqu’elle  se  trouve  étendue  dans  une  grande 
quantité  de  véhicule.  Quoi  qu’il  en  soit  ,  le  cas  dont  il 
s’agit  peut  se  présenter  de  nouveau,  et  nous  croyons 
devoir  faire  connaître  les  moyens  qui  peuvent  servir 
à  l’éclairer. 

L’eau  de  javelle  est  composée  de  chlore  et  de 
potasse  ;  il  faut  donc  s’attacher  à  démontrer  la  pré¬ 
sence  de  ces  deux  corps  dans  le  café  au  lait.  On  devra 
soigneusement  rechercher  si  la  liqueur  n’exhale  pas 
une  odeur  de  chlore,  et  si  elle  n’offre  point  une  saveur 
alcaline.  On  procédera  ensuite  à  la  découverte  de  l’al¬ 
cali  :  pour  cela  on  laissera  pendant  vingt  ou  vingt-cinq 
minutes,  dans  le  liquide  suspect ,  un  papier  de  tourncf- 
sol  rougi  par  un  acide  5  l’expérience  prouve  que  le 


(  46  a  ) 

papier  est  dans  un  mélange  dune  partie  d’eau 
de  javelle  et  de  vingt  parties  de  café  au  lait  :  quel  que 
soit  le  résultat  obtenu  dans  cette  expérience  ,  on  irai- 
tera  une  partie  de  la  liqueur  par  six  ou  sept  fois  son 
volume  d’alcohol  à  36®;  on  agitera;  ledait  et  le  café 
seront  caillés  au  bout  de  quelque  temps  ;  on  filtrera 
et  on  obtiendra  un  liquide  alcobolique  jaunâtre ,  qui 
rétablira  la  couleur  bleue  du  papier  de  tournesol 
rougi  par  un  acide ,  et  qui  fournira ,  par  l’hydrochlo- 
rate  de  platine ,  un  précipité  jaune-serin  assez  abon¬ 
dant;  ces  caractères  seront  encore  plus  sensibles  si  on 
concentre  le  liquide  en  dégageant  une  partie  de  lal- 
cobol  par  l’évaporation*  Or  le  café  au  lait  sans  addi¬ 
tion  d’eau  de  javelle  ,  et  caillé  par  l’alcobol ,  donne 
un  liquide  qui  n’agit  point  sur  le  papier  de  tournesol-, 
à  la  vérité  il  précipite  légèrement  l’bydrocblorâte  de 
platine ,  en  raison  des  sels  à  base  de  potasse  qui  font 
partie  du  sérum  du  lait  ;  mais  ce  précipité  est  beau¬ 
coup  moins  abondant  que  celui  qui  est  fourni  par  le 
café  avec  addition  d’eau  de  javelle  ;  donc  il  sera  per¬ 
mis  de  conclure  qu’il  y  a  de  la  potasse  libre  dans  la 
liqueur  dont  il  s’agit,  parce  qu’elle  est  alcaline ,  quelle 
précipite  abondamment  l’bydrocblorate  dé  platine,  et 
quelle  ne  contient  point  d’ammoniaque. 

Pour  démontrer  la  présence  du.  cblbre;  dans  le  café 
au  lait,  ori  fera  cbauffer  l’autre  partie  avec  une  larne 
d’argent  pur  et  exempt  de  cuivre,  et  l’on  ne  tardera 
pas  à  s’apercevoir  que  le  métal  sera  bruni  ou  noirci  ;  en 
effet  il  se  formera  du  chlorure  d’argent  noir;  on  lavera 
la  lame  avec  de  l’eau  distillée ,  puis  on  la  traitera  par 
1  ammoniaque  liquide  qui  dissoudra  le  chlorure  d’arr 


(463) 

^ent;  la,  lame  reprendra  le  brillant  métallique  :  on 
saturera  la  dissolution  ammoniacale  par  de  l’acide 
nitrique  pur  qui  s’emparera  de  l’alcali ,  et  laissera  pré¬ 
cipiter  du  chlorure  d’argent  blanc  dont  les  caractères 
ont  été  exposés  S  12,  Or  ce  chlorure  ne  peut  avoir  été 
formé  qu’aux  dépens  du  chlore  libre  contenu  dans  le 
café  au  lait,  les  hydrochlorates  qui  entrent  dans  la 
composition" du  sérum,  n’étant  point  décomposés  par 
la  lame  d’argent. 

Si,  par  une  raison  quelconque,  l’expert  n’obtenait 
point  'des  résultats  propres  à  démontrer  la  présence 
du  chlore  dans  la  liqueur  dont  il  s’agit,  il  s’attacherait 
'particulièrement  à  découvrir  la  potasse  à  laquelle  l’eau 
de  javelle  doit  ses  propriétés  vénéneuses. 

Du  fromage. 

Le  fromage  peut  avoir  séjourné  dans  des  vaisseaux 
de  cuivre,  dé  laiton  ou  de  plomb,  et  contenir  des 
oxydes  de  ces  métaux.  S’il  ne  renferme  qu’un  atome 
d  oxyde  de  cuivre ,  il  est  à  peine  coloré  5  l’ammoniaque 
et  le  prussiate  de  potasse  ne  changent  point  de  cou¬ 
leur,  même  lorsqu’ils  ont  été  agités  pendant  quelques 
minutes  avec  lui  :  mais  si  on  abandonne  ce  mélange 
à  Im-même,  on  observe  au  bout  de  vingt-quatre  heures 
que  1  ammoniaque  offre  '  couleur  bleue  ^  que  le 
prusssiate  de  potasse  a  déterminé  un  précipité  brun 
*  marron ,  caractères  qui  suffisent  pour  affjjmer  qu’il  y  a 
del  oxyde  de  cuivre. Dans  lecas  où  cet  oxyde  serait  plus 
abondant,  le  fromage  pourrait  offrir  une  téinte  jaunâtre, 
verdâtre  ou  bleuâtre ,  et  les  réactifs  dont  nous  parlons 
démontreraient  sur-le-champ  la  présence  du  métal. 


(  464  ) 

Le  fromage  contenant  de  V oxyde  de  plomb  hydraté 
présente  la  même  couleur  que  le  fromage  ordinaire  ; 
mais  lorsqu  après  l’avoir  divisé  on  l’agite  pendant  quel, 
ques  minutes  avec  l’hydrosulfate  de  potasse  ,41  bruui(. 
et  finit  par  noircir  ;  traité  de  la  même  manière  par  le 
cliromate  de  potasse  dissous  dans  l’eau,  il  fournit  un 
précipité  jaune  de  chromate  de  plomb.  Si  la  quantité 
d’oxyde  n’était  pas  assez  considérable  pour  pouvoir  être 
décelée  par  ces  moyens,  il  faudrait  calciner  le  fromage 
dans  un  creuset  pendant  une  demi-heure  à  une  cha¬ 
leur  rouge,  afin  d’obtenir  le  plomb  métallique,  dont 
nous  avons  fait  connaître  les  caractères  page  iSa. 

Il  arrive  quelquefois  que  pour  augmenter  le  poids  du 
fromage  on  le  mêle  avec  de  la  farine,  avec  des  pommes 
de  terre  cuites ,  des  fécules ,  etc.  Cette  fraude  peut 
être  aisément  reconnue  en  triturant  dans  un  mortier 
lin  mélange  de  fromage,  d’eau  et  à. iodé ^  ce  dernier  , 
corps  jouissant  de  la  propriété  de  former  avec  l’amidon 
un  composé  d’un  très-beau  bleu,  à  moins  que  la  propor¬ 
tion  de  farine,  de  fécule,  etc.,  ne  soit  très -faible.  Le 
fromage  sans  addition  de  fécide ,  trituré  avec  de  l’iode 
èt  de  l’eau ,  acquiert  une  couleur  de  tabac  d’Espagne. 

Du  Beurre  et  de  V Huile. 

Altérations  du  beurre^  i°  par  des  pommes  de  terre 
pour  augmenter  son  poids.  On  connaît  cette  fraude 
en  mettant  le  beurre  dans  un  petit  tube  de  verre,  et 
en  le  faisant  fondre  au  bain-marie  à  la  température 
/de  6o  à  66  O  ;  il  vient  à  la  surface ,  tandis  que  le  sé¬ 
rum  liquide  et  les  flocons  de  caséum  faisant  partie 
du  beurre ,  ainsi  que  les  pommes  de  terre occupenl^ 


(  463  ) 

le  fond  du  tube  j  on  verse  de  l’ammoniaque  qui  dis» 
sout  rapidement  les  flocons  de  caséum  ,  surtout  si  on 
continue  à  chauffer  le  mélange  ;  la  pomme  de.  tefre 
reste  sous  forme  d’une  masse  ou  de  grumeaux.  Le 
beurre  non  mélangé  de  pommes  de  terre  '  fournit  des 
flocons  de  caséum  lorsqu’on  le  fait  fondre  au  bain- 
marie  ,  mais  ces  flocons  disparaissent  entièremënt 
lorsqu’on  les  traite  par  l’ammoniaque.  Nous  croyons 
devoir  encore  ajouter  que  le  beurre  mêlé  avec  de  la 
pomme  de  terre  devient  bleu  quand  on  le  triture  dans 
un  mortier  avec  une  petite  quantité  d’eau  et  d’iode, 
tandis  qu’il  passe  au  jaune-orangé  lorsqu’il  ne  contient 
point  de  fécule ,  et  qu’on  le  traite  de  la  même  manière. 

2®  Par  du  suif.  La  saveur  que  le  beurre  acquiert 
suffit  pour  découvrir  cette  altération. 

3®  Par  de  là  craie  du  sahle  y  etc.  On  fait  fondre  le 
beurre  dans  dix  ou  douze  parties  d’eau  ;  il  vient  à  la 
surface,  tandis  que  les  matières  dont  nous  parlons  se 
précipitent,  et  peuvent  être  reconnues  comme  nous 
l’avons  dit  page  449* 

4°  P ar  des  oxydes  de  cuivre  et  de  plomb.  On  agit 
comme  pour  le  fromage.  {Voy.  page  463.) 

5°  Par  une  trop  grande  quantité  de  sel  commun.  La  sa¬ 
veur  suffit  pour  faire  découvrij-cet  excès  d’hydrochlorate 
de  soude,  dont  la  quantité,  du  reste,  peut  être  rigou- 
reusement  appréciée  en  faisant  bouillir  le  beurre  avec 
de  1  eau  distillée ,  en  le  laissant  figer  et  en  évaporant 
le  liquide  jusqu’à  siccité  ,  après  l’avoir  filtré. 

'L  huile  contient  quelquefois  des  oxydes  de  citivre  ou 
de  plomb  dont  on  détermine  la  présence  comme  nous 
1  avons  dit  en  parlant  du  fromage.  [Voy,  page  463.) 

3o 


('4^6) 

Du  Lait. 

Le  lait  peut  être  altéré ,  par  une  trop  grande  quart- 
tité  d'eau  :  il  offre  alors  une  teinte  bleuâtre  et  une  sa¬ 
veur,  aqueuse.  La  chimie  ne  possède  aucun  moyen  de 
découvrir  cette  fraude ,  et  l’on  ne  peut  tirer  aucun  parti 
du  galactometre  dit  de  Cadet  de  V aux ,  la  quantité  d’eau 
naturellement  contenue  dans  le  lait  pouvant  varier  à 
l’infini  j  suivant  une  multitude  de  circonstances. 

2®  Par  de  la  farine  ou  de  V amidon  :  on  fait  quel¬ 
quefois  bouillir  le  lait  avec  l’une  ou  l’autre  de  ces  subs* 
tances  pour  l’épaissir  et  lui  donner  un  aspect  plus 
agréable  et  plus  gras.  On  reconnaît  aisément  cette  fraude 
en  triturant  le  lait  avec  un  peu  d’iode  qui  lui  commu¬ 
nique  sur-le-champ  une  couleur  bleue  tandis  que  le 
lait  pur  acquiert  la  couleur  du  tabac  d’Espagne  lorsqu’il 
est  trituré  avec  ce  corps.  Si  le  mélange  d’amidon  et  de  lait 
avait  été  fait  à  froid,  on  observerait  les  nuances  sui¬ 
vantes  en  le  triturant  avec  l’iode.  Lait  et  très-peu  d’ami¬ 
don  :  couleur  jaune  clair.  Lait  et  un  peu  plus  d’amidon  : 
cov\e\ivj'aune  de  inoùtarde.  Lait  et  un  peu  plus  d’ami¬ 
don  :  couleur  bleue  'verdâtre.  Lait  et  une  assez  grande 
quantité  d’amidon  :  couleur  bleim  lilas. 

3°  Par  V  oxyde  de  zinc  dans  le  dessein  de  l’épaissir: 
nous  nous  sommes  assuré  que  l’on  pouvait  mêler  au 
lait  une  assez  grande  quantité  d’oxyde  de  zinc  pour  le 
rendre  nuisible.  On  découvre  cette  fraude  en  y  versant 
quelques  gouttes  d’acide  sulfurique  concentré  qui  le 
caille  sur-le-champ5  oti  filtre  la  liqueur,  et  on  voit  qu  elle 
a  une  saveur  métallique,  et  qu  elle  précipite  en  blanc 
par  les  alcalin  et  par  les  hydrosulfatés  ;  lorsqu’on  la  fait 


' .  -  (  4^7  ) 

évaporer  jusqu’à  siccité ,  et^squ’on  calcine  le  produit 
avec  de  là  potasse  et  du  charbon,  on  obtient  du  zinc 
métallique.  (  Foy.  §  82.) 

4®  Par  du  sous-carbonate  de  potasse^  dans  le  but  de 
s’opposer  à  là  coagulation  du  lait.  La  saveur  de  celui-ci 
est  alors  alcaline  ;  il  rétablit  la  couleur  bleue  du  pa¬ 
pier  de  tournesol  rougi  par  un'^acide;  il  fait  efferves¬ 
cence  avec  les  acides  minéraux  ou  végétaux. 

5°  Par  les  vaisseaux  de  cuivre ,  d’étain  et  de  plomb, 
dans  lesquels  il  a  été  conservé.  (  Voyez  §48,63  et  83.  ) 

TRET^TE-QUATRIÈME  LEÇON. 

De  VEau. 

L’eaù  dont  on  fait  habituellement  usage  comme 
boisson  est  loin  de  présenter  toujours  les  mêmes  avan¬ 
tages  :  celle  qui  doit  être  préférée  contient  de  l’air  et 
une  petite  proportion  de  sulfates,  d’hydro chlorates 
GU  de  carbonates  5  elle  est  fraîche ,  vive ,  limpide  et 
inodore  ;  on  s’assure  quelle  est  aérée  en  élevant  un 
peu  sa  température ,  puisqu’on  voit  aussitôt  l’air  se 
dégager  soüs  forme  de  bulles;  elle  se  trouble  à  peine 
par  le  nitrate  d’argent  et  par  l’hydrochlorate  de  baryte 
^  dissous ,  parce  quelle  ne  renferme  que  très-peu  d’hy¬ 
drochlorates,  de  carbonates  et  de  sulfates;  l’oxalate  d’am¬ 
moniaque  n’y  fait  point  naître  un  précipité  abondant , 
ce  qui  arriverait  si  elle  contenait  une  assez  forte  pro¬ 
portion  de  sels  calcaires;  le  chlore  et  l’infusion  alcoho- 
iique  de  noix  de  galle  ne  la  précipitent  pas  sensible¬ 
ment  ,  tandis  que  le  contraire  aurait  lieu  si  elle  ren¬ 
fermait  beaucoup  de  matière  animale  ;  elle  cuit  bien 


(  4fi8  ) 

les  légumes  et  dissout  le  savon  sans  former  des  gru¬ 
meaux.  Il  devient  inutile  de  constater  ces  deux  carac¬ 
tères,  lorsqu’on  a  été  à  même  de  faire  usage  des 
réactifs  dont  nous  venons  de  parler,  car  ils  ne  ten¬ 
dent  qu’à  démontrer  d’une  manière  grossière  que  l’eau 
contient  une  grande  quantité  d’un  sel  à  base  de  chaux. 

Eau  distillée.  L’eau  distillée  est  lourde  parce  quelle 
est  privée  d’air  et  des  sels  qui  se  trouvent  dans  l’eau 
que  nous  avons  dit  devoir  être  préférée.  On  la  re- 
connaîti’a  à  sa  transparence ,  à  son  défaut  d’odeur  et 
de  saveur  ,  et  surtout  à  ce  qu’elle  ne  se  trouble  point 
lorsqu’on  la  met  en  contact  avec  le  nitrate  d’argent, 
l’hydrochlorate  de  baryte ,  l’oxalate  d’ammoniaque  et 
le  chlore. 

Eau  trouble.  L’eau  que  nous  avons  dit  être  la  meil¬ 
leure  peut  quelquefois  devenir  tellement  bourbeuse 
-qu’au  premier  abord  on  pourrait  la  croire  nuisible  : 
il  suffit  de  la  laisser  reposer  pendant  quelque  temps  ^ 
et  mieux  encore  de  la  filtrer  à  travers  des  couches  de 
«able  fin,  de  mousse,  d’éponges ,  etc. ,  pour  la  débar¬ 
rasser  des  matières  terreuses  qu’elle  tient  en  suspen-  , 
-Tsion  et  la  rendre  transparente. 

Eau  dure.  On  désigne  sous  ce  nom  l’eau  de  puits  , 

-qui  contient  une  assez  grande  quantité  de  sulfate  de  ^ 
-chaux  et  celles  qui  renferment  beaucoup  de  carbo¬ 
nate  calcaire;  on  les  emploie  journellenjent  dans  les 
pays  où  il  est  impossible  de  s’en  procurer  de  meil- 
"leure ,  mais  leur  usage  peut  être  quelquefois  suivi 
-d’un  dérangement  dans  les  fonctions  digestives.  Veau 
de  puits  abondamment  par  l’bydrochlorate 

ïde  baryte  et  par  l’oxalate  d’ammoniaque;  elle  cuit 


(4%) 

mal  les  légumes  et  transforme  le  savon  en  grumeaux-,. 
ce  qui  prouve  qu’elle  contient ,  beaucoup  de  sulfate 
de  chaux.  U  eau  qui  renferme  une  assez  forté  proportion 

carbonate  de  chaux  est  acidulé, .ce  carbonate  étant- 
tenu  en  dissolution  par  un  excès  d’acide  carbonique  j 
elle  rougit  faiblement  l’eau  de  tournesol,  et  se  trouble 
lorsqu’on  la  chauffe  à  une  température  inférieure  à 
celle  qui  la  ferait  bouillir ,  parce  qu’on  dégage  alors 
l’a'cide  carbonique  5  elle  précipite  abondamment  par 
l’eau  de  chaux  et  par  l’oxalate  d’ammoniaque  5  enfin 
elle  est  impropre  à  la  cuisson  des  légumes  et  à  la  dis¬ 
solution  du  savon. 

Eau  contenant  du  gaz  acide  carbonique  et  n.e  ren¬ 
fermant  aucun  carbonate  insoluble.  Elle  a  une  saveur 
aigrelette,  rougit  sensiblement  l’eau  de  tournesol  et 
précipite  l’èau  de  cKaux  en  blanc  :  elle  perd  toutes  ces 
propriétés  en  l'a  faisant  bouillir  pendant  quelques  mi¬ 
nutes  ,  mais  elle  ne  se  trouble  point. 

Eau  imprégnée  de  plomb.  {For.%  gx.) 

Nous  nous  abstiendrons  de  parler  des  eaux  corrom¬ 
pues,  dont  on  connaît  aisément  les  mauvaises  qualités 
à  1  odeur  qu  elles  exhalent.  11  n’entre  pas  non  plus  dans 
le  plan  de  cet  ouvrage  de  traiter  des  eaux  minérales , 
salines,  sulfureuses,  et  ferrugineuses,  que  l’on  doit 
considérèr  plutôt  comme  des  médicamens  que  comme 

des  boissons  habituelles.  ( nos  Élémens  dé  Chi¬ 
mie  médicale,  tom.  II,  2®  édition.) 

Du  Vin. 

Le  vin  peut  être  altéré ,  i®  par  ïeau.  Si  la  quantité 
d  eau  contenue  dans  le  vin  était  toujours  là  même. 


(  470  ) 

on  parviendrait  aisément  à  reconnaître  s’il  a  été  fre¬ 
laté  par  l’eau  ;  il  s’agirait  tout  simplement  de  déter= 
miner  combien  une  quantité  quelconque  de  vin  four¬ 
nirait  d’alcobol  à  un  degré  déterminé  de  l’aréomètre  •- 
mais  il  n’en  est  pas  ainsi  ;  la  proportion  d’alcohol  varie 

considérablement  suivant  l’espèce  de  vin ,  et  dans  la 
même  espèce  de  vin  suivant  que  l’année  a  été  plus  ou 
moins  favorable,  etc.  La  chimie  n’offre  donc  aucun 
moyen  de  parvenir  à  la  solution  de  cé  problème ,  et  le 
dégustateur  ne  peut  être  guidé  que  par  la  saveur  plus 
ou  moins  aqueuse  du  vin, 

2®  Par  la  potasse^  le  dessein  d’arrêter  la  fermen¬ 

tation  et  de  saturer  l’acide  acétique  que  le  vin  contient 
en  excès  ;  dans  ce  cas  le  vin  renfermera  de  l’acétate  de 
potasse.  On  fait  évaporer  le  vin  jusqu’en  consistance 
syrupeuse,  puis  on  l’agite  péndant  quelques  minutes 
avec  une  petite  quantité  dlalcohol  à  35°  de  l’aréomètre; 
on  chauffe  légèrement;  l’alcohol  dissout  tout  l’acétate 
de  potasse;  on  filtre  ;  le  liquide  alcoholique,  d’un  jaune 
rougeâtre,  est  partagé  en  deux  parties;  une  d’elles  est 
traitée  par  l’hydrochlorate  de  platine  qui  y  faitnaîtreun 
aune-serin  (preuve  de  l’existence  delà  potasse)-^  ■ 
l’autre  partie  est  évaporée  jusqu’à  siccité,  et  le  produit 
est  mis  en  contact  avec  l’acide  sulfurique  concentré, 
qui  en  dégage  des  vapeurs  d’acide  acétique  reconnais¬ 
sable  à  son  odeur.  Mais ,  dira-t-on,  le  vin  sans  addition 
de  potasse  se  comporte  dé  la  même  manière  lorsqu’a- 
près  l’avoir  évaporé  on  le  traite  par  l’alcohol ,  l’hydro- 
chlorate  de  platine  et  l’acide  sidfurique,  parce  qu’il 
renferme  toujours  de  l’acétate  de  potasse  :  cela  est 
vrai,  mais  la  quantité  d’acétate  contenue  naturellement 


'(  471  )  . 

dans  le  vin  est  tellement  faible^  que  Paydrocblorate  de 
platine  précipite  à  peine  sa  dissolution  alcoholique , 
et  que  l’acide  sulfurique  n’en  dégage  que  très-peu  de 
vapeurs  d’acide  acétique. 

3°  Par  la  chaux  ou  par  la  craie ^  que  l’on  substitue 
quelquefois  à  la  potasse  pour  remplir  le  même  but.  On 
évapore  le  vin  jusqu’en  consistance  de  sirop  :  ôn  traite 
celui-ci  par  de  l’alcphol  à  46“  ;  la  dissolution  alcoho¬ 
lique  contient  l’acétate  de  chaux  formé  aux  dépens  de 
l’acide  du  vin  et  de  la  chaux  ajoutée  ;  elle  précipite 
abondamment  en  blanc  par  l’oxalate  d’ammoniaque,  et 
le  précipité  fournit  de  la  chaux  vive  lorsqu’on  le  cal-' 
cine  dans  un  creuset.  Le  vin  sans  addition  de  chaux 
ou  de  craie ,  évaporé  jusqu’en  consistance  de  sirop  et 
traité  par  l’alcohol  à  46“, 'fournit  une  dissolution  qui 
n’est  point  troublée  par  l’oxalate  d’ammoniaque. 

4“  Valun ,  par  la  litharge ,  la  céruse  ou  quelques 
autres  préparations  de  plomb  ,  par  les  oæydes  de  cuivre 
et  par  Yoxf  de  d’arsenic;  plusieurs  de  ces  substances 
peuvent  avoir  été  ajoutées  à  dessein  ^  pour  exalter  la 
couleur  des  vins  et  leur  communiquer  une  saveur  as¬ 
tringente  ou  douceâtre  :  quelques-unes  d’ entré  elles 
s’y  trouvent  accidentellement.  Yoici  le  procédé  qu’il 
faut  mettre  en  usage  pour  démontrer  leur  existence  : 
si  le  vin  est  rouge,  on  le  mêle  avec  une  suffisante 
quantité  de  chlore  liquide  pour  le  décolorer  :  on  laisse 
déposer  un  précipité  jaune-rougeâtre  qui  se  forme , 
puis  on  filtre  ;  la  liqueur  filtrée  est  évaporée  et  con¬ 
centrée  dans  une  capsule  de  porcelaine  ou  de  pla¬ 
tine.;  lorsqu’elle  est  réduite  au  tiers  de  son  volüme, 
on  la  filtre  de  nouveau  pour  la  débarrasser  d’un  pré- 


(  472  ) 

cipité  rougeâtre  qui  s’est  formé  pendant  l’évapora, 
tion ,  et  on  la  traite  par  les  réactifs  propres  à  déceler  les 
dissolutions  aqueuses  d’alun,  de  plomb,  de  cuivre  et 
d’arsenic.  Elle  contiendra  de  Xalun&ï  elle  offre  une  saveur 
astringente,  et  si  elle  précipite,  l®  en  blanc  par Tammo- 
niaque  et  par  la  potasse;  ce  dernier  alcali  doit  redis¬ 
soudre  le  précipité;  2°  en  blanc  par  le  sous-carbonate 
de  potasse  ou  de  soude;  3°  en  blanc  par  le  nitrate  ou 
l’hydrochloratede  baryte;  le  précipité  est  du  sulfate  de 
baryte  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide  nitrique. 
{^Vojez  §  49  i  63  et  83),  les  réactifs  qu’il  faut 
mettre  en  usage  pour  découvrir  dans  le  vin  traité  par 
l  e  chlore  les  sels  de  plomb  et  de  cui,vre  ainsi  que  l’oxyde 
d’arsenic .) 

Le  vin  blanc  frelaté  par  l’une  ou  l’autre  de  ces  subs¬ 
tances  sera  analysé  comme  le  vin  rouge  décoloré  par 
le  chlore. 

5°  Par  le  sublimé  corrosif.  (  Voj.  page  65.  ) 

6°  Par  une  préparation  antimoniah.  On  reconnaîtra 
le  vin  dans  lequel  on  a  fait  dissoudre  du  tartrate  de 
potasse  et  d'antimoine  comme  nous  l’avons  indiqué 
page  i32.  Si  le  vin  émétique  a  été  préparé  avec  du 
vin  blanc  et  du  verre  ou  du  foie  d’antimoine ,  il  pré¬ 
sente  les  caractères  suivans  ;  il  est  jaune-rougeâtre, 
transparent  ou  trouble ,  d’une  saveur  douceâtre  et  lé¬ 
gèrement  styptique  ;  il  rougit  l’eau  de  tournesol,  il  ne 
précipite  point  par  l’eau  ;  l’acide  sulfurique  le  préci¬ 
pite  en  jaune  foncé  tirant  sur  le  gris  ;  les  hydrosulfates 
et  la  noix  de  galle  agissent  sur  lui  comme  sur  la  dis¬ 
solution  d’émétique.  (  Voyez  S  70  bis.  ) 

7°  Par  r eau~de-vie dans  le  dessein  de  lui  donner 


(  473  ) 

plus  de  force  et  de  s’opposer  à  sa  décomposition.  Le 
vin  qui  a  été  ainsi  altéré  offre  X odeur  de  V eau-de-vie , 
et  ce  caractère  permet  de  le  distinguer  dans  la  plupart 
des  cas ,  de  celui  qui  est  sans  mélange.  Dans  l’article 
comestible  du  Dictionnaire  des  Sciences  médicales , 
M.  Marc  a  dit  avec  raison  ,  qu’il  avait  constamment  re¬ 
connu  la  présence  de  l’eau-de-vie  à  sa  déflagration ,  lors¬ 
qu’il  projetait  dans  un  brasier  bien  ardent  des  mélanges 
faits  avec  diverses  proportions  de  vin  et  d’eau-de-vie  ; 
mais  qu’il  n’était  guère  possible  d’y  parvenir  lorsque 
le  mélange  était .  ancien  ,  la  combinaison  des  fluides 
étant  devenue  très-intime. 

8®  Par  le  poiré.  Dans  la  plupart  des  cas ,  le  vin  mêlé 
avec  du  poiré  conserve  la  saveur  de  ce  dernier  corps, 
qu’il  est  par  conséquent  aisé  de  reconnaître.  S’il  n’en 
était  pas  ainsi,  on  ferait  évaporer  le  mélange  au  bain- 
marie  jusqu’en  consistance  de  sirop  clair,  on  le  lais¬ 
serait  reposer  et  refroidir  ;  au  bout  de  vingt-quatre 
heures  on  décanterait  le  liquide  et  on  séparerait  les 
crystaux  de  crème  de  tartre  qui  auraient  pu  se  former  : 
on  étpndrait  le  liquide  sirupeux  d’eau  distillée  pour  le 
faire  évaporer  et  crystalliser  de  nouveau  :  cette  opéra¬ 
tion  serait  encore  recommencée ,  et  à  la  fin  on  obtien¬ 
drait  uri  sirop  ayant  la  saveur  de  la  poire.  (  Déyeux.  ) 
On  serait  encore  plus  certain  que  le  poiré  a  été  mêlé 
au  vin,  si,  après  avoir  fait  des  mélanges  de  vin  et  de 
poire,  on  voyait  qu’ils  jouissent  de  propriétés  sembla¬ 
bles  à  celles  des  vins  qu’on  analyse. 

9  Par  des  matières  colorantes  ,  soit  qu’on  les  ajoute 
à  des  vins  peu  colorés,  soit  qu’on  fasse  des  mélanges 
d  eau ,  d’eau-de-vie ,  de  crème  de  tartre  et  de  ces  ma- 


('474  ) 

lières  pour  imiter  les  vins  naturels.  Les  substance^ 
colorantes  dont  on  peut  faire  usage  sont  les  bois  dilnde 
et  de  Fernamhouc ,  le  tournesol  en  drapeau,  les  haies 
d'Yhhle,  de  troene  et  de  myrtille.  Il  est  facile  de  re¬ 
connaître  cette  fraude  au  moyen  des  dissolutions  d’a» 
lun,  de  proto-hydrochlorate  et  de  deuto-hydrochlorate 
d’étain.  On  commence  par  faire  les  trois  dissolutions 
suivantes,  quatre  gros  d’alun  dans  cinq  onces  d’eau 
distillée;  2®  demi-gros  de  liqueur  fumante  de  Libavius 
dans  deux  onces  d’eau  distillée  ;  3°  un  gros  de  proto- 
hydroçhlorate  d’étain  dans  deux  onces  d’eau  distillée. 
On  verse  dans  demi-once  du  vin  dont  on  veut  connaî¬ 
tre  la  nature,  à  peu  près  demi-gros  de  chacune  de  ces 
dissolutions  que  l’on  décompose  au  moyen  de  quel¬ 
ques  gouttes  d’ammoniaque  ;  l’alumine  et  les  oxydes 
d’étain  se  précipitent  et  entraînent  la  matière  colorante^ 
On  note  exactement  la  couleur  des  précipités ,  et  on  a 
les  données  nécessaires  pour  résoudre  ce  problème,; 
comme  -on  peut  s’en  convaincre  en  lisant  le  tableau 
suivant  : 


1  par  réflexion  ét  Bleu-d’azur-clair.  Bleu  d’azur-foncé  vupar 
par  réfraction.  réflexion. 


(  476  )  ■  ■ 

De  VEaii-de-yie  et  des  Liqueurs  de  table. 

Ces  liquides  peuvent  être  altérés,  par  de  poivre 
le  poivre  tong^  le  stramoine^  et  Divraie,  ajoutés  dans  le 
dessein  de  les  rendre  plus  sapides  et  plus  enivrans.  On 
reconnaît  cette  fraude  en  faisant  évaporer  les  liqueurs 
dont  nous  parlons  dans  une  capsule  de  porcelaine  -  si 
elles  sont  pures,  leur  saveur  spiritueuse  diminue  et  finit 
par  disparaître  à  mesure  que  l’alcohol  se  dégage  ;  tandis 
que  si  elles  contiennent  des  principes  amers  ou  âcres 
la  saveur  qui  leur  est  communiquée  par  ces  principes 
est  d’autant  plus  marquée  que  l’évaporation  a  été  pous¬ 
sée  plus  loin. 

2°  Par  le  laurier  cerise ,  qui  n’est  pas  nuisible  s’il  y 
est  en  très-petite  quantité ,  mais  qui  peut  occasiôner 
des  accidens  graves  lorsqu’il  s’y  trouve  en  assez  forte 
proportion;  on  a  quelquefois  employé  cette  substance 
pour  frelater  l’eau-de-yie  de  grains  et  de  pommes  de 
terre.  On  s’assure  de  sa  présence,  ^  àTodetir  d’amandes 
amères  qu  exhalent  les  liquides ,  5  à  la  propriété  qu’ils 
ont  de  précipiter  dû  bleü  de  Prusse  quelques  heures 
après  avoir  été  mêlés  avec  de  la  potasse ,  du  sulfate  de 
fer  et  de  l’acide  sulfurique.  (  Voyez  S  129.)  , 

3°  Par  ^es  oxydes  de  cuivre  et  de  plomb.  Il  est  ar¬ 
rivé  plusieurs  fois  que  l’eau-de-vie  préparée  dans  des 
vaisseaux  de  cuivre  contenait  de  l’oxyde  de  ce  métal 
dont  on  pouvait  démontrer  la  présence  par  lés  moyens 
indiqués  §  63.  L’oxyde  de  plomb,  dissous  dans  les 
acides  faisant  partie  de  l’eau-de-vie,  et  qui  peut  s’y 
trouver  accidentellement ,  sera  reconnu  comme  il  a  été 
dit  §  83. 


(  477  ) 

4“  Par  ralim^  àdins,  le  dessein  de  lui  communiquer 
une  saveur  douceâtre  et  astringente.  On  découvre  l’a¬ 
lun  par  les  moyens  déjà  indiqués  à  l’occasion  du  vin 
rouge  décoloré  par  le  chlore.  (  Voy.  page  471*) 

5°  Pâr  le  sulfate  ou  par  tout  autre  sel  de  fer.  La  li¬ 
queur  précipite  en  bleu  par  le  prussiate  de  potasse ,  en 
violet-foncé  presque  noir  par  Virfusum  alcoholique  de 
noix  de  galle,  et  en  vert  ou  en  rouge  par  les  alcalis. 

6°  On  distinguera  l’eau-de-vie  obtenue  par  la  dis¬ 
tillation  du  vin  ,  de  l’eau-de-vie  préparée  avec  de  l’eau 
et.  de  l’alcohol,  à  la  propriété  qu’a  la  première  de  rou¬ 
gir  le  papier  de  tournesol,  tandis  que  l’autre  ne  lui  fait 
subir  aucun  changement  ;  d’ailleurs  l’odeur  de  ces  deux 
liquides  n’est  pas  la  même.  ' 

Le  Punch  et  lés  autres  boissons  chaudes  que  l’on 
acidulé  quelquefois  avec  des  acides  minéraux  et  no¬ 
tamment  avec  l’acide  sulfurique,  doivent  être  ana¬ 
lysés  comme  nous  l’indiquerons  en  parlant  du  vinaigre 
page  481. 

Du  Cidre. 

Le  cidre  peut  être  altéré,  i»  par  diverses , matières 
colorantes^  telles  que  les  fleurs  de  coquelicot,  les  baies 
d’yèble,  de  sureau,  etc.j  sa  couleur  est  alors  plus  fon¬ 
cée,  ce  qui  le  fait  paraître  plus  fort.  L’addition  des 
substances  dont  nous  parlons  est  en  général  sans 
inconvénient,  et  peut  être  reconnue  jusqu’à  un  cer- 
tain  point,  en  suivant  le  procédé  que  nous  avons  in¬ 
diqué  en  parlant  du  vin,  (  Voy.  page  473j. 

2®  Par  Veau-de^vie ,  dans  le  dessein  de  lui  donner 
plus  de  foree.  On  reconnaît  cette  fraude  à  l’odeur  et 


(  478  ) 

à  la  saveur  que  l’eau-de-vie  communique  au  liquide 
On  avait  pensé  que  le  cidre,  mélangé  d’eau-de-Tie 
pourrait  être  facilement  distingué  de  celui  qui  n’en 
contient  point ,  par  la  propriété  qu’il  a  de  donner  de 
l’alcohol  lorsqu’on  le  chauffe  à  la  chaleur  douce  du 
bain-marie;  tandis  que,  disait-on,  le  cidre  Naturel  ne 
perd  son  alcohol  que  lorsqu’il  est  en  pleine  ébullition. 
Ce  caractère  ne  jouit  d’aucune  valeur,  car  on  sépare 
aisément  l’alcohol  qui  fait  partie  du  cidre  ordinaire 
en  le  chauffant  au  bain-marie ,  à  la  température  de 
65  à  70°. 

3®  Par  de  la  chaux,  d^e  la  craie  ou  des  cendres.  On 
concevra  facilenient  le  but  de  cette  sophistication  lors> 
qu’on  saura  que  plus  le  cidre  est  foncé  èn  couleur,  plus 
il  passe  pour  être  fort;  que  sa  couleur  est  d’autant  plus 
claire  qu’il  est  plus  afcide,  et  qu’il  importe  par  consé¬ 
quent  de  saturer  les  acides  libres  qu’il  renferme  par  des 
substances  alcalines  ;  enfin  que  lorsqu’il  a  été  long-temps 
en  vidange,  il  éprouve  la  fermentation  acide,  et  finit 
par  contenir  une  telle  quantité  de  vinaigre  ,  qu’il  res¬ 
semble  à  de  l’acide  acétique  étendu  d’eau.  —  Il  serait 
extrêmement  aisé  de  découvrir  dans  ce  liquide  la  pré¬ 
sence  de  la  chaux  ou  de  la  craie  que  l’on  aurait  ajoutées 
pour  le  sophistiquer,  si  le  cidre  du  commerce  le  moins 
frelaté  ne  tenait  pas  en  dissolution  un  ou  plusieurs  sels 
calcaires  ;  en  effet  l’oxalate  d’ammoniaque  ferait  naître 
sur-le-champ ,  dans  celui  qui  aurait  été  altéré  par  la 
chaux  ou  par  la  craie ,  un  précipité  d’oxalate  de  chaux, 
dont  on  pourrait  retirer  de  la  chaux  vive  par  la  cal¬ 
cination  ,  tandis  que  le  cidre  sans  mélange  ne  précipi" 
tenait  point  par  ce  réactif.  Mais  il  n’en  est  pas  ainsi; 


(  479  ) 

constamment  les  meilleurs  cidres  sont  troublés  et  pré¬ 
cipités  par  l’oxalate  d’ammoniaque,  ce  qui  peut  dé¬ 
pendre  de  la  présence  d’un  sel  calcaire  dans  le  suc  des 
pommes  ou  dans  l’eau  qui  ont  servi  à  la  fabrication  de 
la  liqueur ,  et  assez  souvent  des  meules  et  des  auges  en 
pierre  que  1  on  a  employées  pour  diviser  les  pommes  : 
à  la  Vérité  le  précipité  produit  par  l’oxalate  d’ammo¬ 
niaque  dans  les  cidres  non  frelatés  par  de  la  chaux  ou 
de  la  craie ,  est  peu  abondant ,  tandis  que  le  contraire  a 
lieu  lorsqu’on  y  a  ajouté  l’une  ou  l’autre  de  ces  sub¬ 
stances.  Au  reste  la  sophistication  dont  il  s’agit  n’en¬ 
traîne  pas  beaucoup  d’iriconvéniens ,  parce  qu’en  gé¬ 
néral  la  quantité  de  chaux  employée  est  trop  faible  pour 
saturer  tout  l’acide  du  cidre,  et  à  plus  forte  raison 
pour  se  trouver  en  excès  dans  la  liqueur  ;  et  s’il  n’en 
était  pas  ainsi,  le  cidre  serait  tellement  faible  et  plat, 
qu’il  n’aurait  aucun  débit.  —  Il  est  moins  difficile  de 
soupçonner  l’addition  des  cendres  ou  de  la  potasse 
qui  en  fait  pptie  j  en  effet  les  cidres  de  bonne  qualité 
ne  contiennent  qu’üne  petite  quantité  de  sels  à  base  de 
potasse ,  et  se  troublent  a  peine  par  l’addition  de  l’hy- 
drbchlorate  de  platine ,  tandis  que  ceux  qui  ont  été 
mêlés  avec  des  cendres  précipitent  abondamment  en 
jaune-serin  ce  même  réactif. 

4“  Par  des  préparations  de  plomb ,  telles  que  la  cé- 
ruse,  la  Utharge^  etc.  Il  suffit  de  laisser  le  cidre  pen¬ 
dant  quelques  jours  en  contact  avec  la  litharge ,  pour 
quil  en  dissolve  une  quantité  notable  ;  et  comme  il  se 
prend  ordinairement  à  des  doses  très-fortes,  il  peut 
résulter  des  inconvéniens  graves  de  l’usage  d’une  pa¬ 
reille  boisson.  Cette  altération  peut-être  l’effet  de  l’em- 


(  48o  ) 

pioi  d’un  pressoir  dont  plusieurs  parties  sont  revê¬ 
tues  de  plomb  ;  elle  peut  tenir  à  ce  qu’on  a  recueilli 
le  jus  des  pommes  dans  des  grandes  auges  en  pierre 
composées  de  pièces  dans  l’intérieur  desquelles  on  a 
coulé  du  plomb;  enfin  elle  peut  avoir  été  faite  à  des¬ 
sein  ,  dans  le  but  de  saturer  l’acide  acétique  surabon¬ 
dant,  et  de  corriger  la  saveur  désagréable  des  cidres. 
{Vof.%  83  pour  la  manière  de  reconnaître  la  présence 
du  plomb.) 

I>e  la  Bi'ere. 

On  falsifie  quelquefois  la  bière  en  y  ajoutant  de  la 
chaux,  delà  potasse,  des  matières  végétales,  etc.;  dans 
certaines  circonstances  aussi  cette  boisson  contient  des 
oxydes  de  cuivre  ou  de  plomb  provenant  des  vases  dans 
lesquels  elle  a  été  cuite  ou  gardée.  Nous  renvoyons  à 
l’article  cidre  pour  les  procédés  qu’il  faut  mettre  en 
usage  lorsqu’il  s’agit  de  constater  dans  la  bière  la  pré¬ 
sence  des  substances  dont  il  s’agit.  Toutefois  il  ne  sera 
pas  inutile  de  faire  remarquer  que  la  bière  de  bonne 
qualité  doit  offrir  les  propriétés  suivantes  : 

Elle  doit  être  transparente  et  nullement  flocon¬ 
neuse,  sa  saveur  doit  être  aigrelette,  alcoholique  et 
légèrement  amère. 

2?  Elle  doit  contenir  une  assez  grande  quantité  de 
gaz  acide  carbonique  pour  produire  une  vive  efferves¬ 
cence  lorsqu’on  la  transvase. 

3°  Elle  doit  rougir  le  papier  de  tournesol  ;  lorsqu’elle 
agit  fortement  sur  cette  couleur  et  quelle  ne  produit 
point  d’écume  quand  on  la  transvase,  elle  a  éprouvé  la 
fermentation  acide ,  et  sa  saveur  est  désagréable. 


(  48i  ) 

4°  L’oxalate  d’ammoniaque,  l’acétate  de  plomb  et 
le  nitrate  de  baryte  doivent  y  déterminer  des  précipités 
peu  abondaris;  . 

5“  L’hydrochlorate  de.  platine  doit  la  troubler  à 
peine  parce  quelle  ne.  renferme  qu’une  petite  quantité 
de  sels  à  base  de  potasse. 

jDu  Vinaigre. 

Nous  croyons  devoir  parler  dans  cet  article ,  i°  des 
caractères  qui  distinguent- le  vinaigre  de  cidre  du  vi¬ 
naigre  de.  vin  ;  a®  des  différences  qui  existent  entre  le 
vinaigre  de  vin  distillé  et  non  distillé  ;  3®  du  vinaigre 
de  vin  ou  de  cidre  frelaté  ;  4°  des  mélanges  de  vinaigre 
devin  et  de  vinaigre  de  cidre. 

§  ^  Caractères  qui  distinguent  le  vinaigre  de  viur 

du  vinaigre  de  cidre.  ' 

Le  vinaigre  de  cidre  présente  à  peu  près  les  mêines 
■propriétés  physiques  que  le  vinaigre  dé  vin  blanc  ;  il 
offre  cependant  une  légère  saveur  de  pomme  ou  de 
poire  que  l’on  ne  retrouve  point  dansTautre  ;  l’eau  de 
tournesol,  le  nitrate  d’argent  et  les  sels  solubles  de 
baryte  agissent  de  la  même  manière  sur  eux,  et  ne 
fournissent  point  de  caractère  distinctif.  L’oxalate 
-d  ammoniaque  précipité  abondamment  le  vinaigre  de 
cidre,  tandis  qu’il  trouble  à  peine  celui  de  vin  ;  on  obr^ 
serve  le  contraire  avec  l’acétate  de  plomb ,  qui  donne  un 
précipité  beaucoup  plus  abondant  avec  le  vinaigre  de 
vin  ;  l’i/^SMTTz  alcoholique  de  noix  de  galle  n’altère  point 
la  transparence  de  ce,  dernier,  tandis  qu’il  trouble  sen¬ 
siblement  le  vinàigre  de  cidre. 

3i 


(482) 

Ces  caractères  étant  insuffisans  pour  distinguer  les 
liquides  dont  il  s’agit,  nous  proposons  d’avoir  recours 
au  procédé  suivant  :  on  fera  évaporer  à  une  douce 
chaleur,  dans  une  capsule  de  platine  ou  de  porcelaine 
'huit  ou  dix' onces  de  vinaigre  ;  lorsque  la  hqueur  sera 
réduite  au  quart  de  son  volume ,  on  la  versera  dans  un 
verre  à  expérience  et  on  la  laissera  refroidir  ;  le  vinai¬ 
gre  de  vin  déposera  une  assez  grande  quantité  de  crys- 
taux  blancs  formés  principalement  de  tartrate  acidulé 
de  potasse  (crème  de  tartre),  tandis  que  le  vinaigre 
de  cidre  ne  fournira  aucun  dépôt  salin;  et  en  effet  le 
suc  de  pommes  et  de  poires  ne  contient  pas  un  atome 
de  crème  de  tartre.  (  Premier  caractère.  )  Si  après  ^voir 
.décanté  et  filtré  le  vinaigre  de  vin  qui  surnage  les  crys- 
taux  de  crème  de  tartre ,  on  le  fait  évaporer  de  nou¬ 
veau  jusqu’à  ce  que  la  liqueur  soit  réduite  au  seizième 
de  son  volume  primitif,  on  obtiendra  encore  des  crys- 
taux  de  tartrate  acidulé  de  potasse  par  le  refroidis¬ 
sement;  le  vinaigre  dé  cidre,  évaporé  jusqu’au  mêm'e 
degré  et  refroidi ,  ne  fournira  aucun  dépôt  salin. 
(Deuxième  caractère.  )  Enfin,  si  après  avoir  séparé  le 
vinaigre  de  vin  de  la  seconde  quantité  de  crème  de  tar¬ 
tre  crystallisée ,  on  le  fait  évaporer  jusqu’en  consistance 
de  sirop,  il  donnera  un  léger  résidu  jaunâtre  qui  serait 
rouge  si  le  vinaigre  de  vin  avait  cette  dernière  couleur  : 
ce  résidu  sera  peu  abondant^  a  peine  gluant  et  d’une 
saveur  forte  ,  simplemerit ^ acide  ;  le  vinaigre  de  cidre, 
réduit  par  l’évaporation  jusqu’en  consistance  sirupeuse, 
fournira  un  résidu  d’un  rouge  foncé  ^  assez  abondant, 
tres-gluant  et  d’unè  saveur  salée ,  peu  acide,  tenant  de 
la  saveur  de  pellieule  de  pomme.  (Troisième  caractère.) 


(  483  ) 


§  II.  —  Différences  qui  existent  entre  le  'vinaigre  de  vin 
distillé  et  celui  qui  ne  Va  pas  été. 

Lo  vinaigre  de  vin  non  distillé  est  jaunâtre  ou  rouge  ; 
celui  qui  a  été  distillé  est  blanc;  le  premier  contient 
de  l’acide  tartarique ,  et  fournit  un  précipité  de  tartrate 
de  plomb  lorsqu’on  le  mêle  avec  de  l’acétate  de  ce 
métal;  le  vinaigre  distillé  ne  renferme  point  d’acide 
tartarique  et  n’est  point  troublé  par  ce  réactif. 

§  III.  —  Du  vinaigre  de  vin  ou  de  bidrè,  frelaté. 

Le  vinaigre  peut  être  altéré  : 

i"  Par  du  poivre.^  de  la  moutarde ,  des  graines  de 
paradis  .,  V écorce  de  garou,  la  racine  dèpyrétrhe ,  d’a¬ 
rum,  etc,  ;  substances  qu’on  peut  laisser  pendant  quel¬ 
que  temps  en  contact  avec  le  vinaigre  faible  pour  lui 
donner  de  la  force  et  du  montant.  Ôn  reconnaîtra  cette 
fraude  en  faisant  évaporer  le  liquide  dans  une  capsule 
de  porcelaine,  à  tine  douce  chaleur,  jusqu’à  ce  qu’il 
soit  réduit  au  sixième  de  son  volume;  on  l’abandon¬ 
nera  à  lui-même  pendant  vingt-quatre  heures,  puis  on 
le  décantera  pour  le  séparer  des  sels  qui  se  sont  dé¬ 
posés  :.on  le  féra  évaporer  de  nouveau  jusqu’en  con¬ 
sistance  d’extrait  mou  :  cét  extrait  aura  une  saveur  ' 
âcre  ,  amère,  etc. ,  si  le  vinaigre  contient  quelques- 
unes  des  substances  dont  nous  parlons  ;  tandis  que 
sa  saveur  sera  simplement  acide  si  le  vinaigre  était 
sans  mélange. 

2  Par  des  acides  minéraux ,  tels  que  1  es  acides  sul¬ 
furique  ,  hydrochlorique  et  nitrique,  que  l’on  aurait 


■  •  (  '484  ) 

ajoutés  dans  le  dessein  d’augmenter  l’acidité  du  vi¬ 
naigre.  .  ‘  V 

A.  Pour  déterminer  la  présence  de  l’acide  sulfuri¬ 
que  dans  le  vinaigre  ,  les  auteurs  disent' qu’il  faut  y 
ajouter  qxielques  gouttes  d’une  dissolution  d’hydro- 
chlorate  de  baryte ,  et  que  le  précipité  blanc  de  sulfate 
de  baryte ,  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide  nitrique, 
est  une  preuve  qu’il  y  existe  de  l’acide  sulfurique  libre. 
Il  est  facile  de  prouver  que  cette  conclusion  n’est  pas 
exacte;  en  effet  le  vinaigre  de  vih  contient  toujours 
du  sulfate  de  chaux  et  du  sulfaté  dé  potasse  :  or  les 
sels  de  baryte  ^s’emparent,  de  l’acide  sulfurique  dans 
quelque  état  quelles  lé  tfôiiveht  ;  donc  on  doit  tou¬ 
jours  avoir  un  précipité  de  sulfate  de  baryté  quand  on 
verse  de  l’hydrochloràté  de  cette  base  dans  du  vinai¬ 
gre  de  vin  naturel  ;  c’est  "ce  que  l’expérience  démontre. 
Voici  comment  il  faut  procéder  pour  prouver  l’exis¬ 
tence  de  l’acide  sulfurique  dans  cette  liqueur  :  on 
la  mêlé  avec  autant  de  chaux  vive  ou  de  carbonate  de 
chaux  qu’il  en  faut  pour  saturer  tout  l’acide  (i)  ;  il  se 
produit  de  l’acétate  de  chaux  soluble  et  du  sulfate  dé 
chaux  peu  soluble  :  ce  derhiér  est  évidemment  formé 
par  l’acide  sulfurique  libre  du  vinaigré ,  et  il  ne  s’agit 
plus  que  de  démontrer  la  présericé  dé  cet  acide  dans 
le  précipité;  pour  cela  on  le  recueille  sur  un  filtre, 
on  le  lave,  et  on  en  fait  bouillir  unè  partie  dans  l’èau 
distillée  ;  la  dissolution  fournit  avec  l’hydrochlorate  dé 
baryte  un  précipité  blanc  insoluble  dans  léau  et  dan^ 

(i)  La  chaux  ou  le  carbonate  doivent  être  purs,  et  surtout 
exempts  de  sulfates.  _  ^  .  ' 


(485) 

l’acide  nitrique  ;  donc  elle  renferme  un  sulfate ,  qui  dans 
ce  cas  né  peut  être  que  celui  de  chaux.  On  peut  encore, 
s’assurer  de  la  présence  du  sulfate  en  desséchant  la  por-; 
tion  du  précipité  que  l’on  n’a  point  fait  dissoudre  ,  en  la; 
mêlant  avec  un  sixième  de  son  poids  de  charbon  fine-: 
ment  pulvérisé,  et  en  la  calcinant  pendant  deux  heures, 
dans  un  creuset  rouge  de  feu  ;  on  obtiendra  du  sulfure, 
de  chaux  reconnaissable  à  . l’odeur  d’œufs  pouris  qu’il 
exhalera  lorsqu’on  le  mettra  en  contact  avec  de  reau. 
et  quelques  gouttes  d’acide  nitrique.  !  ■ 

B.  Si  le  vinaigre  était  frelaté  par  de  Tacide  hydro- 
çhlorique^^  on  le.îevsxt  chauffer  dans  une  corntie  à  la¬ 
quelle  on  adapterait  un  ballon  qui  renfermerait  une 
petite  quantité  d’éau  distillée  ;  le  .  liquide  condensé 
dans  le  récipient  contiendrait  du  vinaigre  et  de  l’acide; 
hydrochlorique  ;  traité  par  le  nitrate  d’argent  dissous 
il  fournirait  un  précipité  de  chlorure  d’argent ,  blanc 
caillebotté ,  lourd  ,  insoluble  dans  l’eau  et  dans  l’acide 
nitrique ,  -  soluble  dans  l’ammoniaque  :  preuve  évi-. 
dente  de  rexistenee  de  l’acide  hydrochlorique.  Ç  Voyez 
%  12.)  C’est  à  tort  que  les  auteurs  ont; conseillé,  pour 
découvrir  cette  fraude,  de  verser  le  nitrate  d’argent 
dans  le:vinaigre  avant  (le,  l’avoir  distillé  ;  car  leslfinai- 
grés  fdu  -commercer. contiennent  tous  une  .  certaine 
quantité  Æhydrochloraîes  y  etrprécipitent  par  :  consé¬ 
quent  par  le  nitrate.d’afgènt.  Gomment  décider  alors 
si  le  précipité  est  formé  aux  dépens,  de  l’acide  hydro¬ 
chlorique  qu’on  aurait  pu  ajouter?  On  évite  cet 
ecueil  ert  n’agissant  que  sur  le  liquide  distillé  à  une 
douce  chaleur ,  puisque  les  hydrochlorates  que  le  vi¬ 
naigre  peut  contenir  ne  passent  point  dans  le  récipient. 


(  486  ) 

C.  Lorsque  le  vinaigre  renferme  de  V acide  nitH-  ^ 
que^  on  doit  le  saturer  par  de  la  potasse  à  lalcohol 
et  évaporer  jusqu’en  consistance  de  sirop  épais;  il  se 
forme  de  l’acétate  et  du  nitrate  de  potasse  ;  on  traite  le. 
magma  par  de  l’alcohol  concentré ,  qui  dissout  l’acétate 
de  potasse  et  quelques  autres  principes  du  vinaigre,  et 
qui  n’agit  point  sur  le  nitrate  de  potasse  ;  on  filtre,  et  on 
démontre-îa  présence  de  ce  nitrate ,  en  le  mettant 
sur  les  charbons  ardens  ;  a®  en  le  traitant  par  l’acide 
sulfurique  concentré  {vofez  %  afi).  Nous  observerons 
seulement  qu’il  est  possible  que  l’acide  sulfurique  en 
dégage  des  vapeurs  orangées  au  lieu  de  vapeursblancbes  ; 
cela  tient  à  ce  que  le  nitrate  de  potasse  est  mêlé  a  une 
certaine  quantité  d’bydrocblorates  faisant  partie  du  vi¬ 
naigre,  qui  sont  également  décomposés  par  l’acide  sul¬ 
furique,  en  sorte  qu’il  se  produit  du  chlore  et  du  gaz 
acide  nitreux  jaune-orangé. 

3®  Par  du  sulfate  de  cuivre  ou  de  zinc  dont  on  a 
fait  quelquefois  usage  pour  clarifier  le  vinaigi'e.  Gin 
emploie  pour  découvrir  cette  fraude  les  moyens  que 
nous  avons  indiqués  §  65  et  82  en  parlant  des  disso¬ 
lutions  de  cuivre  et  de  zinc.  , 

4*^  Par  des  préparations  de  plomb  ^  de  laiton.^  etc.^ 
pour  avoir  séjourné  dans  des  vases  formés  par  cés  mé¬ 
taux.  On  a  recours  aù  procédé  dont  nous  avons  fait  men¬ 
tion  lorsque  nous  avons  traité  des  vins  blancs  frelates 
par  ces  substances.  ( pag.  47.1.) 


(  487  ) 


§  IV.  —  Des  mélanges  de  vinaigre  de  vin  et  de  vinaigre 
de  eidre. 

Il  serait  difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible ,  de  re¬ 
connaître  la  présence  d’une  petite  quantité  de  vinaigre 
de  cidre  dans  le  vinaigre  de  vin  ;  mais  il  n’en  serait 
pas  de  même  si  le  premier  se  trouvait  en  assez  forte 
proportion  dans  le  mélange  ;  on  ferait  évaporer  com¬ 
parativement  une  pinte  de  ce  mélange  et  une  pinte 
de  vinaigre  de  vin  ;  la  quantité  de  crystaux  de  crème 
de  tartre  fournie  par  ce  dernier  serait  beaucoup  plus 
considérable  :  la  matière  sirupeuse  obtenue  dans  Fun 
et  dans  l’autre  cas  présenterait  aussi  des  caractères 
différeris.  (  Voyez  ce  qui  a  été  dit  plus  haut  en  parlant 
des  l’ésidus  de  l’évaporation  du  vinaigre  dé  cidre  et  de 
vin,  pag.  482.) 


FIN. 


TABLE  GÉNÉRALE 

DES  MATIÈRES, 

PAR  ORDRE  AtPHABÉTIQüE. 


AÉ 

Abeille,  "  3i5? 

Absurption,  ^ 

Acétate  de  cuivre,  log 

Acétate  de  plomb.  i5q 

Acide  arsénieux.  (  Voyez.  Oxyde  d’arsenic.  )  8d 

Acide  arsénique.  io3 

Acide  carbonique,  323 

Acide  citrique.  33 

Acides  concentrés.  i6 

Acide  hydrocblorique.  28 

Acide  hydrocyanique.  2i3 

Acide  hydrosülfurique.  .  3o2 

Acide  muriatique.  (  V oyez  Acide  hydrocblorique. } 
Acide  muriatique  oxygéné.  (  Voyez  Chlore.  } 

Acide  nitreux.  ,  '  2S 

Acide  nitrique.  24 

Acide  oxalique.  82 

Acide  phospbatique.  3r 

Acide  phosphorique.  3o 

Acide  prussique.  318 

Acide  sulfiu’ique.  20- 

Acide  tartareux.  (  Voyez  Acide  tartarique.) 

Acide  tartarique.  82- 


(  489  ) 

Acide  vitriolique.  (  Voyez  Acide  sulfurique.  )  Pag.  20 


Aconit. 

226 

Actoea  spicata. 

221 

Agaric. 

285 

Alcali  volatil.  (  Voyez  Ammoniaque.  ) 

Alcalis  caustiques ,  ou  carbonates. 

34 

Alcohol. 

297 

Alimens  considérés  sous  le  rapport  de  la 

police 

médicale.  ^ 

445 

Amandes  amères. 

218 

Amanita.  '  ' 

276 

Ammoniaque  liquide. 

54 

Anémone. 

i8r 

Angusture  fausse.  _ 

264 

Anhnaux  enragés. 

3o5 

Animaux  venimeux. 

3o4  et  194 

Antiar.  (  Voyez  Upas  antiar.  ) 

Antimoine  métallique. 

129 

Apocynum. 

190 

Araignée. 

3i4 

Aristoloche. 

297 

Arséniates. 

io4 

Arsenic. 

88 

Arsenic  blanc.  (  Voyez  Oxyde  d’arsenic.  ) 
Arsénites. 

106 

Arum. 

Asclépias. 

190 

ïbid. 

Asphyxie  par  l’air  non.renouvelé. 

32.8 

Asphyxie  par  la  vapeur  du  charbon. 

326 

Asphyxie  par  la  vapeur  des  cuves  de  raisin.  324 

Asphyxie  des  fosses  d’aisance. 

33o 

(  49»  ) 

Azalèa  pontica. 

221 

Azote. 

saa 

B. 

Baryté. 

5tv 

Belladone. 

23y 

4€4 

Beurre  frelaté. 

Beurre  d’antimoine. 

xZj 

Bière  frelatée. 

Bismuth. 

14 1 

Blanc  de  fard. 

Blanc  de  plomb.  (  Voyez  Cémse.  ) 

Bleu  de  composition. 

Bois  Gentil.  (  Voyez  Garou.  ) 

Boudins  fumés. 

diB 

Bourdon. 

3i5 

Brucine. 

Æ 

Bryone. 

t63 

C. 

Café. 

460 

Idem  J  et  eau  de  javelle. 

46^1 

Calla. 

190 

Camphre. 

269 

Cantharides. 

190 

Carbonaje  d’ammoniaque. 

55- 

Carbonate  de  baryte. 

&2 

Carbonate  de  cuivre. 

109 

Carbonate  de  plomb. 

161 

Caustique  arsénical  du  frère  Gosme. 

102 

Gerbera  ahovai. 

190 

Cëruse. 

lêl 

Gevadille. 

235 

(  491  ) 

Champignons  vénéneux.  ajé' 

Chaux  vive.  38 

Chélidoine.  i§^ 

Chœrophyllum  sylvestre. 

Chlore.  3a  et  334 

Chocolat  frelaté.  45^ 

Cholera-morbus.  345 

Cidre  frelaté. 

Ciguë  aquatique. 

Ciguë  grande. 

Ciguë  maculée.  ^ 

Ciguë  petite. 

Ciguë  vireuse. 

Cinnabre. 

Classification  des  poisons.  3  et  g 

Clématite. 

Colchique. 


Colique  des  peintres. 

Coloquinte. 

Coluber  berus.  (  Fbjyez  Vipère,  ) 

Concombre  d’âne. 

Concombre  sauvage. 

Convolvulus. 

Coque  du  Levant. 

Coriafia  myrtifolia. 

Couperose  blanche.  (  Fhj^èz  Sulfate  de  aine.  )■ 
Couperose  bleue.  (  Fbj-ez  Sulfate  de  cuivre^  ); 
Couronne  impériale. 

Crystaux  de  Vénus.  {^  Koyez  Acétate  de  cuivre. 
Croton  tiglium. 

Cuivre. 


i65 

1^4 

ihid. 

190 

270 

297 

189 

190 
Ï08 


(  492  ) 


Cuivre  ainmoniacal. 
Curare. 

Cyclamen  europœum. 
Gynanchum. 


Pag.  125 
268 
^  189 
190 


Datüra.  239; 

Delphine. 

Deuto-chlorure  de  mercure.  5p 

De^toxyde  d’antimoine.  i3ô 

Deutoxyde  d’arsenic.  '  86- 

Deutoxyde  d’étain.  81 

Deutoxyde  de  mercure.  ^6 

Deutoxyde  de  plomb.  160 

Digitale  pourprée.  242' 


Dispositions  des  lois  relatives  à  l’empoisonnement.  444 


Eau.  467 

Eau  distillée  de  laurier-cerise.  218 

Eau  de  javelle.  34  et  46 1 

Eau-de-vie.  476 

Eau  forte.  (^Voyez  Acide  nitrique.) 

Eclaire.  (  Voyez  Chélidoine.  ) 

Elaterium.  (  Concombre  sauvage.  ) 

Ellébore  blanc.  234 

Ellébore  noir.  229 


Email  en  poudre.  (  Voyez  Verre.) 

Emanations  de  plomb.  io6 

Emanations  des  fosses  d’aisance.  Voyez  Acide 
hydro-sulfurique.) 

Emétine.  ,  rSp 

Emétique.  /  ,128 


(  493  ) 

Empoisonnement  considéré  d’une  manière  géné¬ 
rale.  Pag.  335 

Empoisonnement  de  plusieurs  personne  à  la  fois.  4^8 
Empoisonnement  lent.  ^  4^9 

Empoisonnement  par  les  substances  gazeuses  in¬ 
troduites  dans  les  voies  aériennes.  .323 

Empoisonnement  par  suicide  ou  par  homicide.  4^8 

Epurge.  173 

Ergot.  '  >  293 

Ergotisme  convulsif.  296 

Ergotisme  gangréneux.  297 

Esprit-de-vin.  (  ^07^2;  Alcohol,  ) 

Etain.  81 

Ether  sulfurique.  3oi 

Euphorbe.  .  ^7^ 

Expériences  sur  les  animaux  vivans,  cônsidérées- 
comme  moyens  propres  à  constater  l’jexistence 
de  l’empoisonnement.  363 

Extrait  aqueux  d’opium,  .  204 


Extrait  aqueux  d’opium  privé  de  morphine  et  du 
principe  de  Derosne. 

Idem  privé  seulement  du  principe  de  Derosnei 


Extrait  d’opium.  ào6 

F.  ■  ■  ■ 

Farine.  445 

Falsification  des  vins.  46g 

Fausse  oronge.  277 

Fève  de  Saint-Ignace.  255 

Fièvre  maligne.  359 

Foie  de  soufre.  4o 

Frelon.  ( Guêpe.  )  3 16 


(  494  ) 

Fromage  frelaté.  Pag.  463 

G. 

Giaon  jgj 

Gastrite.  , 

Gaz  acide  carbonique.  •  . 

Gaz  acide  hydrosulfurique. 

Gaz  acide  nitreux, 

Gaz  acide  sulfureux.  335 

Gaz  azote.  333 

Gaz  hydrogène.  33^ 

Gaz  hydrogène  arsénié.  33^ 

Gaz  hydrogène  carboné.  ^  33^ 

Gaz  hydrogène  sulfuré.  (  Fofez  Gaz  acide  hy- 
drosulfurique. 

Gaz  protoxyde  d’azote.  335 

Gomme-gutte.  166 

Grande  ciguë  245 

Gratiole  178 

Guêpe.  3i6 

H. 

HeMATÉMÈSE.  357 

Hernie  étranglée.  354 

Huile.  ^  4^4 

Huile  de  laurier-cerise.  218 

Huile  empyreumatique  de  tabac.  242 

Huile  de  vitriol.  (  Voyez  Acide  sulfurique.  ) 

Huile  de  pignon  d’Inde.  172 

Hydrochlorate  d’ammoniaque. 

Hydrochlorate  d’antimoine.  1 38 

Hydrochlorate  de  baryte. 

'  Hydrochlorate  d’étain.  82 


(  495  ) 

Hydrochlorate  de  meïcaxe.^Fofez  Sublimé  cor- 
‘  rosif.^ 

Hydro'chlorate  d’or.  i44 

Hydrocotile  vulgaris.  i^o 

Hydrogène  sulfuré.  (  Foyez  Acide  hydrosulfu¬ 
rique.) 

Hydrosulfate  sulfuré  de  potasse.  4i 

I. 

221 

Iléus  essentiel.  353 

Iléus  symptomatique.  ,  354 

Indices  qui  doivent  faire  suspecter  les  champi¬ 
gnons.  /  apa 

Indices  que  le  médecin  peut  tirer  de  letat  des  or¬ 
ganes  après  la  mort  des  individus  empoisonnés.  SSp 
Iode. 

Irritation  des  voies  gastriques  qui  donne  lieu  à  des 
perforations  spontanées.  34j 

Ivraie. 

Ivresse.  ( Alcohol.) 

J. 

Jatropha  curcas.  ’  ,  j 

Javelle  (  eau  de).  {^V oyez  Eau  de  javelle.  ) 

Joli-boîs.  (  Foyez  Garou.) 

Joubarbe  des  toits.  '  189 

Jusquiame.  aop 

-  ■ 

Kermès  minéral.  i35 

L.  ' 

La-ixeux  pointu  rougissant.  a84 


(496) 


Laitue  vireuse.  219 

Lathyrus  cicera. 

Laudanum  liquide  de  Sydenham.  2^^ 

Laurier-cerise.  218 

Laurier-rose.  253 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  poisons  irritans.  423 
Lésions  de  tissu  produites  par  les  poisons  narco¬ 
tiques.  423 

Lésions  de  tissu  produites  par  les  poisons  narco- 
tico-âcres.  424 

Litharge.  160 

Lobelia  syphilitica.  190 

M. 

Maladies  qui  peuvent  être  confondues  avec  l’em¬ 
poisonnement  aigu.  342 

Mancenillier.  297 

Massicot.  160 

Matières  animales  décomposées.  817 

Melæna.  357 

Mercure.  58 

Mercuriale.  297 

Minium.  160 

Morelle.  220 

Morphine.  198 

Morsures  des  animaux  enragés.  (  Voyez  Rage.  ) 
Morsures  des  serpens  venimeux,  3o8 

Morsures  de  la  vipère.  (  Voyez  Vipère.  )  ^ 

Mouches  ca.ntharides.  (  Fôjres  Cantharides.  ) 

Moules.  ^  .  igS 

Moyens  propres  à  constater  l’existence  de  l’empoi¬ 
sonnement.  335 


(  497  ) 

Moyens  propres  à  distinguer  si  le  poison  a  été  in¬ 
troduit  dans  le  canal  digestif  après  ou  avant  la 
mort.  23, 27,  74,  98  et  119 

Muriate  d’ammoniaque.  (  Voyez  Hydrochlorate 
d’ammoniaque.) 

Muriate  d’antimoine.  (  Voyez  Hydrochlorate  d’an¬ 
timoine.) 

Muriate  de  baryte.  (  Voyez  Hydrochlorate  de  ba¬ 
ryte.  ) 

Muriate  de  cuivre.  (  Voyez  Hydrochlorate  de 
cuivre.) 

Muriate  d’étain.  (  Voyez  Hydrochlorate  d’étain.) 

Muriate  de  mercure  au  maximum.  {Voyez  Deuto- 
chlorure  de  mercure.) 

Muriate  d’or.  (  Voyez  Hydrochlorate  d’or.  ) 

Muriate  suroxygéné  de  mercure.  (  Voyez  Deuto- 
chlorure  de  mercure.  ) 


N. 

Narcisse  des  prés.  186 

Narcotine.  (  Principe  de  Derosne.  ) 

Nitrate  d’argent.  î23 

Nitrate  de  bismuth.  i4o 

Nitrate  de  cuivre.  122 

Nitrate  de  mercure.  78 

Nitrate  de  potasse.  ,  4d 

Nitre.  (  Voyez  Nitrate  de  potasse.  ) 

Noix  des  Barbades.  {Voyez  Pignon  d’Inde.) 

Noix  vomique.  204 

O. 

OEsahthe  crocata.  22 


32 


(  49  3  ) 


Opium.  P  ^^3 

O-  ,44 

Oronge  blanche.  ;  281 

Oronge  ciguë  blanche.  2^^ 

Oronge  ciguë  jaunâtre. 

Oronge  ciguë  verte.  280 

Oronge  citron.  ,  281 

Oronge  croix  de  Malte,  ^8^3^ 

Oronge  fausse.  /  2^^ 

Oronge  peaussière.  284^ 

Oronge  à  pointes  de  râpe.  282 

Oronge  à  pointes  de  trois  q:uarts,  ïbié 

Oronge  serpent.  "  283- 

Oronge  souris.-  iUd 

Oronge  visqueuse  dartreuse.  280 

Oronge  vraie.  278 

Orpiment  natif.  loi 

Idem  artificiel.  ibià 

Ouverture  des  cadavres.  371 

Oxydes  d’antimoine.  1 35  ' 


Oxyde  d’antimoine  hydrosulfuré  brun.  {^Voyez 
Kermès.) 

Oxyde  d’antimoine  hydro-sulfuré  jaune.  (  Foyez 


Soufre  doré.) 

Oxyde  blanc  d’arsenic.  85 

Oxyde  noir  d’arsenic.  *  .160 

Oxydes  de  cuivre.  107 

Oxyde  de  cuivre  amnioniacaL  123 

Oxydes  d’étain.  ,  81 

Oxyde  noir  de  mercure.  yd 

Oxyde  rouge  de  mercure,  yd 


(  499  ) 

Oxyde  ronge  de  plomb.  Pa^,  igo 

Oxy-muriate  de  mercure.  (  Voyez  Deuto -chlorure 
de  mercure.  ) 

P. 

Pxîîî  frelaté.  .  :  ^55 

Palraa-Christi.  ^169 

Paris  quadrifolia.  221 

Pastinaca  sativa, 

Pâte  de  Rousselot.  102 

Pâté  du  frère  Cosme. 

Pedicularis  palustris.  189 

Peganum  harmela.  •  .  -  221 

Péritonite.  35g 

Petite  ciguë.  2^9 

Phosphore.  12 

Picrotoxine. 

Pierre  à  cautère.  36 

Pierre  infernale.  126 

Pignon  d’Inde. 

Piomb.  J 52  et33o 

Plumbago  europæa.  .  _ 

Poisons  âcres.  ( Poisons  irritans.  )  ' 

Poisons  américains.  268 

Poisons  animaux. 

Poisons  corrosifsi  (  Poisons  irritans.) 

Poisons  irritans.  9  et  12 

Poisons  narcotiques.  9  et  196 

Poisons  narcotico-âcres.  10  et  2aï 

Poisons  putréfians.  '  .  Soa 

Poisons  septiques.  ÿ^id. 

Poisons  stupéfians.  (  Voyez  Poisons  narcotiques.  ) 


(  5oo  ) 


Poissons  venimeux. 

Potasse  à  l’alcohol. 

t94 

Potasse  à  la  chaux. 

35 

Potasse  carbonatée. 

36 

Poudre  aux  mouches. 

44 

Poudre  de  tabac. 

100 

241 

Oxyde  rouge  de  mercure.  ) 

76 

335' 

Précipité  per  se.  {Voy. 
Précipité  rouge. 

Protoxyde  d’azote. 

Protoxyde  de  plomb. 

160 

Pustule  maligne. 

3o5 

Physalis  somnifera. 


Rapports  sur  l’empoisonnement,  43i 

Réalgar.  ,  102 

Renoncule  des  prés.  i8j 

Réveil-matin.  (  Voyez  Euphorbe.  ) 

Rhododendron.  i8p 

Rhus  radicans.  i83 

Rhus  toxicodendron,  ihid. 

Ricin.  .  igg 

Rue.  '  297 

S.  . 

Sabine.  174 

Safran.  221 

Soelanthus  quadragonus.  190 

Sainbois.  (  Voyez  Garou.  ) 

Salpêtre.  (  Voyez  Nitrate  de  potasse.  ) 

Scammonée.  190 

Scille.  223 


(  Soi  ) 


Scorpion.  , 

Pag.  3ii 

Sedum  âerç. 

189 

Seigle  ergoté. 

293 

Sel  commun. 

456 

Sel  d’étain. 

83 

Sel  de  Saturne. 

ï5o 

Sel  de  nitre.  (  Voyez  Nitrate  de  potasse.  ) 
Serpens  à  sonnettes. 

3io 

Sium  latifoliura. 

297 

Solanum. 

22  r 

Soude. 

38 

Soufre  doré  d’antimoine. 

i36 

Sous-carbonate  de  potasse. 

44 

Sous-carbonate  de  cuivre. 

109 

Sous-hydrosulfate  d’antimîoine. 

i35 

Sous-nitrate  de  bismuth. 

142 

Staphysaigre. 

■  175 

Strychnos. 

-  254 

Strychnine. 

256 

Sublimé  corrosif. 

% 

Sucre  de  Saturne.  (  Voj'ez  Sel  de  Saturne.) 
Sulfaté  de  cuivre. 

ï  19 

Sulfate  de  cuivre  ammoniacal. 

121 

Sulfate  de  mercure  jaune. 

80 

Sulfate  de  zijic. 

147 

Sulfure  d’arsenic  jaune. 

ÏOI 

Sulfure  d’arsenic  rouge. 

102 

Sulfure  de  mercure. 

77 

Sulfure  de  potasse. 

40 

T. 

Tabac. 

24î 

(  5o2  ) 

Tarentule.  ^  ^ 

Tartrate  de  potasse  et  d’antimoine. 

Tartre  émétique. 

Tartre  stibié. 

TA,  - 

-  f  ete  de  Méduse.  (  F oyez  Agaricus  annularius.  )  289 
Ticunas.  ' 

208 

Tue-loup.  (  Aconit.  ) 

Turbith  minéral. 

'  ü, 

ÜPAs  aiitiar.  2-^5 

üpas  tieuté.  ^56 

V. 

Vapeur  du  charbon. 

Venin.  (  Voyez  Animaux  venimeux.  ) 

Verre  d’antimoine.  \ 

Verdet.  (  Voyez  Acétate  de  cuivre.  ) 

Verre  en  poudre. 

Vermillon.  (  Cinabre.) 

Vert-de-gris.  .112 

Vert-de-gris  artificiel.  ihid. 

Vert-de-gris  naturel.  109 

Vin.  .  '  46  g 

Vin  adouci  par  le  plomb.  471 

Vin  antimonié.  472 

Vin  émétique. 

Vins  frelatés.  469 

Vins  frelatés  par  l’alun.  471 

Vin  lithargyré. 

Vinaigre.  '  ‘  481 

Vipère  commune.  'SoS 


(  ) 

Vitriol  blanc.  (  Voyez  Sulfate  de  zinc.  ) 
Vitriol  bleu.  (  V oyez  Sulfate  de  cuivre.  ) 


w. 

WOORARA. 

Pag,  268 

Z, 

Zinc.  , 

147 

FIN  DE  EA  TABLE  DES  MATIERES.. 


EB.RATA. 


Le  lecteur  est  prié  défaire  les  corrections  suivantes.  ■ 

Page  68 ,  ligne  26,  au  lieu  ÿévapomtian,  lisez  :  évaporation. 

Id.  72,  ligne  i3,  au  Ueu  de  ses  substances ,  lisez  :  les  substances. 

Id.  83 ,  ligne  8 ,  au  lien  de  déliquescente,  lisez  :  déliquescentes. 

Id,  102,  ligne  19  et  25,  au  lieu  de  sang-de-dragon,  lisez  :  sangdragon. 
Id.  123 ,  ligne  5,  au  lieu  de  caractères  suwans :  caractères. 

Id.  i38,  ligne  9,  au  lieu  de  se  dissout  Vàcide  hydrochlorique ,  lisez  se 
dissout  dans  C acide. 

Id.  i63 ,  ligne  2  ,  au  lieu  de  bryoin  ,  lisez  bryonia. 

Id.  2q3,  ligne  17,  au  lieu  de  208.  3®,  lisez:  208.  i3®. 

Id.  208,  ligne  dernière,  au  lieu  de  Robquet,  lisez  ;  Robiquet. 

Id.  2i5  ,  ligne  19  ,  au  lieu  de  batrachiens,  lisez  :  batraciens. 

Id.  219,  ligne  23 ,  au  Ueu  d’œ»  panicule  allongé.  Usez  :  une  panicule  al- 
longée  et  peu  garnie. 

Id.  221 ,  Ugne  3 ,  au  Ueu  de  svfcatum ,  Usez  :  fuseatum. 

Id.  23o,  Ugne  29,  au  Ueu  de  bïlabiée,  Use^  :  büabié. 

Id.  235,  Ugne  28,  au  lieu  de  §  166,  Usez  :  g  167. 

Id.  257,  Ugne  première  au  Ueu  de  découvert,  Usèz  ;  a  été  décowert. 

Id.  268 ,  Ugne  première,  au  Ueu  de  'vénéjieuse,  lisez  :  wénéneuses. 

Id.  3i6,  Ugne  19,  au  Ueu  de  Fespra,  Usez  :  Fespa. 

Id.  322,  Ugne  26,  an  Ueu  de  avaiens,  lisez  :  avaient. 

Id.  38i ,  Ugne  première  ,  au  Ueu  de  les  autres  ne  se  sont,  Usêz  :  ne  sont, 
/if.  428 ,  Ugne  25,  au  Ueu  de  wei,  lisez  :  «îçAf. 


IN^RCISSE  iàxi3L- 
JSTARCJSSJTS  pseu.ao- 


-narcisse. 

-narcissTjs 


RENOIirCUIiE  âcre. 
JtdJVZTWCZTZZTS  assois. fïm.J 

/èranj^.naS:J 


s  .Iruêâ'.&.Æ. 

Sridoj^erme'.  àj^EmiTyûT, 


JTISQULAjVIE  XLoire 
STTOSCIAMUS  iiiger./^ 

ûr-anti.naâij 

na?er^/>oz/r^:àv-'Voà' 

■  Gn^e-ver^ica&climova^e'.QSm 
.a^-O/^erezile-.&.Hl.anaté’^rsur/i/^Q 


■Ca£ce eâ^iri^.si.  ûv 


YE  GE  TAUX. 
Dico^Tléions . 


BEIiliADOXE  c 
-ATIIOFJl  lyelUcLo] 


9r)y7a^7i&'c 


VEGETAXIK 
Bico^léÆons . 


-linertôyteifaiûe 
ACOmT  Ïiaj 
A<7<5>AZY’ZZ2(r  napd 

ûroTt^.Tlai’. 

'yJ^irÆr,Sïcanm&f  ei^coroSé'.  a.  .F^ale^.  a  .Stamâie- 
Q.Jél.  coiœée'&er&alane^c^.  ^u.leerume/^^^o 


v.  3  .JPù'ûilf.  4  .^za^.  i 

.^znST^orz.y.Æmèryo 


HEIiliEB  OBE  noir . . 
ÆEZZÆBOILTTS  jaiger./J^y' 

Ûr€Ut^.7taâ,J 

e^^ur.  2  accûn^oÿmJt?  dzmè^^m 


VEGETAUX. 
Tico^léions . 


^o/(Knée/Cy. 
UATXJEA  épin 
DATURA  sipaTriom' 
ûrand'.Tioû-. 

'^OT^oeT^e&dàwiin^d-.aRùs'iA.o.FrTAtcinwe 
eoi^^^eràcalanenù .  ;- 


.  4  •  Orame/^ossie/. 


DIGITAIiE  poTirprée 
DJGITAIjIS  pxirpra  ea . 

/y^  A’ûnd-Ttaây/ 


.Rne^coz^éyÂorwion.  - 

J  ,1^. 


coxmimiLe 


CIGUË  virexise 
CICIITA.  ^'\ro&^.Z./^Cicutaria/ 

ûrand-Tutf^^ 

1.  l'ieur-  3  .J^ru^. 


(  E  THCTSA  petite  ôigiie. 
■|^^Z!aZ7*SLt  cyn^ium./Srjré.y' 

.  Apium  petroj’e&tunv.  fïâv.J  fPer^.J 
vnèelai&fde^wcfy-.  Z.R'ait:!^,  j^.eaipd'oerüca^én, 
■oaô’ef /^fvp/^cûj^ne^.J  a.lëpamenâdB'la^pr 


I  ^Tnè^oTV-  5  .^TniTyon,.  B. 


6lt 


j  OROISTGE 

\amanita. 


EATJSSE. 

P  s  eixio  -  aux  antiîLC  a  .0iiS.J^a 


■verteiiosa 


Acotviédons . 


jOROTfGE  ciscüe  lïlaxLclie  . 
\:ÆUÆVrné.h^hosa.  eSbsi./^hm 
j  OB.OÎS'GE  cio;iie  jaunâtre  . 
[AÆÂÆZlLi  citriaa  ■  fi’aul. J 
2,. 3b. ^ .  avant j-on  dA>eZ(^pemené . 


j  0R03^&E  < 
i^dJUtLNZTA 


Jéane^  m^vrWzt 


VEGETAUX 
Aco^tyleioiis . 


j  0lî-0!N'GüE  ’cxois:  de  jxtalte.  jORO^NCTipeaiicière depicardie. 

\SYPÛJWZ^ZIM^cras.xae]iksisis^aa^^  \in7>OJWlzmifY^^^'tiiïn../PaaZ.J 
j'OKOlS^GE  souris.  JOROISTGaî  dartreuse  . 

\SYPOJPSZLZZrM  aug^imeTiin./!^^*^:  \^POI*miXZ7Myii&c-aïsixaQ..fPa^^ 


VEGETAUX. 

Acotyledons . 


Tah.:LS. 


j  A.GABIC  Lriilairt: . 
\AGA^CTrS  TireiLS  ./ÈuS.J 
j^AGAMC  pjTOÿ^ale. 
^<S42ÎZC'Z7"5pjToo'ahis  .^lu 
3  .  a, .  JeuTie-  znÆtrùèt  . 


( A&ÆGC  acT  e . 
{A&ilirCZTS  SiC3^/£rÆy 
JAgaMC  s-^liqTie  . 
\AGAIU:C7TS  stypticTi 
.  L-s^-AitSozAi  vue/L  &ssa. 


JaGAKEC  ammLaire. 
yAdATtrcTTS  ammlariTLS . 
jAGAKtC  styptLtjCLe  . 
\AG:Amczrs  ticTLs .  / 


J  AGARIC  mexirtrier. 
XA&AMICJIS  TLecstar. /ÈuS.J 
[a&_4BIC  laiteirs:  âcre . 
\AG4JîTCirS  laclifl-TitLS  acris./^a^y 


AINIMAIJJL 

Entomologie, 


mVERTEBRES. 


X. ARAIGNEE  toretttole .  ZyCOJ'O/  /'Sair.J 

2. ARAIGNÉE  des  caves.  S^e4firùi^ ce^Zxr^. /Üaù-.J 
5. SCORPION  d'Eiirope.  Scorpû>  J 

4.  CANTHARIDE  officinale.  Canffiarif  -oe.ficafyrùz^.^aA-.) 

5. BOGRDON  les  pierres  .  JBomhtM  l(pûiarût,f. ^aù-.J 
l.GUJÉPE  oomnmne.  Ye^Fpa/ ^le^arù'. 

7.GUEPE  ffielen.  Yes^po/  crairo.  /'Zin/.J 

8  . ABEILLE  domestiqTxe  .  Api&  Tnèl^ra^.  /Zm  .J